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Discussion des antinomies Kantiennes

Le moyen le plus certain pour infirmer Tautorité de la raison, c'est de soutenir et de démontrer, si on lepeut, qu'elle se contredit elle- même« Il n'y a pas contre la vérité philosophique d'objeclion plus grave que celle que Ton tire de la variété et de l'opposition des systèmes; et si Ton prouve que cette opposition est nécessaire, que, hors de la sphère de l'expérience, l^esprit humain est condamné à se combattre perpétuellement et à détruire son propre ouvrage, ne sera-t-il pas convaincu de son impuissance par l'argument le plus décisif, et ne renoncera-t-il pas sans retour à agiter des questions qui excèdent sa portée?

C'est ce que les sceptiques de tous les temps ont parfaitement compris ; mais ils mettaient plutôt en lumière les contradictions réelles de l'esprit humain, qu'ils n'en démontraient la nécessité. 11 était réservé à Tauteur de la philosophie critique de donner aux anciennes attaques des sceptiques contre notre faculté de connaître^ une forme nouvelle et plus rigoureuse, de les conduire aussi loin qu'il est humainement possible, et de paraître toutefois condamner la raison avec l'impartialité d*un juge, au lieu de la combattre avec les préventions d'un ennemi. Non seulement , selon Kanf, la raison se contredit elle-même, ainsi que l'histoire en fait foi^ mais cette lutte est inévitable, et la vraie philosophie explique pourquoi elle est inévitable. Sur certaines questions, dont le nombre est exactement déterminé, l'esprit humain se surprend à faire des réponses contradictoires, qu'il peut soutenir des deux côtés avec une égale force et par des raisonnements que la critique la plus sévère trouve pareillement démonstratifs. Ce sont là les antinomies dont l'idéalisme kantien triomphe , et qui parlent plus haut pour sa cause que les théories, souvent admirables de profondeur, mais difficiles à entendre, de l'aesthétique et de la logique transcendentales. Aussi Kant n'hésite-t-il pas à déclarer que c'est surtout de Teifet produit par les antinomies sur les esprits sincères, qu'il attend leur canversion aux principes de la philo-

Sophie critique, et l'abandon définitif du dogmatisme (1).

Nous ne nous proposons pas de résoudre ici toutes les difficultés que soulèvent les questions au nom desquelles la dialectique de Kant prétend confondre la raison dogmatique ; notre seul but, dans ce travail, est de discuter les antinomies, telles que les présente la Critique de la raison pure, et de prouver qu'elles ne sont pas solidement établies^ et ne peuvent en conséquence fournir aucun argument à ridéalisme transcendental. Sans doute, la raison humaine a des bornes, elle ne comprend pas tout et n'explique pas tout; mais, dans les limites qui lui sont imposées, elle atteint la vérité, éclaire l'homme , et se montre faite pour gouverner le monde. Qu'elle se contredise manifestement une seule fois, son autorité est anéantie, et le genre humain est plongé dans les ténèbres. Heureusement les contradictions qu'on lui impute n'ont rien de réel; et s'il est vrai que jamais elles

(1) Lectofem criticum in hac antitiomiâ potissîmum veHm versari, quonîam eam natura ipsa yidetur proposuîsse, ut ratio in sententils audacter^ arrogatis ad se revocarelur, ad se ipsamque examraandam cogeretur.... Sic lector miro evento eo adductos fnerit , ut ad examinandaûi ,. qax fundainenfo eftt , smmtioaeiii regredlatar , sese coactum seatîet , prima universae cogoitionls ex ratîone pura stamina profuodiiLS mecum aDqaîrere. Prolegomena ad Metaph, quamgu4 Futur, S 52. b. Edit. Bom.

n'ont été exposées avec plus de force que clans la dialectique de Kant^ nous avons la confiance, qu'après un examen attentif, tous les esprits impartiaux déclareront que cette lutte intestine de Tesprit humain est purement imaginaire.

Avant d'entreprendre la discussion des antinomies, nous devons faire connaître quelle origine Kant leur attribue, pourquoi il soutient qu'elles sont au nombre de quatre , et qu'il ne peut y en avoir davantage.

Au dessus de Fintelligence et de ses catégories, s'élève la raison qui ne contient qu'une idée principale, la notion de l'absolu. L'absolu a pour caractère essentiel d'être sans condition, ou plutôt de renfermer en lui la totalité des conditions. De même qu'il n'y a pas de jugement sans l'aide des catégories de l'intelligence, il n'y a pas de raisonnement sans rintervention de l'idée fondamentale de la raison (1): tout raisonnement suppose en effet que la majeure est certaine, c'est-à-dire que toutes les conditions dont elle dépend existent véritablement et sont réellement données.

