LETTRE VII
Paroteê de t Institution.
LettitViL L*JBTRAN6£ et inconcevable proposition que le Sauveur venoit de faire en pleine synagogue, les disputes et la contradiction qu^elle excita généralement parmi la foule des auditeurs, ks affirmations soutenues de Jésus qui, au lieu d'apaiser les esprits et de les rame* ner à lui, provoquèrent les murmures de plusieurs dis* eiples même ; l'opposition formelle de ceux-ci, leur défection, leur éloignement ; l'appel plus heureux &it aux douze, leur confession de foi ouverte et déclarée, leur persévérante fidélité; toutes ces circonstances durent donner de l'importance et de là célébrité à la scène de Capharnaum. Ceux qui en sortirent, durent en discourir long-tems entre eux et la raconter à ceux qui ne s'y étoient point trouvés ; les disciples fugitifs surtout, pour justifier leur abandon et leur ingratitude si apparente. Elle aura donc fait bruit dans le monde^ où Ton s'entretenoit souvent du personnage extraordinaire qui depuis plus de deux ans étonnoit la Judée par la sagesse de ses leçons, par des bienfaits et par des prodiges sans nombre* Mais c'est surtout dans Tespritdes Apôtres et des disciples fidèles comme eux qu'elle dut laisser des impressions plus profondes. Ils eurent à regretter parmi ceux qui s'étoient éloignés, des amis, des
ET LA RJëFORMATION EN ciNiRAL. ÙÀS
compagnons^ avec lesquels ils avoient partagé jusque- LtitrlVlLi là leurs soins et leurs assiduités pour le bon maître. Sans doute il leur en coûtoit beaucoup à présent de ne plus les apercevoir à ses côtés: et cette absence marquante leur rappeloit incessamment la cause de leur triste désertion. Cette cause elle-même, si fort inattendue, si profondément mystérieuse, quel inépuisable sujet de réflexions, d'entretiens et de confidences réciproques entre eux ! Quoi ? Nous sommes donc uq jour destinés à recevoir vraiment sa chair à manger, son sang à boire ! Oui, nous en sommes certains, puisqu'il nous Ta tant affirmé lui-même. Mais quand ? Mais comment ? De quelle manière ? etc. Il est naturel de penser qu'ils se sont fait mille fois ces questions et d'autres semblables sur cet étonnant mystère ; et Tort ne peut se refuser à croire qu'ils ne se soient mutuelle* ment affermis dans la foi qu'ils avoient déjà publiquement déclarée ; qu'ils ne se soient encouragés les uns les autres à repousser de leur esprit les suggestions de' toute espèce que pouvoienty reproduire les sens. Mettons-nous à leur place, nous qui à une telle distance et à la seule lecture, sommes toujours si frappés, si cobfondus de la promesse qu'ils entendirent ; et concevons que si elle nous avoit été directement et pour la première fois adressée à nous-mêmes, elle nous auroit donné grandement à réfléchir jusqu'à son exécution* Il est aussi à présumer, je dirois presque à croire que Notre Seigneur, à qui rien n'écbappoit de ce qui se passoit dans leur âme, aura, par bonté, daigné revenir plusieurs fois avec eux sur ce sujet, et qu'aux instructions données dans le synagogue, il en aura ajouté de
Lettre VII. nouvelles, pour les confirmer de plus en plus dans leur foi et récompenser la confiance qu'ils avoient fait éclater dans ses paroles. Il seroit peu raisonnable de m'op* poser sur cela le silence des Evangélistes. On sait assez qu'ils n'ont pas raconté la millième partie de ce qu'a dit Notre Seigneur. Au rapport même de St. Jean, si on avoit voulu tout écrire, le monde auroit à peine contenu les livres qu'il en eût fallu composer. Quoiqu'il en soit, il n'est point douteux que les Apôtres s'en reposèrent aveuglément sur leur Maître pour le moment où il lui plairoit de remplir sa promesse, et qu'ils en attendoient l'exécution avec un mélange de sentimens confus d'impatience et d'inquiélude, d'amour et de terreur : une année presqu'entière s'écoula de la sorte. Mais les tems s'accomplissoient : le ministère de Jésus* Christ tiroit à sa fin. Bientôt même il annonce à ses disciples sa mort très-prochaine. Moins il lui reste d'instans à passer avec eux, plus il leur témoigne d'affection : il ne les traite plus de serviteurs, mais d'amis. Dès qu'il les voit rassemblés à la table pasch aie, il leur
