SCÈNE XV
les torts d'une seule personne ; et chercher à connaître , consentir à livrer ce nom que je^dois respecter , ce , serait trahir les devoirs les plus sacrés d'un galant homme... Et le premier, le plus saint de tous : la reconnaissance.
LA PRINCESSE
La reconnaissance ?
GASTON
Oui , Madame ; car c'est aux sollicitations de cette femme , grande et puissante dame sans doute, que je dois mon dernier grade... Blessé, retenu dans celte chambre, et pendant qu'un ange , {avec intention , regardant la princesse.) une femme , s'occupait du soin de ma guérison , une autre non moins généreuse faisait en secret valoir mes droits , réclamait et obtenait le prix de mes services qu'on avait déjà oubliés... Et c'est le nom de cette femme que vous voulez que je dévoile , quand on l'accuse!.. Oh ! non, Madame , non... quels que soient ses torts , je refuse.
LA PRINCESSE , à part avcc émotion.
Ah! c'est bien , c'est très-bien... {Haut et d'un ton sévère.) M. d'Aubrai , vous n'avez plus le droit de refuser... Le premier devoir d'un galant homme est d'être fidèle à son serment,... et vous avez juré, juré sur l'honneur de me dire ce nom, dès que vous le sauriez. GASTON, atterré.
0 ciel!., je m'en souviens... j'ai juré!., je me suis perdu. {Il met la main dans sa poche, en retire lentement le mouchoir , va pour le remettre à la princesse, puis s' arrête , et s'écrie avec joie,) Non, cela ne sera pas!., {avec fermeté.) J'ai promis, Madame, je jure encore de vous livrer ce nom, quand je le saurai... Eh ! bien... {Il s'approche de la cheminée, et y Jette le mouchoir , qui s'enflamme aussitôt.) Je ne le sais pas.
LA PRINCESSE
Air : Simple soldat.
Qu'avez-vous fait?
GASTON
Tout est fini :
J'ai prononcé moi-même ma sentence ; Et loin de vous je vais être banni , Pour expier mon refus, mon offense.
Mais un espoir consolateur
Fait qu'a mon sort je me re'signe...
Vous vous direz : « Il fut homme d'honneur , « Il aima mieux renoncer au bonheur #-'
« Que de cesser d'en être digne. »
LA PRINCESSE , avec effusion.
Ah ! je ne me sens pas l'affreux courage de prolonger votre supplice... Gaston, ce mouchoir que vous ^nez de brûler... portait mon chiffre et mes armes.
GASTON
Qu*entends-je !
LA PRINCESSE
Air : Vaudeville du Baiser au Porteur.
J'ai dû lutter contre mon ame :
Mais a celui qui sait si bien Défendre l'honneur d'une femme , Ali ! je puis confier le mien...
GASTON , avec Jeu, ■**• A mon bonheur il ne manque plus rien. '*^ Sans cesse auprès de vous, Madame, Je vous verrai... plus d'obstacle nouveau : Dans ce mouchoir , consumé par la flamme , Je viens de brûler mon bandeau.
(On frappe trois coups. La porte s'ouvre, et on voit paraître Donatien, les jeux bandés, conduit par le vieux domestique.)