livre 5. << reviennent toutefois à cette opmion commune que
^^ les saints mystères reçus comme ils doivent l'être, ^^ servent à nous rendre participans de la grâce du *' corps et du sang qui ont été donnés pour la vie du ^^ monde : et qu'en outre ils nous communiquent d*une *' manière très-réelle, quoique mystérieuse^ la propre *^ personne de Notre Seigneur lui-même^ dans toute *' sa perfection et son intégrité.'* Réponse au ^^ Nous croyous nou moins que vous,, à une présence Car.Beiarmin.,, véritable, disoieut Jacques 1er. et ^Evêque-.An-
«« drews." t^ttreauCard. Casaubou s'cxprimoit de même dans l'écrit qu*il com-
du Perron. i i a •
posa par ordre du même souveram.
vé" ul? M^on!^." " ^ présence réelle est aussi maintenue chez oouf :
gue, c\ï. 30.
la différence entre nous et les partisans du Pape Lèttrt Vli est uniquement sur le mode de cette présence dans le saint sacrement ; et il ne seroit pas difficile de s^entendre, si ce n'étoit à cause des esprits turbulens et factieux de Tun et de l'autre parti. Heureux les pacifiques . . . «Quant à la présence, dit-il encore, j'ai dit et je le redis, si les hommes étoient disposés à la paix, ainsi qu'ils ledevroient, iln'y auroit plus de différend entre nous.- J'en ai ajouté la raison et je la répète ici, tout ce différend n'est que sur le mode de la présence. La chose est convenue de part et d'autre, à savoir que dans la Sainte Eucharistie il y a une présence réelle,"
" A Dieu ne plaise, s'écrie un autre prélat, qu'il L'EVêque BîU nous arrive de nier que la chair et le sang du Christ soient vraiment présents et vraiment reçus par les fidèles à la table du Seigneur ? C'est la doctrine que nous enseignons aux autres, et de laquelle nous nous confortons nous-mêmes."
*^ On demande si, lorsque nous disons que le corps L'Ev^uetayde Jésus-Christ est réellement présent dans le sa-ciiari8tie,p.i8^ cremeni, nous entendons le corps qui est né de la îJ^*^ Vierge Marie, qui a été crucifié, mort et enseveli ? Je réponds que je ne lui en connois pas d'autre : Jésus-^Christ n'a qu'un seul corps naturel et glorifié. Mais quand on dit, il est glorifié ce corps qui a été crucifié, on parle à la vérité du même corps, mais non de sa même manière d'être : il en est ainsi dans le sacrement. Nous mangeons le corps qui a été crucifié, nous buvons le sang qui a été versé : car Jésus^Christ n'a point un autre corps, n'a point " d'aatrç sang : mais quoique ce soit le même que
27$ SUR LEGUEE ANGLICANE,
Lettre VII. a jj^yg mangions et que nou» buvions, c'est pourtant
**^oo*^^^^ " sous un autre manière d'être .... Ceux qui ne con-
<^ fessent pas que TËucbaristie est la chair de Notre
^^ Sauveur, la même chair qui a souffert pour nous,
" qu'ils soient anathéme.*'
:.'Ev. Forbei. ^^ Entre les Protcstans, ceux-là me paroissent tenir
!hari8tie,iiv.K " la doctiinc la plus sûre, la plus vraie, qui pensent et
:.i.par. . ^j niême croient très-fermement que le corps et le sàog
*^ de Jésus- Christ sont vraiment, réellement et substan^»
^^ tiellenient présents dans TËucharistie, et qu'ils y
^^ sont reçus par les fidèles ; mais que la manière dont
*' ils y sont est aussi inaccessible à nos pensées qu'in-
^^ effable dans notre langage, connue de Dieu seul et
'* non révélée dans les Ecritures."
Dr.Coftia,Hi8t. « Parmi les Eglises Protestantes* il n'en est aucune
le la Trans. ^
i676.paff.6i fi qui doute de la présence réelle du corps de Jésas- ^^ Christ au sacrement." Pages 10 et 11 il cite le passage rapporté ci-dessus du Dr. Andi^ws, Evêquede Winchester, et celui d'un de ses successeurs, le Dr. Poinety en ces mots : ^^ La Sainte Eucharistie est non- ^^ seulement la figure, mais aussi elle contient eneHe- *' niême la vérité, la nature et la substance du corpsde " Notre Divin Sauveur." Et ces mots d'Antonius de Dominis : ^^ Je ne doute nullement que tous ceux qui '* croient à l'Evangile, recônnoîtront que dans la sainte ^^ communion nous recevons la vraie nature delacbair " du Christ, réelle et substantielle." Et le témoignage de la confession Saxonne, celui du Synode de Sandomir, celui même de Bucer qui dit: ^^qoavec le " sacrement nous recevons en vérité et eo substance le corps du Christ."
Relisez aussi le petit Catéchisme que votre £^
ET LA RÉFORMATION EV CéNÈRAL. 277
fait apprendre à ceux qu*elle dispose pour la confirma- Lettrt vu. lion, à cette demande : ** Quelle est donc la chose intérieure signifiée en ceci ?" On répond : " Le corps et le sang du Christ, qui vraiment et en vérité sont pris et reçus par les fidèles dans la Cène du Seigneur.** Sans parler encore du savant Jéremie Collier qui perdit son emploi pour avoir refusé le serment du test^ et publié les raisons de son refus ; de Samuel Parker, Evêque d*Oxford, qui auroit fait prononcer l'abrogation de la loi du test si les hommes de son siècle avoient pu entendre et goûter la vérité qu'il développa avec autant de force que d'érudition ; les deux Evêquès à qui leur savoir et leur réputation valurent l'honneur voyez la «clad^être consultés par Mde. la Duchesse d'York avant ^^^''Vuchîf^ê sa conversion, lui donnèrent assez clairement à com- ^*^^^^' prendre qu'ils reconnoissoient eux-mêmes la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Au reste, Monsieur, après toutes les preuves que je viens de vous exposer dans cette lettre, ce qui doit vous surprendre n*est pas de compter parmi vos habiles théologiens de zélés défenseurs de la présence réelle, mais de voir qu'il s'en soit depuis rencontré tant d'autres qui aient rejeté et combattu un mystère si positivement, si certainement révélé dans les Ecriture;8, et auquel on ne sauroit opposer raissonnablement aucun passage dçs livres saints. Vous êtes à présent en état d'en juger par nos réponses à leurs difficultés, et par les preuves qui déposeront éternellement en faveur de la présence, et le discours de la promesse, et les paroles de l'institution.