Autant il y a de formes de raisonnement,

(1) Dialeçt, transcend. Deusu logico ratioms.

dutant il y a d'applications générales de Tidée suprême de la raison. Or les raisonnements sont ou catégoriques, ou hypothétiques, ou disjonctifs (1). De là , trois conceptions métaphysiques fort différentes (2). 1° Idée de la totalité des conditions dans la relation de l'attribut au sujet, ou idée de l'unité absolue du sujet pensant. 2o Idée de la totalité des conditions dans la relation des phénomènes les uns aux autres, on de l'unité absolue de la série des phénomènes. S^ Idée de la totalité des conditions des existences réelles, considérées comme ne formant qu'un seul système; ce qui revient à concevoir l'unité absolue de toutes les réalités possibles, ou l'être idéal que l'on appelle proprement natura naturarum (3) .

(1) Ibid, Cf. Maiihiœ^ Manuel de philos. Logique, III, S 90, sqq. Iraducl. de M, Poret.

(2) Ac primum quîdein genus harum conclusionum argutantlum absolutam unitatem spectabat condîtionum singulalîuni et subjectivarum omnium omnino repraesentatîonum (subjectî sive anîmœ), ad convenîeiitiam cum ratîocînationi'bus catégoriels j quarum propositio (major), qua principîum, affectionem enunciat attribut! ad subjectum. ^Iterum argument! dîalectîci genus igîtur , ex analogia ratiocînationum hypotheticarum , in unitate absoluta conditionum objectivarnmîn viso materîaro inveniet , quemadmodum terlium genus, quod sequenti capîte tractabitur, in absoluta unitate conditionum objectîvarum possibilitatisobjectarum rerum in génère versabilur, DiaL transe, c. II, init.

(8) Quamobrem , quœ in sola ratione inest, res ideali cjus proposiia natura originaria (cns originarîum), quotenus

La deuxième idée est la seule qui donne maiiére aux antinomies. En attribuant aux deux autres une valeur objective, l'esprit humain fait des paralogismes , mais ne produit aucune démonstration concluante (4). Il ne se contredit positivement qu'en attribuant une valeur objective à l'idée de Tunité absolue dans la série des phénomènes.

Cette idée générale donne naissance à quatre conceptions secondaires que Kant appelle idées cosmologiques, parce qu'elles ont toutes rappo! t au monde, qu'il regarde comme l'ensemble des phénomènes (2). Conformément aux catégories de l'entendement, il y a, dans les phénomènes, quatre espèces de séries auxquelles s'applique la raison pour former les idées cosmologiques.

Dullam sese habet siiperîorem, naturasumma (ens summum), et, quatenus universa ^ ut ad conditiones ads^tricta, illi subsunt, naiura naturarum (ens entium) appellatur. DiaL transe* c. )1I, aect. 11^ de ideali transcendentali,

(1) Dialect. transe, ç. I, de paralo^ismis rationis purce ; et c. III, Idéale rationis purœ.

(2) IdeaS) in quîbus ia prassens occupamur » supra ideas cosmologicas nominavimus, partim propterea, quod vocabuîo mundi complexum, omnium yisorum intelligîmus , nostrseque ideae etiam tantummodo absolulum spectant in visis ; partim quoque , quoniam verbo mundi, sensu transcendentali, universitas absoluta designatur complexiis eorum,quaBin veritate rerum apparent, nobisque etiam sola uni versitas sjnthe^ seos (quamquani duntaxat proprie în regressu ad conditiones) proposita videlur. Sjstema idearum cosmol gic.

Première idée. Unité absolue dans la séi ie des phénomènes, considérés comme des quantités extensives qui remplissent le temps etTespace (1). Cette série qui n'est autre que ie monde, étant proposée comme un tout réel, Tesprit se fait nécessairement cette question : le monde est^l fini ou infini? La raison répond qu'il est fini et qu'il est infini; elle prouve les deux thèses opposées avec une égale force : première contradiction.

Deuxième idée. Unité absolue dajis la série des parties réelles de chaque phénomène, considéré comme ayant une existence propre hors du sujet (2). Un tout substantiel étant proposé à l'esprit , cette question devient inévitable : la substance composée a-t-elle des parties simples ou est-elle divisible à l'infini? La raison répond qu'elle a des parties simples et qu'elle est divisible à Tin* fini ; elle démontre les deux thèses opposées : deuxième contradiction.

