‹ Discours sur quel ques sujets religieuxChapitre 9 sur 16 · L'ATHÉISME DES ÉPHÉSIENS · texte numérisé non relu

L'ATHÉISME DES ÉPHÉSIENS

\ous étiez sans Dieu dans le monde, Ëphés. II, 1 2.

Les paroles que je viens de vous lire sont adressées par saint Paul aux nouveaux chrétiens d'Éphèse, et font partie du chapitre où ce grand apôtre rappelle l'état de ténèbres, d'abjection morale et de condamnation dans lequel ils étaient plongés avant que les messagers du salut leur eussent annoncé Jésus-Christ. La vérité dure que ce texte renferme ayant pour elle l'autorité de la Parole divine, et se trouvant en accord avec tout l'ensemble des révélations chrétiennes, nous pourrions nous dispenser de lui chercher d'autres preuves. Mais Dieu ne nous a pas interdit de constater et de mettre en lumière la parfaite et admirable conformité de sa Parole avec les données les plus claires de la raison et de la nature. C'est pourquoi nous vous invitons aujourd'hui à chercher avec nous les preuves de cette proposition de saint Paul : que les Éphésiens, avant de connaître Jésus-Christ, étaient sans Dieu dans le monde.

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Secondez-nous de votre attention. Et si vous sentez involontairement quelques préventions contre la thèse que nous allons soutenir , veuillez, pour quelques moments, leur imposer silence. Nous ne venons pas établir que les Éphésiens, avant d'avoir accepté l'Évangile, ne croyaient pas à l'existence de Dieu ; ce serait une proposition insoutenable. La croyance en Dieu est tellement inhérente à l'espèce humaine, tellement essentielle à notre raison, que les êtres même les plus dépravés ne s'en délivrent qu'à peine. N'est pas athée qui veut : les démons eux-mêmes croient en Dieu et ils en tremblent. Comment saint Paul aurait-il pu dire une chose pareille aux Éphésiens, à la vue, pour ainsi dire, du temple de leur Diane? Comment Faurait-il dite, lui qui, voyant dans Athènes des autels élevés de toutes parts, reprochait aux habitants de cette ville célèbre d'être, en quelque manière, trop dévots? Ce qu'il voulait dire et ce que nous cherchons à prouver aujourd'hui, c'est que pour l'Éphésien non converti, je. dis d'ailleurs pour l'Éphésien le plus éclairé, pour ce^ lui qui, sur les pas des philosophes, s'était élevé à l'idée de l'unité de Dieu, autant valait ne pas croire en Dieu que d'y croire comme il y croyait.

Et si cela même paraît à quelques-uns difficile à croire, je les prie de faire attention à la question que je vais proposer. Qu'est-ce que croire à l'existence d'un être? N'est-ce pas croire qu'il y a un sujet dans lequel se réunissent certaines qualités qui le distinguent de lous les autres? Ne sont-ce pas ces qualités, ou ces propriétés, qui le font être ce qu'il est, et non point

autre chose ? et quand nous nions les unes après les autres toutes ces qualités ou propriétés, cela ne revientil pas à nier l'objet lui-même?

Que diriez-vous d'un peuple qui a résolu de se donner un roi, qui même a revêtu un homme de cette

éclatante dignité, mais qui, par un motif quelconque, lui retire successivement le droit de lever des armées, et celui de faire la guerre et la paix, et la nomination aux emplois, et les revenus nécessaires pour soutenir sa dignité, et jusqu'aux marques extérieures de respect que son titre semble commander? Vous diriez que ce peuple n'a point de roi. En vain existe-t-il dans son sein un homme qu'on appelle roi : il ne l'est point, puisqu'on ne l'est réellement que par certaines qualités, par certaines prérogatives ; et ces qualités, ces prérogatives, il ne les a pas. C'est la république sous le nom de monarchie.

Que diriez-vous pareillement d'un homme ou d'une société qui dirait : « Nous reconnaissons un Dieu, » mais qui refuserait à ce Dieu les qualités les plus essentielles à sa dignité, les plus inséparables de l'idée de sa perfection, et le réduirait à n'être, pour ainsi dire, qu'un nom? Certainement vous diriez qu'un tel homme, qu'une telle société ne croient point en Dieu, et que, sous le nom de religion, c'est l'athéisme qu'ils professent.

