‹ Discussion amicale sur l'éstablissement et la doctrine de l'église anglicane: et en général surChapitre 2 sur 37 · ÉPITRE DÉDICATOIRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE DÉDICATOIRE

Au Clergé de toutes les Communions Protestantes.

Messieurs,

Je ne puis consentir à la publicité qu'on demande pour une discussion entreprise et conduite dans le secret de la confiance, sans souhaiter qu'elle vous soit directement adressée. Il me semble juste de la présenter d'abord à ceux de la Réforme qui, avec plus d*intérêt de la connoître, ont aussi plus de lumières pour en décider.

Qu'elle aille donc et parvienne où je la désire : qu'elle subisse votre examen, et reçoive de vous son premier jugement. En sollicitant l'indulgence sur les formes trop défectueuses que vous lui trouverez, j'ose provoquer sur le fond votre rigueur la plus impartiale à la fois et la plus absolue. Ëst^-ce présomption de ma part ? Non, certes: et jamais on n'a pu redire avec une conviction plus sentie ce i;not de l'Apôtre: " Ce n'est

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*^ pas que de nous-mêmes nous soyons capables *' de penser quelque chose, comme de nous* ** mêmes ; cette capacité (s'il en est ici) nous *' vient uniquement de Dieu.'' Sa vérité me frappe ; je la sens, je la vois : seule, elle fait ma confiance et ma force.

Si vous vouliez, Messieurs, envisager vos pre* miers Réformateurs, tels qu'ils se sont mutuellement dépeints les uns les autres, vous cesseriez javec nous de les prendre pour des hommes suscités de Dieu pour réparer les ruines de son Eglise; si vous étiez frappés, comme je le suis, de l'énormité ^e leur schisme, et de la frivolité des motifs qu'ils lui donnèrent, vous mettriez sur-le-champ vos efforts et votre zèle à le terminer : si vous étiez convjainciis, comme je le suis, que les dogmes retranchés par leu^ étoient les dogmes de l'antiquité, il ne vpus seroit plus possible de croire qu'en les supprimant Us vous aient rapprochés de la Primitive Eglise, jet vous rejeteriez avec moi leurs piéprises sur l'ignorance du siècle où ils vécurent? Donnez seulement quelque attention aux preuves que cette discussion vous en offre : pesez-les, je vous prie, avec la candeur que j'ai mise 4 le3 rassembler : lisez, ainsi que j'ai écrit, dans le calme, et en présence de Dieu. J'attends celte grâce de vous tous, quî aimez la |leligion, et désirez sérieusement le salut. Quan|

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à ceux qui, malheureusement aveuglés par les préjugés, Pignorance et les passions, recherchent . les jouissances de cette vie, sans s^inquiéter de l'autre, ils ne seroient nullement disposés à ffl'eatendre. Je prie, et n'écris p^ encore pour eux.

Vous ne Pignorez pas. Messieurs ; des hommes très-distingués parmi vous n'ont cessé, depuis la Réforme jusqu'à nos jours, de proclamer à Puoivers : '^ Qu'il ne s'agit entrç vous et nous '' que de légers abus introduits dans l'Eglise (1); .^^ qu'il seroit très-facile de mettre fin à toutes les '' disputes (2) ; que si d'une part il est absolu^ '^ ment indispensable pour tous les Chrétiens de ^^ se réunir, il est certain de l'autre que jamais les " Protestans n'y parviendront entre eux, s'ils *^ ne commencent par se réunir au Siège de '^ Rome (3); qu'il n'est pas un dogme nécessaire ^^ au salut, qui ne soit enseigné par l'Eglise '^ Romaine ; pas un prescrit par elle qui soi^; '^ incompatible avec le salut (4) ; qu'il s'pn fajut ^' beaucoup, au jugement de tous les théologiens ^' instruits, que la distance entre vous et nous soit '

(1) Coufess. d'Ausbourgy Art. 21.

