SCÈNE XVI
DONATIEN, au domesti^ue.
Sommes-nous bientôt arrivés ?.. {Le domestique assujettit fortement le bandeau.) Ah! ça, voyons, est-ce que vous avez l'intention de me crever les yeux ?.. si vous continuez , vous ferez de moi un vrai Bélisaire : il n'y manquera que le bâton. {Le domestique le fait asseoir sur un fauteuil.) Eh bien ! qu'est-ce que vous faites donc encore ?.. Tiens ! un fauteuil !.. je suis donc arrivé chez l'inconnue?.. Impossible de rien voir... Si j'étais bjen sûr que l'autre est parti, je lâcherais un peu le bandeau... Domestique ! êtes-vous là?., je vous demande si vous êtes là?., si vous n'y êtes pas, dites-le... Oh! il ne répondra pas... Il s'agit de s'orienter ici... {lise lève.) D'abord, je tiens mon fauteuil, et je pars de là... {Il cherche à tâtons , et rencontre la main de Gaston). Une main!., une main de femme !.. il n'y a donc pas d'obstacle pour moi ?.. Ah ! Madame, qui que vous soyez , vous êtes perdue... (// se jette à genoux et en tendant les bras , il saisit l'uniforme de Gaston ; se relevant et arrachant son bandeau.) Un habit!., où suis-je?.. Gaston !.. ma cousine!., qu'est-ce que ça signifie ?
Air : Fragment de Gustave.
(Etre aime ou mourir !)
ENSEMBLE
DONATIEN
Ail ! c'est un affreux tour Que cette comédie !
J'avais tralii l'amour.
Qui se venge a son tour.
GASTON
Ali ! d'un semblable tour Permettez que je rie ; Car il porte a son tour Le bandeau de l'amour.
LA PRINCESSE
Il fallait qu'un bon tour Punît sa perfidie ; Chacun porte a son tour Le bandeau de l'amour.
DONATIEN
Comment ! c'est chez vous qu'on me ramène les yeux fermées ?.. Votre inconnue m'a indignement mystifié... Mais quelle est donc cette femme-là?. . elle m'en veut donc?
GASTON
Est-ce que je sais ?.. est-ce que je la connais ? {Un domestique entre et remet une lettre à Donatien.)
DONATIEN
Une lettre pour moi ! {Il Ut.) «Monsieur, vous êtes « un monstre , un perfide , un traître , une horreur «d'homme. » Signé Zéphirine!.. Oh 1 quel horrrible soupçon!.. Zéphirine était l'inconnue !.. {Il continue.) « Votre trahison me décide à accepter le cœur de mon « cousin le lieutenant , et je pars dans un quart-d'heure « avec la 15"^^ demi-brigade, pour ma patrie , le grand « Opéra. » Quelle infamie !
LA PRINCESSE , passant auprès de Donatien.
Ah! je vous plains bien sincèrement... {à Gaston.) M. d'Aubrai, le bal nous réclame... offrez-moi votre main.
GASTON
Ah ! Madame , que de bonheur !
DONATIEN , tombant dans un fauteuil. ^ Avec la 15™e demi-brigade !.. ^/It-t'^^'ti }
REPRISE DU CHOEUR PRÉCéDEîf**'— -
LA. PRINCESSE au PubLic.
Air : Amis y voici la riante semaine.
Jusqu'à présent je fus pour le mystère ; A vous aussi , j'aurais dit en ces lieux : « Fermez les jeux... surtout daignez vous taire, >i Tant je craignais le moindre Lruit fâclieux. Mais maintenant, ali ! quelle différence ! Si par bonlieur nous avons un succès , Je ne suis plus du tout pour le silence Et vous avez le droit d'être indiscrets.
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