Fort bien, dira-t-on, le principe est incontestable ; mais aussi qui est-ce qui songe à le contester? Y a-t-il dans le monde quelqu'un d'assez peu raisonnable pour nier les perfections de Dieu, telles que sa bonté, sa

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justice et sa providence? Oui, mes frères, il y a quelqu'un dans le monde qui les nie : c'est l'Éphésien avant sa conversion.

Ici nous avons un second pas à faire. Nous avons vu que c'est nier Dieu que de nier les propriétés qui lui sont essentielles : il faut que vous nous accordiez à présent que c'est nier les propriétés essentielles de Dieu que de nier les actes qui sont une suite nécessaire de ces propriétés. En d'autres termes, c'est nier les perfections de Dieu que de lui en refuser l'exercice. Car qu'est-ce qu'une perfection sans exercice? qu'est-ce qu'une faculté sans application? qu'est-ce qu'une force oisive? Ce n'est qu'un nom, ce n'est rien.

Vous croyez à la justice de Dieu, pouvait dire saint Paul à l'Éphésien. Vous croyez donc que Dieu est le soutien, le défenseur et le vengeur d'un ordre moral qu'il a établi pour le bien de ses créatures et pour sa propre gloire. Vous croyez que cette justice étant infinie ne peut être satisfaite que par une obéissance entière et sans réserve. Vous croyez que cette justice étant spirituelle demande Y obéissance, non des mains seulement, mais du cœur et de la volonté. Vous croyez que cette justice étant inviolable ne peut recevoir aucune atteinte sans exiger une réparation soudaine, complète, absolue. Vous croyez tout cela, dites-vous; par conséquent vous croyez aussi que vos péchés doivent être punis; que votre cœur, qui ne s'est pas donné à Dieu, doit être condamné ; que votre repentir n'efface aucune de vos fautes, puisque ce qui est fait est fait, et que l'ordre violé n'en est pas moins violé ;

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que vos bonnes œuvres ne le peuvent pas davantage, puisque le bien que vous faites en réparation de vos péchés devait se faire lors môme que vous n'auriez point eu de péchés à réparer. Vous croyez donc que vous êtes condamné , nécessairement condamné. Si vous ne le croyez pas, vous avez un Dieu sans justice, c'est-à-dire que vous n'avez point de Dieu.

Je suppose toutefois, pouvait dire saint Paul, que vous croyez à sa justice; mais croyez-vous à sa bonté? Vous y croyez, dites-vous. Non pas sans doute à une bonté bornée, mêlée de faiblesse, sujette au changement. Vous croyez que Dieu a aimé ses créatures d'un amour éternel, qu'aucune tendresse du monde, pas même celle d'une mère, n'est comparable à cette tendresse ; que ce n'est pas votre corps seulement, mais votre âme que Dieu aime ; et que cet amour est infatigable comme il est éternel. N'est-il pas vrai, vous croyez ces choses ? Ah ! qui ne les croirait pas ? qui n'a besoin de les croire? N'est-ce pas sous les traits de l'amour qu'on aime à se représenter l'Être suprême? Il est vrai. Mais entre vous et sa bonté quel effrayant fantôme s'élève et couvre comme d'un voile sinistre sa face pleine de bénignité? c'est le fantôme de sa justice, c'est l'image de vos péchés. Essayez d'invoquer comme père celui que vous n'avez cessé d'offenser! Essayez de croire à l'amour du Dieu fort des vengeances î Terrible alternative, de ne pouvoir admettre la bonté de Dieu sans nier sa justice, ni croire à sa justice sons nier sa bonté! Non, il n'est pas pour vous le Dieu bon. Mais il k sora, si vous écoutez la grande

