‹ Discours sur quel ques sujets religieuxChapitre 3 sur 16 · X RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

X RÉFLEXIONS PRÉLIMINAIRES

quelque manière, à les aborder; arrêtés longtemps dans les parvis de la philosophie, ils s'avancent vers le sanctuaire ; l'énigme de la vie, son dernier mot est demandé de toutes parts; et nous qui le connaissons, ce dernier mot, en serionsnous avares, et refuserions-nous de le dire, parce qu'il faut le dire aux philosophes dans une langue qui nous est moins familière qu'à eux? Ce mot est de toutes les langues, cette vérité souffre toutes les formes, elle a mille expressions différentes; car elle se trouve au terme de toutes les questions, au bout de toutes les discussions, au sommet de toutes les idées. Long ou court, direct ou détourné, tout chemin est vrai, qui conduit au pied de la croix.

Je ne veux pas que ces réflexions abusent le lecteur sur le contenu de ce volume. Je n'ai pas eu la prétention de prêcher Christ dans l'aréopage, et de lutter contre les docteurs. D'autres l'essayeront, j'en ai la confiance. Mais je me suis involontairement, sans préméditation, tourné vers cette classe nombreuse d'hommes cultivés, qui, élevés dans le sein du christianisme, et imbus, si j'ose m'exprimer ainsi, de préjugés chrétiens, luttent péniblement, ou contre leur propre cœur, que le sérieux du christianisme effraye, ou contre cette prévention trop générale, que le christianisme, si nécessaire, si beau, si consolant, ne saurait se justifier aux yeux de la raison.

Pour ce qui est de la première difficulté, le prédicateur chrétien ne croira pas devoir la lever en diminuant quelque chose du sérieux de l'Évangile. Il est bien heureux, au contraire, de trouver cette prévention établie; c'est une erreur de moins à déraciner. La peur que fait l'Évangile est un commencement d'adhésion. C'est ce sérieux même que la prédication doit cultiver jusqu'à maturité. Quant à la seconde difficulté, qui revient à la vieille opposition de la foi et de la raison, qu'il nous soit permis d'en dire un mot.

Qui parle de religion révélée parle d'une doctrine que la raison n'eût pu trouver, puisqu'il a fallu que Dieu lui-même

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