‹ Discussion amicale sur l'éstablissement et la doctrine de l'église anglicane: et en général surChapitre 26 sur 37 · LETTRE VIII · texte numérisé non relu

LETTRE VIII

Je me suis engagé. Monsieur, à justifier les décrets de LettrsVJU FEglise sur TËucharistie, à vous montrer leur conformité avec la doctrine révélée par Jésus-Christ et transmise jusqu'à nous dans le double dépôt des Ecritures et de la Tradition. Vous venez d*examiner le premier, et vous y avez reconnu les principaux dogmes que TËglise nous oblige à croire. Le second va 6*ouvrir devant vos yeut, et vous y verrez ces mêmes dogmes, enseignés dans tous les tems, prendre indubitablement leur prigike dans la prédication des Apôtres. Le champ est ir^mense k parcourir ; n'en soyez point efirayé : les siècles qu'il nous importe surtout de bien connoître, sont les plus anciens. Nous nous bornerons aux six premiers ; et en procédant avec méthode» nous évite* rons la confusion où nous jeteroit la quantité de mo<numens, de faits et de passages qui se présenteront successivement à nous. Commençons par les ranger en deux classes, en preuves générales et en preuves particulières. X«es premières nous feront connoître la croyance de toutes les Eglises du monde à la fois ; les autres nous montreront les témoignages que les doc* teurs particuliers lui ont rendus siéparément.

Première Preuve Générale.

Tout homme qui donnera quelqu*attention à l'his- (X)ire des preipiers siècles de rEglisç, sera frappé d*uh

900 âUa L*éGLlSE AKGLICANC9

Lettre VIII. point de discipline que je me propose ici d'approfondir avec vous, et qui regarde le secret inviolable que tous les tidéles observoient sur les sacremens, et spécialenoent sur celui de TauteL Jésus-Christ en avoit fait à ses disciples un précepte^ en leur commandant^ sous des Math. e«7. expressious figurées, de ne point donner les choses saintes aux chiens, et de ne point jeter les perles devant les pourceaux. Quand il institua son auguste sacrement, il ne voulut avoir que ses Apôtres pour témoins: et nous voyons qu*à son exemple les Apôtres ne le célébroient que dans le secret. L'Ecriture remar- Heuc 2 V 46 ^^^ positivement qu'ils se réunissoient tous les jours V.69. j^Ds les temples et y prolongeoient leurs prières; mais quMIs rentroient dans l'intérieur de quelque maison pour participer au corps du Seigneur, Car c'est indubitablement .ce que signifie rompre le pain^ dans le style du Nouveau Testament ; première expression énigmatique sur TEucharistie que nous rencontrons dans l'antiquité, expression d'ailleurs qui, fort bien comprise des Chrétiens, ne pouvoit être entendue des infidèles. Je sais que St. Paul a parlé plus ouvertement, et j'ai moi-même cité ses paroles ; mais il éçrivoit aux Corinthiens : sa lettre étoit adressée et confiée à la discrétion du Clergé de cette Eglise, qui réservoit aux fidèles la lecture de ces passages, interdits à tous ceux qi>i ne l'étoient pas. Il en faut dire autant de i'eiidroit où St. Ignace parle avec plus de clarté de l'Eucharistie dans son épitre aux Smyrniens.

Dansles siècles anciens les sacremensétoientdésignés sous le nom 'général de mi/stères, qui signifie choses cachées. On les administroit dans les assemblées privées^ après avoir fait sortir tous ceux qui n'étoient

.pas initiés. Jusqu'au moment de la célébration il ^^'^ ^^1étoit permis aux Catéchumènes, aux étrangers, même infidèles, de s*y trouver. Ils assistoient aux prières, aux lectures qui se faisoient de TAncien Testament par des lecteurs, du nouveau par des Prêtres ou des diacres. Ils pouvoient encore écouter l'explication de FEcriture, réservée aux Evéques, quelquefois, nïaia rarement, déléguée à un Prêtre par eux. Dans ces homélies ou explications publiques de rEcriiure, le prédicateur se donnoit bien de garde de parler des mystèresi ou si son sujet Tobligeoit d'y faire allusion, il s'y pre* noit avec gn^nde réserve, couvrant la doctrine sous des terms énigmatiques, pour qu'elle ne pût être pénétrée par les Catéchumènes ou les Païens. *^ Nous ne par- catech.Se. Ions pas clairement des mystères devant les Catéchumènes, disoit St. Cyrille de Jérusalem ; mais nous sommes contraints souvent d'user d^expressions obscures, afin que, pouvant être entendues des fidèles instruits, «eux qui ne le sont point n'en puissent être ** blessés." St. Ambroise dit aussi. " que s'il avoit i->^« »««• î»