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merveille que nous sommes chargés de vous annoncer, Un réparateur s'est trouvé ; la grande médiation, tant de fois figurée sur la terre dans toutes les religions des peuples, s'est réalisée dans le ciel. Dieu vous a donné son Fils, et le Fils s'est donné pour offrir à son Père la seule caution qu'il pût accepter, la seule réparation qui fût efficace, la seule conciliation qui conciliât toutes choses. S'il ne s'était pas donné, la justice avait son cours, que rien ne pouvait arrêter. Mais vous qui n'avez pas reçu Jésus-Christ, pouvez-vous croire à Dieu comme à un Dieu bon ? pouvez-vous, du sein de votre misère et de votre réjection, lui crier : Notre père qui es dans le ciel? Vous avez dans le monde un maître, un accusateur, un juge : avez-vous véritablement un Dieu?

Vous croyez à la Providence, pouvait dire saint Paul à l'Éphésien. Ah! bienheureux celui qui croit à un aussi grand mystère! C'est une preuve qu'il est passé de la mort à la vie. Mais savez-vous bien ce que c'est que croire à la Providence? Hélas! j'en doute. Car pourquoi, lorsqu'arrive un événement qui compromet votre bien-être, parlez-vous aussitôt de hasard et de fatalité? Et pourquoi, lorsque vous recevez des hommes quelque bien, votre reconnaissance s'arrête-t-elle à eux, au lieu de s'élever jusqu'à l'Éternel? Et pourquoi, lorsque vous en recevez du mal, ne pensez- vous qu'à vous indigner contre la main de chair qui vous frappe, et ne pensez-vous point à adorer avec crainte l'autorité céleste sans la permission de laquelle vous ne sauriez être frappé? Et pourquoi, à la vue des révolu-

tions du monde, n'apercevez-vous jamais que les causes secondes, qu'à la vérité il faut étudier, et ne remontez-vous jamais à la cause première? Est-ce là croire à la Providence? Mais tout cela n'est qu'une partie du cercle d'activité de la Providence. Si elle régit le monde des choses, elle gouverne aussi sous un autre nom le monde moral : et ce nom, c'est le Saint- Esprit. Croyez-vous au Saint-Esprit? Croyez-vous que de lui procèdent toute bonne résolution et toute bonne pensée ? Croyez-vous qu'il soit libéralement accordé par le Père céleste à tous ceux qui le lui demandent? Il ne faut pas, ce semble, un grand effort pour le croire. Aucune doctrine n'est plus raisonnable. On ne peut, sans absurdité, contester à Dieu, qui a fait les esprits, le pouvoir de les influencer et de les diriger. Mais si vous ne croyez pas au Saint-Esprit, à cette âme vivifiante du monde moral, je vous le demande, quel Dieu avez-vous?

Voilà, mes frères, ce qu'avant leur conversion saint Paul pouvait dire aux Épliésiens. Voilà ce qu'il ne pouvait dire à ces mêmes Éphésiens devenus chrétiens. Le chrétien seul voit se manifester dans toute leur plénitude et se développer dans une parfaite harmonie la justice, la bonté et la providence de Dieu. En Jésus-Christ elles sont consommées, réelles, triomphantes. En lui la justice divine a été accomplie, par lui la bonté de Dieu proclamée, par lui enfin le gouvernement du Saint-Esprit, la providence morale mise audessus du doute. Ces vérités sont toute la substance et tout l'objet de l'Évangile. Le chrétien seul connaît Dieu, le chrétien seul a un Dieu.

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Je Siift aussi bien que personne tout ce qu'une as* y ertion pareille présente, au premier moment, de paradoxal et de dur. Mais je le demande, qu'est-ce donc qu'un Dieu qui n'aurait droit ni à notre adoration, ni à notre confiance^ ni à notre amour? Et de bonne foi, comment adorer un Dieu dont la justice pliable et malléable s'accommoderait à la corruption de nos coeurs et à la perversité de nos pensées? Comment, d'un autre côté, aimer un Dieu qu'on ne verrait que sous la forme et avec les attributions d'un juge sévère et inexorable? Comment pourrait-on se confier en un Dieu qui, indifférent à nos intérêts temporels et à ceux de notre ame, ne prendrait aucun souci, ni de notre conduite, ni de notre destinée? Et, encore une fois, qu'est-ce qu'un Dieu qu'on ne saurait ni adorer ni aimer? En Vérité, mes frères, il ne sert de rien d'adoucir les termes : la profession de foi de l'Éphésien était une profession involontaire d'athéisme. Saint Paul pouvait lui dire : Ou ne reléguez point votre Dieu dans les splendeurs d'une gloire lointaine d'où ce soleil de justice ne peut plus réchauffer le monde moral et lui verser la santé dans ses rayons 5 ou, si c'est là le Dieu que vous voulez , de grâce, ne vous raillez point si cruellement vous-même, et respectez, en ne le prononçant pas, un nom qui ne laisse pas d'être saint.

