‹ Discours sur quelques sujets religieuxChapitre 9 sur 27 · LA FOI · texte numérisé non relu

LA FOI

Jean XX, 2».

« Heureux ceux qui u'uiit pas vu, el qui onl cru ! »

8BOOWD DlSOOUmS.

Nous avons assez relevé la foi humaine ; abaissons-la maintenant. Après avoir dit ses merveilles, racontons ses misères.

Les religions humaines ont reconnu un besoin de notre nature ; elles l'ont exercé, elles l'ont entretenu ; mais elles l'ont trompé.

Et d'abord, elles étaient de pures inventions humaines. Ce n'efttpas que la foi, considérée comme mobile d'action et source d'énergie, ait absolument besoin de reposer sur la vérité ; mais ce qui est faux ne saurait durer et doit faire place tout au moins à une nouvelle erreur. La foi à des inventions humaines peut être ferme et vive tout le temps qu'il y a proportion entre ces in-* ventions et le degré de culture des esprits ; cette époque passée, la foi s'évapore graduellement, laissant à sec, pour ainsi dire, une classe après l'autre de la société ; la lie des croyances reste à la lie du peuple ; les classes plus

élevées sont sceptiques ou indifférentes, e/t les penseurs sont fatalistes ou athées. Si, par cas extraordinaire, la vieille religion persiste, c'est, comme nous l'avons vu dans un précédent discours, aux dépens du mouvement intellectuel et du progrès en tout genre ; et à l'ordinaire ces vieilles religions , au lieu de donner à l'àme du ressort, l'en privent, et l'oppriment, au lieu de la soutenir.

Sous un autre rapport, la foi des païens est encore moins recommandable. Elle est entièrement étrangère au perfectionnement de l'homme moral ; souvent même elle y est directement contraire. Elle se propose de consoler l'homme, plus souvent de le dominer ; nulle part elle n'a pour dernier but de le régénérer ; nulle part elle ne s'élève à l'idée sublime de lui faire trouver son bonheur dans sa régénération.

Dirons-nous quelque chose de la foi des déistes? Pour l'apprécier au plus juste dans une épocjue comme la nôtre, il faudrait d'abord pouvoir la dépouiller de ce qu'elle a involontairement emprunté à TËvangile. Le déisme de nos jours est plus ou moins coloré de christianisme ; c'est pourquoi il ne va pas nécessairement , comme celui de l'antiquité, se fondre et se dissoudre dans le fatalisme. Mais, quel qu'il puisse être, et à le prendre dans ses meilleurs exemplaires, avouons que la foi du déiste n'est qu'une opinion, une opinion très-vague, trèschancelante, et qui, comme mobile d^action, ne vaut pas la foi des païens. Que le déisme ait au moins des fakirs qui, pour plaire à leur divinité, se fassent écraser sous les roues de son char, et nous avouerons que le déisme est une religion.

Aussi ne voyons^nous pas satisune espèce de plaisir

— Tôles iacrédales de nos jours, ne sachant que faire de leur religion naturelle, et poursuivis du besoin de croire, s*adresser franchement à d'autres objets, et se faire, chose remarquable ! une religion sans divinité. Je ne parle pas ici des avares, qui, selon saint Paul, sont de véritables idolâtres, ni des sensuels, qui, selon le même apôtre, font de leur ventre leur dieu. Il est des âmes qui sont tombées moins bas; qui, moins infidèles à leur origine, ont conservé le besoin, la soif de l'infini, mais qui en ont désappris le vrai nom. Ce besoin de divinité et de religion, qui les tourmente à leur insu, leur fait chercher sur la terre quelque objet d'adoration ; car il faut que l'homme adore quelque chose. Il est difficile de dire comment on parvient à revêtir d'un caractère d'infini des objets dont la nature finie doit incessamment nous frapper ; mais il est sûr que cette illusion est fréquente. Les uns font de la science l'objet de leur culte passionné ; les autres , évoquant devant eux le génie de l'humanité, (m, comme ils disent, son idéale vouent à son perfectionnement, à son triomphe, également idéal, tout ce qu'ils ont d'aflTection, dépensée et de force. Les autres, et c'est de nos jours le plus grand nombre, se sont fait une religion de la liberté politique ; le triomphe de certains principes de droit dans la société est pour eux ce qu'est pour le chrétien Je règne de Dieu et la vie éternelle ; ils ont leur culte, leur dévotion, leur fcinatisme ; et c» mêmes hommes, qui sourient avec pitié du mysticisme des sectes chrétiennes, ont aussi leur mysticisme, moins tendre, moins spirituel, mais plusincon* cevable.