uc.c.22,v.i5. déclare qu'il avoit ardemment déairé de célébrer cette dernière pâques avec eux, avant de souffrir: et peu après, continuant à leur annoncer sa mort, il leur dit
uc.r.32,v.i6. qu'il uc mangera plus de pâques avec eux, jusqu'à ce qu'elle soit accomplie au royaume de Dieu ; puis pre-
ih. V. 18. nant une coupe, il ajoute qu'il ne boira plus du fruit de ,1a vigne, jusqu'à ce que^ le règne de Dieu sçit venu. Après avoir terminé la cène légale, Jésus se lève, et pour donner à ses disciples l'exemple de l'humilité et d'une charité mutuelle, il s'abaisse jusqu'à leur laver les pieds* Il les rappelle ensuite au banquet et s'y
replace avec eux. Qu*à-t-il donc à leur servir encore ? Lettre v] Ce n*e8t plus la nourriture de leurs corps qui Toccupe, mais celle de leurs âmes. Le moment étoit venu d'accomplir sa promesse ; elle va l'être. Déjà il a porté sur le pain ses mains vénérables et créatrices^ et levant les yeux au ciel, il entre .en prières, soit que les actions de grâces, dont les Evangélistes parlent ici, se passassent mentalement entre son Père et lui, soient qu'elles fussent entendues des convives. Après avoir invoqué la vertu toute-puissante de son Père, il la fait tomber sur le pain, en le bénissant : il le rompt et dit solennellement à ses Apôtres : " Prenez et mangez, ceci est mon ^* corps, qui est livré pour vous.'* Et de même après avoir béni le calice : ^* Prenez et buvez-en vous tous, ^^ dit-il, ceci est mon sang, le sang de la nouvelle al- ** lia:nce qui est répandu pour vous." Quels furent alors les senti mens des Apôtres, et quelles idées toute cette action dut-elle réveiller dans leur esprit? Qui doute que ce qu'ils avoient entendu à Capbarnaûm, ne se retraçât distinctement ici a leur souvenir? Ces mots ëcrits si long-temps après par St. Jean, retentissoient
donc alors à leurs oreilles. " Le pain que je vous don* ^* nerai à manger, c'est ma chair que je donnerai pour ** la vie du monde." Et au moment oh le Seigneur avoit dit, ceci est mon corps qui est livré pour vous, ils virent nécessairement danscesparoles l'accomplissement des premières. Le rapport de l'institution actuelle avec la promesse donnée étoit si manifeste, l'une et l'autre s'accordoient et se répondoient si exactement dans les choses et dans les termes qu'évidemment ils durent voir que ce qui leur avoit été annoncé, et qu'il? gvoient attendu jusques-là, venoit d'être accompli,
846 fUR L'i^GLIfS AVQLICAUE,
l^ifnyu* AoMi point d^héfiUtion, point de doute ; noHeqw»-' tion ne le fait entendre : tout te paiie dani un recueille^ ment profond ; et les Ap6tret reçoivent de tes maio^ et prennent avec une adoration muette cette chair vi^ ritablement nourriture^ et ce sang véritablement breu vage.{\)
Uexpoiitton que vous venez de lire eat calquée au les récits comparés des Evangélistes* St. Jean, qui écrit le dernier des quatre^ nous a rapporté au \o le discours de la promesse que les trois premiers avoien omis^ et s*est dispensé de répéter le fait de Tinstitutiocm décrit par les autres* H est fort remarquable que \es Evangélistes racontant les mêmes faits à des distances