Nous avons montré contre les réformés Zwingliens, Transubstan- Calvinistes ou Anglicans, qu'on ne peut donner un sens * ^^ figuré 4iux paroles, ceci est mon corps. Nous allons
UJS 8ÙR l'église anglicane^
nttr* VIL montrer contre les Luthériens que le sens littéral qu'il y faut admettre, et qu'ils admettent avec nous, conduit nécessairement au dogme de la Transubstantiation. Ce mot, qui n'est point dans TËcriture, mais quf TEglise a consacré pour rendre avec plus de précision sa doctrine, exprime le changement de ta substance du corps de Jésus-Christ. Or le sens littéral emporte de toute nécessité ce changement. En effet, ce que Notre Seigneur bénit et distribue à ses Apôtres, il les assure, en le leur donnant, que c'est son corps. Auparavant c*étoit visiblement du pain et rien autre chose : actuellement, d'après son assertion, c'est son corps. Il y a donc eu changement, car nulle substance quelconque ne sauroit à la fois rester ce qu'elle est, et devenir une autre, parce qu'alors elle seroit et ne seroit pas elle-même dans le même tems : elle seroit elle-même, étant restée ce qu'elle étoit ; elle ne seroit pas elle-même, étant devenue autre, ce qui est évidemment absurde.
Dira-t-on avec Luther que, le pain n^ayant subi aucun changement le corps est venu se joindre ou s'unir à lui r Mais alors on change les paroles de Notre Seigneur ; sa proposition revient à l'une ou à l'autre de ces deux, ceci est à la fois du pain et mon corps y ou ce pain est aussi mon corps. On abandonne manifestement le sens littéral des paroles, en les expliquant de la sorte: pu plutôt on ne les explique point; on leur en çubstitue d'autres. Qui ne voit eu effet que ceci est jnon corps, et ce pain est aussi mon corps, sont deux propositions différentes^ De plus, cette dernière est tout à fait opposée à l'expression grammaticale de la phrase. Notre Seigneur n'a point dit ce pain, mais çeçi^ e^ se seryant d'un terme indéfini, d'un pronouj
démonstratif neutre, que les interprètes rendent par ^w»^ vil hoc. Or ce pronom neutre ne peut se rapporter au pain^ qui appartient à un autre genre. II faut donc qu'il se rapporte au corps, ou qu'il soit pris en général pour dénoter indistinctement l'objet que le Sauveur tenoit à la main : et alors le sens littéral, le seul sens littéral est, ced, c'est-à-dire, ce que je tiens est mon corpSy mais jamais, ce pain est mon corps. La règle du langage ne le sauroit souffrir ; le bon sens ne le souffre pasMavantage : car du pain, en demeurant tel^ ne peut-être le corps: il est l'un ou l'autre; mais non l'un et l'autre à la Fois; il y a donc changehnent néces^ saire du pain au corps, pour que ces mots, ceci est / mon corps, se trouvent vrais à la lettre,.
Les Calvinistes l'ont vu aussi bien que nous. Ils ont senti la nécessité d'un changement dans le pain. Mais ce changement, suivant eux, n'est pas réel; il n'est que moral. Pour eux, d'un aliment ordinaire, le pain devient figure du "corps, et les paroles signifient, ceci est lajigure de mon corps. Ce sentiment eàt tout-àfait inadmissible, comme nous l'avons, prouvé dans la première partie, et les Luthériens se sont joints à nous jpour leur démontrer qu'il faut absolument s'en tenir au sens littéral. A leur tour les Calvinistes se réunissent ici à nous contre les Luthériens, et leur démontrent qu'en partant du sens littéral qu'ils défendent, il faut aller droit à la Transubstantiation, et reconnoître ce dogme de l'Eglise Catholique. Comme ils empruntent d'elle les argumens qu'ils font contre les Luthériens sur cette question, je me servirai d'eux pour achever de vous les proposer. Nos preuves vous paroîtront peut-être plus fortes, en sortant de leur bouche» Du
sttre VII. naoins, en les mettant en scène les uns avec les autres, trouvèrent- vous plus singulier et plus piquant d'enten* dre les Calvinistes prouver aux Luthériens le dogme Catholique.
Faisons d'abord paroitre le grand ennemi de la présence réelle. Zwingie se déclare nettement sur ce point
rp .361. ^2LXïs sa réponse à Billicanus: " Certainement, dit-il, ^* si Ton prend le mot est proprement, ceux qui suivent ** le Pape ont raison, et il faut croire que le pain est ^ chair/ C'est à-dire, que, d'après Zwingie, le sens simple et littéral de ces mots, ceci est mon corps, em-
porte nécessairenieut laTransubstantiation. Il revient au Fol. 275. même raisonnement dans son traité de la Cène. ^^ Si ^^ Ton explique sans figure le mot est dans ces paroles, ?^ ceci est mon corps j il est impossible que la substance dii pain ne soit changée en celle du corps de Jésus- Christ, et qu'ainsi ce qui étoit pain auparavant, ne *' soit plus pain. Fieri nequit quin panis substantia " in ipsam carnis suhstantiam convertatur. Punis ff ergo amplius non est^ qui an tea panis eratT II s'exprime encore de même daws un écrit contre Luther:
'T *^°336 ** "^^ ^^ "^^^ ^^ ^^^^ marque le pain, et qu'on iie puisse *^ souffrir de figure dans ces paroles, il s'en suit que le pain devient le corps de Jésus-Christ, et que ce qui étoit pain est fait tout d'un coup le corps de Jésus- '^ Christ. Jam panis transit in corpus Christi, et est " corpus subite, quod jam panis erat''' Il lui avoitdit un peu plus haut : " Si vous vous opiniâtrez à ne rece- * voir point de figure, il s'en suit que le Pape a raison ** de dire que le pain eçt changé au corps de Jésus- ** Christ."