Ainsi, mesfk'ères, en dépit de tous les efforts contraires et de toutes les prétentions, chacun a sa religion, n'en

doutez pas ; chacun à son culte ; chacun déifie quelque ' chose ; et quand on ne sait quelle idée encenser, on se déifie soi-même.

C'est par-là, mes frères, que l'infidélité a commencé dans le jardin d'Eden ; et comme c'a été son commencement, c'est son dernier terme. Au fond, toutes les autres apothéoses, si nous y regardons de près, revien-^ nent à celle-là. Dans la science, dans la raison, dans la liberté, c'est à soi-même qu'on rend hommage ; néanmoins la foi en soi-même se produit aussi comme un culte à part , qu'il vaut la peine d'observer. Il con-siste dans le cercle vicieux le plus absurde. Le sujet et l'objet se confondant en une même individualité, l'adorateur s'adore, le croyant croit en soi ; c'est-à-dire, puisque le culte suppose toujours un rapport d'inégalité, que le même individu se trouve inférieur à lui-même, et, puisque la foi suppose une autorité, que l'autorité se soumet à l'autorité même. Ce renversement d'idées ne nous frappe plus, depuis que nous avons fait entrer dans notre esprit l'inconcevable opinion que nous sommes quelque chose par nous-mêmes, et que la branche peut subsister indépendamment du tronc ; dès lors il faut bien que nous soyons à la fois au-dessus et au-dessous de nous-mêmes, que le moi se trouve l'arbitre du moi, et puis à son tour le moi du serviteur du moi. C'est ainsi que vivent par choix et par système des hommes qui passent pour sages. Ils ont foi en eux-mêmes, à leur sagesse, à leur force, à leur volonté, à leur vertu ; et lorsque cette foi est parvenue à s'enraciner fortement dans le cœur, elle est capable de produire au-dehors de trèsgrands effets. J'ai dit grands, mes frères, mais je vous renvoie, là-dessus, à Jésus-Christ lui-même, qui nous

déclare que c ce qui est élevé devant les hommes est une * abomination devant Dieu. *

Aimez-vous mieux, mes frères, cette foi à des idées et cette foi à soi-même, que la foi des païens à des divinités imaginaires ? Et comment ne pas voir, indépendamment du caractère d'orgueil et d'irréligion que portent ces deux espèces de foi f comment ne pas voir que, même humainement parlant, elles sont extrêmement défectueuses ? C'est ici le lieu d'observer l'imprudence avec laquelle on a relevé la foi snljeciive, comme la nomme l'école, au-dessus de la foi objective^ en insinuant que l'important est de croire fermement, quel que soit d'ailleurs l'objet de la foi ; sans doute on n'entendait appliquer cette maxime qu'aux nuances de la vérité, non à la vérité même ; mais combien le passage est facile ! Comment nier que les hommes dont nous venons de parler n'aient dans un haut degré la foi subjective? que cette foi ne soit en eux une force vive et intense, propre également à la résistance et au mouvement ? Mais est-ce donc là toute la question? et ne tient-il qu'à être fort sans rendre compte jamais de l'emploi de sa force? Quels sont donc les effets de cette foi si vantée de l'homme à l'homme ? Est-elle propre à le cultiver tout entier ? Ne laisse-t-elle pas dans son intérieur d'immenses lacunes ? Ne le cultive-t-elle pas, pour mieux dire, à contre-sens, et de manière à le dénaturer ? Quand tous les sucs se portent à une partie du corps, que devient le reste ? Quand tous les hommages de l'homme s'adressent à l'homme, que devient Dieu? Quelle monstruosité n'est-ce donc pas qu'une foi qui s'est à un tel point égarée et faussée ?