(1 ) «' Le rapport des porokf qu'on lit dao^ St. Jean et celtef <k ^ rinttitutson ett vbible. Là manger, et ici manger : H hoiret f* et ici boire : là la chair, et ici h chair. Ou, ce qui revient m *' même, If corps. Là le $ang, et ici le sang. Là l« manger et le f* boire, la chair et le iang séparément ; et ici la même ehoie. i^i ^ cela ne fait pat voir préci»ement que tout cela nVfl qn'nn feul ^* et même mystère, une u^ttlr et même yt-rité, il n'y a plus d'am- ** logie ni de coorenanee: il n'y a plu« de rap|>ort ni de suite dam ^ notre foi, ni dan* les paroles < t lis actiouf du Sauveur* Mais û ^' le mauji^er et le lK>jr<' d<t St. Jean est le mau^er et le IxAre de f' riustilution, donc en SL Jean cV»t un manger et un Mre fiar b f' bouche, puiiique dan» ïïuktïtuiUm vi«iblennfnt c'en e%t un de eette ^ naf ure. Si la cliair et le i^ang dont il est parlé en ht Jean, n'est ^* pas la chair et le tant; en esprit et en figure, mais la chair yéri- ** table et le sang véritable, en leur propre et naturelle substance «' il en est de même dans Tinstitution ; et l'on ne peut mm plus *' interpréter, ceci e$l mm corps, ceci est mon san^r, d'un corps eu *' figure, d'un iang en Hiiure, que dans St. Jean, #/ rouM ne mmngez ** ma chair, et $i voum ne buvez mon sang, de la figure de l'un et de f« rautre/'— Bofiuct, Méditations %ur l'Ëvaogile, jour aie.
BT LA RéFOMfATION EV «éKinAL. S«7
trop éloignées pour s'entendre, et par là variant presque ï*^^ vi toujours dans les circonstances et dans les expression:*^ s^accordent tons trois, et St. Paul après eux, à nous rapporter celles-ci de Jésus-Christ : " Ceci est won corpSy " ceci est mon sang,^ Cette uniformité, qui ne s'ob* serve point ailleurs, dénote un dessein particulier de FEsprit-Saint qui les dirigeoit, celui de nous inculquer davantage les paroles essentielles du mystère. En les considérant en elles-mêmes, il est impossible de n*étre pas frappé à la fois de leur simplicité et de leur force. Un tel prodige est exprimé par ce que le langage humain a de plus uni, de plus simple, les hommes u'auroient rien trouvé de pareil à dire : aussi n'est-ce point d'eux que vient ce sublime d'expressions, mais de celui à qui les plus grandes merveilles ne coûtent pas plus à produire qu'à énoncer. Ce peu de mots a fait entrer dans le sens de là présence et de la Transubstantiation tous les Apôtres, et après eux les siècles chrétiens jusqu'à Bérenger et Wicleff, dont les subtilités troublèrent un instant l'Eglise. Il étoit réservé au seizième siècle de combattre plus opiniâtrement ces dogmes. Toutes fois le chef même de la Reforme ne sut s*y résoudre qu'à demi. Il défendit la présence, et ne se déclara que contre la manière dont elle étoit universellement entendue. Il avoit d'abord souhaité, il est vrai, qu'on lui suggérât quelqu'heureux expédient pour se déftiire de la réalité, afin de nuire plus efficacement à la cause de la Papauté ; motif bien digne assurément d'un Apostolat pareil au sien, et que vous pourriez regarder commç une imputation calomnieuse des Catholiques, si ce Luther lui-même*ne Tavoit consigné en propres
348 SUR L*i;GLI8£ AKGUCANE^
4ttrftVll. termes dans une de ses lettres.(l) '^ Mais Dieu, ditk *^ sa manière Bossuet^ donne de secrètes bornes aux
*' esprits les plus emportés, et ne permet pas toujours *^ aux novateurs d*afilîger son Eglise autant qu'ils vou- " droient. Luther demeura invinciblement frappé de ^^ la force et de la simplicité de ces paroles^ ceci est ^* mon corps ^ ceci est mon sang.^*