Bèze soutient aux Luthériens dans la conférence de
ET LA REFORMATION £N GËNéRAL. 281
Montbelliard que, des deux explications qui s'arrêtent, Lettre vu. au sens littéral, " celle des Catholiques s'éloigne le Conférences de
• j 1 1 1»" • ^' • ^1 Montbel. inap.
** moins des paroles de 1 institution, si on veut les ex- à Gcuève,i58T* " poser de mot à mot." Et. il le prouve par cette raison : " Que les transubstantiateurs disent que, " par la vertu de ces paroles divines, ce qui aupara-* *' vant étoit pain, ayant changé de substance, devient '^ incontinent le corps même de Jésus-Christ, afin " qu'en cette façon cette propsition puisse être vérita- ** ble, ceci est mon corps : au lieu que l'exposition des " consubstantiateurs disant que ces mois ceci est mon *^ corp*,signifient mon corps est essentiellement dedans, ** avec, ou sous ce pain, ne déclare pas ce que c'est *^ que le pain est devenu, et ce que c'est qui est corps^ *^ mais seulement où il est." Cette preuve est sensible et péremptoire. Car Jésus-Christ en disant, ceci est mon corps^ déclare que tel objet est son corps, tandis que dans l'explication de Luther il déclare où est son corps, dedans, avec, ou sous le pain; mais nullement ce qui est son corps. " Il est clair, ajoute HïstdeaViH*»- •^ ici Bossuet, que Jésus Christ ayant pris du pain 3^. ' ** pour en faire quelque chose, il a dû nous déclarer ** queHe chose il en a voulu faire ; et il n'est pas moins *^ évident que ce pain est devenu ce que leToqt-Puis- " sant en a voulu faire. Or ces paroles font voir qu'il ^' en a voulu faire son corps, de quelque manière qu'on *' le puisse entendre, puisqu'il a dit ceci est mon corps, *' Si donc ce pain n'est pas devenu son corps en figure, " il l'est devenu en effet : et on ne peut se défendre '^ d'admettre ou le changement en figure, ou lechange- *^ ment en substance. Ainsi, à n'écouter simplement ^^ que là parole de Jésus-Christ, il faut passer à la doc-
282 SUR L'BGLISE ANGLICANEj
LeitnViL ^' tHne de T Eglise : et Bèze a raison de dire qu'elle a . " moins d'inconvénients,yManf à la manière de parler j ** que celle des Luthériens, c'est-à-dire, qu'elle sauve " mieux le sens littéral."
Hospinien reconnoît la même chose partout, comme Fol. A3, lorsqu'il dit, en réfutant un écrit de. Luther : *^ S'il *^ faut exclure toute figure du discours de Jésus-Christ, / " l'opinion de ceux qui suivent le Pape est véritable."
Le même auteur, ainsi que les autres défenseurs du sens figuré, renparque avec beaucoup de justesse contre Luther, que Jésus-Christ n'a point dit, mon corps est icîf pu mon corps est sans ceci et avec ceci ; Au ceci contient mon corps; mais simplement, ceci est mon corps. D'où il suit qu'il n'a nullement voulu donnera ses disciples une substance qui contienne ou qui accompagne son corps, mais sou corps même sans mélange d'aucune substance étrangère.
[nst.iîv.4,c.î7, Calvin insiste souvent sur la même vérité : mais pour
No. 30. *
ne pas nous arrêter trop long-tems à des autorités particulières, écoutons un Synode entier de Zwingliens ; celui de Czeuger en Pologne, rapporté dans le recueil de r?t" cœnâ^Tn Genèvc. Ce Synode dén)Ontre que la consubstantiabrm Geneven. ^-j^^j^ Luthérienne est insoutenable, *' Parce que, dit-il, " comme la baguette de Moïse n'a pas été serpent sans '^ Transubstantiation, et que l'eau n'a pas été sang en " Egypte, ni vin dans les noces de Cana sans, change- ^' ment : ainsi le pain de la Cène ne peut-être substan- ** tiellement le corps de Jésus-Christ, s'il n'est changé *^ en sa chair, en perdant la forme et la substance du
listpiredeôvar. « paiu." Disons avcc Bossuct oue le bon sens a
iations. liv. ?.. , , , * .
Ï0.33. ^icté cette décision. En eflfet le pain, en demeurant
pain, ne peut non plus être le corps de Notre Seigneur,
que la baquette, demeurant baquette, pût être un ser- Ltttre vi pent, ou que Teau demeurant eau, pût être du sang en Egypte, et du vin aux noces de Cana.
Au surplus, il ne laisse pas d'être assez curieux d*ap< prendre que^ malgré Taigreur et l'amertume dont Luther et les siens se sont élevés contre la Transubstantiation, ils n'en pensoieiit pas si mal dans le principe. La simplicité des paroles qui les a toujours retenus dans le dogme de la présence réelle, les a long-tems arrêtés sur celui du changement de substance. Luther commença par ne point désapprouver cette doctrine, quoiqu'il en eût déjà proposé une fort différente : il laissa la liberté d'adopter celle des deux que Ton voudroit. ** Je permets en conséquence, dit-il, à qui Voudra, deCapt-deba. ** tenir l'une et l'autre opinion. . . . Que chacun sache foi. 277. ^^ qu*il lui est libre, sans exposer son salut, d'embras- ^* ser celle des deux qu'il lui plaira.'* Il avoit si peu d'aversion de la croyance Catholique sur le changement de substance, qu'il déclare lui-même ne la rejeter que parce qu'on le pressoit trop de la recevoir (i). 11
(1) On peut croire, sans le calomnier, que son opiniâtreté subsé* quente à rejeter le changement de substance, tint beaucoup à son dessein de nuire au Pape et à l-Eglise, puisqu'il avoue que ce niotii' lui avoit fait souhiiiter de pouvoir se défaire de la présence réelle : pu counoit aussi cet aveu de lui sur la communion' des deux espèces : " ISi un concile ordonnoit ou permettoit les deux espèces, *' en dépit du concile, nous n'en prendrions qu'une, ou nous ne ** prendrions ni Tune ni l'autre." Tom. 5. Jen. germ. 274.
