‹ Discussion amicale sur l'éstablissement et la doctrine de l'église anglicane: et en général surChapitre 23 sur 37 · TOME I. s · texte numérisé non relu

TOME I. s

SSS SUR L'ÉGLISE ANGLICÀNK9

Lettre VII des métaphores raisonnables et très«inteHigibles par Texplicatton qui les accompagne, il faudroit renverser ces phrases ainsi : cette porte ou ce sep est Jé&AS'- Christ, ce vigneron est Dieu le Père. Alors elles au- Foient une ressemblance grammaticale avec ceci est nwn corps ; mais alors aussi, prises isolément et dénuées de préparations ou d'explications^ comme le sont ces mots, ceci est mon corps, elles seroient si ridicules, si extravagantes, qu^il ne viendra jamais en tête à un homme sensé d'avancer de pareilles propositions.

Combien de fois tes ministres n*ont-ils pas mis en avant ces mots de la parabole rapportée dans St. Mat-

/ c. lï. thieu, la semence est la parole de Dieu^ le champ est le monde ? Et parce qu'elles ne sauroient avoir de sens que celui de la figure^ on a voulu eu conclure que les paroles de l'institution eucharistique en deteieot être susceptibles. Et on ne Voit pas Ténorme différenée entre l'un et Fautre ! il faut donc la remettre sous les yeux. Qui né sait qu'une parabole est une sorte d'énigme où les termes sont employés pour désigner un autre sens que celui qu'ils^présentent, , et où chacun cherche le sens caché sous les termes, parce qu'il sait fort bien qu'il doit s'y en trouver un, même avant de l'avoir découvert ? Les Apôtres ayant inutilement essayé de le pénétrer, s'adressèrent au Sauveur pour l'apprendre de lui : *^ Expliquez-nous, lui dirent-ils, la " parabole de l'ivraye." Jésus voyant qu'ils n'étoient en peine que de connoitre la signification de cette parabole, leur répondit très-naturellement : ^' Celui qui sème le bon grain, ce sont les enians du

royaume ; l'ivraye, marque les enfans du méchant ;

Tennemi qui l'a semé, c'est le diable : la moisson,

^^ c'est la fin du monde, et les moissonneurs sont les

ce

ET LA RBFORMATION EN GiN&RAL. 259

anges/'. • • Jésus a répondu aux idées des Apôtres: LttiraVlL

ceux-ci n*avoient demandé qu'à connoître le sens caché sous les termes qu'ils savo^ent bien être des signes, mais dont ils n'avoient point pénétré la signification^ Ils la saisissent parfaitement dès que Jésus-Christ a joint aux signes le nom des choses signifiées.

Mais supprimez la parabole: suposez Jésus-Christ en pleine campagne avec ses disciples^ et leur mon^ trant des moissonneurs au travail. Dans ce cas^ il est évident qu'il n'auroit pas pu leur dire, ce sont des anges, pour leur faire uniquement comprendre qu'ils signifioient des anges. Sur quoi M. Nicole raisonne ainsi : Dire dans l'explication d'une parabole que des moissonneurs sont des anges, c'est parler raisonnable* ment ; dire hors d'une parabole, et lorque des mois-* sonneurs ne sont pas considérés comme des signes; mais comme des hommes, que ce sont des anges, pour marquer qu'ils signifient des anges, c'est une proposi* tion absurde et contraire au bon sens. Or cette proposition, ceci est mon corps, prise ausens calviniste, n'est pas semblable à celle-ci^ ces moissonneurs sont des angesy considérée dans une parabole, mais hors d'une parabole. Donc elle n'y est semblable, que lorsqu'on la doit juger absurde et contraire au bon sens.

Il y a tout aussi peu de solidité et d'analogie dans l'exemple de l'agneau pascal, devenu célèbre par la manière dont Zwingle prétend qu'il lui fut révélé en songe, après avoir déjà consumé cinq années entières à combattre sans preuve la. réalité. Il ne sauroit trop assurer, dit-il, si l'esprit qui vint lui communiquer cet exemple étoit blanc ou noir. Noir, à mon avis, et trèsdécidément noir. Car l'impertinence de sa révélation

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jUttre VII. ne pouvoit partir que d'un esprit ténébreux. Vous en conviendrez bientôt, j'espère, avec moi! Vous verrez que l'exemple allégué p^r le phantôme nocturne n'exige et n'emporte aucune figure ; et que, quand on consentiroit à la lui passer, il n'en pourroit rien conclure contre le sens naturel et simple des mots, ceci est mon corps.

