DISCOURS SUR LUS RÉVOLUTIONS
nant, et toutefois aucune espèce n’y était absolument la même.
Parmi ces animaux se montrait surtout l’éiéphant appelé mammouth par les Russes ( elephas primigenius , Bluroemb. ), haut de quinze et dix-huit pieds, couvertd’une laine grossière et rousse , et de longs poils roides et noirs qui lui formaient une crinière le long du dos ; ses énormes défenses étaient implantées dans des alvéoles plus longs que ceux des éléphants de nos jours ; mais du reste il ressemblait assez à l’éléphant des Indes Il a laissé des milliers de ses cadavres depuis l’Espagne jusqu’aux rivages de la Sibérie , et l’on en retrouve dans toute l’Amérique septentrionale ; en sorte qu’il était répandu des deux côtés de l’Océan , si toutefois l’Océan existait de soh temps à la place où il est aujourd’hui. Chacun sait que ses défenses sont encore si bien conservées dans les pays froids , qu’on tes emploie aux mêmes usages que l’ivoire frais ; et comme nous l’avons fait remarquer précédemment, on en a trouvé des individus avec leur chair, leur peau et leurs poils , qui étaient demeurés gelés depuis la dernière catastrophe du globe. Les Tartares et les Chinois ont imaginé que c’est un animal qui vit sous terre, et qui périt sitôt qu’il aperçoit le jour.
Après lui, et presque son égal, venait aussi dans les pays qui forment les deux continents actuels , le mastodonte à dents étroites, semblable à l’éléphant, armé comme lui d’énormes défenses, mais de défenses revêtues d’émail, plus bas sur jambes, et dont les roâchelières, mamelonnées et revêtues d’un émail épais et brillant ,
» Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles , tom. I , psg. 76 à 195 et 335 ; tom. lit , pag. 371 et 405; tom. IV, pag 4SI.
ont fourni pendant longtemps ce que l'on appelait turquoises occidentales 1 . •, .. . ..
Ses débris, assez communs dans l’Europe tempérée, ne le sont pas autant vers le nord , mais on en retrouve dans les montagnes de l’Amérique du Sud avec deux espèces voisines 1 . ■ . . ,
L’Amérique du Nord possède en nombre immense les débris du grand mastodonte, espèce plus grande que la précédente, aussi haute à proportion que l’éléphant, à défenses non moins énormes, et que ses mâcheiières,hérissées de pointes, ont fait prendre longtemps pour un animal carnivore 3 . • - . • v
Ses os étaient d’une grande épaisseur et de beaucoup de solidité; on prétend avoir retrouvé jusqu’à ses sabots et son estomac , encore conservés et reconnaissables, et l’on assure que l’estomac était rempli de branches d’arbre concassées. Les sauvages croient que cette race a été détruite par les dieux , de peur qu’elle ne détruisît l’espèce humaine .
Avec ces énormes pachydermes vivaient les deux genres, un peu inférieurs, des rhinocéros et des hippopotames.
L’hippopotame de cette époque était assez commun dans les pays qui forment aujourd'hui la France, l’Allemagne, l’Angleterre; il l’était surtout en Italie. Sa ressemblance avec l’espèce actuelle d’Afrique était telle, qu’il faut une comparaison attentive pour en saisir les distinctions 4 .
Il y avait aussi dans ce temps-là une petite espèce
' Voyez nies Recherches sur les Ossements fossiles , loin. I pag. 250 à 265 et pag. 335; ton». IV, pag. 493.
1 Voyez note 20 de l’Appendice. . » . . .
3 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles , tom . I, pag. 206 à 249; tom. III, pag. 376. . -•
« Ibid . , pag. 304 à 322; tom. III, pag. 380; tom. IV, pag. '93.
d’hippopotame do la taille du sanglier, à laquelle on ne peut rien comparer maintenant
Les rhinocéros de grande taille étaient au moins au nombre de trois , tous bicornes.
L’espèce la plus répandue en Allemagne, en Angleterre, (mou rh. tichorhinus ) , et qui , comme l’éléphant, se retrouve jusque près des bords de la mer Glaciale, où elle a aussi laissé des individus entiers, avait la tête allongée ÿ les os du ne? très-robustes, soutenus par une cloison des narines osseuse, et non simplement cartilagineuse, et manquait d’incisives 1 .
Une autre espèce, plus rare et de pays plus tempérés (rh. itidsivus ) 3 , avait des incisives comme nos rhinocéros actuels des Indes Orientales , et ressemblait surtout à celui de Sumatra 4 ; ses caractères distinctifs dépendaient des formes un peu différentes de sa tête.
La troisième (rh. leptorhinus ) manquait d'incisives, comme la première et comme le rhinocéros du Cap d’aujourd’hui; mais elle se distinguait par un museau plus pointu et des membres plus grêles 5 . C’est surtout en Italie que ses os sont enfouis, dans les mêmes couches que ceux d’éléphants, de mastodontes et d’hippopotames.
fout nouvellement je viens de recevoir de Sicile, par M. le comte de Haiti-Menton , des oc d’un hippopotame un peu plus petit que l’ordinaire, trouvés en abondance dans une caverne du voisinage de Païenne. ' , ’ .
1 Voyez note 21 de l’Appendice.
2 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. II, première partie, pag. 04 ; et tom. IV, pag. 490.
3 Ibid . , tom. Il, première partie, pag. 89; tom. III, pag. 399; et
tom. V, deuxième partie, pag. 501. "
4 Ibiil., tom. 111, pag. 385. / ' '
i Ibid., tom. II , première partie, pag. 71. . -
. DK I.A SURFACE DU GLODE. 4 1
U y a ensuite une quatrième espèce {rh. minutas )? munie , comme la deuxième , de dents incisives, mais de* taille beaucoup moindre, et à peine supérieure au cochon Elle était rare, sans doute; car on n’en a encore recueilû les débris que dans quelques endroits de France J .