'* £t afin qu'on ne me taxe pas d'ingratitude aux leçons de Luther w " maître Henri, je chsnge &ïâét, je trannibstaniie m|Mi sentiment ^.*^| ^ *' et je dis: j'ai déclaré autrefois que peu importoit que l'on pensât édit. de V ** de telle manière sur hitransubstantîation: aujourd'hui que j'ai vu '^"
** les belles et brillantes raisons du champion des sacrements^ ce
384 SUR L£GLIS£ AK6LICAM£,
Lettre VU. avoit tnêfnc trouvé bon qu'elle fût insérée et clairement ^'^* exposée par Melanchton, d*abord dans la confession d'Ausbourg, et puis dans TApoIogie. Voici la traduction littérale du 10e. article de la Confession, tel qu'i^
onfps. Aaças. fut présenté à la Diète. " De la Cène, on enseigne " que le vrai corps et le sang de Jésus-Christ sont véri- ^^ tablement présents sous V espèce du pain et du vin; ^^ qu^ils y «ont distribués et reçus : c'est pourquoi on ^* condamne la doctrine contraire."
Un an après que cette confession authentique eut été
pol.cnnt.Âufl^. * . . * .
at. 4. de $ac. présentée à Aasbourg^. Mélanchton sç vit obligée d'en
t. faire une Apologie, qui tut également approuvée et
signée par tous les états Luthériens» Il y établit plus
clairement encore le changement de substance, en ces
mets : ^^ Nous trouvons que non-seulement TEglise
Romaine soutient la présence corporelle de Jésus-
Christ, mais que l'Eglise Grecque la soutient encore
à présent, et Ta soutenue anciennement. C'est ce
** qu'on peut voir par leur canon de la messe, dans le-
** quel le prêtre prie publiquement, afin que le pain
soit changé et qu'il devienne le corps de Jésus-Christ.
Et Vulgarius, auteur estimé, dit clairement que le
*^ pain n'est pas seulement une figure, mais qu'il est
** changé en la chair.*' Ces deux passages tirés de
deux actes solennellement approuvés de tout le parti,
montrent évidemment qu^ les Luthériens ont débuté
'* n'est plus cela. Je prononce impie et blasphémateur quiconque ^ admet changement dans (e pain ; Catholique et pieux quiconque *' dit avec Paul, le pain que nous rompons est le corps de Christ. ^' Analhème à qui diroit aatremeuti ou voudroit y changer uo iota, •« une syllabe."
ET iJt RÉrORMATION EN GÉNÉRAL. 285
par admettre en propres termes la translation, et même Lettre vn.
jusqu'à condamner la doctrine contraire. On sait que
Mélanehton chercboit alors à rapprocher les principes
de la Réforme de ceux dej* Eglise, et à faire parottre
à la Diète autant de conformité qu'il étdit possible
entre Tune etTautre: peut-être aujourd'hui voudroit«
on révoquer en doute l'authenticité de ces deux passages ;
je conviens que le premier a été altéré notablement,
dix ans après la première édition de la confession de
foi ;^ et que même le second a été totalement retranché
dans les éditions postérieures de l'Apologie. Il faut
donc établir l'authenticité de l'un et de l'autre en peu
de mots.
l^ M. l'Evêque de Neustadt, comté de Kollonitch, a fait réimprimer trois exemplaires Allemands de la Confession d*Ausbourg tirés de la Bibliothèque impé* riale de Vienne. Ces trois exemplaires, quoiqu'im* prîmes à diverses époques, et différents en plusieurs endroits, s'accordent mot pour mot sur l'article dixième dont j'ai rappoUé la traduction littérale, (l)
2°. La conformité de cette rédaction avec le passage de l'apologie rend son authenticité d'autant plus probable, s'il est vrai que le passage de rapologie soit luimême authentique. Et nous verrons plus bas que les Luthériens en conviennent.
3^. Il est certain parSleiden et par Mélanehton aussi sieid. coidt bien que par Chytré et par Célestin dans leurs bis-
(1) Je lis ce fi^it dans les lettres de controverse, contenant les motifs c|ui ont déterminé S. A. le Prince Frédéric, Comte Palatin, Duc de Bavière à devenir Catholique, par le Prince François Seedorff» qui assure avoir les trois exemplaires sous les yeux et sur sa table — Manheim,1749. vol. 2. p. 100.
3S6 SUR h'kOhUZ ANGLICANE^.
Lettre VIL toires delà Confession d'Ausbourg, que les Catholiques^ con.auç. " ne firent aucune objection à l'article X,- dans la réfu-. Taug. t?*3. tation qu'ils firent par ordre de Charles V, de la Con-
con
fession. Or il n*est pas moins certain qu^ils Tauroient contredit, si au lieu de la rédaction mentionnée ci*> dessus et très-conforme à notre dogme^ ils y avoient lu celle si contraire qu'on y a substituée depuis^ en ces mots : '^ Que dans la cène^ le corps *et le sang de Jésus* ^^ Christ nous sont donnés avec le pain et le vin."
