‹ Discrétion, comédie-vaudeville en un acteChapitre 4 sur 27 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

DONATIEN

Appelez-moi donc par mon petit nom , Donatien... Entre amis...

GASTON

Traiter avec cette familiarité un parent au sixième degré de l'ancien électeur de Hesse-Cassel !

Son parent! son parent!., avant la conquête, c'est possible. . . Et encore, nous n'étions pas trop cousins, l'électeur et moi... J'étais de l'opposition , avec ma cousine , la princesse de Wendel.

GASTON

Bah ! et pourquoi donc ?

DONATIEN

Parce que la princesse , depuis la mort de son mari , avait un penchant décidé pour votre nation... ce qui contrariait infiniment l'électeur... Elle était en extase devant votre gloire ; et quand à la cour on disait : le général Buonaparte, elle disait , elle : l'empereur Napoléon, ou Napoléon le grand... ce qui contrariait toujours infini^ ment l'électeur... Je crois même que ce sont ces dispositions toutes françaises qui ont attiré à ma cousine l'aventure dans laquelle vous avez été son sauveur et le mien.

GASTON

Le lendemain de la bataille de Friedland... je ne l'oublierai jamais... {Riant.) Il me semble vous voir encore , quand ces soldats prussiens en déroute vous administraient des coups de crosse , coups de plat de sabre...

DONATIEN

Et autre coups, qu'il est inutile de mentionner... Concevez-vous ces imbéciles de Prussiens , qui tombent sur un compatriote inoffensif, sous prétexte qu'ils ont été battus par l'armée française?.. C'était d'une logique déplorable.

GASTON

Non pas ; c'était une revanche... système des compensations... Après s'être trouvés en face de nos grenadiers , dont la conversation n'est pas très-amusante , il

était fort piquant pour eux de rencontrer une noble et belle princesse , seule dans sa berline de voyage...

DONATIEN

N'ayant pour défenseurs que les postillons , armés de leur fouets, et moi, armé de ma pipe... au premier choc, elle s'est brisée entre mes mains... et c'en était fait de la princesse , sans votre arrivée avec votre détachement de lanciers... Tous pouvez vous vanter qu'elle vous doit l'honneur... et cet honneur-là vous a valu un fier coup de baïonnette.

GASTON

Dont ses soins généreux ont opéré la guérison... Blessé et souffrant , ne m'a-t-elle pas accueilli chez elle?., ne m'a-t-elle pas installé dans ce logement , à l'entresol , audessous de celui qu'elle occupe?.. Jugez de mon bonheur... d'ici, j'entends le bruit de ses pas, le son de sa voix quand elleie met au piano... dans ces momens-là, j'arrête ma respiration pour écouter , pour ne pas perdre une note de sa voix si pure et si douce.

DONATIEN

Diable ! quel feu !.. est-ce que ?..

GASTON

Arrêtez... pas un mot de plus... Le respect le plus profond, voilà le seul sentiment que m'inspire la princesse de Wendel.

DONATIEN

A la bonne heure... Car c'est une vertu sévère , que celle-là... une vertu de premier ordre , qui plane au-dessus des passions humaines. {Élevant son verre.) A la vertu de ma cousine !.. à toutes les qualités de ma cousine... l'une après l'autre !..

GASTON

Vous conspirez donc contre ma raison ?

DONATIEN

Comment trouvez-vous ce Johannisberg ?

GASTON

Assez bon... pour vous autres Allemands , qui avez la

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