c. j2, V. 11. 1°. L'exemple est tiré d'un chapitre de TExode, où, après avoir ordonné la manière dont l'agneau paschal devoit être cnoisi, immolé, et dont lès maisons dévoient être marquées de son sang, le Seigneur ajoute : ^^ Voici comme vous le mangerez : vous ceindrez vos reins, vous aurez vos souliers à vos pieds, vos bâtons à la ^^ main, et vous mangerez promptement ; car c'est le ^' passage du Seigneur, et je passerai par la terre, d'Egypte cette nuit-là même, pour en frapper à mort tous les premiers-nés." Riea-ne parle ici de l'agneau comme signe du passage : tout y indique le moment où le Seigneur alloit passer. Tenez-vous prêts à sortir d'Egypte, s'oyez équipés en voyageurs : hâtez* vous de manger l'agneau, ne perdez point de tems', car le Seigneur va passer. Tel est le sens que présentent naturellement ces mots : car c'est le passage du Seigneur. Ceux qui suivent immédiatement le confirment: Oui, je passerai cette nuit-là même, ajoute le Seigneur." C'est donc le moment du passage prochain, imminent, qui étoit indiqué par ces mots, car c*est le passage du Seigneur^ et qui est donné aux Israélites pour motif et pour raison de l'ordre qui leur est intimé qu'on eut à se tenir prêt à partir et qu'on se bâtât de manger. Et en effet le passage du Seigneur devoit être pour eux comme le signai de leur départ. Jh

plus^ quand Moïse parle de Tagneau^ il ne Tappelle ni LeitreVU. le passage, ni le signe du passage, mais la victime du passage. C'est pour célébrer cet événement que Tagneau doit être immolé: c'est pour perpétuer la mémoire de cette fameuse époque de leur délivrance, qu'il leur est ordonné de sacrifier l'agneau paschal tous les ans et de répondre à leurs enfans quand ils demanderont ce que signifie ce sacrifice : '* C'est la victime ^^ du passage du Seigneur, quand il passa sur les maisons des Israélites en Egypte en les épargnant, pendant qu'il frappoit de mort les Egyptiens." Après cette explication que nous donne le texte sacré dans le même chapitre, de quel droit les ministres veulent*ils nous obliger d'en recevoir une différente, et de nous forcer à croire, sur leur interprétation, que l'agneau est le signe du passage, quand le St. Esprit nous assure qu'il en est la victime ? Ce n'est point à l'agneau que se rapportent les mots qu'on nous objecte, mais aux préparatifs ordonnés pour le voyage et à la promptitude du repas. Tous dévoient être équipés pour la route, ils dévoient se presser de manger ; et pourquoi ? Parce que le Seigneur va passer. On n'a besoin dans tout cel^ ni de signe, ni de figure ; tout se prend à la lettre et s'entend à merveille. On ne conçoit rien au triompha extravagant de Zwingle sur cette découverte : il semble que son esprit noir lui ait tourné le cerveau, et l'ait jeté dans une rêverie et une déraison perpétuelles.

3°. Et quand même encore nous pousserions la complaisance pour Zwingle et son phantôme, ainsi que pour leurs nombreux partisans, jusqu'à leur passer que le texte en question se rapporte à Tagneau, et qu'il faut f conséquence expliquer ces mots, c*€st le passage du