4^. Hospiniçn, ministre célèbre, soutient que cette rédaction doit être l'originale, parce que c'est elle qui se trouve dans l'édition de 1530, faite à Wittemberg, berceau du Luthéranisme, et demeure habituelle de Luther et de Mélanchton. Il dit que l'article a été changé depuis, parce qu'il favorisoit trop la Transubstantiation^
^ en marquant que le corps et le sang sont reçus^ non
avec la substance, mais sous l'espèce du pain et du
Lib. Syiheoi. viu. Schlusscnburg, auteur luthérien, ne fait pas difficulté d'accuser Mélanchton lui-même d'avoir changé son article X. de la Confession, par le penchant qu'il éprouva depuis |:our l'opinion des Réformés.
Quant au passage de l'Apologie, il avoit avec celui de la Confession un rapport si intime, qu'il ne pouvoit plus subsister, après l'altération essentielle que l'autre
Vaient.eritreus avoit subie. £n conséquencc on fit faire une nouvelle
in tab. au^ust «... i 19 a i • 1 a - • t
(^fes. édition de 1 Apologie par le même imprimeur, et au
lieu de prendre la peine de changer l'artt le, on le supprima tout net. La supercherie découverte fit jeter des plaintes, auxquelles il fut froidement répondu que l'article ne méritoit pas d'être conservé. Heshusius la commenta^- désapprouva la mauvaise foi d'une pareille conduite, cw»tiVcwai. €t déclara qu'il eût mieux aimé qu'on eût réfuté l'erreuF
£T LA KBFORMATION £N GJSHÊRAL. 2^7
publiquement^ que d'avoir donné lieu à de fâcheuses *-«ttrtVH. impressions, en la supprimant à la sourdine.
Grotius, qui avoit si bien pénétré l'esprit du Protestantisme, s'exprime comme il suit : *^ Il est incon- ^otum pro
' ^ pace, p. SI.
'^ testable que, suivant les Pères, et un grand nombre de 'Protest'ans, avec Aes signes nous est préjsentée *^ la chose même (dans l'Eucharistie), mais d'une manière imperceptible à nos sens. Ainsi fiucer et les autres enseignèrent-ils. . • . Pour en dire mon senti-* ment, je pense que tous nos grands disputeurs com* prennent parfaitement ce qu'enseigne l'Eglise an-' cienne, et ce qu'enseignent encore les Eglises Grecque et Latine ; mais qu'ils font semblant de n'en rien savoir, pour avoir de quoi déclamer auprès de ceux qui donnent plus aux sens du corps qu'à ceux de l'esprit." Le savant Abbé de Lokkum). Molanus, dans le projet de réunion entre les Catholiques et les Protestants de la Confession d'Ausbourg, parle de la manière ^
suivante: ** Drejerus, professeur de Kônisberg, ad- ^^ met ici en un certain sens, un changement sub- ^' stantiel. Je ne me rends point garant de cettef " doctrine ; mais je ne croirai rien dire qui soit opposé à l'analogie de ia foi^ en supposant que, par les paroles de l'instititution, il se fait dans Ja cène ou dans la consécration. Un certain changement mystérieux, par lequel est vérifié, d'une manière impénétrable, cette proposition si usitée dans les Pères, le pain est le corps de Jésus-^Christ. Il faut donc prier les Catholiques que, sans ontrer dans la question de la manière dont se fait le changement du pain et du vin dans l'Eucharistiç, ils se con<*
êC
ce
ce ce
te
288 SUR LfiGLISE ANGLICANS,
Lettre viï. ** tentent de dire avec nous (et assurément ils s'en
contenteroient), que cette înanière est incompréhensible et inexplicable ; telle toutefois que par un secret et admirable changement du pain il se fait le corps de Jésus*Christ : et il faut aussi prier les Protestans, à qui cela pourroit paroître nouveau, de ** ne se point faire un scrupule de dire, à Fexemple des " premiers réformateurs, que le pain est le corps de " Jésus-Christ, et le vin son sang, puisque ces propositions ont été autrefois si universelles, qu*à peine se trouvera-t-il quelqu'un des anciens qui ne s'en soit ** servi.** (1) Le même pieux et savant Abbé s'exprime ailleurs dans ces termes : (2) ^'Je dis que le corps de Jésus-Christ est précisément et substantiellement le même sur Tautel que dans le ciel et sur le croix, mais qu'il y est d'un manière différente. II *^ étoit sur la croix d'une manière naturelle et san- ^^ glante ; il est dans le ciel d'une manière visible et glorieuse ; au lieu qu'il est sur l'autel d'une manière invisible, non sanglante et accessible ;* mais c'est toujours le même corps. Je reconnois donc avec les Pères des deux Eglises d'Orient et d'Occident le changement réel "opéré dans l'Eucharistie, qu'on exprime par les mots de transmutation^
(1) Œuvres Posthumes de Bossuet, tom. 1, p. 95, édit. in-4to.' Amsterdam^ 1763.
(2) Résultat d'uue couférénce touchant l'Euchariàtit^ agitée entre 4{uelques religieux et M. Molanus, Âbhé de Lokkuni. Je regrette de ne pouvoir citer le résultat en entier» je vous conseille de le lire dans ce même tome de Bossuet, tout à la fin.
ET LAltêFORMATIOI^ ES GENERAL. 389
•* iransélémentation, trcmsuhstantiation^ ceqnisignfîe i^ttwViH. *^ qu^après que les paroles du Seigneur ont été pro^ ** noncées, il se trouve vraiment sur Tautel en vertu *^ de Tunion avec les espèces sensibles^ ce qui iCy étoit ** P**^ je veux dire la personne de Jésus-Christ.**
Ainsi s*expliquoit un profond théologien attaché à la confession d*Ausboui^y qu*il n^avoit aucune intention de blesser dans le point de l'Eucharistie. Il pensoit, et avec grande raison, d'après ce que nous en avons rap* porté, que le changement de substance s'accordoit avec les anciens principes du Luthéranisme déposés à la Diette dans la confession solennelle de sa croyance.. Plût à Dieu que tous ceux qui appartiennent aujour-* d'bui à la même communion réglassent leurs senti-^ mens sur les mêmes principes avec le savant et ver^^ tueux Molanus ? Il nous seroit alors plus permis d'espérer le rapprochement si fort désiré par les bons esprits de l'un et de l'autre parti.