Carlostadt^ archidiacre de Wittemberg, son- disciple et son partisan, se montra plus audacieux que le maître^ Il fut le premier à franchir le pas et à nier la Présence, Pour attaquer le sens de la réalité, dans lequel les paroles de Notre Seigneur étoient entendues par tout Tunivers, il s^avisa d^une explication, mais si folle, si extravagante, qu'elle nepouvoit sortir que- d* un cerveau dérangé. Il prétendit donc que Jésus*Christ en prononçant ceci ne désigna paç ce qu'il tenoit à la main, mais montra simplement son piopre corps; et qu'ainsi le sens naturel de ses paroles étoit : ^ • ceci, c'est-à- ** dire, mon corps est mon corps.^' Cette explication déraisonnable et risible foisoit trop de honte à ceux de son parti, pour n'en être pas bientôt abandonnée. Ils aimèrent mieux déférer Thonneur du renouvellement de la doctrine sacramen taire à Zwingle, le rival et l'antagoniste de Luther, auquel il fit dévorer de longues amertumes en lui disputant avec opiniâtreté la
(1) Dans sa lettre au$ Strasburgeois^ il dit, qu'on lui eût fait at.ToBi.79 grand plaisir de lui donuer quelque, bon moyen pour nier la pré^ .501. ^. sence, parce que rien ne lui eût été meilleur, dans le dessein qu'il
avoit de nuire à la Papauté : ** Sciens hoc maxime modo posse m^
5* inçemmodare Papatui.'^ *
ET. LA REFORMATIOM £M GëNBRAL. 249
gloire de premier Réformateur, (l) Il y avoît déjà Lettre vil
cinq ans que Carlostadt avoit fait part de sa découverte
au monde qui ne s'en soucia point, lorsque Zwîngle,
dont la réputation étoit en grand honneur à Zurich, y
fit convoquer le 11 Avril, 1525, le fameux Synode qui
adopta sa réforme. Ce synode étoit composé de deux
cents bourgeois, tout aussi habiles théologiens qu'on en
peut raisonnablement soupçonner des bourgeois Suisses
du seizième siècle. Ce fut là qu'en présence de ces
nouveaux Pères dé l'Eglise, il s'établit une dispute régu*
lière entre Zwingle et le chancelier laïque de la ville
sur le sens qu'il falloit donner aux paroles de l'Eucha-
ristie. Comme il n'avoit à faire qu'à un bourgeois,
et qu'il possédoit plus de hardiesse et de facilité que lui
à s'énoncer, le curé de Notre-Dame des Hermites dé*
montra sans peine, et à la parfaite satisfaction de toutes
ces fortes têtes, qu'on devoit reconnoître un seils figuré
dans ces mots, ceci est mon corpSy ainsi que dans ces
autres de la parabole, le champ est le monde j la semence
est la parole. Ce furent les seuls exemples qu'il allégua,
n'ayant rien de mieux alors à produire. Car il n'avoit
point encore été favorisé de l'apparition du personnage
noir ou blanc qui dans un rêve vint depuis lui indiquer
(l) Zwingle avoit publié, que dès Tan 1516, avant que le nom de Luther fût connu, il- avoit prêché l'Evangile dans la Suisse. Piqué de cette prétenfioB^Liither écrivit aux Strasbourgeois, qu'il osoit s^ glorifier d'avoir le premier prêché Jesus-Cbrist, mais que Zwingle vouloit.lui ravir cette gloire. " Le moyen de se taire pendant '* que ces gens troublent nos Eglises et attaquent notre autorité ?".., Il déclare pour conclusion : ** Qu'il n*y a point de milieu^ et qu'eux •o lui sont des mini9tres de Satan.'^
350 SUR L'£6LISE ANGLICAVE^
liettra VII. on passage plus analogue de la Bible. Ce concile de bourgmestre et de bourgeois ne laissa pas d'adopter unanimement ses conclusions contre la réalité, et dès le jour même d'abolir par décret la célébration de la messe. Telle est Torigine de l'opinion sacramentaire et de toute la Réforme en général à Zurich, où deux cents laïques ignorants prononcèrent contre la foi de . tous les siècles, et l'enseignement perpétuel de TEglise, comme s'il avoit été question de quelques arpens de terre, ou de quelques morceaux de prairies sur les bords du lac. Les autres villes qui adoptèrent depuis les mêmes principes, ont imité celle de Zurich, et procédé avec tout autant de sagesse et de canonicité dans leurs décisions.
