‹ Discours sur quel ques sujets religieuxChapitre 2 sur 16 · DE LA PREMIERE EDITION · texte numérisé non relu

DE LA PREMIERE EDITION

En publiant, l'année dernière (1), deux Discours sur Y Intolérance et la Tolérance de l'Évangile, je m'exprimai ainsi dans un court avant-propos :

«Des personnes avancées dans la connaissance chrétienne « et dans la piété trouveront, nous le craignons, peu d'ali- « ment dans ces discours. Aussi n'est-ce pas à elles que « nous nous sommes senti appelé à parler; il nous conviena drait mieux de les écouter. Nous avons défendu à nos pa- « rôles de franchir les limites de nos émotions personnelles ; « une chaleur imitée ne serait pas bénie. Cependant, pour « bien des personnes, nous croyons avoir dit un mot à pro- « pos, et nous le jetons dans le monde, en le recommandant « à la bénédiction divine, qui peut en faire sortir, pour l'É- « glise chrétienne , quelques fruits de sanctification et de a paix... »

Que ces mêmes paroles servent de préface et d'apologie à cette nouvelle publication.

Faible, je m'adresse aux faibles : je leur donne le lait dont je me suis nourri moi-même. Plus forts les uns et les autres, nous réclamerons ensemble le pain des forts. Mais j'ai cru que ceux qui sont encore au commencement de leur marche, avaient besoin que quelqu'un, se plaçant dans leur point de vue, leur parlât moins comme un prédicateur que comme

(i) En 1830.

VÎij RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES

un homme qui les précède à peine d'un pas, et qui est jaloux de faire tourner à leur profit le peu d'avance qu'il a sur eux.

Peut-être est-il bon que chacun, selon la mesure de connaissance qui lui a été départie, travaille à l'évangélisation du monde. Peut-être est-il dans le nombre de ceux que je me permets d'appeler les candidats de la vérité, quelques âmes qui sont particulièrement attirées par le genre de prédication que j'ai employé, et employé sans le choisir ; car je ne pouvais choisir. Je dis peut-être et rien de plus ; mais ce que j'affirme avec plus de confiance, c'est qu'il importe que chacun se montre tel qu'il est, et que personne n'affecte les dons qu'il n'a pas reçus.

Je ne crois pas me tromper en disant que, parmi ceux qui parlent ou écrivent sur les choses saintes, il règne un besoin exagéré d'uniformité. Je sais que la communauté des convictions et des espérances, l'habitude de puiser l'instruction aux mêmes sources, l'intimité des rapports de la société chrétienne, doivent avoir pour résultat une unité de pensées, d'habitudes intellectuelles, et même, jusqu'à un certain point, d'expression; mais cette unité, qu'il faut admirer quand elle est venue, il ne faut pas la faire venir malgré elle. La généreuse liberté du christianisme répugne à cette déférence craintive pour un langage de convention et pour une vaine orthodoxie de ton et de tournures; la sincérité ne permet pas d'adopter comme expression de notre individualité un type collectif dont l'empreinte nous est toujours en quelque point étrangère; l'intérêt de notre développement religieux nous prescrit de ne pas nous déguiser à nousmêmes notre propre état, et rien ne serait plus propre à nous le dissimuler que l'habitude involontaire de le dissimuler aux autres. Enfin, la beauté de l'œuvre évangélique, l'intérêt même de l'unité demandent que chaque nature se manifeste avec les caractères qui lui sont propres ; on croît bien mieux à l'unité quand elle se produit sous l'aspect de la va-

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riété; la communauté du fond est rendue plus frappante par la diversité des formes, tandis que l'uniformité, étant nécessairement factice, est toujours plus ou moins suspecte, et fait naîlre involontairement l'idée de contrainte ou de dissimulation.

îl serait déplorable, en tout temps, d'introduire l'étiquette dans le christianisme et dans la prédication ; mais de nos jours surtout l'inconvénient serait grave. Dans un moment où semblent s'ouvrir à l'Évangile tant de routes diverses vers le monde, il serait vraiment malheureux de n'en choisir qu'une et de négliger celles où l'on pourrait rencontrer beaucoup d'âmes. Le pays doit être parcouru, exploré, battu dans tous les sens ; et les plus obscurs sentiers doivent être fouillés avec soin. Il serait doux au prédicateur de n'avoir pas à partir de plus loin que des déclarations de la parole évangélique, acceptée en commun par ses auditeurs et par lui, et de n'avoir à expliquer cette parole que par elle-même; mais qui ne voit que, même avec des chrétiens, il faut incessamment, je ne dis pas remonter plus haut, mais reculer plus loin, et que, d'une manière ou d'une autre, un prédicateur est toujours appelé, non-seulement à expliquer l'Évangile, mais à le prouver? Il est de toute nécessité que celui qui parle et celui qui écoute se réunissent d'abord sur le terrain d'une conviction commune, et le choix de ce terrain n'appartient pas au prédicateur : pour conduire ses auditeurs au sommet de la vérité religieuse, il faut d'abord qu'il descende jusqu'à eux. Toute âme croit à quelque chose de vrai, ne fût-ce qu'à sa propre existence : or, toute croyance vraie est sur la route de l'Évangile; il faut partir de là sans avoir regret au chemin. Je ne puis donc croire que ceux-là aient prévariqué, qui, avant moi et bien mieux que moi, se sont attachés à relever le côté rationnel du christianisme, et, le mettant aux prises avec la philosophie, ont entrepris de faire voir que pour les penseurs aussi il devrait être une autorité. Les philosophes et les hommes du monde nous invitent, en

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