Et pour nous faire entendre à la suite de ces suffrages luthériens et calvinistes, quelques témoignages de vos compatriotes, TEvéque Forbes reconnott la possibilité de la Transubstantiation dans les termes suivants : *^ Il y a trop de témérité et de danger dans l'assertion ** de plusieurs Protestants qui refusent à Dieu le poU- ^' voir de transubstancier le pain dans le corps de ** Christ. Tout le monde convient, il est vrai, que ce •qui implique contradiction ne peut se foire. Mais
comme personne en particulier ne connoît avec
certitude Tessence de chaque chose, et par consé* '^ quent ce qui implique ou n'implique point contra- " diction, c'est une témérité évidente à qui que ce soit,
TOM£ I, u
390 SUR L£GLIftE ANGUCANS^
lettre Vil, ^^ de poser des bornes à la puissance de Dieu. J^sp* " procrve Topinion des théologiens de Wittêmbei^, ^^ qui ne craignent point d-avouer que Dieu est assez *' puissant pour changer le pain et le vin au corps et *^ au sang de Jésus-Christ." ^
Epi. Us. 3, c. 5. Le Dr. Tborndike convient du changement, et nous
dît en propres termes : ^^ Que les élémens sont rédlemeot ^ changés, d'un pain et d'un vin ordinaires, dans le corps *^ de Jésus-<]!hrist9 mystérieusement présent, comme *^ dans un sacrement : et cela en vertu de la consé- '^ cration, et nullement par la foi de celui qui reçoit."
Appel. Gb. 31. L'Ëvéqne Montague déclare que le changement est produit par la consécration des élémens : à Tappui de cette assertion il cite des passages de St. Cyrille de Jérusalem, de la liturgie de St. Bazile, de St. Cyprie», de St. Ambroise : il traduit les expressiotts dont se sont servi ces Pères par les mots de transmutation et de transélémentatîon. Kt pourtant, après avoir confessé le changement par la consécration, et avoué qu'il a été reconnu dans l'Ëglise Priinitive, il prend le change et finit par se déclarer contre la TransiibstaDtiation. (l)
(1) Il y serait revenu suivant les apparences : ce savant faemine pensoît presqu'en tout comme l'Ëglise Catholique, à laquelle il m seroit réani, dit-on, si sa mort arrivée en 1641 ne TavoU eu^pècbé d'exécuter cette résolution. Quatre ans plus tard; la même cause lit malheureusemeut évanouir le même projet dans un homme plus célèbre encore par son savoir et par son génie. Grotius, en quittant "Pans» confia à son savant et digue anû M. Bîgnon» qu'à «on retour de Suède, où il alloit terminer ses afiaires, il ne s'occuperoit plus que de celle de sou salut^ et se réuniroit à l'Eglise Cailuiliqae. h
fet L4 REFORMi^TlOM £^ G£NiRAL. 39 1
L'Evéque cTOxford, Sarouel Parker, la défend et la ^^ttrcVii, prouve comme ii suit: *• D*abord il eiti évident pour ^ ^^ ** tous ceux qui n*auroient même qu*^aneçonnoissance***"?*^irî^*
■ ^ * » ^ test imposed on
•* ordinaire de la science ecclésiastique 'que, de wècle jf* "?««>*'«" «^
* • Pariiament^
** en siècle, les anciens Pères ont maintenu une pré- ^^ber soth,
^ anl678,prmted
^^ sence réelle «t substantielle dans les termes les plus ^ i^3« ^^ expressifs et les plus énergiques. Les Latins, d'accord ^^ avec les Grecs, rappellent conversion transmutation ^^ transformation transfiguration transelementatioj et '^ enfin transubstantiatio. Par ces expressions di^ ^' serves, ils n'ont voulu marquer ni plus ni moins qu'une '^ ])résence réelle et substantielle dans l'Eucharistie.*^ L*£vêque d'Oxford avoit fort bien compris que si la Transubstantiation suppose la présence, elle en est aussi le vrai fondement, puisque parla forcedes paroles, lasubs<< tance du corps de Jésus Christ ne sauroit se trouver dans r£ucharistie sans avoir pris la place de celle de paiuw ^^ Alors, (Parker parle ici du temps de la restauration de la Royauté) ** alors s'éleva une nouvelle généra* *^ tion de théologiens qui ne connut jamais Joseph*...^ ** Que s'ils avouent la réalité de la présence, dit-il en *' concluant contre eux, nous voyonfe par ce qui a été ** dit déjà, combien foible, peu importante est la con* ^* troverse entre la présence et la Transubstantiation 2 ** et c'est aussi ce que toutes les Eglises Réformées ont " compris avec autant de vérité que de pénétration* *• Que si, au contraire, ils ne veulent point de la pré-*
revenoît et avoit déjà pris terre à Rostock, lorsqu'il fut saisi de la maladie qui lui enleva la vie, à l'Eglise uoe conquête précieuse, et au monde un exemple mémorable. Le fait est positivement attesté par M. Arnould, qui le teuoit de !Ni. Bignou lui même,
2g2 < SUR l'église anglicahe^
Lettre VIL ^^ sence réelle^ ils désavouent à la fois l'Eglise d' An« ^^ gleterre et TEglise Catholique : et alors s'ils ne cod« '* viennent que d^une présence figurée (et il n'est que ^^ trop clair qu'ils n'en veulent point d'autre), ils ^^ restent condamnés d'hérésie par tout le monde chré- ^' tien. Et si c'est là ce qu'on prétend établir en ^^ renonçant à laTransubstantiation (comme on en peut " juger par les auteurs qui ont imaginé ce statut), le ** but et le fond de la loi, sous ce prétexte, est d'in- ^^ troduire et de légaliser une hérésie nouvelle dans ** l'Eglise Anglicane."