(2) Epit. de Mélanchton à François L

(3) Grotius, dern. répUq. à Rivet. — ^Thorndyke on Forbear. p. 33.

(4) Thornd^ke^ EpiX, p. 146.

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^* aussi grande qu'on le croît vulgairement (1).'' Après ces témoignages et beaucoup d'autres semblables, rendus publiquement par vos propres docteurs, permettez que je vous le demande:

Que faites-vous en prolongeant un schisme qui, suivant les principes de ces hommes impartiaux et éclairés parmi vous, n'auroit jamais dû commencer ; suivant leur conviction et leurs désirs, devroit cesser au plus tôt ; et suivant leur avis, ne seroit pas difficile à éteindre ? Que faitesvous, dis-je, en le prolongeant? Vous vous rendez complices d'un mal, le plus grand qu'il soit possible à des Chrétiens de commettre; d'un mal que vous n'avez point fait, mais auquel vous prêtez votre ministère ; vous l'entretenez, vous le perpétuez autant qu'il est en vous ; vous y attachez les peuples par votre exemple; vous y enchaînes; les générations par vos talens et même par vos vertus : vous renversez (oh I Messieurs ! oh l mes frères ! y avez-vous jamais songé?) vous renversez le plan de notre Divin Législateur, qui vouloit l'unité pour son Eglise; vous lui ravissez la preuve la plus touchante, la plus généralement palpable de sa mission céleste ; celle qu'il avoit lui-même marquée dans l'unanimité de ses serviteurs (2). En

(1) Déclaration de T université d'Helmstadt, 1707.

(2) Su Jeap ch. 17| v. 21| 23»--»Voj^ejE ma secoade lettre*

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* y substituant les divisions parmi eux, tos ancêtres et vous, qui en continuez Pœuvre, vous avez jeté le trouble, la confusion dans les esprits foibles et superficiels ; vous les avez réduits à ne savoir plus de quel côté se tourner, à quelle Gommunion donner la préférence ; vous les avez menés ainsi, les uns à Pindifference, les autres à une incrédulité absolue : de là ce déluge de crimes qui couvrent le monde, et dont vous êtes avec nous les témoins* Vos premiers Réformateurs les avoient bien prévus ; ils les avoient annoncés de loin, presqu^aussitôt quMls eurent établis les principes dont ils les virent dériver ÎDfailliblement sur les générations futures.

En éteignant le schisme au contraire, vous couperiez le mal dans sa racine, vous en arrêteriez les progrès ultérieurs, et sur le champ vous en diminueriez les ravages; vous accompliriez le vœu des hommes les plus religieux, les plus éclairés de la Réforme : ceux qui jusqu'ici se regardoient comme étrangers, se traiteroient désormais en alliés ; ils iroient mutuellement au-devant les uns des autres, avec les transports qu'éprouvent des frères à se retrouver après une longue absence. Par vous renaîtroit la joie, la gloire de PEglise, qui vous redevroît son ancienne universalité. Le seizième siècle vit vps ancêtres sortir de son sein et le maudire : le

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dix-neurième verroit leurs descendans accourir de toutes parts à cette mère trop long-tems abandonnée, et lui faire oublier, par leur retour, les maux que lui causa leur éloignement* Oh ! l'admirable spectacle que celui de tant d'habiles et zélés ecclésiastiques, opposés jus- ' qu'ici entre eux et avec nous, retournant spontanément à Punité! Quelle frappante leçon pour un siècle qui s'obstine à n'en écouter aucune autre ! Quel triomphe pour la religion de Notre Sauveur ! L'éclat de sa Divinité seroit alors irrésistible; les indifferens, les incrédules viendroient en foule avouer et déposer à ses pieds leur ignorance et leur aveuglement. Est-> il une âme honnête, instruite en religion, et par conséquent chrétienne ; est-il un homme occupé de son salut, ami, adorateur de Jésus- Christ, à quelque pays, à quelque communion qu'il appartienne, qui ne sente son cœur s'échauffer à cette idée, s'élever à une si glorieuse espérance, et qui ne brûle de concourir à son accomplissement.