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ttiiTtViu Seigneur s par ceux-ci, cV^^ le signe du passage du Seigneur^ qu'en pourroient-ils conclure? Qu'ils se souviennent du principe général, qu'il est permis de donner au signe le nom de la chose signifiée, quand on voit dans Tesprit des autres qu'ils le regardent comme signe, et sont seulement en peine d'apprendre ce qu'il signifie; mais qu'on n'a nul droit de le faire, quand on n'ep a aucun de supposer cette disposition dans ceux à qui l'on parle. Voilà le principe: en voici l'application. Dieu ordonne de choisir un agneau qui fût mâle, qui n'eût encore qu'un an, et n'eût point de tache^ de le garder quatre jours, de l'immoler sur la fin du quatrième, de rougir de son sang le dehors des portes, de ne le manger que rôti, de le consommer tout entier sans en rien réserver au lendemain, de le manger avec des herbes amères, en équipage de voyageurs, la ceinture autour du corps, les pieds chaussés, le bâton à la main. Que veut dire cet appareil de cérémonies étranges, ce détail de circonstances extraordinaires r Que signifient tous ces apprêts ? Et pourquoi nous est-il commandé de manger cet agneau avec tant de mystère ? Il n'y avoit point d'Iraélite qui ne dût faire quelque question semblable, et qui ne dût y trouver la réponse dans ces paroles, çest le passade du Seigneur. Si ces paroles furent par eux appliquées à l'agneau, ils durent alors comprendre sans peine que l'agneau étoit le signe de ce passage, parce que tant de cérémonies si étranges, si éloignées de l'usage ordinaire, les avoient préparés à le regarder comme un objet mystérieux et significatif. Mais le pain n'avoit jamais été regardé comme signe, comme objet emblématique et mystérieux. Aucune circonstance antérieure^ aq-

cune explication actuelle^ aucune parole du Sauveur ne LettrtVir portoit à faire considérer le pain qu'il tenoit à la main comme une matière dont il alloit faire un signe. Les Apôtres avoient bien entendu parler à leur maître d'un certain pain dans une occasion solennelle, et ils n^avoient eu garde sans doute d'en perdre la mémoire. Mais ce pain qui leur avoit été promis par lui, ne leur avoit été annoncé ni comme signe, ni comme figure : ce devoit être de la chair, une chair devenue véritablement nourriture, une chair qu'il faudroit manger pour avoir la vie éternelle ; et quelle chair encore ? Celle-là même qui seroit aussi livrée pour la vie du monde. Ce n'est pas apparemment avec de telles idées, de telles instructions empreintes dans leurs esprits^ que les Apôtres, entendant ces paroles positives solennellement articulées, ceci est mon corps, seront allés s'imaginer entendre, ceci est le signe de mon corps. En vérité, c'est trop abuser le monde, et trop s'abuser soi-même qued'avancer à plaisir de pareilles chimères, et de sç les mettre en tête : c'est être ou trop aveugle ou tropobstiqé de ne pas voir, de ne point avouer les différences essentielles entre les exemples qu'on prétend ici comparer ensem^ ble, et de ne point sentir que ce qui rend la figure admissible dans celui de l'Exode, la rend dans celui de l'Evangile inadmissible et déraisonnable.

Des exemples passons aux raispunemens que nos adversaires tirent de l'Ecriture pour appnyer leur opinion. Le plus spécieux, le s^eul même qui mérite d'être sérieusement examiné, est celui que semblent favoriser les paroles qui suivent immédiatement celles 4e l'institution. Nous apprenons de St. Luc que Notre

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-ettre VII. Seigneur, après avoir dit prenez et mangez^ ceci est mon corps f ajouta, faites ceci en mémoire de moi. On veut que ces dernières paroles soient une explication des précédentes ; et parce que, suivant nos adversaires, la mémoire n'est que des choses absentes, on ne peut supposer Jésus>Christ présent dans TEucharistie, attendu que, s'il y étoit réellement, il ne l'auroit point ordonné comme un mémorial, un souvenir de sa personne. Vous aurez, comme moi, Monsieur, mille fois entendu cet argument. Il est dans tous les livres de vos théologiens réformés, et dans la bouche des laïques les plus ordinaires. Quelque couleur et quelque vraisemblance qu'il paroisse emprunter de l'Ecriture Sainte, vous en jugerez bientôt, j'espère, d'une autre manière, quand vous aurez lu les raisons suivantes. .

1^. Il'est de fait qu^aucun des pères, aucun des écrivains ecclésiastiques n'a jamais vu dans ces paroles le gens que les Calvinistes y ont découvert. IL est de fait encore qu'aucun de ceux qui ont les premiers enseigné la doctrine d'une présence figurée, n'y a été porté par ces paroles, faites ceci en mémoire de moi. Zwingle, qui les avoit eu cent fois sous les yeux, et qui furetoit partout cherchant la figure, n'avoit pu l'y apercevoir. Il n'apprit à découvrir cette joer/e précieuse, comme il l'appelle lui-même, quepar la lettre d'un Hollandois, et à la défendre d'une manière qui lui sembla victorieuse, jcjue par la révélation de son faur tome nocturne.^ Mais ce sens de figure, une fois trouvé '^t établi, on s'est avi^é, pour lui donner de la consistance, d'imaginer une relation nécessaire entre les paroles de l'institution et celieè qui suivent immédiate^- * iwent, de regarder ces dernières comme l'explicatioi}

