‹ Discours sur quelques sujets religieuxChapitre 8 sur 27 · LA FOL · texte numérisé non relu

LA FOL

Jean XX, 29.

« llonreux ceux qui n'ont pai vu, cl qui ont eru. »

PRBMXBR DXSCOUBS.

Les apôtres n'ont point prétendu apporter au monde autre chose qu'un njessage, une grande nouvelle , la nouvelle de ce fait que les anges annoncèrent aux bergers de Bethléem en ces mots : « Gloire soit à Dieu au » plus haut des cieux, paix sur la terre, et bienveillance y> envers les hommes! » Messagers fidèles, mais non pas indifférents , émus eux-mêmes de la nouvelle qu'ils apportaient au monde, ils en ont parlé avec toute la chaleur de la joie et de l'amour. Prédicateurs de la justice, ils ont pressé avec force les conséquences pratiques des faits qu'ils annonçaient, et, dans leurs admirables instructions, un sentiment principal, la reconnaissance, se ramifie en une foule de devoirs et de vertus, dont l'ensemble constitue la plus divine morale. Mais là s'est borné leur ministère ; et certainement ils n'ont point eu la prétention d'apporter au monde une nouvelle philosophie. Ils l'ont fait toutefois, mes chers auditeurs ; et ceux qui s'attachent, do nos jours, à chercher quelles idées

— Oise cachent derrière les grands faits de FEvaiigile, à en pénétrer Tesprit, et, s'il est permis de s'exprimer ainsi, à en construire le système, ne peuvent se défendre d'admiration en considérantl'enchaînement des parties de ce grand corps, la parfaite harmoniedes unes avec lesautres, et l'harmonie de chacune d'elles avec les attributs constants et les besoins ineffaçables de la nature humaine. Ce caractère philosophique de l'Evangile serait déjà frappant si les apôtres paraissaient l'avoir imprimé volontairement à leurs instructions ; mais combien ne l'estil pas davantage, combien n'est-il pas propre à faire pressentir la divinité de l'Evangile, quand on voit que les écrivains de l'Evangile n'en ont pas eu la conscience, et que c'est malgré eux, pour ainsi dire, qu'il s'est imprimé à leur ouvrage ! Ce caractère philosophique serait déjà frappant dans une religion simple, d'un aspect rationnel, rapprochée, en un mot, de la religion naturelle autant que peut l'être une croyance positive ; mais combien ne l'est-il pas quand on considère que cette religion est toute tissue de dogmes étranges, dont la première vue épouvante la raison ! ^ ces dogmes, si arbitraires en apparence, recouvrent des idées éminemment naturelles et un système éminemment conséquent, qui n'en sera frappé, mes frères ? et qui ne voudra chercher par quel secret la raison la plus sublime jaillit de la folie de la croix, la philosophie du dogme, et la clarté du mystère ?

Nulle part, à ce ^pi'il nous semble, ce caractère philosophique du christianisme n'est si vivement empreint que dans la doctrine de l'Evangile sur la foi. Non-seulement la nécessité générale de la foi y est leconnue comme dans toutes les religions ; mais ce principe y tient une

place, y Jouit d'une imporfance, y déploie des effets qui témoignent que l'Evangile a seul saisi le principe dans toute sa force, Ta seul appliqué dans toute son étendue, seul en un mot a connu à fond et pleinement réalisé les exigences de la nature humaine. Ce sera donc, mes frères, un digne sujet de votre attention que la proposition suivante : Les religions humaines et la religion de Jésus-Christ sont, sur le principe de lajbi, dans la vérité philosophique, avec cette différence qu'il n'y a dans les premières qu'un faible et inutile commencement de vérité, et que dans la seule religion de Jésus-Christ se trouve la vérité dans toute sa plénitude et dans toute son énergie. Prouver cette proposition, ce sera développer dans ses applications les plus diverses le mot du Sauveur : Heureux ceux qui nonl pas vu et qui ont cru !

Je dis d'abord que les religions humaines ont rendu hommage à la vérité philosophique en plaçant la foi à leur base, ou, plutôt, qu'elles sont elles-mêmes un hommage à cette vérité, en ce que par leur existence seule elles ont proclamé la nécessité et la dignité de la foi. C'est la première idée que nous avons à développer.