Ou plutôt, non, prononcez-le sans cesse, comme le nom d'un objet absent et d'un bien perdu; cultivez, laites croître pour ainsi dire sous vos larmes cette grande idée, dont la grandeur vous rappellera votre dénûment ; mais ne vous abusez pas, ne vous flattez

point ; ne vous imaginez point avoir un Dieu quand vous n'en avez que l'idée; convenez avec vous-même, non que le monde a un Dieu, vous n'avez jamais pu en douter, mais que vous, tombé en quelque sorte audessous du reste des êtres créés , vous êtes sans Dieu dans le monde.

Voilà, mes frères , ce que la raison , sincèrement interrogée, nous fournit sur la religion de l'Ëphésien avant sa conversion. Or, telle qu'est sa religion, telle sera sa vie. Car il est impossible que celui qui est sans Dieu dans le monde vive comme celui qui a un Dieu. Et, pour le montrer, nous n'avons pas besoin de vous développer sa conduite morale et de vous faire voir combien elle est éloignée de cette sainteté dont Dieu est à la fois la source, le motif et le modèle. Sans parcourir tout le cercle de ses relations, il nous suffit de dire ce qu'il est par rapport à Dieu, ou, en d'autres termes, la place que Dieu occupe dans sa vie morale.

Cette place, qu'elle est petite! La pensée de Dieu n'est ni le centre de ses pensées, ni l'âme de sa vie, mais une idée accessoire , surnuméraire, souvent importune , qu'il associe tant bien que mal à ses autres pensées. Dieu n'existerait pas, que le système de ses idées n'en serait pas moins complet, ni sa raison moins à l'aise. Ou s'il s'en occupe, c'est comme d'une simple vue de l'esprit, comme d'un dogme scientifique, non comme d'un fait réel qui détermine le but de l'existence et le prix de la vie. Il en tire moins d'application pratique que l'astronome de la figure de la terre,

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du cours des astres et de la mesure des cieux. Sa croyance est presque purement négative : il permet à Dieu d'exister, ne pouvant faire autrement ; mais cette croyance n'enchaîne point sa vie et ne règle point ses actions. Il croit en Dieu; il le dit quand l'occasion l'exige ; mais il ne se plaît point à en parler à sa famille et à ses amis; il n'en entretient jamais ses enfants, et ne fait nul usage de cette idée dans leur éducation. En un mot, sa pensée n'est pas pleine de Dieu, ne vit pas de Dieu, en sorte qu'on peut dire de lui, sous ce premier rapport, qu'il est sans Dieu dans le monde.

Cependant, mes frères, il y a une voix dans l'univers. Les cieux racontent la gloire du Dieu fort; et, quoiqu'il n'y ait point en eux de langage proprement dit, leur voix néanmoins est entendue, dit le Psalmiste, et même de l'oreille la plus dure ; et quelquefois de l'oreille cette voix pénètre dans le cœur. Oui, à la vue de cette magnifique nature, toute pleine d'amour et de vie, le cœur de l'Éphésien s'attendrit quelquefois. Mes frères, je ne lui demanderai pas pourquoi, à l'aspect de ces beautés, son âme se serre bientôt et son cœur se gonfle de soupirs; je ne lui demanderai pas d'où vient cette involontaire tristesse qui succède au ravissement d'une première vue. Je ne dirai pas que ce qui pèse alors sur sa pensée, c'est le contraste entre une belle nature et une âme dégradée, entre un ordi e parfait et la confusion de ses sentiments et de ses pensées, entre cette profusion de vie répandue dans l'immensité et le sentiment d'une existence caduque