ET LA RëFORMATION £N GBNERAL. 265

des précédentes, et à la faveur d^une induction des L«tt«^vu. unes aux autres, de trouver la figure tant désirée dans le discours même de Jésus-Christ. Mais ce qui démontrera éternellement que cette combinaison de rapport et de dépendance entre ces paroles tire son origine du préjugé et non du texte, c*e8t qu'elle est demeurée si long-tems inconnue au monde, c'est que none seulement elle a échappé à tous les chrétiens pendant une longue suite de siècles^ mais aux Novateurs mêmes qui avoient le plus grand intérêt de la découvrir : c'es^ qu'ils n'y sont parvenus qu'après coup, etque ce n'est point par cette relation prétendue nécessaire qu'ils sont arrivés au sens de la figure, mais que du sens de la figure, ils sont passés à cettie supposition nouvelle et arbitraire.

2"". Si ces paroles, faites ceci en mémoire dé moi, sont nécessairement explicatives des précédentes^ ceci est mon corpsj et que de la réalité elles nous ramènent à la figure, il faut dire que Notre Seigneur aura voulu imiter le badins^ de certaines gens qui débutent par annoncer quelque chose de fort extraordinaire, et finissent par y donner un tour très-simple et très-naturel* Cett^ manière peut n'être pas déplacée dans un cercle ; elle peut, dans nos conversations, avoir du piquant, par la surprise qu'elle occasionne d'abord, et par le plaisir qu'y fait succéder une explication inattendue, en tirant d'embarras les esprits qui jusque-làjivoient-été tenus en suspens. Mais imputer à Notre Sauveur quelque chose de semblable, cela tient du blasphème. Ce genre d'entretien est le plus opposé à l'Evangile en généra], 3urtout à l'imposante gravité qui dut marquer la der« pière Cène^ si voisine de la passion^ et si pleirie (}es

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UttfeVii. idées de la mort : enfin elle messied totalement au caractère connu de l' Homme-Dieu, duquel il n^est point écrit qu^on lui ait jamais entendu dire un badinage, pas même qu'on Tait jamais vu rire.

3", Si les paroles, ceci est mon corps^ portent isolément et en elles-méme le sens de la réalité^ et qu'eUes ne soient déterminées à celles de la figure que par les %\x\v^iiiQ%y faites ced en mémoire de moij il s'en suit que ces dernières tont de toute nécessité l'explication des précédentes, qu'elles ne peuvent pas aller les unes sans les autres. Car en supprimant les dernières, il faudroi^ nécessairement donner dans le sens de la réalité qui, dans la supposition, est celui que Jésus Christ a voulu exclure en ajoutant, faites ced en mémoire de moi. Il est donc évident que, dans l'hypothèse, il n'est point permis, sans contrarier le but et le dessein de Notre Sauveur, de rapporter les premières sans f les secondes. Et cependant St. Matthieu et St. Marc» les deux* premiers Evangélistes, et pendant plusieurs années les seuls, passent les secondes sous silence. Ils ne les jugeoient donc point nécessaires ; ils ne les regardoient donc poitit comme explicatives des précé* dentés ; ils ne voy oient donc pas entre les unes et les autres cette liaison, cette dépendance essentielle que vos messieurs ont imaginée depuis.

4°. Pour en venir au fond de leur raisonnement» j'observe qu'il porte sur ce principe que la mémoire suppose l'absence, et que par conséquent, si Jésus- Christ étoit présent à l'Eucharistie, il n'ordonneroit pas qu'on s'y souvint de lui. Or ce principe, tout spécieux qu'il puisse vous paroître, je ne balance point à le déclarer absolument f^ux. Je sais que le souvenir

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s'adresse communément aux choses absentes : vous Lettre vu. conviendrez pourtant avec moi qu'il n'est point opposé à Tabsence, mais à Toubli : et qu'il est fort juste qu'on nous avertisse de nous soutenir de ce que nous pourrions oublier. Or il y a bien desjchoses présentes que nous sommes sujets à oublier^ parce que leur présence ne nous est point sensible^ et qu'elle ne frappe point nos regards. N'oublions*noqs pas Dieu, les anges gardiens, n'oublions-nous pas notre âme ? etc. La présence de ces objets n'est point douteuse, mais n'étant pas sensible, nous ne sommes que trop enclins à les oublier, et l'on a bien assez de motifs pour nous en rappeler le souvenir. Eh bien. Monsieur, la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie est de ce genre, réelle, mais non sensible. Il pouvoit donc très-juste-* ment nous dire, souvenez-vous de moi quand voùl prendrez mon corps ; puisqu'invisible aux sens, son corps n'est présent qu'à notre foi.