A ccs quatre genres de grands pachydermes s'en joignait un qui les égalait pour la taille, dont les mûchelicrcs ressemblaient à celles du tapir ; mais dont la mâchoire inférieure portait deux énormes défenses , presque égales à celles d’un éléphant. Ceux qui ont complété, par ce dernier caractère , la connaissance de cet animal , lui ontimposé le nom de deinotherium. Il était au moins double de l’hippopotame pour la longueur 3 .
On en trouve les mâchelières en plusieurs lieux do France et d’Allemagne ; et presque toujours accompagnant! celles de rhinocéros, de mastodontes ou d’éléphauts. ^ -
Il s’y joignait encore, mais, à ce qu’il parait, en un trèspetit nombre de lieux, un grand pachyderme dont on ne connaît que la mâchoire inférieure, et dont les dents étaient en doubles croissants et ondulées. M. Fischer, qui l’a découvert parmi des os de Sibérie, l’a nommé clasmotherium 4 . • , ...
Le genre du cheval existait aussi dès ce temps-là 5 . Ses
1 Voy. mes Rech.surles Ossements fossiles, t. II, 1" part., pag. su.
: Voy. note 22 de l’Appendice.
3 Voy. mes Recherches sur les Ossements fossiles, fom. Il, première partie, pag. 165. C’est tout nouvellement que la mAehoire intérieure de cet animal a été découverte, portant encore ses défenses, dans une sablonnière très-riche en ossements , située à üppelsheiin i dans l’ancien Palatînat. Voyez le Mém. de M. Kaup,da’ns VI sis de 1829, p. 4 00. J’en parlerai en détail dans mon Supplément.
•' Voy. mes Rcch. sur les Ossements fossiles, 1. 11, paît, pag. Oj.
i Ibid., pag. 109. . • :
2 I I DISCOUBS SUE- LES BÉVOLUTIONS .
dents accompagnent par milliers celles que nous venons • de nommer dans presque tous leurs dépôts; mais il n’est pas possible de dire si e’était ou non une des espèces aujourd’hui existantes , parce que les squelettes de ces espèces se ressemblent tellement, qu’on ne peut les distinguer d’après les fragments isolés.
Les ruminants étaient infiniment plus nombreux qu’à l'époque des paléothériums ; leur proportion numérique devait même assez peu différer de ce qu’elle est aujourd’hui ; mais on s’est assuré pour plusieurs espèces quelles étaient différentes.
C'est ce que l’on peut dire surtout avec beaucoup de certitude d’un cerf de taille supérieure même à l’élan , qui estcommun dans les marnièreset les tourbières de l’Irlande et de l’Angleterre , et dont on a aussi déterré des restes en France, en Allemagne et en Italie dans les mêmes lits qui recèlent des os d’éléphant : ses bois, élargis et branchus, ont jusqu’à douze et quatorze pieds d’une pointe à l’autre en suivant les courbures ( pl. V ) '.
La distinction n’est pas aussi claire pour les os de cerfs et de bœufs que l’on a recueillis dans certaines cavernes et dans les fentes de certains rochers ; ils y sont quelquefois, et surtout dans les cavernes de l’Angleterre, accompagnés d’os d’éléphant , de rhinocéros, d’hippopotame , et de ceux d'une hyènè qui se rencontre aussi dans plusieurs couches meubles avec ces mêmes pachydermes : par conséquent ils sont du même âge ; mais il n’en reste pas moins difficile de dire en quoi ils diffèrent des bœufs et des cerfs d’aujourd’hui ’.
1 Voyez mes Recherche s sur les Ossements fossiles, tom. IV, p. 70.
1 J’en parlerai dans le volume de Supplément à mes Recherches sur les Fossiles.
DE LA SURFACE DU fit.OBR. 2 I ü
I>es fentes des rochers de Gibraltar, de Cette, de Niee, d'Citveto près de Pise, et d’autres lieux des bords de la Méditerranée, sont remplies d’un eiment rouge et dur, qui enveloppe des fragments de rochers et des coquilles d’eau douce avec beaucoup d’os de quadrupèdes, la plupart fracturés : e’est ce que l’on a nommé des brèches osseuses. Les os qui les remplissent offrent quelquefois des caractères suffisants pour prouver qu’ils viennent d’animaux inconnus au moins en Europe. On y trouve , par exemple , quatre espèces de cerfs, dont trois ont à leurs dents des caractères qui ne s'observent que dans les cerfs de l’archipel des Indes.
Il y en a près de Vérone une cinquième, dout les bois surpassent en volume ceux descerfsdu Canada *. MM. Jobert et Croiset ont découvert beaucoup d’autres nouvelles espèces de cerfs dans la montagne de Perrier ou de Boutade, près d’Issoire, en Auvergne 2 .
On trouve aussi dans certains lieux, avec des os de rhinocéros et d’autres quadrupèdes de cette époque, ceux d’un cerf tellement semblable au renne, qu’il serait très-difficile de lui assigner des caractères distinctifs; ce qui est d’autant plus extraordinaire , que les reuncs sont aujourd’hui confinés dans les climats les plus glacés du Nord, tandis que tout le genre des rhinocéros appartient à la zone torride 3 .
Il existe dans les couches dont nous parlons des restes
' Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. IV, pag. 168 à 225 .
1 Recherches sur les Ossements fossiles du département du Puyde-Dôme ; Clermont, 1829.
3 Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. IV,