Troisième idée. Unité absolue dans la série des phénomènes considérés comme causes les uns de» autres (3). Cette série étant proposée comme réelle, l'esprit se fait cette question : Dans la succession des causes y a-t-il un premier tprmo qui ne relève d'aucun autre, ou la chaîne des causes

(i) Uoiversitas absoluta compositionis totius visoniin dati. Aniin. ralionis pwrœ, sect. I , systema idearum cosmologie .

(2) Universilas absoluta partitionis totius dati in vise* Ibid.

(3; Universilas alsoluta originis visi in gencre. Ibid.

9e prolonge-t-elle à rinfini? Plus simplement r La liberté existe-t-elle ou n'existe-t-elle pas 7 Double réponse de la raison : il existe des causes libres; -^ il n'y a aucune cause libre; des deux côtés arguments également démonstratifs: troisième contradiction.

Quatrième idée. Unité absolue dans la série des phénomènes considérés comme autant d'existences contingentes (1). L'ensemble des phénomènes nous étaiit proposé comme actuellement existant^ il faut répondre à cette question : La séiie des conditions de l'existence contingente a-t-elle un premier terme, ou n'en a-t-elle pas? Existe-t-il, ou non^ une nature absolue? La raison prouve que l'être absolu existe ; elle prouve avec la même force qu'il n'y a point d'être absolu : quatrième contradiction.

Voilà quatre antinomies inévitables pour la raison dogmatique. Il n'y en a pas un plus grand nombre^ parce que l'intelligence ne conçoit pas d'autre série dans le monde des phénomènes. Les quatre questions cosmologiques que nous avons indiquées sont l'arène où la raison se combat et s'épuise (2).

(1) Universîtas absoluta dependeniiœ existtntiœ mutab^ Hum in viso, seii phaenomcno. Ihid.

(2) HIs asscrlionibus argiitanlibus arena aperîlurdialeclica, iibi quaeque pars, ciii impetum faccre licet^ superior discedit.

Telle est, selon Kanl , l'origine et le cercle des contradictions rationnelles. Suivons le dans cette arène; montrons que la raison n'y est pas naturellement engagée, que si on Ty pousse, l'adversaire qu'elle rencontre, ce n'est pas elle-même, mais l'idéalisme transcendental, avec lequel on ne peut équitablement la confondre.

PREMIER C0MD4T J>ES mÉES TRANSCENDENTALES.

Thëse. ce Le monde a un commencement dans le temps et des limites dans l'espace, i»

Démonstration. « Supposons en effet que le » monde n'ait pas decommencementdans le temps: » alors, à chaque instant de sa durée, une éternité M entière sera écoulée, et avec elle une série in- » finie d'états successifs des choses dans le monde. » Or, l'infinité d'une série consiste précisément n en ce que cette série ne peut jamais être ac- » complie par une synthèse successive. Donc, » la série des états antérieurs du monde ne peut » être infinie , et, par conséquent, c'est une con- » dition nécessaire de l'existence du monde qu'il » ait eu un commencement : premier point qu'il » fallait démontrer.

» Supposons maintenant que le monde n'ait

is «lutem profecio erit inferior, qui tucndo se defendendoque gcrere cogîlur. Antin. raiionis parce, «cet. II, init.

)) pas de limites dans l'espace : alors, il forme un M tout inGai composé de choses qui apparaissent » toutes ensemble. Or^ nous ne pouvons nous n faire une idée de la grandeur d'un composé, » qui n est point renfermé dansde certaines bornes » sensibles, par aucun autre moyen que par la M synthèse successive de ses pari ies, et concevoir la » totalité d'un tel composé, que par l'accomplisse- » ment de cette synthèse, c'est-à dire, de l'addi- » tion successive des diverses unités partielles. » Ainsi donc, pour que nous venions à nous faire » ridée du monde, considéré comme un tout qui » remplit tous les espaces, il faut que nous puis- » sions regarder la synthèse infinie et successive » des parties du monde comme accomplie et par- )» faite, ou, en d'autres termes, le temps infini » que l'on doit employer à nombrer toutes ces » parties apparaissant ensemble, comme entière- » ment écoulé; ce qui est d'une impossibilité ma- >) nifeste. C'est pourquoi l'universalité des choses » qui apparaissent dans la réalité ne peut être » considérée comme un tout véritablement donné, » et par conséquent comme un ensemble existant. » Donc le monde n'a pas une étendue infinie, » mais est renfermé dans •de certaines limites : » second point qu'il fallait démontrer. »

Antithèse, a Le monde n'a point de commencement dans le temps, ni de limites dans l'espacej

M la durée et Vélendue du monde sont toutes deux infinies. »