Vous n'avez sans doute. Monsieur, nulle difficulté d'avouer l'illégalité absolue et la prodigieuse témérité avec lesquelles l'opinion sacramentaire et la Réforme ont été admises à Zurich et de là dans d'autres cantons. Vous me direz que vous êtes médiocrement touché de ce qui s'est passé là-dessus dans les villes de Suisse, d'Allemagne et de France : que l'Eglise Anglicane seule a le droit de vous intéresser, et que sur l'article de l'Eucharistie les formes canoniques n'y ont point été mises de côté, puisque les Evêques et les docteurs formoient la convocation qui a prononcé, indirectement du moins, contre la présence réelle, et très* positivement contre la Transubstantiation. Cette observation, j'fen conviens, n'est point sans quelque justesse, et on aperçoit en èifet dans la convocation une apparence des formes canoniques. Ce n'est point ici le lieu de relever les défauts trop réels qui frappoient de nullité tous ses actes et ses procédés, il me suffit de vous pbserver, à nioQ tour, qu«
ET LA RÂFOUIATION EN g£n£RAL. 851
tirant ses objections de TEcriture Sainte, ainsi que tous ^-«^w vii, les réformés, et n'y ayant rien vu ni trouvé de plus les uns que les autres, je répondrai à vos compatriotes^ en répondant à tout ce qui porte le nom de Réformé, quelque pays qu'il habite, et sous quelque dénomina- ^ tion qu'il se distingue. Nous eitaminerons les diffi-» cultes contre la présence réelle, et ensuite contre la Transubstantiation. Il seroit inutile de traiter séparément de Tadoration, conséquence inévitable de la présence. Car reconnoîtte Jésus Christ présent dans son sacrement, çt n'y rendre point à sa personne divine les honneurs divins, ce seroit un outrage, une impiété, une sorte d'apostasie : n'avons-nous pas tous appris de St. Paul, que même à son nom seul, tout genou doit fléchir dans le ciel, sur la terre et dans les enfers ? (l)
(1) La convocation de 1562, dans son article 28e, sous prétexte que Notre Seigneur n'a point ordonné qu'on Tadorât dans TËucharistie, supprin^e et condamne indirectement Fado ration que nous y rendons à sa Divinité. C'étoit assez clairement démasquer son opinion intérieure contre la présence réelle, et faire entendre qu elle banissoit Jésus-Christ de son sacrement. Pour l'en convaincre par des autorités qu'elle doit admettre; je lui citerai ceux qui, pomme elle, ont supprimé Tadoration, les Calvinistes.
Bèze raisonnant contre Luther qui avoit laissé la liberté d'adorer ou de ne point adorer, s'exprime ainsi : " Illud vero prœ caeteris DeCeenÀDon '' demiror qu! adorationem illaui liberam relinquas, qui tamen P-S70. ^* Christuui reipsa corporaiiter, ut in cœlis, cum pane adesse, dari ^< et sumi fatearis. Id enim si ita esse crederero, illius profectô non f mode tolerabilem et religiosam, sed etiam uecessariam arbitrarer f* adorationem."
Un autre Çalvinistfs réfute die même la doctrine Luthérienne :
369 iUE lUcUSm ANGUCANB i
L#t</éVii. Nous avom déjà remarqué Tadresse de vos Lords Spirituels de li62 à ne point rejeter directement la présence réelle, qui ne laissoit pas d'avoir des partisans
ti
ce
Btlttus in ttA" " Hnnc sdoratloncm pontificiain si neses, posîtÀ corporalî pnesentift ittéii rcc i, p. ,, cliristi iii pane, crinien impietatis et contumcliae Christ! nec apod " Papistas, nrc apud uUos sanos potes effiigere.''