Et ne croyez pas même que cette foi ait toujours, dans sa sphère propre, toutes les prérogatives qu'on lui

attribue. Il est, je l'avoue, des âmes inflexibles, que rage roidit encore, et qui meurent dans leur superstition, fanatiques, jusqu'à la fin, de lumières, de civilisation et de liberté. Mais la plupart se désabusent et se déprennent avant de mourir ; on en a vu plusieurs se rire de leur premier culte et fouler sous leurs pieds, avec dédain, les débris de leurs anciennes idoles. L'âme se rassasie aisé* ment de ce qui n'est pas vrai ; et le dégoût alors se proportionne à l'enthousiasme. Vous y viendrez, vous qui croyez à la régénération de l'espèce bumaine par la liberté politique; vous qui n'avez pas vu que jusqu'à ce que l'homme se soit rendu esclave de Dieu, il n'y a point pour lui de liberté ; vous gémirez sur vos rêves, que les passions populaires auront peut-être ensanglantés. Vous y viendrez, vous qui étiez sûrs de votre générosité native, de la libéralité de vos sentiments, de la pureté de vos intentions; vous, en un mot, qui aviez foi en vousmêmes. Quand mille chutes humiliantes vous auront convaincus de votre faiblesse ; quand, désabusés sur les autres, vous le serez encore sur vous-mêmes ; quand vous direz comme Brutus : O vertu, tu 'n'es qu'un fantôme! que vous restera- t-il? ce qui est resté à tant d'autres : les plaisirs de l'égoïsme ou de la sensualité, dernier fond de toutes les erreurs , résidu impur de tous les faux systèmes ; à moins toutefois qu'il ne vous soit donné alors d'accepter, en échange de la foi qui vous délaisse, une foi meilleure qui ne délaisse jamais^ et qu'il nous reste à vous annoncer.

Nous vous annonçons la foi de l'Evangile ; étudiez-en les caractères, et connaissez-en l'excellence.

Nulle part l'importance de la foi n'a été taxée si haut que dans l'Evangile. Et d'abord, vous en tenant à une

première vue, vous apprenez que c'est la foi qui sauve, non pour le temps, mais pour réternité. Vous êtes sauvés par la foi, dit saint Paul. Si tu confesses Jésus-Christ de la bouche, et que tu croies m ton cœur que Dieu t'a ressuscité des mortSy tu seras sauvé. Christ est V auteur du salut pour tous ceux qui croient. Premier caractère de la foi chrétienne : le salut y est attaché.

Mais n'allez pas, pour cela, la considérer comme un acte méritoire. Tandis qu'en d'autres religions la foi est une œuvre arbitraire à laquelle il a plu à la Divinité d'attacher un mérite et une récompense, une œuvre sans autre valeur que la valeur accidentelle que lui communique la promesse d'en-haut ; dans l'Evangile la foi est représentée comme ayant une force intrinsèque, une vertu propre, une influence directe sur la vie, et par la vie sur le salut. La foi, dans l'Evangile, ne sauve que parce qu'elle régénère. La foi consiste à recevoir dans le cœur des choses propres à le changer. Le chrétien a sur Dieu , sur lui-même , sur la vie , des convictions toutes différentes de celles du monde, si toutefois le monde a sur ces objets quelque chose qui ressemble à des convictions. Qr, telle est la doctrine de l'Evangile, que , lorsqu'elle tombe dans un esprit agité par ses remords et par les terreurs du jugement à venir, elle y produit une joie et une reconnaissance dont l'inévitable effet est de le pousser dans une direction opposée à celle qu'il avait suivie jusqu'alors. Il a trouvé la paix, pourrait-il s'écarter de la source de la paix ? pourrait-il s'égarer vers les citernes crevassées qui ne contiennent point d'eau, lorsqu'il a à sa portée des fontaines d'eau vive qui jaillissent en vie éternelle ? N'obéirat-îl pas à Celui qui, pour l'amour de lui, fut obéissant

jusqu'à la mort de la croix ? Ne se soumettra-t-il pas à cette Providence qui , lui ayant donné le Fils unique du Père, lui a prouvé qu'en toutes choses, elle ne peut vouloir que son bonheur ? Haïra-t-il ses frères, celui qui aime Dieu ? Ne priera-t-il point, celui qui sait que l'Esprit même de Dieu sollicite pour les fidèles avec d'inexprimables soupirs ? Oui, la foi chrétienne est la victoire du monde ; la foi chrétienne renferme tous les éléments d'une vie sainte ; et ce qui le prouve mieux que nos raisonnements , ce sont tant de vies si pures , si pleines, si conséquentes, dont le christianisme seul nous fournit le modèle ; ce sont surtout ces révolutions étonnantes qui font d'un vrai converti une nouvelle créature ; qui plient à la douceur les âmes colères, à la patience les naturels impétueux, à l'humilité les esprits hautains, à la sincérité les caractères dissimulés, à la tranquillité les cœurs troublés, en un mot qui créentdans l'homme une nouvelle âme, capable de toutes les vertus opposées aux vices qui la tyrannisaient.