Vous voyez. Monsieur, que si le dogme de la pré- « sence réelle a trouvé dans votre patrie un grand nombre de défenseurs, celui de la Transubstantiation ne laisse pas d*y en avoir eu de distingués. Vous lui en avez reconnu parmi les Luthériens, qui en général en sont devenus depuis les ennemis déclarés ; il y a plus, et vous avez dû conclure que même aujour« d'hui les plus attachés à la Confession d'Ausbourg et à leurs premiers Réformateurs peuvent encore, sans en blesser les principes, entrer totalement dans la doctrine catholique sur TEucharistie, à l'exemple du pieux et savant Hanovrien, l'Abbé de Lokkum. Vous avez entendu les Luthériens prouver avec nous aux Calvinistes, qu'il étoit impossible d'admettre le sens figuré, et de ne pas s'en tenir au sens littéral : et les Calvinistes,^ d'accord avec nous ensuite, prouver comme nous aux Luthériens que le sens littéral ne doit pas moins nécessairement les conduire au changement de substance* Vous les avez vus se ranger ainsi alternativement sous l'étendard catholique, s'attaquer victorieusement les
£T LA RBFORMATION EN OBNÉRAL. 3^
uns les autres avec les armes qu'ils empruntoient de Lettre vu. nous, et TEglise triompher tour-à-tour des coups et des défaites qu'ils se portoient mutuellement.
Je vous épargnerai ici le détail des chicanes grammaticales que les Calvinistes ont imaginées, pour autoriser leur sens figuré contre le changement de substance. Je sais combien de pointilleries leur ont prêtées les règles de grammaire, qu'ils n*ont pas moins faussement forgées que faussement appliquées à chacun de ces mots : ceci est mon corps. Je sais aussi qu'elles ne valent pas la peine d'être réfutées, après l'avoir été si oomplettement par M. Nicole, avec la profondeur, la justesse, et la clarté qui distinguent ce grand controversiste. (l) Elles s'évanouissent facilement par le rapprochement d'exemples dont l'Ecriture* Sainte nous fournit l'idée et le sujet. Moïse n'auroit. il pas pu dire, cette verge est un serpent^ cette eau est du sang ? Jésus-Christ, aux noces de Cana, ne pouvoit-il pas dire également ; cette eau est du vin ? Et en ressuscitant Lazare ou le fils unique de la veuve de Naïm, ce mort est vivant, ? Toutes c^s propositions n'auroient-elles pas été vraies à la lettre, en dépit des prétendues règles grammaticales ? Et les Réformés réussiroient-ils à nous en démontrer la iausseté, en nous disant que si c'est une verge, ce n'est point réellement un serpent ? si c'est de l'eau, ce n'est réellement ni du sang, ni du vin ? si ce sont des morts, ce ne sont point en réalité des vivants? Pourquoi s'obstiner ainsi à ne pas voir, à ne pas avouer que, dans la bouche
(1) Voyez Défence de la Perpétuité de la Foi, tome premier.
294 • *' SUR VÉQhUt Al^GUCÀNB,
utcrtvn. àe Dieu ou p^r son ordre^ ces propositions opèrent ce ^u*e1Ies énoncent ? Le Tout-Puissant ordonne^ et la nature obéit à Tinstant. Jésus-Cbrit commande^ et le tombeau lui rend sa proie^ et la mort relâche sa vie* tiflie. Il parle^ et Teau a changé sa substance en celle du viuj et le pain la sienne en la substance de son corps. (1)
Mais^ si au lieu de pain que nous apercevons, c'est la substance du corps qu'il y faut croire, les sens nous auront donc trompés, direz-vous, et leur témoignage, tur leiquel repose la certitude des faits éyangéliques, sera donc ébranlé ? Non, Monsieur, les sens ne nous trompent point ici. Car ils ne jugent jamais, ils rapportent simplement ; et leur rapport est vrai dans TEucharistie. Il nous disent qu'ils y trouvent le goût, là couleur, l'apparence du pain, et tout cela y est en - effet. C'est Tesprit qui, sur le rapport des sens, juge et prononce : à la vue des espèces, il concluroit na-r turellement et ayec raison, que la substance du pain^y est également si, dans cette occasion particulière, il n'avoit été averti de s'arrêter dans sa propension natu-
(1) Qui peat parler en cette sorte, si non celui qui a tout en sa piain! Qui peut se faire croire, si non celui à qui faire et parler c'est la même chose 1 Mon âme, arrête-toi ici sans discourir ! Croîs aussi simplement, aussi fortement que ton Sauveur a parlé, avec aur tant de soumission qu'il fait paroitre d'autorité et de puissance. Il Teut dans la foi la même simplicité qu'il a mise dans ses paroles: ceci est mon corps, donc c'est son corps. Ceci est man sang ; c'est donc 9on sang. Dans Tancienne façon de communier le prêtre disoit : le corps de Jésus-Christ, et le fidèle répoudoit, - amen, il est ainsi. Tout étoit fait, tout étoit dit, tout étoit expliqué en troif piots. Je me tais, je crois, j'adore, tout est fait, tout est dit."-— jBossuet, Médit. ^url'Pvang. joum. 22.