Encore un nouveau rêve, dira-t-on ; et, dans le goût de quelques autres, tout aussi impraticable. — «Ëh! comment donc impraticable, quand de toute nécessité il faudroit en venir à le réaliser.^ Comment impraticable, quand par la réunion il y a tout à gagner pour l'autre monde, rien à perdre

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pour celui-ci ? Et de quel côté vîendroient les obstacles insurmontables? Ce ne sera sûrement pas du vôtre, Messieurs, vous qui, plus capables d'apprécier dans toute leur étendue le devoir et le bien de l'unité, seriez généreusement disposés, je n'en doute pas, à lui sacrifier des avantages passagers, s'il le falloit. Mais au lieu de sacrifices, je verrois plutôt pour vous dans la réunion des avantages même temporels. Je suppose qu'elle vous laissât quelque tems dans vos mêmc;) emplois ; du moins les exerceriez-vous sur un théâtre plus éminent ; l'estime, la considération dont vous jouissez aujourd'hui, n'en acquerroient que plus de lustre et de relief. Mais tant de titres supprimés par la Réforme, refleuriroient à votre retour ; le choix de l'Eglise vous y appeleroit ; ses préférences seroîent naturellement pour les en fans qu'elle auroit eu le bonheur de recouvrer; et si les grâces, les honneurs manquoient encore à son empressement de vous en revêtir, nos Evêques sauroient bien, à l'exemple de leurs anciens prédécesseurs, descendre de leurs sièges et voug presser d'y monter à leur place.

Je ne saurois non plus prévoir d'obstacles insurmontables de la part des gouvernemens. Je sais que les privilèges réclamés autrefois pour le Souverain Pontife sur le temporel des Rois ont souvent jdouné de justes causes de jalousie aux puissances»

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Mais ces prétentions sur le temporel n'ont jamais été généralement ni réclamées ni reconnues par les Catholiques : elles sont abandonnées dans les lieux même qui les virent naître ; elles se sont évanouies, et les craindre aujourd'hui seroit en vérité redouter des phantômes. Nous reconnpis^ sons, il est vrai, une primauté d'honneur et de juridiction qui distingue le successeur de Pierre des successeurs des autres Apôtres, et fait de son siège le centre de tous les sièges. Mais cet ordre hiérarchique et spirituel, absolument étranger dans son objet aux gouvernemens de la terre, et par là même applicable à tous, loin de leur donner de Pombrage, ne peut que les servir et les fortifier. Que l'on vienne à l'adopter universellement, et par le fait tomberont partout les sectes religieuses, sources trop fécondes de jalousies, de querelles entre les sujets; de troubles, d'agitations, de discordes dans les Empires ; et avec l'unité du gouvernement spirituel succéderont l'union des familles, la paix des cités et des campagnes, et cet accord précieux des esprits et des cœurs, qui donnera toujours aux administrations civiles plus de facilités, d'ensemble et d'énergie.

C'est donc de la part des peuples qu'il faudroit s'attendre à une opposition invincible. Je sais combien ils tiennent aux idées dont ils sont