Démonstration. « Supposons, que le monde ait j» un commencement. Dire qu'une chose a un D commencement y cest dire qu'avant elle un » certain temps s est écoulé où elle n'existait pas. » Il faut donc qu'un' certain temps se soit écoulé » pendant lequel le monde n'existait pas, c'est-à- » dire qu'il y ait eu un temps vide. Or, dans un n temps vide, nulle existence ne peut commencer; » car il n'y a dans un temps de cette sprte aucun » moment qui offre, de préférence aux autres, h une raison suffisante pour que l'existence vienne » y prendre la place du néant (soit que l'être se » produise de lui-même, soit qu'une cause étran- » gère lui donne naissance). Ainsi donc, plusieurs » systèmes d'êtres pourront se développer succès- » sivement dans le monde, mais le monde lui- » même ne peut avoir de commencement, et il » existe depuis un temps infini.

» Quant au second point, supposons d abord » que le monde ait des limites et soit circonscrit » dans l'espace;* il se trouve alors dans l'espace » vide, qui n'a, lui, aucunes bornes. D'où il ré- » suite que non seulement les choses ont des rap- » ports mutuels dans l'espace, mais qu'elles ont » aussi une relation à l'espace. Mais comme le » monde est un tout complet, hors duquel l'ex-

\2 » përience n'a plus rien à découvrir, et qui n'a » pas, comme on dit, de terme corrélatif avec » lequel il soutienne un rapport déterminé, le »» rapport du monde à l'espace vide devient une » relation à un pur néant. Mais une telle relation, » et par conséquent la limitation du monde par » l'espace vide, est entièrement chimérique ; donc #) le monde n*a point de bornes dans l'espace, ou, » en d'autres termes, l'étendue du monde est » infinie. »

Discussion de la thèse.

H Supposons que le monde n'ait point de com^ » mencement dans le temps : alors, à chaque ins- » tant de sa durée, une éternilé entière sera » écoulée.... » Le terme éternité est impropre; réternité ne s'écoule pas; elle n'est point successive; le temps seul s'écoule, et il n'est pas éternel, c'est-à-dire infini, mais seulement indéfini. Il faijait donc dire : à chaque instant de sa durée un temps indéfini sera écoulé. — « Et avec elle une » série infinie d'états successifs des choses dans le monde. » Une série n'est pas, et ne peut jamais être infinie; il ne doit être question ici que d'une série indéfinie, composée de termes finis, et limitée d'un côté. — fc Or, l'infinité d une série » consiste précisément en ce que cette série ne » peut jamais être accomplie par une synthèse » successive. » Nous avons dit que rien n'est plus

impropre que de parler de l'infinité d'une série; ajoutons qu'il implique contradiction qu'une série, ou quoi que ce soit, ait le caractère d'infinité et ne soit jamais accompli : l'essence de l'infini est d être accompli; l'infini est toujours tout ce qu'il es t, il ne devient jamais, et il ne faut pas en attribuer le caractère à ce qui demeurera sans cesse infiniment au dessous de l'infini. Si le principe proposé par Kant s'applique à une série indéfinie, il est très véritable, en ce sens que la synthèse successive dont il est parlé, ne peut jamais être comprise dans un espace de temps déterminé, et que, si elle commence à un certain moment, elle ne sera jamais terminée. — « Donc la série des états an^ » teneurs du monde ne peut être infinie. «.» La conséquence n'est pas rigoureuse. Sans doute, la série ne peut être infinie, mais rien n'empêche qu'elle soit indéfinie; elle a une limite en un point, il est vrai, mais , de l'autre côté, elle n'en a pas. La synthèse successive qui mesure cette série, en partant du moment présent et remontant dans le passé, ne trouve jamais où s'arrêter, puisqu'il n'y a pas de premier moment pour le monde : donc elle n'est, dans ce sens-là, jamais accomplie; elle convient donc parfaitement à une série indéfinie. — La conséquence précédente ne pouvant se soutenir entraîne avec elle toute la démonstration, et il n'est pas prouvé que le monde ait un commencement dans le temps.

En écartant la notion de Finfini, qui est introduite mal à propos dans cette démonstration , on peut ainsi résumer le raisonnement de Kant : Si le monde n'a pas de commencement, une série sans terme est à chaque instant accomplie ; Or, une série sans terme ne peut jamais être accomplie; Donc le monde a un commencement. La majeure est certaine , c'est une proposition identique : Si le monde a toujours duré jusqu'aujourd'hui , le passé du monde est sans limite. La mineure demande interprétation : une série sans terme signifie en même temps une série qui n'a qu'un terme, et une série qui n'en a pas. Or, ici, dans l'hypothèse, il s'agit d'une série qui a un terme, et c'est d'une telle série que la raison déclare qu'elle n'est jamais accomplie, c'e8t-à-dire,qu'elle ne peut s'accomplir dans un temps déterminé, ou dans une durée qui ait deux termes. La mineure se réduit donc à cette proposition incontestable : Une série qui n'a qu'une limite ne peut être renfermée dans une durée qui ait deux limites. Or, il faudrait, pour que la conclusion fût rigoureuse, que l'hypothèse, en proposant une série qui n'a qu'une limite, prétendit renfermer cette série dans une durée doublement limitée. Mais l'hypothèse consiste précisément à proposer une durée illimitée ; donc une série illimitée n'est pas exclue par l'hypothèse. Ainsi la conclusion n'est pas fondée.