ET LA REFORMATION £M GENâRAL. 395
relle^ et de réformer son jugemeat. D*après les ins- ^'•*^ ^ tractions de Jésns*Christ, les Apôtres durent juger, et nous tous à leur suite, non sur ce qu*ils voyoient, mais sur ce quMls avoient entendu. Voilà Texception ; elle est unique* Hormis ce cas, et partout où il n*y a nulle raison d'éloignement ou de maladie de se méfier des sens, nous devons nous y abandonner avec assurance nous souvenant que Notre Sauveur les a lui-même appelés en témoignage de sa résurrection. '^Regardez mes piedset mes mains; c*est moi-même. Touchez-moi^ et considérez qu*un esprit n*a ni' chair ni os, comme '* vous voyez que j'ai.**
Il est bien temps de mettre un terme à cette longue discussion. J*adjure, en la finissant, les adversaires de la présence réelle et du changement de substance, de nous dire avec candeur et en conscience, si c'est le texte des Ecritures qui les porte à nier Tun et Tautre de ces dogmes ; si, au contraire, toute autre considération mise à part, le texte ne les y conduit pas naturellement de lui-même ; s'ils n'ont bSsoin ni d'effort ni de violence pour en détourner le sens propre en un sens de figure ; si, dans la vue d'autoriser leur métaphore supposée, il ne leur a point fallu mettre la Bible entière à contribution, pour en extraire des exeiïipies qui^ après tout, s'ajustent mal à l'espèce en question, ne peuvent ni les autoriser à la figure, tii les sauver de l'énergie naturelle des paroles. Ils doivent en convenir, j'en suis intimement persuadé ; ils doivent reconnoître que leur répugnance à recevoir le texte dans sa simplicité provient uniquement des conséquences philosophiques qu'il entraîne, et qui effraient la raison : Un * corps existant dany plusieurs lieux à la fois ! Le corps
39^ SUR L*£oLISB ANGLICANS^
XHtit viv qui a souffert, qui est au ciel, réduit à un si petit espace dans TEucharistie ! Du pain, du vin, selon toutes les apparences, et nullement en réalité I Qui peut se le persuader ? Qui le peut croire ? Voilà le fond de leur incrédulité : voilà le scandale qui les décide contre Tun et l'autre de ces mystères ; plutôt résister à TEcrîture, plutôt détourner le sens des paroles de Jésus- Christ, que d'admettre celui qu'elles présentent avec toutes ses conséquences.
. De mon côté, pour agir avec la candeur et la bonne foi que je demande de leur part, je conviens franche* ment de ces conséquences : je conviens qu'elles sont impénétrables, et non moins effrayantes à Tintelligence humaine: elles le sont, il est vrai. Mais est- il moins vrai que Jésus-Christ a promis qu'il nous donneroit à manger la même chair qu'il livreroit pour la vie du monde, que cette chair seroit véritablement nourriture ? Est-il moins vrai qu'en exécutant sa promesse^ et présentant l'objet qu'il tenoit à la main, il a dit, prenez, mangezy ceci est^non corps ? Est-il moins vrai qu'il étoit assez puissant pour opérer ce qu'il assuroit et beaueoup au-^^elà de ce que nous pouvons comprendre ? Est-il moins vrai qu'il n'a pu vouloir nous égarer par des expressions trompeuses, lui qui est la vérité par essence ; que d'un mot il pouvoit faire comprendre la figure, s'il n'avoit pas voulu que l'on comprît la réalité ; que sa bonté, sa justice lui en iaisoient une loi, dès qu'il savoit les disputes, les animosités, le schisme horrible que le sens de cette réalité occasionneroit un jour dans son Eglise } Est-il moins vrai qu'il est beau* coup plus sûr, plus raisonnable de nous défier de noua pij^qfies que 4§ lui; de croire en simplicité ce qu'il
nous dit d*une manière si simple, que de faire amas de Lettra vir. difficultés^ dont au reste nous ne sommes nullement responsables ? N'est-il pas plus sage d'en détourner les yeux, pour les fixer sur celui qui a parlé ? Coupables de ne point Técouter et le croire, nous ne sau* rions l'être de ne point comprendre toute l'étendue de ces discours ; car il est in6ni dans son intelligence .autant que nous sommes bornés dans la nôtre.(l) Ils nous a fait connoitre son intention, sa volonté, par tout ce que le langage a de plus simple, de plus uni, de plus intelligible en paroles, en sorte qu'on ne peut se méprendre sur le sens naturel et propre qu'elles présentent : tous les partis en conviennent; et il est à la portée de tous les hommes d'en juger. Ce qui n'est point à leur portée, et ce qui ne pourra jamais y être icibas, c'est de suivre les conséquences qui en résultent, c'est d'expliquer la manière dont cette réalité de présence est effectuée, c'est de comprendre par quel res* sort invisible et secret s'opère ce changement de substance. Mais où a-t-on pris qu'on^ soit en droit de
(1) '' Qu'ils laissent là, comme ils le doivent» leurs chicanes et ^* leurs disputes, et qu'ils prennent tout ce qu'ils trouvent claire^ *' ment révélé dans l'Evangile, ne perdant jamais de vue que, bien ** que la sagesse et la bonté infinies lie puissent en aucun cas les ^' obliger de croire une chose réellement absurde et contradictoire, ** ni d'en faire aucune de déraisonnable, ils peuvent néanmoins être ^' obligés à croire et à faire bien des choses que d'opiniâtres pré- ^' jugés leur représentent comme absurdes et déraisonnables, mais " qui ne paroissent telles à leurs yeux, que pour s'être eux-mêmes ^' trop accoutumés à juger des voies de Dieu par celles des ** hommes/' — Humfrey Ditton^ Discours sur la Résurrection, part. 1, sec. 4.
208 8UR L*£GLrS£ ANGLICANE.
Lettre vir. rejeter ce qui se conçoit aisément, parce qu*à sa suite arrivent des oubscurités qui ne se pénètrent pas r Pourquoi nous butter opiniâtrement à ce qui nous passe, et fermer les yeux à ce qui nous frappe ? Pourquoi vouloir nous rendre raison à nous-mêmes de ce que nous savons être impénétrable à nos idées ? Ne cherchons point follement à franchir les bornes où nous sommes circonscrits. Tenons fermes à Notre Sauveur : faisons fort sur sa parole, et soyons certains qne les appa* rences de contradiction et d'impossibilités qui nous confondent, maintenant que nous voyons à travers le voiie et le nuage, disparoîtrontà nos yeux dès Tiostaot où nous contemplerons les objets à la lumière des clartés célestes. Attendons : nous y serons bientôt, chacun de nous ; la vie la plus longqe est toujours bien courte.
^T M RJSFORBIATIOK EM GÉNJÈRAU Sg^