5°. Au reste, Monsieur, je ne suis entré avec vous dans ce détail, que dans la vue de vous convaincre qu'il n'y a nulle solidité dans ces raisonnemens si souvent rebattus, et qu'ils ne se soutiennent d'aucun côté, le principe tombant avec ses conséquences. Vous savez cependant que les figuristes de tous les pays y mettent leur confiance entière, et que cette mémoii'e ordonnée par Notre Seigneur est le fond de leur doctrine, le retranchement où ils se croient en sûreté. Maintenant que vous en voyez le foible de toutes parts, voulez-vous connoître la vraie, la juste signification de ces mots, faites ceci en mémoire de moi. Elle n'est point difficile à saisir. Commencez par vous défaire de cette liaison essentielle dont vous avez si souvent entendu parler, maiç que ne connurent ni Saint Mathieu

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uureVjj. ni Saint Marc, ni aucun des Evêques, des docteurs de TEglise ; que ne connurent même qu'après coup ceux qui ont renouvelé la doctrine de la figure. Ces deux passages, ceci est mon corps^ faites ceci en mémoire de moiy sont indépendante Tun de Tautre, et ont chacun un sens à part, un sens propre et distinct. Le premier emporte la réalité, le fécond la suppose, plutôt qu'il ne l'altère. L'un est une proposition déclaratoire de ce qui nous est présenté, le corps de Jésus* Christ: le second un précepte sur Tesprit et la disposition avec lesquels nous devons le recevoir et le prendre, c'est-à-dire, comme nous rapprenons de St. Paul, en nous souvenant qu'il a été T.W. ' livré et qu'il a souffert pour nous : '^ Toutes les fois que '^ vous mangerez ce pain, nous dit-il, et que vous ^^ boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Sei- *^ gneur." Jésus-Christ a voulu que nos pensées et notre cœur-^ se fixassent sur sa jpasssion, au moment où nous recevrions son corps adorable. Entre tous ses bienfaits pour nous, celui dont il veut que nous soyons le plus occupés, et dont il nous commande le choix, c'est sa mort, c'est-à-dire le gage de notre rédemption, l'espoir unique de notre salut, l'acte le plus héroïque de son amour pour nous, comme le trait le plus fait pour enSamnier nos âmes, au moment où nous approchons de sa table sacrée.

Ainsi, Monsieur, quoique la mémoire ne suppose point Tabsence, il est pourtant vrai de dire que l'objet ^ de notre souvenir dans ce grand acte de religion n'est point présent à T Eucharistie. Car cet objet, que la mémoire doit réfléchir à notre esprit, est la mort de Notre Sauveur^ uniquement représentée par la séparation iie $ou corps sous l'apparence da pain^ et de sod '

sang SOUS celle du vin, '^ Il pourroit sembler que umevu. ** rEucharistie, étant un mémorial de cette mort, en **»««^ ^^ devoit être précédée. Mais non^ c'est aux hommes, '^ dont les connoissances sont incertaines et la pré* ^^ voyance tremblante, à laisser arriver les choses avant *' que d'ordonner qu'on s'en souvienne." Le précepte d'annoncer la mort du Seigneur tenant à l'institution même du mystère, il n'est pas douteux qu'à la première cène il fut pratiqué par les Apôtres. Ils annon« cèrent par anticipation d'un jour cette passion que tous les sicèles chrétiens ont annoncé depuis par commémoration : et il est de toute évidence qu'un devoir pra* tiqué par les Apôtres, en' présence de Jésus-Christ vivant et parlant, ne sauroit jamais devenir pour nous une preuve de son absence.