La nécessité et la dignité de la foi : rien de plus philosophique, rien de plus raisonnable que cette idée* Et cependant, si l'on en croit les déclamations vulgaires et les propos des gens du monde, la foi serait l'apanage des esprits faibles et des imaginations malades. Elle est, au contraire, dans une certaine mesure, l'apanage commun de l'espèce humaine, et dans une mesure plus haute, la dotation particulière des caractères élevés, des plus nobles esprits, et la source de tout ce qui, dans le monde, porte l'empreinte de la grandeur.

La vie entière de l'homme, considérée dans ^ sub-

staûce, est coog^posée de ces trois choses : connaître, sentir, agir. Le sentiment est le motif de Faction, la connaissance est le point de départ de l'un et de l'autre ; elle est donc la base de la vie, et tout se rapporte, tout revient à elle. Avant tout.il faut connaître ; mais le premier coup d'œil laisse voir peu de proportion entre les moyens de la connaissance et la multiplicité de son objet. Il s'en Êtutbien, en effet, que voir et expérimenter soient possibles dans tous les cas où la connaissance nous importe. Une vaste lacune s'étend, le plus souvent, entre la connaissance et l'action ; sur cet abîme un pont est jeté par la foi, qui, s'appuyant sur un fait donné, sur une première notion, s'élance à travers le vide et nous porte à l'autre bord. Une expérience quelconque, physique ou morale, une vue extérieure ou intérieure, d'observation ou d'intuition, est le point de départ, la raison de la foi; car on ne croit jamais sans quelque raison de croire. Ce premier fait n'exige ni ne comporte la foi ; mais ses conséquences, son développement logique, ne prennent un corps, ne deviennent une réalité pour l'homme qu'au moyen de la foi, qui les lui rend présentes, et lui construit un monde au-delà de celui que l'expérience personnelle lui a révélé.

On a OHitiime d'opposer la raison et la foi : il faudrait dire plutôt que l'une complète l'autre, et qu'elles sont deux piliers, dont un seul ne pourrait, sans l'autre, soutenir la vie. On plainlj'bomme de ce qu'il ne peut tout savoir, ou plutôt tout voir, et de ce qu'encore il est obligé de croire : mais c'est le plaindre d'un de ses privilèges. La connaissance directe ne met pas en réquisition les forces vives de l'âme ; elle est un état passif, qu'aucune 99Q\\{^\mté n'l^)nore ; mais dans l'acte de lar foi

( car c'est un acte et non un état), râmeesten quelque sorte créatrice ; si elle ne crée pas la vérité, elle la rapproche de soi, se l'approprie, la réalise ; une idée devient un fait, un fait sans cesse présent. La pensée, appuyée sur une force de l'âme, manifeste alors toute sa dignité en déployant sa véritable indépendance; l'homme multiplie sa vie, étend son univers, et atteint à la parfaite stature de l'être pensant. Sa dignité lui vient de croire, non de savoir.

La foi revêt un caractère encore plus élevé quand elle prend son point d'appui dans la parole d'un témoin dont notre âme a pénétré l'âme et reconnu l'autorité. Alors, Sous un nom nouveau, celui de confiance, elle se rattache aux éléments les plus nobles de notre nature, à la sympathie, à la reconnaissance, à l'amour; elle est la condition des relations sociales, et en fait la véritable beauté. Bien loin de contredire la raison, elle est le fait d'une raison sublime, et l'on peut dire qu'elle est à l'âme ce que le génie esta l'esprit. Lorsque les apôtres reconnaissaient k ses paroles leur maître ressuscité, lorsque Thomas, incrédule à leur témoignage, voulait mettre son doigt dans les plaies de Jésus , qui était raisonnable, sinon les Apôtres, et déraisonnable, si ce n'est Thomas ! Et pour combien de gens néanmoins Thomas ne serait-il pas le type de la prudence s'il n'était devenu, par tradition, celui de l'incrédulité!

Résumons-nous , mes frères ; cette force qui supplée l'évidence, cette force qui, au moment où l'homme, s'avançant dans l'océan de la pensée, commence à perdre pied et se sent surmonté par les eaux, cette force qui le prend alors , le soulève, le soutient, et le fait nager à travers l'écume du doute jusqu'au port tranquille et pur

de la certitude, c'est la foi. C'est par la foi, selon TApôtre, que ce que nous espérons nous est rendu présent, et que ce que nous ne voyons pas nous devient visible (Hébr. XI, 1. ) C'est la foi qui supplée la vue, le témoignage des sens , Texpérience personnelle, l'évidence mathématique.