L'auteur Calviniste de ravertissement sur le livre de la concorde: C. Il^t^ set* *' Si Cbristus in pane Eucharistico praesens esset corporaliter» i»- *' cessario nos ad panetn hune conversos oporteret ipsî reverentitti et adorationetu deo debitam exhibere. AUigata est autem ad banc naturain huuianam, assuniptaoi a Filio Deî, ut, ulii *' que vel sensu nostrô, vel verbo ipsius constat eam esse. ** tem» eo dirigi adorationem et honoreoi Chiisti, animo et rorptiie Umh. c, ï, V. 6\ c< necesse sit ; sicut dictum est : adoremt rmm ammes fmgeli IkL Ert ** que fabula impia et inChri^tuiii contuaetiosa quod aliqui (Liife- ** rani) respondeut Cbristum adesse huic pani, non ut in coacioictar, *' sed ul io eo coraedatur, neque j ussisse ibi se adorari, sed edî. S( *' entm imiversak Dei mandat uin de adonuido Christo ad *^ dum ei summum boiK>rem. Si igitur constawt, euoribi pi '* esse suo corpore, tam non esset nobts expectUMinm spéciale *' datum, de rcvercntiâ et honore divino ipsi ia Imk pane exhibaifti^ '* qiinm non expecTabat, nec expectare debeliat'TliOflEias ■iii^ifliiii' ^' roandatum ûe adorando Christo, ip»em vidclMit obocnlossm» *' stantem in conclavi, sed eo a^nito, statim sui ineaor offici» pm- ** eidens coram eo, <>\clamavit : DamtiiKS m^ms et Dems ansK. Su *' régis aut principi» conspectum oemo^sanitspTodit, quia ad ilhmi ** con verso vulîu revrrentiam ipsi debitam rvhibeat, Quae ^^xar fuerit impietas, si Cbristus tam propnMM^b^^ assistai corponl&feT;, ut per manu^ sacerdotum in ora nostra 4nnn |Woe se defieni foltiatur, non toto animo cl ^îorporo ad paniefti iWum coirversoi» honores Cfah&lo praeslarc ? "N^c 4f>h^^ <j«^d ibi aoa ** ocuiia. -Si euim verbi ipsius test W i N Wi r» v^^nsiaret, *' ibi suo corpore, hoc ma|>TsfK] ^f^ o f t ê m ^, ^ <bi *' nos obligaret, quam testimoaïiim -s^^ft^s % g li |îr
*« Xhemniiittb lui-mètne, dbdpk^ fcst nmfapéé
te
ST LA RBFORMATION £V GÈH^KAU 363
dana la convocation, et qui depuis a été admise et dé« Lettre vu. fendue par plusieurs docteurs et Ëvêques de votre Eglise, peut-être aurois-je occasion plus bas de vous les faire connoître. Il est pourtant vrai de dire que les opinions Zwingliennes ou Calviniennes ont fini par prévaloir chez vous, et à tel point que, m'entretenant sur ce sujet dans votre patrie, j'ai plusieurs fois étonné des personnes d'ailleurs fort instruites, en avançant que la doctrine de la réalité avoit eu de très-habiles partisans dans TEglise Angligane : j'ai même été obligé, pour ma justification, de produire les écrits et les passages que j'avois d'abord cités de mémoire. Qu'il me soit permis maintenant de vous demander quelles grandes .découvertes vos théologiens modernes ont faites dans l'Ecriture Sainte, pour rejeter une doctrine aussi ancienne dans votre patrie que sa conversion à la foi chrétienne; pour rejeter le sens naturel que présentent à tout esprit non prévenu ces mots répétés par trois Evangélistes et par St. Paul, ceci est vion corps, et suivant la version Syriaque de St. Marc, ceci est mon cofps même ; (1) pour rejeter le seul sens qui s'accorde avec
d'avouer que la présence corporelle emportoit la nécessité de Tadoration. " NuUus est qui dubitet an Cbristi corpus in cœuâ sit ado- Examen Conc. " randum, nisi qui cura sàcrameutariis aut negat, aut dubitat in cœnâ cap. 5.**^' * *' verè Christum esse praeseutem/'
(1) Parmi les plus habiles ctitiques, les uns pensent que St. Marc lui-uiènie est l'auteur de cette version Syriaque, et qu'il l'a faite pour Tusage des Juifs convertis, à qui cette langue étoit alors naturelle. Les autres, entre lesquels se trouve le savant Eyêque de Chester, Walton, l'attribuent -à quelques disciples des Apôtres. Selon la force de Toriginal il faudroit traduire : Ceci est mon corps, mon Proleç. BibL propre corps qui est donné pour •vous. Ceci est mon sanj, mon ^^h'S**^