L'unité de la vie doit répondre à l'unité du principe et à son immensité. La foi à quelque chose de fini ne peut produire que des vertus finies, à quelque chose d'imparfait que des vertus imparfaites, à quelque chose de passager que des résultats passagers. Mais Dieu est le principe qui enveloppe tous les principes ; il y a plus, c'est le principe qui les règle et les vivifie tous : tout est faux, mutilé, s'il ne se rapporte à Dieu, qui est la vérité même, toute la vérité. Tout est mensonge s'il se rapporte à un dieu mensonger ; mais tout est vrai, complet, lié, fécond, qui a pour principe le vrai Dieu. Quelle partie du champ de la morale pourrait rester stérile et perdue sous une influence à qui rien n'échappe? A quelle vertu Dieu

pourrait-il ne pas présider? de quel devoir pourraitil dispenser ? Lui qui est la justice, la bonté, la beauté suprême, comment n'attirerait-il pas à lui tout ce qui est juste , grand et beau ? C'est à cause de cela que la connaissance de Dieu, et du vrai Dieu, est le seul principe de la parfaite morale, et il est bien insensé de vouloir lui en donner un autre.

Et ne demandez pas à la foi chrétienne seulement les choses éclatantes ; car ce qui la distingue, c'est qu'elle tient tendues à la fois toutes les cordes de notre âme, et que son influence se répand sur tous les points à la fois. Nous avons vu Léonidas périr aux Thermopyles pour le salut de la Grèce ; la foi chrétienne en apprendrait autant à un chrétien ; mais elle lui rendrait possibles aussi mille petits sacrifices de teus les jours ; elle dresserait l'âme contre les assauts intérieurs de la colère, de l'envie et de la fausse gloire ; la foi de Léonidas faisait-elle toutes ces choses ?

Cette variété infinie, cette immensité d'application de la foi dirétienne, s'explique mieux encore par le caractère dominant de cette foi, qui est l'amour. L'amour ne se prescrit point de bornes. S'il n'y avait dans le cœur du chrétien qu'un sentiment de justice légale, il essaierait de mesurer sa tâche, il se tracerait d'exactes limites, il saurait où s'arrêter; mais obéissant parce qu'il aime, aimant Celui qu'on ne peut trop aimer, il s'abandonne à l'impulsion de son cœur comme le mondain s'abandonne à sa passion ; il ne dit jamais et ne peut jamais dire : c'est assez ; il craindrait de ne plus aimer du moment où il aurait dit à son amour : tu avanceras jusqu'ici et tu n'iras pas plus loin. L'amour ne connaît ni les

précautions ni les réserves, il veut toujours davantage,

s^enflamme par son propre mouvement, s'accroît par ses sacrifices mêmes, pense recevoir à mesure qu'il donne, est à lui-même sa récompense; car la vraie récompense d'aimer, c'est d'aimer davantage encore. Où s'arrêtera donc, dans ses applications^ une foi qui se résout en amour ?

11 n'est guère nécessaire, après tout cela, de prouver que la foi chrétienne est un énergique principe d'action. S'abstenir et soutenir ne font que la moitié d'une morale fondée sur l'amour. Bien loin de pouvoir s'enfermer dans le caractère d'une obéissante passivité, la pieuse impatience de l'amour dierche et multiplie les occasions de témoigner son ardeur au Dieu sauveur dont elle émane. Fidèle aux recommandations expresses de l'Evangile et à l'exemple de Jésus-Christ, dont la sainte activité ne se ralentit jamais, l'amour chrétien se crée à chaque instant de nouvelles sphères de travail etdenou veaux domaines à conquérir. Avons-nous besoin de le prouver ? Et les ennemis mêmes du christianisme ne serontils pas les premiers à convenir d'une activité dont ils se plaignent et s'alarment tous les jours ? Ceux qui accusent la foi chrétienne de fanatisme ne rendent-ils pas un bel hommage à la force d'action qui réside en elle? Christ a bien caractérisé la foi qu'il apportait au monde lorsqu'il a dit avec tant d'énergie : c Si vous aviez de la » foi gros comme un grain de sénevé, vous n'auriez qu'à * dire à ce figuier de se déraciner et de se jeter dans la » mer : il le ferait. ^ Telle est même la puissance de la foi chrétienne que, longtemps avant l'apparition du Christ, lorsque la foi ne se nourrissait encore que de l'ombre de Celui qui devait venir, déjà les chrétiens anticipés de l'Anden-Testament étaient rendus capables par leur foi