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imbus depuis Penfancc. Je sais combien profondément sont entrées dans leur esprit celles qu'ott leur inculque depuis si long-tems contre les Catholiques. Je ne me dissimule pas tout ce qu'il vous en coûteroit de peine pour déraciner leurs préjugés, changer leurs sentimens, et amener leurs cœurs à la réconciliation. Je n'y vois malheureusement que trop d'obstacles et de difficultés. Mais que parlons-nous d'obstacles? Et que nous sert de compter les difficultés ? Ëst-il, ou n'est-il pas nécessaire de les surmonter ? Voilà le point. Si le schime et le salut alloient ensemble, à la bonne heure ; il n*y auroit qu'à nous en tenir à Pétat actuel des choses, rester comme nous sommes, et nous sauver de notre mieux chacun de son côté. Mais il en va tout autrement; TOUS ne l'ignorez pas. Messieurs. Vous connoissez la volonté du Souverain Maître; vous entendez clairement son ordre ; impossible de s'y tromper, et de ne pas s'y rendre. Il ne veut point de sectes, point de schisme dans son Eglise ; il les maudit, vous en convenez ; il faut donc qu'ils disparoissent. Il veut, vous le savez, il commande entre tous les siens l'unité : qu'ils passent donc à Punité ceux qui veulent être des siens. Il prétend qu'il n'y ait pour la totalité de son troupeau qu'une seule et vaste bergerie : qu'ils s'y réfugient donc, tous ceux qui veulent être comptés

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dans le troupeau. Ni vous, ni moi, ni qui que ce soit sur terre ne changera jamais cet ordre. Il nous faut tous nous y conformer ; il n'y a pas à balancer, pas d'autre parti à choisir.

Cette nécessité une fois reconnue, comme elle Pest de nous tous, qu'y a-t-il à faire ? Marcher droit au but, sans compter les embarras, les obstacles : poursuivre courageusement sa route, sans se laisser arrêter par les difficultés. Au reste, je ne les crois pas si terribles qu'on paroît se les figurer. Qu'on fasse entendre aux peuples une instruction* différente et vraie ; qu'on leur présente les Catholiques, non tels qu'on les a peints trop souvent, mais tels qu'ils sont ; qu'on leur expose lotre croyance, non comme l'on fait d'ordinaire, mais comme nous l'exposons nou&-mêmes. Soyez sûrs que les peuples goûteront votre enseignement, qu'ils ne tarderont pas à revenir de leurs préjugés et à s'attacher aux vérités, que vous leur développerez, et avec d'autant plus d'ardeur, qu'ils se sentiront plus touchés de les avoir jusqu'ici méconnues. En voulez-vous une preuve certaine ? L'expérience nous la fournit. Que de Protestans de tous les rangs, de tous les états, de l'un et de l'autre sexe n'a-t-on pas vus, depuis la Réforme, entreprendre l'examen de la croyance catholique, et finir par l'embrasser ? Je pourrois vous en citer

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cent exemples récents, venus à ma connoissance dans les difierens pays que j'ai parcourus. Jamais les conversions n'ont été plus fréquentes que de nos jours : jamais on n'a remarqué chez les Frotestans plus de dispositions à rentrer dans l'unité catholique. On en trouveroit peut-être la raison dans les excès mênîies de notre siècle : le dégoût, l'horreur qu'en prennent les âmes honnêtes et réfléchies, les portent à chercher les consolations, le repos, dans le sein de l'Ëglise Antique.

Aidons à cette heureuse impulsion des cœurs.

Essayons de la rendre générale, et de la tourner à une entière réconciliation. C'est à nous, ministres de la parole. Catholiques ou non Catholiques, dans quelque pays, dans quelque communion,' sous quelque gouvernement que nous soyons, c'est à nous que cette haute entreprise est plus spécialement déléguée. Une secte d'hommes forcenés (n'y auroit-il donc plus de zèle que chez les impies?) a conjuré de nos jours contre le Christ et ses autels : réunissons-nous pour les affermir et les étendre. Oublions entre nous nos querelles passées, les injures faites ou reçues : jetons toutes ces misères au pied de la croix : et de concert rapelons le monde chrétien à l'unité, nous souvenant du précepte

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rigenreax, indispensable, qai en a ete fait par notre Dirin Sauveur, et de son invocation, si mal entendue jusqu^ici par tant de Chrétiens :

** Qu'ils sotnit UN, mfim pu k monde croie que tous m'aies eoTojé r—St. JcWp ck. n, V. 21. ».

TRÉVERN, Ane. Vie. Géa. de Langitt.

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