Discutons maintenantle second point. — « Sup-

» posons que le monde n'ait pas de limites dans » l'espace : alors^ il forme un tout infini composé » de choses qui apparaissent toutes ensemble. >> Un composé, pas plus qu'une série, ne peut être infini ; l'infini est essentiellement simple. Remarquons encore que le monde peut être répandu dans l'espace indéfini, sans que ses parties remplissent véritablement tout l'espace. 11 est possible qu'elles soient disséminées , comme les astres le sont dans l'univers ; et rhypolhése discutée ne préjuge rien sur la question du vide. Il est vrai que même alors le nombre de ces parties serait indéfini ; mais telle est la nature de l'indéfini^ qu'une quantité indé*finie peut être plus grande qu'une autre qui ait le même caractère. — « Or, nous ne pouvons nous » faire une idée de la grandeur d'un composé, qui » n'est point renfermé dans de certaines bornes » sensibles, par aucun antre moyen que par k » synthèse successive de ses parties, et concevoir » la totalité d'un tel composé, que par l'accoinh plissement de cette synthèse , c'est-à-dire , de » l'addition successive des diverses unités partie » les. » Ce principe ne s'applique qu'à une classe dldées, et il ne faut point lui donner une valeur universelle. Il est excellent pour les idées distinctes des quantités que nous pouvons connaître et mesurer par expérience. Mais il y a des quantités qui sont en dehors de toute expérience , et des idées que l'on conçoit sans se représenter distincte-

ment leur objet; tels sont Tindéfini et Tidëe de l'indéfini. Serait-il eonforme à la raison d'entreprendre l'addition des unités que contient le nombre indéfini, pour arriver à concevoir ce nombre ? — (r Ainsi donc^ pour que nous venions à nous » faire l'idée du monde^ considéré comme un tout » qui remplit tous les espaces, il faut que nous » puissions regarder la synthèse infinie et succès^ » sive des parties du monde comme accomplie et » parfaite, ou, en d'autres termes, le temps infini » que l'on doit employer à nombrer toutes ces » parties apparaissant ensemble, comme entière- » ment écoulé ; ce qui est d'une impossibilité ma- » nifeste. » 11 est impossible d'admettre que, pour se faire l'idée d'un tout indéfini, il faille en compter successivement les diverses parties, ce qui revient à dire que l'expérience doit nous donner l'idée de l'indéfini. Or, on prouve facilement que Texpér rience n'a qu'une faible part dans la formation d'une telle idée , et que l'esprit humain ne concevrait jamais l'indéfini, s'il devait en recevoir la notion d'une représentation sensible, ou d une synthèse expérimentale. Remarquons encore que s'il résulte du faux principe admis par l'argument, que nous n'avons pas encore l'idée d'une quantité indéfinie, on n'est pas en droit d'en conclure que cette idée est impossible. Elle a pour condition une durée sans terme, et, si le temps à venir n'a point de limite, il présente à l'esprit tout ce qui

1T est nécessaire pour l^accomplissement d'une telle notion.— -«C'est pourquoi l'universalité des choses » qui apparaissent dans la réalité, ne peut être » considérée comme un tout véritablement donné, » et par conséquent comme un ensemble actuel- » lement existant. » Il y a ici deux conclusions mêlées, et cependant fort distinctes Tune de Tautre. Voici la première : Nous ne pouvons concevoir l'universalité des choses existant en nombre indé* fini, comme un tout actuellement perçu par nous; en d'autres termes , nous ne pouvons avoir Tidée d*un composé indéfini. Cette conclusion serait légitime si les propositions précédentes étaient véritables ; mais nous avons vu que les principes invoqués plus haut ne peuvent se soutenir. La seconde conclusion est celle-ci : Nous devons juger qu'un composé indéfini n'existe pas actuellement. Et sur quoi s'appuie-t-elle? nous ne lui trouvons que ce motif unique , à savoir, que notre esprit ne peut concevoir un composé indéfini. Mais c'est conclure de l'idée à l'être, ou plutôt imposer à la réalité les limites de notre esprit ; et quand même ces limites seraient démontrées , le raisonnement n'aurait aucune valeur. De ce que je ne puis concevoir une propriété des choses, une loi de la nature, un caractère métaphysique des êtres, il ne m'est pas permis de conclure que cette propriété, cette loi, ce caractère n'existent pas (1). -r- « Donc

(1) En vertu de l'argument, il faudrait juger que deuic

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» le monde n'a pas une étendue infinie , mais est M renfermé dans de certaines limites ; » conséquence qni n'est autorisée par rien de ce qui précède.