dés plus héroïques efforts et des œuvres les plus extraordinaires. Lisez, au chapitre XI de TEpître^ébreux, le tableau de tout ce que la foi a fait faire aux chrétiens de Tancienne alliance ; rapprochez ce tableau de celui que présente l'Eglise depuis les jours apostoliques jusqu'à nos jours, et vous ne douterez pas que, si la foi en général est un principe d'action, la foi chrétienne ne soit le plus énergique de tous.

Un dernier caractère de cette foi, c'est sa certitude. Je ne parle pas de cet ensemble de preuves exté-

rieures, boulevard imposant des révélations chrétiennes; preuves pour lesquelles les incrédules de nos jours affectent un mépris si peu philosophique, et qu'à peine un sur cent se donne la peine d'examiner. Je n'en parle point, parce qu'elles ne sont pas également à la portée de tous les fidèles. Mais le vrai chrétien a une meilleure preuve encore : il a Dieu présent dans le cœur ; il sent à chaque moment l'action de l'Esprit de Dieu dans son intérieur. Il aime, il a donc la vérité. Cette preuve n'est pas de nature à se communiquer par des paroles ; mais des paroles ne l'ôtent pas davantage. Vous ne lui prouverez pas qu'il n'aime pas Dieu ; et s'il l'aime , oserezvous bien lui soutenir qu'il ne le connaît pas ? Je l'ai déjà demandé une fois, et je le demande encore : Celui qui aime Dieu se trompe-t-il ? n'est-ii pas dans la vérité ? et si le christianisme seul donne la force de l'aimer, le christianisme n'est-il pas exclusivement la vérité? Telle est la certitude dont jouissent les fidèles; je n'ajoute pas (Qu'elle est entretenue et vivifiée par le Saint-Esprit t je ne parle que des faits évidents, des faits que les încrédiilés comme les croyants peuvent constater; et je me borne à dire : la foi du vrai chrétien a pour caractère

une certitude qui l'emporte sur celle de toute autre croyance.

Voilà, ô hommes du monde , ô penseurs, ô grands moteurs des choses de ce monde ! voilà la foi que je propose à votre cœur vide et affamé de foi, ou trompé par sa foi même. Certes, il ne dépend ni de moi de vous* la faire accepter sur le tableau que j'en trace, ni de vousmêmes de vous y ranger sur ce simple exposé. Les raisonnements ne changent pas l'homme ; c'est la vie qui apprend la vie ; c'est Dieu qui révèle Dieu. Mais ce que nous avons dit est-il donc sans but et sans application possible ? Non, si nous sommes parvenus à vous faire comprendre du moins les vices de votre foi et la supériorité de la foi chrétienne sous le rapport de la vie et de l'action. Quant au premier point, il est, je crois, à l'abri de la contradiction. Quant au second, nous avons prouvé, ce nous semble, tout ce que nous avions à prouver. Nous n'avions point à vous démontrer que la religion chrétienne est vraie, que les révélations sur lesquelles elle s'appuie sont authentiques. Notre seul objet était de faire voir que, comme toutes les croyances, elle rend hommage à un besoin de l'âme humaine, mais que, ce que n'a fait encore aucune croyance, elle a satisfait ce besoin ; qu'elle fournit à l'homme un principe d'énergie et d'action dont les caractères distinctifs ne se trouvent réunis dans aucune autre foi ; qu'elle a une intensité, une généralité d'application, une élévation de tendance, une certitude enfin que nulle autre ne possède ; qu'à tous ces égards elle présente un type de perfection qui jusqu'ici n'a été réalisé dans aucune invention humaine; et que, si Dieu lui-même eût donné une foi au monde, il est impossible qu'il l'eût donnée meilleure sous aucun rap-

port. Après cela, il peut paraître assez superflu de rechercher si la religion chrétienne est vraie. Pour nous» cette preuve nous sufiQt ; et nous souhaitons vivement qu'elle vous frappe comme elle nous a frappé. Puisse être là» par la grâce de Dieu , le résultat de ce discours!

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