qui n'ose compter sur sa durée. Je ne lui ferai pas remarquer que ce sentiment est tellement propre à une âme comme la sienne qu'il revient à chaque émotion de joie comme à un signal convenu pour l'empoisonner et la flétrir; et je ne conclurai pas, comme je pourrais le faire : tout cela vient de ce que Dieu est absent. Non ; mais je dirai seulement : qu'est-ce que cette émotion? que prouve-t-elle? vous donne-t-elle un Dieu? Hélas! ce sentiment confus a remué l'âme de millions de spectateurs de ces beautés, et les a laissés tels qu'ils étaient : la nature, qui émeut tour à tour de joie et de tristesse, ne régénère personne. Observez l'Éphésien qu'elle a touché : cette émotion passagère, en se dissipant, le rend tout entier au monde. Quand même il rendrait un culte à son Créateur, sa vie n'est pas un culte, sa vie n'est pas dévouée au Seigneur des cieux et de la terre : sa conduite obéit tour à tour à mille impulsions; mais il ne sait point ce que signifie cet admirable précepte : « Tout ce que vous faites, faites-le pour « le Seigneur, et non pour les hommes ; glorifiez Dieu « en votre corps et en votre esprit qui lui appar- « tiennent. » Ce n'est pas pour Dieu qu'il est artisan, laboureur, négociant, homme de lettres, homme d'état, citoyen, chef de famille, c'est pour lui-même ; il est son propre Dieu et sa propre loi.

Les événements tristes et prospères arrivent tour à tour, se succèdent sans relâche, et le retrouvent toujours sans Dieu. Heureux, il n'a point d'élans de grar titude pour le Seigneur; malheureux, il ne reçoit point le malheur comme une épreuve ou comme un conseil ;

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malade, il ne pense point au grand médecin ; mourant, il n'a point d'espérance. En un mot, mes frères, cette pensée de Dieu, qui doit être tout ou rien dans la vie, n'est rien dans la sienne, rien du moins qui vaille la peine d'être compté. Il ne lui a rien subordonné, rien sacrifié, rien offert. Et après tout cela, il nous dirait qu'il a un Dieu !

Mais, mes chers auditeurs, c'est parler assez longtemps de cet être imaginaire, de cet Éphésien irrégénéré , Est-ce qu'à votre avis il n'y a d'incrédules qu'à Éphèse , et de paganisme que dans le monde païen ? Est-ce que le portrait que nous venons de tracer s'applique uniquement à une race éteinte? Et ne convient-il pas à ces milliers , hélas ! à ces millions de païens de la chrétienté qui vivent aussi sans Dieu dans le monde? Point d'illusion : ou cette image est fausse ou elle est vraie. Fausse, elle ne convient à personne, et pas plus à F Éphésien qu'à tout autre ; vraie, elle a ses originaux dans tous les siècles, dans tous les pays, et sans doute aussi parmi nous.

À Dieu ne plaise, mes chers auditeurs, que je ne fasse qu'une même classe de toutes les personnes qui ne croient pas à l'Évangile! Il en est, dans leur nombre, qui gravissent vers la vérité d'un pas lent, mais persévérant, mais infatigable. Il y a déjà du christianisme dans ces âmes sérieuses et touchées qui cherchent de toutes parts un autre Dieu que celui que le monde leur a fait. Car déjà, sans avoir une notion claire de l'Évangile, elles ont reçu du Saint-Esprit une secrète impulsion qui les porte à chercher un Dieu revêtu de

avant ir.rn cosvEttsios . 107 tous les caractères que l'Évangile a révélés, un Dieu infiniment juste, un Dieu infiniment bon, une Providence» La religion leur tend la main et les salue d'un doux nom alors même qu'ils veulent se roidir contre elle ; car elle a découvert en eux une soif de justice et de paix qu'elle seule est en état de satisfaire, et elle attend le moment heureux où, reconnaissant l'accord frappant des révélations chrétiennes avec les révélations incomplètes de la voix intérieure, ces chrétiens anticipés, ces chrétiens de désir et de besoin, le deviendront aussi de fait et de profession.