Ce second argument comprend deux parties : dans la}iremiére^ Kant veut prouver que nous ne pouvons avoir Tidée d'un composé indéfini ; dans la seconde , il affirme, sans démonstration , qu'un composé indéfini n'existe pas actuellement, puisque nous ne pouvons le concevoir. Le raisonnement qu'il fait à l'appui de la première proposition peut se réduire en ces termes: Pour concevoir un tout indéfini , il fondrait avoir fait la synthèse successive de tous les éléments qui le composent ; Or, cette synthèse ne peut jamais être accomplie ; Donc il est impossible de concevoir un tout indéfini. La majeure est ttne assertion psychologique en Contradvtion avec les lois de l'esprit humain. Pour concevoir un objet, il n'est pas toujours nécessaire de se le représenter; une synthèse expérimentale n'est pas la condition de toutes nos idées ; l'idée d'une quantité indé^ finie est particulièrement de celles qui se forment par d'autres moyens , et que la raison accomplit avec un très petit nombre d'indications données

choses que l'on ne peut connaître que successÎTement, n'exis^ tent pas ensemble , et si l'on presse ce faux principe, on arrive bientôt à la maxime d'Heraclite : Kien n'est, tout devient.

par l'expérience. Par conséquetit, et matgté k vérité de h mineure, la conclti^ion est dânà force. D'ailleurs, que prouverait-elle? Que noua n'avons pas l'idée de l'indéfini ? Mais rien de plûô tain en général qu'nné argumentation dont le but est de démontrer que l'entendement humain n'a pas telle ou telle idée ; car, une des premières conditions imposées à l'esprit qui veut suivre les lois de la raison, c'est de savoir ée qu'il coùibàt, et, dai^s h cas dont il s'agit, d'argumenter au nom de Vidée même qu'il essaie de nier. — - En second lieu, décider que ce dont nous n'avons pas l'idée distincte n'existe certainement pas, est un paralogisme contre lequel les esprits les moins exercés sont en garde. Rien n'est moins conforme au génie de Kant qu'un tel paralogisme, puisque l'idéalisme franscendenial met un abime entre les idées de noire entendement et les véritables lois des choses. Mais pourquoi imputer à la raison dogmatique un sophisme que la saine logique repousse éner^ giquement?

Discussion de T Antithèse.

« Dire qu'une chose a un commencement , » c'est dire qu'avant elle un certain temps s'est » écoulé oii elle n'existait pas. Il faut donc , si » Xoïi suppose que le monde a uû commencement, » qu'un certain temps se soit écoulé pendant le*^

» quel le monde n*existait pas, c'est-à-dire, qu'il » y ait eu un temps vide. » C'est reconnaître que le temps n'a point de limites , et le distinguer de la succession visible, du mouvement et de Tordre des phénomènes. La distinction est très juste, et Kant a ici raison contre Platon et Leibnitz. Il ne faut pas faire de l'existence des choses une condition du temps ; la durée abstraite est indépendante de toute réalité, et si le monde a un commencement, un temps indéfini est écoulé avant la naissance du monde. — « Or, dans un temps vide, » nulle existence ne peut commencer ; car il » n'y a dans un temps de cette sorte, aucun mo- I) ment qui offre, de préférence aux autres, une » raison suffisante pour que Texistence vienne y » prendre la place du néant (soit que l'être se proc< duise de lui-même, soit qu'une cause étrangère M lui donne naissance).» On doit accorder qu'à ne considérer que la durée abstraite, il n'y a pas de raison suffisante pour qu'une existence commence à un instant plutôt qu'à tout autre. Il est certain, d'ailleurs, qu'un être ne naîtra pas spontanément après un temps indéfini où il n'était pas ; l'être qui a en lui-même sa raison d'être, n'a pas de commencement, mais aussi il est au dessus du temps , et la succession ne l'atteint pas. Est-il également certain qu'une cause , douée d'un pouvoir créateur, ne produira pas un être à un certain moment de la durée indéfinie,dont tous les instants