En général toutes les objections que nous venons de voir, et celles moins fortes que je supprime, pour ne pas faire d'une dissertation un volume, tendent également à nous persuader que l'Eucharistie nous présente^ non réellement le corps, mais simplement la figure du corps. Observez que dé toutes ces objections il résulteroit qu'il faudroit faire à Jésus-Christ précisément le contraire de ce qu'il a dit. Car s'il ne nous a laissé que la figure, il s'ensuit que ce qu'il a dit être son corps ne Test pas, et ce qu'il a dit être son sang, ne l'est pas, le signe n'étant point l'objet même, mais seulement sa représentation.. Donc, au lieu des paroles positives sorties de sa bouche, ceci est mon corps, ceci est mon sang, il foudroie lui faire dire, au moins équivalecnment, ceci riest point mon corps, ceci n'est point mon ^amg ; car ce n'en est que la figure.

: «De plqiy Notre Seigneur saVoit que ses Apôtres ne

s 70 "SUR l*£gu» anglicane,

uun Vil. parleroient de figure ni dans leurs écrits, ni dam leun discours, que sur la foi de leur parole écrite et non écrite, les chrétiens entreroient dans le sens de la réa* lité : il savoit aussi qu'à la suite des siècles un tems viendroit où un grand nombre se souleveroit contre cette doctrine jusque-là universelle : il voyoit actuelle* ment la séparation que ce soulèvement a produite, ou du moins confirmée : il entendoit les querelles, les disputes qui nous divisent si misérablement : il enten* doit les uns opposant à ses paroles les sens et la raison, soutenir que le pain eucharistique ne pouvoit être que la figure dé son corps ; les autres, faisant fond sur ces mêmes paroles, maintenir que c'étoit son corps véri* table : et malgré cette connoissance, malgré les inter^ prétations difiërentes qu'il entend donner à ses exprès* sions et tous les maux qui en dérivent, il permet que les écrivains sacrés qu'il inspire, parlent toujours de 9on corps j jamais de la figure de son corps ! Se peutil rien de plus étrange, d'aussi inconcevable que cette conduite du Sauveur r Où seroit sa bonté, sa justice, sa tendresse pour son Eglise? Et ne nous auroit-il pas lui-même égarés, si ces mots, de cAaîr véritablement nourriture^ de sang véritablement brettvage, du corps, du sang de Jésus-Christ^ que nous lisons dans son testament, ne dévoient exprimer que l'erreur, taudis que les mots de signe, de figure, qui ne s*y lisent nulle part, dévoient seuls nous ouvrir le véritable sens de la révélation ?

Je remarque une autre singularité qui est aussi bien frappante dans vos docteurs. Un des principes qu'ils mettent sans cesse en avant,^ et sur lequel a été élevée la Réforme, c'est qu'on ne sauroit être obligé de croire

£T LA REFORMATION EN 'OéKéRAL 271

eu de pratiquer que ce qui se lit dans TEcriture, ou s'en ^'■*^ ^''' déduit clairement. Nous venons de voir qu'il n'existe ducun passage des livres saints qui autorise la figure^ loin de la démontren Elle ne peut donc pas en être déduite. Bien moins encore y peut-elle être lue. Car le mot de figure ne s'y trouve jamais avec l'Eucharistie. St. Jean dans le discours de la promesse annonce toujours une manducation réelle, une chair à manger véritablement nourriture, un sang à boire véritablement breuvage, la chair qui doit être livrée, le sang qui doit être répandu : les trois Evangélistes racontant l'exécution de la promesse, parlent du corps qui est livré, du sang qui est répandu. St. Paul répète les mêmes termes, sur la révélation immédiate qu'il en avoit reçue de Notre Seigneur. Ce mot de figure ne se fait entendre dans aucun endroit ; tout retentit de ces paroles, corps de JésuS'Christy sang de Jésus-Christ ; c'est Jésus- Christ qu'on reçoit, son corps auquel on participe : c'est de son corps, de son sang dont on se rend coupable par une indigne participation. Que devient donc ici le grand principe de votre Réforme ? Et par quel ouby, ou plutôt par quelle contradiction, vos Réformés s'obstinent-ils à rejeter le corps et le sang (loi*t l'Ecriture parle sans cesse, pour admettre un signes une figure qui ne s'y rencontrent nulle part?

