‹ Discours sur les revolutions du globe, avec des notes et un appendice, d'apres les travaux recents de Mm. Humboldt, Flourens, Lyell, Lyndley, etc. redigee par le dr. Hoefer CuvierChapitre 42 sur 50 · DISCOURS SUB LES BBV0LUT10NS · texte numérisé non relu

DISCOURS SUB LES BBV0LUT10NS

suffit pour nous assurer qu’il était fort semblable à un pangolin, mais à un pangolin de près de vingt-quatre pieds de longueur. Il vivait dans les mêmes cantons que les éléphants, les rhinocéros et les deinotheriums ; car on en a trouvé les os avec les leurs dans une sablonnière du pays de Darmstadt, non loin du Rhin

Les brèches osseuses contiennent aussi , mais très-rarement, des os de carnassiers * , qui sont beaucoup plus nombreux dans les cavernes, c’est-à-dire dans les cavités plus larges et plus compliquées que les fentes ou filons à brèches osseuses. Le Jura en a surtout de célèbres dans sa partie qui s’étend en Allemagne , où depuis des siècles on en a enlevé et détruit des quantités incroyables, parce qu’on leur attribuait des vertus médicales particulières ; et néanmoins il eu reste encore de quoi étonner l'imagination ; ce sont principalement des os d’une espèce d’ours très-grande ( ursus spelœus ), caractérisée par un front plus bombé que celui d’aucun de nos ours vivants 3 ; avec ces os se mêlent ceux de deux autres espèces d’ours (u. arctoidens et u. priscus) ceux d’une hyène {h./ossilis ) voisine de l’hvène tachetée du Cap, mais différente par quelques détails de ses dents et des formes de sa tête 5 ; ceux de deux tigres ou panthères 6 , ceux d’un loup ceux

‘ Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, première partie , pag. 193.

1 Ibid., tom. IV, pag. 193.

3 Ibid., pag. 351. ’ - ; . .

* Ibid., pag. 350 et 357.

5 Ibid., pag. 392 et 507. . s - . «•

6 Ibid., pag. 452; ... -,

7/6jrf. J pag. 158. ■ ' .-

DE t ,A SURFACE DU GLOBE'. 319

d’un renard >, ceux d’un glouton *, ceux de belettes, de genettes et d'autres petits carnassiers 3 .

On peut remarquer encore ici cet alliage singulier d’animaux dont les semblables vivent maintenant dans des climats aussi éloignés que le Cap, pays des hyènes tachetées , et la Laponie , pays des gloutons actuels ; c’est ainsi que nous avons vu dans une caverne de France un rhinocéros et un renne à côté l’un de l’autre.

Les ours sont rares dans les couches meubles. On dit cependant en avoir trouvé en Autriche et en Hainaut de la grande espèce des cavernes; et il y en a en Toscane d’une espèce particulière, remarquable par ses canines comprimées ( U. cultridens ) 4 . Les hyènes s’v voient plus fréquemment : nous en avons, en France, trouvé avec des os d’éléphant et de rhinocéros. On a découvert depuis peu eu Angleterre une caverne qui en recélalt des quantités prodigieuses , où il y en avait de tout âge , dont le sol offrait même de leurs excréments bien reconnaissables. Il paraît qu’elles y ont vécu longtemps , et que ce sont elles qui y ont entraîné les os d’éléphants, de rhinocéros , d’hippopotames, de chevaux, de bœufs, de cerfs et de divers ' rongeurs qui y sont avec les leurs , et portent des marques sensibles de la dent des hyènes. Mais que devait être le sol de l’Angleterre lorsque ces énormes animaux y servaient de proie à des bêtes féroces ? Ces cavernes recèlent

’ Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tara. IV, pag. 4G 1 . • ;

1 Ibid., pag. 475,

Ibid., pag. 167.

4 Ibid. , pag. 378 et 507 ; et tome V, deuxième partie,

pag. 516. . .. .. \ •! .'

aussi des os de tigres, de loups et de renards; mais ceux d’ours y sont d’une rareté excessive *.

Quoi qu’il en soit, on voit qu’à l’époque dont nous passons en revue la population animale la classe des carnassiers était nombreuse et puissante ; elle comptait trois ours à canines rondes, un ours à canines comprimées, un grand tigre ou lion, un autre felis de la taille de la panthère, deux hyènes, un loup, un renard, un glouton, une marte ou mouffette , une belette.

La classe des rongeurs, composée en général d’espèces faibles et petites, a été peu remarquée par les collecteurs de fossiles; et toutefois ses débris, dans les couches et dépôts dont nous parlons, ont aussi offert des espèces inconnues. Telle est surtout une espèce de iagomys des brèches osseusesdeCorseetde Sardaigne, un peu semblable au Iagomys alpinus des hautes moutagnes de la Sibérie; tant il est vrai que ce n’est pas, à beaucoup près, toujours dans la zone torride qu’il faut chercher les animaux semblables à ceux de cette avant-dernière époque.

Ce sont là les principaux animaux dont on ait recueilli les restes dans cet amas de terres, de sables et de limons, dans ce diluvium qui recouvre partout nos grandes plaines, qui remplit nos cavernes, et qui obstrue les fentes de plusieurs de nos rochers : ils formaient incontestablement la population des continents à l’époque de la grande catastrophe qui a détruit leurs races, et qui a préparé le sol sur lequel subsistent les animaux d’aujourd’hui.

Quelque ressemblance qu’offrentcertaines de ces espèces avec celles de nos jours, on ne peut disconvenir que l’en-

1 Veyea l'excellent ouvrage de M. fiucbJam) , intitulé Rcliquisc diluvianœ. .

Semble de cette population n’eût un caractère très-différent , et que la plupart des races qui la composaient ne soient anéanties.

Ce qui étonne , c’est que parmi tous ces mammifères , dont la plupart ont aujourd’hui leurs congénères dans les pays chauds, il n’y ait pas eu un seul quadrumane, que . l’on n’ait pas recueilli un seul os, une seule dent de singe, ne fût-ce que des os ou des dents de singes d’espèces perdues.

Il n’y a non plus aucun homme ; tous les os de notre espèce que l’on a recueillis avec ceux dont nous venons de parler s’y trouvaient accidentellement et leur nombre est d’ailleurs infiniment petit, ce qui ne serait sûrement pas si les hommes eussent fait alors des établissements sur les pays qu’habitaient ces animaux.

Où était donc alors le genre humain? Ce dernier et ce plus parfait ouvrage du Créateur existait-il quelque part?

Les animaux qui l’accompagnent maintenant sur le globe, et dont il n’y a point de traces parmi ces fossiles, l’entouraient-ils? Les pays où il vivait avec eux ont-ils été engloutis lorsque ceux qu’il habite maintenant, et dans lesquels une grande inondation avait pu détruire cette

1 Voyez dans le lieliquiæ diluvianæ de M. Buckland ce qi»i concerne le squelette d’une femme trouvé avec des épingles d’os dans la caverne de Pavyland, et dans mes Recherches, lom. IV, pag. 194, ce qui regarde un fragment de mâchoire trouvé avec les brèches osseuses de Niee. . •

M. de Schlotheim a recueilli des os humains dans des lentes de Kœstritz, où il y a aussi des os de rhinocéros; mais lui-même an- * ’ '

nonce ses doutes sur l’époque où ils y ont été déposés. Quelques os humains de certaines cavernes du Midi , que j 'ai eu l’occasion d’examiner, rn’onl paru y avoir élé déposés après les os de quadrupèdes inconnus.

il).

Page 1