254 SUR L'kGLISÉ anglicans.
Lettre VIL le discours de la promesse^ qui très-certainement tfannonce que la réalité, et lui en substituer un de figure, de représentation et d'absence, qui dément la manducation promise de cette chair véritablement nourriture, de cette chair qui devoit être donnée pour la vie du monde ? Mais au lieu de découvertes, car il ne pouvoît leur en rester à faire dans des écrits si connus et si examinés avant eux^ ils se sont déterminés sur les mêmes exemples et sur les raisonnements dont les Réformés s*étoient déjà autorisés pour accréditer leur nouvelle interprétation.
Je parlerai tour-à-tour de ces exemples et de ces raisonnemens : et afin que nous jugions plus sainement des premiers, rappelons ici des principes qui seront avoués de tous les partis. Suivant les règles du langage, il y a des choses établies par Tusage, comme des signes, il y en a d'autres qwi ne le sont point, et qui ne peuvent devenir signes que par un nouvel et premier établissement. Quand des signes sont établis par r usage, on a droit de supposer qu'ils sont connus comn^e tels de ceux à qui Ton parle ; et si on lit dans leur esprit quelqu'embarras, c'est celui de savoir, non ce qu'ils sont en eux-mêmes, ipais ce qu'ils signifient : alors en donnant à ces signes le nom des choses signifiées, l'embarras e^se, le sens de la phrase est
propre safig. Car c'est aussi pour celte raison que le Syrien, aussi ancien que le Grec et fait du tems des Apôtres lit: Ceci est mon propre ccrps : et que dans la liturgie des Grecs il est porté, que ce qu'on nous donne, c'est le propre corps de Jésus, son propre sang, — Bossuet. Médit, sur lEvangiie, 22e jour.
saisi, il est clairement entendu de tout le monde. Ainsi Lettre vii. en me montrant des tableaux, vous me dites : Voyezvous ce portrait ? c'est le Régent : c'est la Princesse Royale. En dirigeant mes regards sur des cartes géopraphiquesy vous me dites, c'est l'Angleterre, c'est l'Ecosse ; je vous ai parfaitement compris parce que je sais que des tableaux, des cartes, sont des signes établis ; je n'étois en peine que d'apprendre ce qu'ils signifioient. Il n'en va point de même des signes de premier établissement. N'étant point accoutumé à regarder la chose que vous me nommez comme un signe, n'ayant appris à la considérer que suivant ses propriétés naturelles et intimes, je ne puis rien comprendre aux signes que vous en voulez faire, si vous ne m'avertissez de l'usage particulier auquel vous les destinez. Si vous voulez que je vous comprenne, il faut vous expliquer^ ou me prévenir que contre l'usage établi il vous prend fantaisie de faire un signe de ce qui ne l'a jamais été jusqu'ici. En effet, pour revenir aux portraits et aux cartes dont nous parlions, mettez à ma place quelque sauvage : vous aurez beau lui redire: c'est le Régent, c'est l'Angleterre, il r\'y comprendra rien, parce que, relativement à lui, ces cartes, ces peintures sont des signes de premier établissement, qu'il falloit lui expliquer avant de vous en servir.