Grâces à la Providence divine, la doctrine de la réalité a été conservée et toujours défendue dans la société la plus considérable du Protestantisme. Luther^ qu'elle a reconnu pour chef et de qui çlle se glorifie de lirer son nom, n'a janmis mieux montré la force d'esprit et la véhémence de langage qu'il joignoit à un caractère bouillant et impétueux, que dans la défense du

2f2 SUR «L^i^GLISE ANGLICANE,

. jLettrc VU. gens littéral contre les nouveaux sacramentaires. Il n*a pu s*einpêcher de s'en faire honneur à lui-mêaie, avec Ap.Hosp.Epis. la modestie dont vous allez juger.' *^ Les Papistes eux- 1M4, * * * " mêmes sont forcés de me donner la louange d'avoir *^ ntiieux défendu qu'eux la doctrine du sens littéral. Et ^^ en efiet je suis assuré que, quand on les anroit tous ^^ fondus ensemble, ils ne là pourvoient jamais soutenir " aussi fortement que je le fais." Luther se trompoit, comme nous le verrons à l'article suivant. Mais il est certain qu^il resta constamment attaché au sens littéral et que les sacramentaires ne pouvant amollir l'inflexibilité de ses principes, ont souvent été contraints de s'en rapprocher et d'affecter son langage dans les ac coifnmodements qu'ils essayèrent avec lui à Wittemberg et à Smalcade. (1)

(1) Ces accomtnodemeus, où la sincérité eut moins départ que la politique, ue purent être de longue durée, et Lotber rentra avec plus de fureur dans ses anciens emportements contre eux. II les traita dans sa petite confession de foi ** d'insensés, de blasphéma. ** leurs, de gens de néant, de damnés, pour qui il n'étoit pas permis " de prier." Il y protesta, " Qu'il ue voulait avoir avec eux aucun " commerce ni par lettres, ni par paroles, ni par œuvres, ^ils ne " confessoient que le pain de TEucharistie étoit le vrai corps naturel *' de Notre Seigneur . . Je me soucie aussi peu, dit-il encore, d'être " loué ou blâmé par les fanatiques Zwingiiens et autres geus semblables, que de Têtre par le Turc, par le Pape, et par tous les diables, car étant i)rès de la mort, je veux po^er cette gloire et ce té- *' moignage au tribunal de Jésus-Christ, que j'ai condamné de tout mon cœur Carlostadt, Zwiiigle, Œcolarapade et autres, fanatiques " ennemis du sacrement, avec tous leurs disciples qui sont à Zurich; et nous condamnons tous les jours dans nos sermon» leur hérésie pleine de blasphèmes et d'impostures." A ce coup les Suisses prirent vivement la mouche. Ils lui décochèrent un manifeste, où ib

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Mais voici une confession de foi qui va bien vous Lettre vu; surprendre : vous allez entendre les Calvinistes s'exprimer aussi fortement que les Luthériens et les Catholiques sur la présence réelle ; et on les en croiroit de zélés défenseurs^ si on ne connoissoit leurs variations. Bèze Hospin. ad an

et Farel furent chargés par les Eglises réformées de France de la porter à Worms, où les états de la con* fession d^Ausbourg étoient assemblés. Il y est dit ; Qu'on reçoit dans la cène non-seulement les bienfaits de Jésus-Christ, mais sa substance même et sa propre chair : que le corps du Fils de Diçu ne nous' y est pas proposé en figure seulement et par signifiacation symboliquement comme un mémorial de *^ Jésus-Christ absentai mais qu'il est vraiment et cer-* tainement rendu présent avec les symboles, qui né sont pas de simples signes. Et si nous ajoutons^ disoient-ils^ que la manière dont ce corps nous est dotiné est symbolique et sacramentelle, ce n'est pas - *^ qu'elle soit seulement figurative, mais parce que sous l'espèce des choses visibles. Dieu rM>us offre, nous donne, et nous rend présent avec les symboles ce ' qui nous y est signé. Ce que nous disons, afin qu'il

lui disoient rondement qu'il n'étoit qu'un vieux fou ; *' qu'il fau» ** droit être aussi insensé que lui pour endurer ses emportemens^ qu'il déshonoroit sa vieillesse: qu'il se rendoit méprisable par ses' violences ; et qu'il devroit être honteux de remplir ses livres <* de tant d'injures et de tant de diables," A la vérilé Luther avoit pris soin de mettre le diable dedans et dehora, dessus et dessous^ devant et derrière les Zwingliens, en inventant de nouvelles phrases pour les pénétrer de démons, et répétant ce mot odieux jusqu'à fairt horreur, ainsi que l'observe ici Bossuet.

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