La foi n'est pas l'adhésion forcée et passive d'un esprit vaincu par des preuves ; c'est une force de l'âme aussi inexplicable dans son principe qu'aucune des qualités natives qui distinguent l'homme entre ses semblables, force qui ne se contente pas d'accepter la vérité, mais qui s'en saisit, qui l'embrasse, s'identifie avec elle, et se laisse porter par elle vers toutes les conséquences qu'elle indique et qu'elle commande.

La foi n'est pas la crédulité ; l'homme le plus crédule n'est pas toujours celui qui croit le mieux ; une croyance se perd d'autant plus aisément qu'on l'a plus facilement adoptée ; et les convictions les plus fermes sont bien souvent celles qui ont le plus coûté. La crédulité n'est que la servile complaisance d'un esprit faible, tandis que la foi réclame tout le ressort et toute la vigueur de l'âme.

Ajoutons que c'est une capacité dont la mesure, un ressort dont l'intensité varie selon les individus, tandis que l'évidence immédiate est pour tous égale et identique. Parmi les partisans d'une même doctrine ou les défenseurs également sincères d'une même vérité, les uns croient plus fortement, l'objet leur est plus réel , plus proche , plus présent ; d'autres, dont la conviction est pleine, libre de doutes, n'ont pourtant pas une perception aussi forte, une vue aussi vive de l'objet.

On pourrait croire que là où le raisonnement a produit

la conviction, il n'y a plus d'emploi, plus de place pour la foi. Ce serait une erreur. Le raisonnement laisse la vérité hors de nous. Pour devenir une partie de notre vie, une partie de nous-mêmes, elle a besoin d'être vivifiée par la foi. Si l'âme ne concourt avec l'esprit, la certitude la plus légitime manquera de fermeté et de vivacité» Il y a un courage de l'esprit comme un courage de l'âme, et bien croire à une vérité absente suppose, en certains cas , une ibrce que tout le monde n'a pas. On aura beau faire ; les conclusions auxquelles on sera parvenu par une série de déductions logiques feront difficilement sur l'esprit l'impression de la réalité. Il y aura toujours une grande diflerence entre raisonner et voir, entre conclure et expérimenter. Il semble qu'après tout l'esprit ait encore besoin de voir; il semble qu'il n'y ait de conviction énergique et efficace que celle qui tient de l'impression sensible ; et c'est à cela que la foi est bonne : elle est une sorte de vue. D'ailleurs, mes frères, eût-on assemblé tous les éléments de la certitude, le raisonnement dont on est le plus satisfait n'est pas toujours en lui-même un gage de parfait repos pour notre esprit. On dirait que pour quelques personnes, plus le chemin des prémisses à la conclusion est long et détourné, plus la conviction perd de sa plénitude ; comme si elle se fatiguait dans ces détours, et qu'à l'issue du raisonnement elle arrivât épuisée. Souvent à la suite des déductions les plus logiques viendra se placer un doute ot^stiné , doute singulier qui n'apporte point de preuves , qui n'essaie point de se légitimer, mais qui n'en jette pas moins un nuage sur les convictions les mieux acquises. Et quand il ne. naît pas du dedans, il vient du dehors. Répandu dans la foule qui nous envi-

ronne, il nous assiège avec la masse de toutes les incrédulités étrangères. On ne sait pas combien il est difficile de croire au milieu d'une foule qui ne croit pas. C'est ici un noble exercice de la foi, et c'est ici que paraît sa grandeur. Cette foi à des vérités contestées, lorsqu'elle est calme, patiente et modeste, est un des attributs essentiels de tous les hommes qui ont été c grands dans l'ordre des esprits. > Qu'est-ce qui donne tant de sublimité dans notre imagination aux grands noms de Galilée, de Descartes et de Bacon, sinon leur foi aux vérités dont ils avaient enrichi les esprits ? Un Newton règne avec majesté sur le monde des sciences ; toutefois il a régné sans combat ; sa figure est d'un souverain, non d'un héros; mais nous sentons plus que de l'admiration pour les grands hommes que j'ai nommés : une reconnaissance mêlée de tendresse et de respect est le seul sentiment qui puisse nous acquitter : notre âme les remercie de n'avoir pas douté, d'avoir conservé leur foi au milieu d'un dissentiment universel , et de s'être héroïquement passés de l'adhésion de leurs contemporains.