Mais ceci n'ôte rien à la vérité que nous avons établie touchant l'incrédule, savoir qu'il est sans Dieu dans le monde. Et que serait-ce, mes frères, si nous voulions poursuivre? Nous n'avons parlé que de ses opinions, de ses sentiments intérieurs. Et ses actions? Ses actions ne prouvent-elles pas que « ses pensées, » selon l'énergique expression du roi-prophète, « sont « toutes qu'il n'y a point de Dieu? » Je chercherais à le montrer, si les bornes de ce discours pouvaient le permettre. Je le montrerais aussi bien dans l'incrédule honnête homme que dans l'incrédule vicieux. Je ferais voir dans l'un et dans l'autre un même oubli de Dieu, une même indifférence pour sa gloire, une même idolâtrie de soi-même. Mais un sujet si important veutplus d'espace, et ce n'est pas en quelques mots qu'on peut en éclaircir toutes les difficultés.

Mes chers frères, pourquoi vous ai-je entretenus de ces choses? Vous regardaient-elles? et cette prédication

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n'était-elle pas plus faite pour une assemblée païenne que pour un temple chrétien? Mais est-ce donc que le doute et l'erreur ne viennent jamais s'asseoir dans un temple chrétien ? Ils y peuvent entrer pour chercher la lumière ! et Dieu bénisse un si bon dessein, où il y a déjà de la piété! Dans ce cas, il est à propos de parler de ces choses. Mais dans un auditoire même dont tous les membres seraient pénétrés des vérités que je viens d'exposer, un tel sujet est encore à sa place. Le chrétien ne peut que gagner à s'enquérir diligemment des fondements et des prérogatives de sa foi. Il doit aimer à revoir les titres de son adoption. Il doit apprendre aussi à les étaler avec respect, à les expliquer avec douceur à ceux qui lui demandent compte de sa glorieuse espérance. Et quoique l'Évangile se puisse prouver par lui-même et sans aucun concours humain à l'âme altérée de justice, néanmoins l'examen de ces preuves si variées , si riches et si belles est un moyen naturel que Dieu emploie souvent pour faire naître ou consolider la foi. Puisse être là, en quelque mesure, l'effet de ce discours! Puissiez-vous retourner dans vos maisons plus convaincus et plus touchés des admirables beautés de l'Évangile ! Puissiez-vous vous écrier avec le poëte sacré : « 0 Dieu, je me réjouis de « ta parole comme celui qui aurait trouvé un grand «butin. Elle servira de lampe à mes pieds et de lu- « mière à mes sentiers. Tu m'as fait connaître le che- « min de la vie. Je serai toujours avec toi; tu m'as « pris par la main droite. Tu me conduiras par ton « conseil, et puis tu me recevras dans la gloire! »

Vous êtes, sauvés par grâce. Éphés. II, 8.

Il n'est, dans aucune langue, un plus beau mot que celui de grâce; il n'en est point, dans l'Évangile, qui scandalise davantage les hommes du monde. L'idée d'être sauvés par grâce indigne leur orgueil et soulève leur raison. Et ils préfèrent mille fois à ce mot de grâce, si doux et si touchant, le mot de loi, si impo* sant et si sévère. Ils veulent bien qu'on leur parle des préceptes de l'Évangile, de la morale de l'Évangile : ils n'aiment pas qu'on les entretienne du pardon gratuit annoncé dans l'Évangile. Nous ne développerons pas aujourd'hui les causes de cette prédilection et de cette répugnance, qui semblent en contradiction avec les plus intimes penchants de la nature humaine: mais nous nous attacherons à montrer que, bien loin que ces deux choses, la grâce et la loi, soient inconciliables, l'une conduit nécessairement à l'autre ; je veux dire que la loi conduit à la grâce, et que la grâce à son tour ramène à la loi. Et après que nous aurons déduit cette vérité de la nature même des choses,

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