Le prîiltipe s'applique de lui-même à notre question. Il est visrWe qu'avant l'institution de l'Eucharistie, le pain n'avoit jamais été pris dans l'usage pour le signe de quoique ce fût, qu'il n'étoit point mis au nombre des êtres que l'on considère ordinairement comme des signes, mais bien au nombre de ceux qu'on regarde comme choses propres et distinctes. Jésus-Christ ne
2&B SUR L*éGLIS£ ANGLICANS,
Lettre VII. pouvoit s'en servir pour signifier son corps, qu*^il faisant du pain un signe de première institution : et alors' pour se faire comprendre, pouf s*énoncer suivant- les règles du langage et du bon sens, il auroit dû expliquer sa pensée aux Apôtres, qui n*en pouvoient avoir le moindre soupçon ; ce qu'il ne fait en aucune manière: ou du moins il auroit dû les avoir prévenus d'avance, qu^un jour il se serviroit du *pain pour leur donner un signe de son corps ; et Ton ne voit pas qu'il eût jamais rien annoncé tle semblable, mais bien plutôt le contraire. Il est donc certain qu'il n'a pu avoir l'intention d'instituer le pain comme simple figure de son corps, par ces termes si positifs, ceci est mon corps, sans avertissement préalable, ou sans explication actuelle, parce que c'eût été le premier établissement de ce signe, et que Ton ne donne aux signes le nom des choses signifiées, que quand ils sont déjà regardés comme signes. Lui qui étoit vrai homme, a parlé suivant le langage des autres hommes : lui qui est la sagesse infinie, n'a pu s'énoncer que d'une manière sage et raisonnable: lui qui est la vérité même, n'a pu s'exprimer d'une manière trompeuse et faîte pour jeter dans l'erreur ses disciples, auxquels il avoit* dit : " Le tems vient qu'au lieu de vous parler en énigmes, je vous parlerai ouvertement ;" auxquels il vouloit donner ses dernières et ses plus importantes instructions ; auxquels enfin il faisoitpart du testament qu'il instituoit pour eux, à la veille d'en être séparé par la mort.
Que dans le cours de son ministère, Jésus-Christ se servant de métaphores communes ait dit à ses Apôtres, je suis la porte, je suis un sep, les esprits y étoient suffisamment préparés, et ne pouvoient avoir
ET LA RÉFORMATION EN GENERAL. 25f
d*autre embarras que de découvrir sous quel rapport Lettre vit il se servoit de ces expressions ifigurées. Il est surprenant qu'on ait prétendu trouver à ces expressions quelque ressemblance aux paroles de FEucharistie^ et conclure de ces deux métaphores qu'on pouvoit expliquer^ ceci est mon corps, par ceci est le signe de mon corps. Car 1^ il faudroit au moins supposer que Nôtre Seigneur en disant^ je sruis une porte, je suis un sep^ avoit voulu dire qu'il étoit le signe ou la figure d^une porte ou d'un sep de vigne, ce qui est tout-à-fait ab-^ surde. Quand il s'appelle une porte ou un sep, ce n'est pas qu il en soit le signe ou la figure. C'est qu'il possède les qualités dont une porte ou un sep otfroient de foibles, mais sensibles images. Il n'y a donc nulle parité entre ces exemples: ils sont d'un genre fort dif-. férent.
' 2°. Jésus-Christ explique lui-même le sens qu'il entendoit sous Tune et l'autre métaphore. " Je suis la st. •Teaii, c.io ^^ porte: quiconque entrera par moi, sera sauvé: il " entrera, il sortira, il trouvera des pâturages.*' Et de même i " Je suis le sep, mon père est celui qui le ib. c. 15, ▼. 1 " cultive. Toute branche qui est en moi, sans porter du fruit, il la coupe: et il émonde toutes celles qui portent du fruit, afin qu'elles en portent encore davantage. . . .Comme une branche ne sauroit porter du fruit, si elle ne demeure attachée au sep, il en sera de lâême de vous, si vous ne demeurez attachés *' à moi," etc.
3°. Si on s'obstine à tirer des comparaisons de ces exemples et autres semblables, il faut s'y prendre difiëremment; au lieu de dire, Jésus-Christ est la porte ou le sep. Dieu le Père est le vigneron, ce qui offre