Le dirai-je même ? Oui, mais à notre honte. La foi trouye son usage jusque dans des faits d'expérience personnelle. Tel est notre esprit, tel du moins il est devenu, .' qu'il distingue entre l'expérience extérieure et l'expérience intéweure, et que, déférant sans hésiter au témoignage des sens, il lui en coûte de se rendre au témoignage de la conscience. Il lui faut de la (Soumission, et par conséquent une espèce de foi, pour admettre ces vérités . primitives qu'il porte dans son sein, qui n'ont point d'antécédents, qui n'af portent d'autre garant que leur existence même, qui ne se prouvent pas mais qui se sentent.

Irrésistibles par leur nature, il en coûte à tel d'entre nous un effort pour y croire. N'en a-t-on pas vu qui tentaient de ramener les notions du juste à celles de l'utile, afin de revenir par ce détour à la matière et par conséquent à l'expérience physique ? On dirait qu'ils soufiFrent de voir le chemin de la connaissance abrégé devant eux, qu'ils ont regret aux détours que Dieu a voulu lem* épargner ; et c'est cette étrange prévention qui nous oblige, en quelque sorte, à faire violence à la nature des choses, et à présenter comme un acte de foi ce qui n'est qu'une manifestation de l'évidence.

Quoi qu'il en soit, la foi, c'est-à-dire, dans toutes les sphères possibles, la vue de l'invisible, l'absent devenu présent, est la force de l'âme et la force de la vie. On ne s'avancerait pas trop en disant qu'elle est le point de départ de toute action , puisque agir c'est quitter la position ferme du présent et porter la main sur l'avenir ; mais ce qui est sûr au moins, c'est que la foî est la source de tout ce qui porte aux yeux des hommes un caractère de dignité et de force. Les âmes vulgaires veulent voir, toucher, palper; les autres ont l'œil de la foi, et elles sont grandes. C'est toujours pour avoir eu foi aux autres, à soi-même, au devoir ou à la Divinité, que les hommes ont fait de grandes choses. La foi fut en tout temps la ^ force des faibles et le salut des malheureux. Dans les * grandes crises, dans les grandes détresses, la chance favorable a été pour celui qui a espéré contre toute espérance. Et l'on peut mesurer la grandeur des individus et des peuples exactement à la grandeur de leur foi. . .

C'est par la foi que Léonidas, chargé avec trois cents hommes du salut de la Grèce, affronta huit cent mille Perses. La patrie l'avait envoyé mourir aux Thermo-

pyles ; il y mourut. Ce qu'il fit n'était point raisonnable selon les vues ordinaires. Toutes les probabilités étaient contre lui ; mais en jetant dans la balance le poids de sa grande âme et de trois cents trépas héroïques , il fit violence à la fortune. Sa mort, comme on l'a dit avec bonheur, « fut bien employée, i La Grèce, liée par un aussi grand exemple, s'engagea d'être invincible. Et ce même esprit de foi, j'entends de foi à sa propre force, fut le principe de toutes les actions de cette fameuse guerre persique, qui assura l'indépendance de la Grèce.

Qu'est-ce qui soutenait dans les déserts de l'Océan l'intrépide mortel qui nous a donné un nouveau monde ? C'était une ardente foi. Son esprit convaincu avait déjà touché l'Amérique, en avait déjà foulé les rivages, y établissait déjà des colonies et des états , et apportait, pai* un chemin nouveau, plus court quoique détourné, la religion de Jésus-Christ à l'extrême Orient. Il conduisait ses compagnons dans une terre connue; il allait chez lui. Aussi, dès le momentqu'il a accueilli cette conviction, avec quelle patience l'avez-vous vu aller de souverain en souverain , les suppliant d'accepter un monde ! Il poursuit durant de longues années sa sublime mendicité, sensible aux refus, mais peu touché des mépris; supportant tout, pourvu qu'on lui fournisse les moyens de donner à quelqu'un cette terre merveilleuse qu'il a placée au milieu de l'Océan. Parmi les dangers d'une navigation aventureuse, parmi les cris d'un équipage mutiné , voyant sa mort écrite dans les yeux irrités de ses matelots, il garde sa foi , il vit de sa foi, et ne demande que trois jours, dont le dernier lui présente sa conquête.

Que le second Brutus eut de force jusqu'à l'heure «ù

sa foi Tabaiidonna ! Depuis la vision funèbre, produit de la diminution de cette foi, on put prédire que ses destins et ceux de la république étaient accomplis. Il le sentit lui-même : ce fut avec le pressentiment d'une défaite qu'il combattit à Philippes; et un tel pressentiment se réalise toujours.