2< offrent une parfaite similitude ? Elle ne le produira pas, d;t-on, parce qu*il n'y a aucune raison suffisante pour que le commencement de l'existence soit placé dans un temps plutôt que dans un autre. L'argument n'est pas démonstratif. Très manifestement, rien ne devient sans une raison suffisante; mais aussi, dés qu'il y a une raison suffisante, tout peut devenir. Or, y a-t-ilune raison suffisante pour que le monde, s'il doit être fini, commence aujourd'hui, par exemple? Oui, et cette raison, c'est la volonté et l'action de la cause qui produit le monde. Mais on objecte que cette cause ne fait rien sans raison suffisante, et qu'elle n'a paa de raison pour faire commencer le monde aujourd'hui ou un siècle plus tard. C'est préjuger ce qui est en question ; nous supposons que le monde doit être fini , que Dieu a une raison suffisante pour produire le monde ; pour qu'il ne le produise pas, il faut qu'une cause Ten empêche. Cette cause est-elle externe ? Non ; tout se prête en dehors de lui à l'ex^îrcice de sa puissance, rien ne s'y oppose. Est -elle interne ? Oui, selon l'argument : Dieu ne choisit pas quand il n'a pas de raison pour choisir ; la sagesse de Dieu s'oppose à ce que la puissance divine s'exerce. Mais si la sagesse s'oppose à l'action par le motif que l'on invoque, elle sollicite Taction par cet autre motif, que Dieu a une raison suffisante pour produire le

nfiootie. La question revient donc à savoir si le premier motif est au^si fort que le second^ ou si l'un des deux l'emporte sur l'autre. Or, la vérité .est que le second l'emporte sur le premier. Nous voyons, d'un rôle, qu'il est indifférent d'agir, de Vautre , qu'il est moralement nécessaire d'agir ; la nécessité morale doit forcer l'indifférence. Que la raison qui sollicite Dieu à produire le monde ait le caractère de nécessité morale, c'est ce que l'on ne conteste pas ici. Que l'autre motif, opposé à celui-là , n'aboutisse dans l'esprit de Dieu qu'à rindifférence, voici ce qui le prouve : Apcune partie du temps n'est préftirable à une autre ponr recevoir l'être ou pour devenir le premier moment d'une certaine existence, mais aussi aucune partie n'est, sous ce rapport, inférieure aux autres; le choix entre ces diverses parties n'e^l déterminé par aucun titre, mais aussi il ne b'esse aucun titre ; donc le choix est indifférent. Ainsi, à ne considérer que le temps, la cause productrice" est dans FindifTérence pour agir ; à la considérer elle-même, elle est moralement nécessitée à agir; le second motif est donc plus fort que le premier, et la puissance divine, conformément à la sagesse divine, passe à l'action. La similitude absolue des parties du temps n'est donc pas une raison suffisante pour qu'un monde fini ne soit point produit; et le principe de la raison suflTr an te ne piouve pas « que le monde ne

» peut avoir de commenecmeut, et qu'il existe » depuis un temps infini. »)

Voici en résumé l'argument de Kant ou plutôt de Leibnitz ( 1 ) : Rien n'est sans une raison isuC* fisante ; Or il n'y a pas de raison suffisante pour que le monde commence à exister dans un temps plutôt que dans un autre; Donc, 1 existence du monde n'a pas de commencement dans le temps, La majeure est le premier, et Ton peut dire , Tunique principe métaphysique, puisqu'il est le fondement de tous, les autres. Mais, si la première proposition est évidente, ia seconde n'est pas véritable. On ne tient compte dans la mineure qued§ la nature du temps, qui rend la cause productrice ' indifférente à agir, et l'on ne prend pas en considération la nature même de cette cause, qui la détermine à l'action. D'un côté, le choix est indifférent,, et il n'aura paslieu^ si rien ne presse la puissance

(I J Oper, metaphys. passimm-Yoyez surtout la coottOTersc avec Clarke. — « C'est une fiction semblable , c'est-à-dire , i> impossible, de supposer que Dieu ait créé le monde queW »« ques millions d'années plutôt. Ceux qui donnent dans ces » sortes de fictions, ne sauraient répondre à ceux qui argumeti- » teraient pour Téternité du monde. Car, Dieu ne disant rien » sans raison , et point de raison n'étant assignable pourquoi » il n'ait point créé le monde plus tôt , il s'ensuivra, ou qu'il » n'ait rien créé du tout, ou qu'il ait produit le monde avant » tout temps assign ible, c'esl-à-dire que le monde soit éu*r*- » nel. >» Réponse à la troisième réplique de Clarke y § 15*

divine; de Taulre côté, le choix est moralemen nécessaire , puisque Ton suppose que le monde doit être, et être fini. Un choix, indifférent sous un rapport, et moralement nécessaire sous un autre, doit s'accomplir, suivant les règles de la raison ; loin qu'il soit en contradiction avec le principe de la raison suffisante,il est déterminé parce principe. La mineure n'est donc pas véritable, et il n'y a plus de démonstration.