* , Myst. pour les

*^ parlé des sacremens avant le baptême, ç'auroit été, nouveaux inu

, -, tiéS) ohap. 1»

" non les en instruire, mais les découvrir par une No. s. •* espèce de trahison*" Rien de plus fréquent dans St. Chrysostôme que cette manière de dire: '^ Les initiés '^ seuls le savent: les mystiques en sont instruits. *' Tout cela est connu de ceux qui sont initiés."—" Jfe ^^ voudrois^ dit-il encore, parler clairement du bap- *^ tême; mais je n'ose, à cause de ceux qui ne sont " point initiés. Ces personnes nous rendent l'expli- ^^ cation de ces choses plus difficiles, en nous contraî- ** gnant ou de parler obscurément, ou de découvrir des " choses cachées." Dans les autres Pères, dans St,

302 SUR L £GLI8£ AKGUCANE^

Lettre viii. Augustiii surtout, on rencontre souvent des réticotioesi des phrases suspendues, obscurcies à dessein sur TEucharistie.

Vous comprenez bien. Monsieur, que cette résenre ne les quittant jamais quand ils parloient en public, ne les abandonnoit pas davantage quand ils prenoient la plume, et qu*ils composoient des écrits pour confondre les hérétiques, les Payens et les Juifs. S'ils avoient éventé le secret dans leurs ouvrages, il eût été aussi ridicule qu'inutile de le ménager avec tant de discrétïoA et de scrupule dans leurs sermons. St Cyrille d'Alexandrie se contente de répondre aux objections

Contra jaiia- Je Julien Tapostat contre le baptême, '^ Que ces

nttin, livre 7. * . . .

** mystères sont si profonds, si relevés, qu'ils ne peu* " vent être compris que par ceux qui ont la foi: '* qu'ainsi, de peur qu'en découvrant les mystères aux [^ non initiés, il n'offensât Jésus-Christ qui défend de *^ donner les choses saintes aux chiens, et de jeter les perles devant les pourceaux, il n'entreprendra point de traiter de ce qu'ils renferment de plus profond.** Et après en avoir touché quelque chose, il ajoute : ** qu'il en diroit bien davantage, s'il ne craignoit point " d'être entendu des non initiés, parce que, dit-il, on •* se moque ordinairement de ce qu'on ne comprend pas; et que les ignorants, ne connoissant pas même la foiblesse de leur esprit, méprisent ce qu'ils devroient le plus admirer." Cette habitude de pré* caution et de silence, si générale dans la primitive Egiise, s'est étendue jusqu'à l'entrée du cinquième siècle, dii l'on voit qu'Innocent 1er. répondant même Ad Decentium^ ^^ Evêque qui l'avoit consulté, n'ose s'ouvrir par Euirubinuin ^^^^ ^u^ ]^ partie mystérieuse de l'Eucharistie. " Quaa

Episcopum. * •' . "^

ET LA RëFORMATION EN GENERAL. 303

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au reste, dit-il, qu'il n*est point permis d^écrire, noiis Lettre \iu. pourrons vous en parler de vive voix quand voua serez ici." Voici comme M. TAbbé Fleury retrace en peu de mots cette discipline du secret avec son exactitade et sa précision ordinaires. ^' On cachoit les sa^ ^^ crements^ non-seulement aux infidèles, mais aux Ca- ^' téchumènes: et non-seulement on ne les célébroiÇ *^ point devant eux, mais on n^oseroit même leur raconter ce qui 8*y passoit. • • «ni parler même en leur présence de la nature du sacrement. On en écrivoit ^^ encore moins : et si dans un discours public, ou ^^ dans un écrit qui pût tomber en des mains pro« ** fanes^ on étoit obligé de parler de rEucbaristie ou ^' de quelqu*autre mystère, on le faisoit en termes *^ obscurs et énigmatiques."