Les Romains, à leurs commencements , se persuadèrent qu'ils fondaient la ville éternelle. Cette conviction fut le principe de leur effrayante grandeur. Perpétuée de génération en génération, cette idée leur soumit le monde. Une politique inouïe les fit résoudre de ne jamais traiter que vainqueurs. Quel cas ne faisaientils pas de la foi , puisqu'après la bataille de Cannes ils remercièrent l'imprudent Varron de n'avoir pas désespéré du salut de la république ? C'était assurément faire un cercle vicieux que de se dire : Croyons à la victoire, et nous vaincrons ; mais ce ne sont pas les peuples qui raisonnent le mieux qui sont les plus forts ; et la force de l'homme, à ne parler que de force, est plus dans sa conviction même que dans la bonté des preuves dont il l'appuie.

A quoi, mes frères, a pu tenir la longue durée de certaines formes de gouvernement, de certaines institutions qu'aujourd'hui nous trouvons si peu conformes au droit et à la raison? A la foi des peuples, à un sentiment peu raisonné, peu distinct, mais énergique et profond, à une sorte de religion politique. Il est bon qu'un gouvernement soit juste, qu'une dynastie soit bienfaisante, qu'une institution soit raisonnable ; mais la foi peut jusqu'à un certain point suppléer ces choses, et ces choses ne suppléent pas toujours la foi. Les meilleures institutions, sous le rapport de la solidité et de la durée, ce ne

sont pas les phis conformes à la théorie ; la foi les préserve mieux que la raison ; et les plus rationnelles ne sont guère consolidées qu'après que les convictions de Tesprit sont devenues la propriété de l'âme, et que, né cherchant plus sans cesse les raisons de son obéissance, le citoyen obéît par une vive et involontaire impulsion, dont le principe n'est autre que la foi.

Chose encore plus étonnante ! souvent la foi s'attache à un homme. Il est de grands caractères, des volontés fortes auxquelles un empire mystérieux a été donné sur les natures moins énergiques. La plupart des hommes vivent de cette foi à des hommes forts. Un petit nombre d'individus entraînent l'espèce humaine dans leur orbite. On ne pèâè pas toutes les raisons qu'ils donnent, on ne calcule pas toutes les chances qu'ils développent, on ne les juge pas, on cixrit à eux. Beaucoup d'hommes, ■^our se décider, pour agir , pour croire, attendent leur ttnpulsion de ces natures privilégiées ; et, pourra-t-on assez s'en étonner ? leur faiblesse se tourne en force sous cette puissante influence, et ils devienneiW capables, par sympathie, de choses dont, abandonnés à euxmêmes, ils n'eussent conçu ni la pensée ni le désir. Au fort des dangers , quand le trouble est dans tous les cœurs, la foule aspire le courage, s'abreuve de confiance dans les paroles assurées d'un homme qui n'a pour Inique lui-même; tout le monde croit à celui qui croit en soi; et son espérance audacieuse est souvent la meilleure des ressources dans un moment d'anxiété générale.

Nous vous laissons le soin de multiplier les exemples. Nous sommes certain que de tous les points de l'histoire s'élèvera la preuve de la vérité que nous exposons.

Partout où rhomme a pu donner à l'avenir la vivacité du présent, et aux représentations de son esprit la puissance de là réalité, partout où l'homme croit aux autres, ou à lui même, ou à Dieu, il est fort; j'entends d'une force relative ; fort à un égard, faible peut-être à tous les autres , fort pour un temps, faible peut-être au-delà; fort pour le bien, mais aussi pour le mal.

Les religions humaines ont donc rendu hommage à une vérité, compris un besoin général, en: fournissant aux honunes un objet de foi supérieur, par sa nature, à tous les autres. Elles ont parfaitement senti que, pour se soutenir dans le rude sentier de la vie, l'homme n'a pas assez de ce qu'il sait et de ce qu'il \i^y que ses plus solides appuis sont dans la région de l'invisible, et qu'il sera toujours moins fort par les réalités que par la pensée. Quelles qu'elles fussent, elles donnaient un appui aux âmes nombreuses qui ne peuvent croire à elles* mêmes ; et en plaçant dans le ciel le recours et l'espérance, elles dominaient de si haut les événements qu'elles enveloppaient et protégeaient toute la vie.

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