Mais comment, me demanderez-vous, les fidèles avoient-ils donc appris à les connoître ? Et quelles étoient les occasions où les Evéques leur expliquoient ouvertement la doctrine des mystères ? Lorsque les Catéchumènes avoient été suffisamment éprouvés, ' et qu'ils paroissoient dignes de recevoir le baptême, dont ils persistoient à solliciter la grâce^ car on ne \^ conféroit qu*à ceux qui le demandoient, on les réunissoit aux fonts baptismaux, la veille de Pâques ou de la Pentecôte, nuits solennelles et brillantes, consacrées généralement à la régénération des adultes. C'est là, qu'avant de les plonger dans Teau sainte, TEvêque leur expliquoit à découvert la nécessité et les effets du premier des sacrements. Au sortir des eaux baptismales^ on les conduisoit vêtus d'une robe blanche aux fidèles assemblés, dont ils alloient dorénavant augmenter le nombre: l'Evéque alors montant en chaire et tirant le

Ltttrt yiii. ^QÎjg qui jusques^Ià leur avoit dérobé les mystères^ les exposoit au jour devant les Néophytes ; et les instructions sur rinstitution, la nature et les effets de VEucharistie, sur les senti mens de foi vive^ de piété et d'amour que demandoit d'eux la participation à ces augustes mystères, se continuoient chacun des jours de la première semaine. Telle étoit la pratique générale des Eglises jusqu'au cinquième siècle, comme nous le témoignent et le supposent plusieurs monuments de ces tems primitifs.

Cet exposé historique, quelque vrai et quelque conforme qu'il soit à tout ce que nous connoissons de l'antiquité, a pourtant été contredit par des docteurs protestants, surtout .Calvinistes: je ne dois pas vous le dissimuler. Ils ont prétendu, et vous en serez bientôt frappé d*étonnement, que cette discipline du secret et de la réserve sur les mystères^ loin de remonter aux Apôtres^ a été inconnue aux trois premiers siècles, et ne date son origine que du quatrième. Ces messieurs ont trouvé convenable et assez commode de supposer que les Payens des trois premiers siècles étoient parfaitement au fait delà doctrine de l'Eglise sur l'Eucharistie, aSn d'étaier avec grande apparence une objection prétendue insoluble contre le dogme Catholique. Mais ce qu'on imagine contre la vérité, n'a jamais su tenir et ne tiendra jamais à l'examen. Le principe qu'ils supposent ici, est évidemment contraire aux faits, et même au bon sens. En effets comment ces messieurs, avec la sagacité et les talens qu'on leur connoit, ont-ils pu se mettre en tête, et comment ont-ils la hardiesse de vouloir persuader à d'autres^ que ce qui étoit

£t LA iléFORMAttON EN céNÉRAL. 3Ô5

généralement connu dorant les trois premiers siècles, à t^tfeVifl. cessé tout-à-coup de Têtre au quatrième? que tous lëè Svéques et tous les membres de toutes tes sociétés '

chrétiennes aient alors formé te projet et àiëtit pu y réussir d'enlevet en un jour à tout ce qui n'étoit pas chrétien, la croyance dé l^Eucharistie, qui n'^étoit ignorée de personne la veille ? S'est-on jamais avisé de voutoir cacher au mdtide, ce qui depuis trois siècles est connu de toute la terre ? Si c'est une foIiè de le ' tenter, en est-ce une plus soutenable de supposer qu'on ait jamais v^oulu entreprendre quelque chose de pareil, et surtout qu'on ait pu l'entreprendre avec suc-* . ces ? Le secret si reffgieusenfiént observé au quatrième siècle démontre donc par le fait areol, qu'il a dû l'être également dans les temps antérieurs et jusqu'aux Apô* « très. Il est bien vrai que le quatrième siècle, abondant davantage en monuméns dé toute espèce, nous fournit bien plus dé piréuves sur la discipline du secret que les trois prettiiéi*s, agités par des pbrsécutions sans cesse renaissantes: la prière, tes bonàes-œuVres faisoient alors la' grat^dé occupation, et Ton avoit moins de loisir pour écrire, lorsqu'il s'agissoit d'un instant à l'autre d'aller répondre de sa foi et la sceller de son sang.

Au reste, Monsieur, si les trois premiers «siècles nous offrent moins de preuves directes que le suivant, ils nous en présentent d'indirectes, qui peut-être ont encore plus deforce, et qui, je n'en doute point, exciteront en vous plus d'intérêt et d'admiration poUr ces temps héroïques du Christianisme. En effet, dites-lemoi', je vous prie, si les Apôtres et leurs disciples n'avoient fait aucun mystère de l'Eucharistie, si aux

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