« Quant au second point, supposons d'abord n que le monde ait des limites, et soit circonscrit dans l'espace; il se trouve alors dans l'espace vide, qui n'a, lui, aucunes bornes. >r La conséquence est rigoureuse. L'espace n'est, pas plus que le temps, un corollaire de l'existence des choses ; il ne consiste ni dans l'étendue visible, ni dans Tordre de juxtaposition des composés ou des éléments matériels ; il est au contraire la condition de l'une et de l'autre. L'étendue visible et la situation des corps ( quplle que soit d'ailleurs l'essence des corps \ supposent t'espace et ne le constituent pas. Si le monde a des bornes, il est donc dans un espace vide qui s'étend indéfiniment de toutes parts. — « D'où il résulte, que non seulement les » choses ont des rapports mutuels dans l'espace, » mais qu'elles ont aussi une relation à l'espace. >* Non pas les choses, mais la foi me des choses, ou plutôt de l'ensemble des choses, à proprement parler, la figure du monde. — « Mais comme le c.onde

» est un tout complet , hors duquel Texpérience » n'a plus rien à découvrir, et qui n'a pas, comme » on dit, de terme corrélatif avec lequel il sou- » tienne un rapport déterminé... » il est très certain qu'il n'y a pas, dans Thypothèse, d'existence réelle, c'est-à-dire de force substantielle en dehors du monde; il est très certain, par la même raison, que, hors du monde, l'expérience n'a plus rien à découvrir ; miis faut il en conclure que le monde n'a, sous aucun rapport, de terme corrélatif? la conclusion serait trop étendue. Le monde a une figure ; on peut abstraire par la pensée cette ligure, qui est essentielle à l'univers fini ; or, cette figure abstraite est un espace limité, une partie déterminée de l'espace indéfini. Mais l'espace est corrélatif à l'espace , tout autant que 1 existence réelle est corrélative à Texistence réelle. On ne peut donc soutenir que le monde n'a absolument aucun terme corrélatif. Rien n'est plus déterminé que le rapport d'une étendue définie à l'espace indéfini qui la circonscrit : ce rapport constitue les limites de l'étendue définie, et avec les limites , la figure. L'essence de toutes les figures géométriques, qui sont les objets le plus nettement entendus par l'esprit humain, se résout, en dernière analyse, dans le rapport d'une étendue, dont la quantité est indifférente, à l'espace indéfini qui la borne, et qui est en même temps borné par elle. — c( Le rapport du monde à l'espace vide devient

>» une relation à un pur néant, m Le rapport de la figure du monde à l'espace environnant est la relation du semblable au semblable; et quand même on considérerait dans le monde, non plus seulement la figure, mais Texistence réelle, on ne serait pas fondé à dire que le rapport de cette existence à Tespace vide est la relation de Têtie au pur néant. Le pur néant n'est rien et ne peut être conçu 9 il n'a aucune propriété^ on ne peut rien en dire de positif, il échappe à la mesure, et la détermination ne lui convient absolument pas. Mais nous concevons IVspace abstrait, nous reconnaissons qu'il a des dimensions, nou$ démontrons qu'il est indéfini ; la géométrie nous apprend à le mesurer, et elle le détermine perpétuellement. L'espace vide a donc un grand nombre de caractères qui le distinguent du pur néant, et la proposition que nous discutons ne peut se soutenir (1 ).^

(l) YoyçzClarke^ controverse avec Leibnitz,^- « Je croîs » que toutes les not oos qu'on a eues touchant la nature de »» Tespace, ou que Ton peut s*en former, se réduisent à celles- M ci : l'espace est un pur nca t , ou il n'est qu'une simple M idée, ou une simple relation d'une chose à une autre, ou n bien il est la matière, ou quelque autre substance, ou la > propriété d'une substance.

» Il est évident que l'espace n'est pas un pur néant. Car le » néant n'a ni quantité, ni dimensions, ni aucune propriété. >* Ce principe est le premier fon déniait de toute sorte de » science ; el il fait voir la seule différence qu'il y a entre ce » qui existe el ce qui n'existe pas.... » Cinquième réplique , S36sqq.

— « Mais une telle relation, et par consé<}uent la » limitation du monde par Tespace vide, est en-- » tièrement chimérique. » Cette conséquence renferme une double erreur : la relation de l'être à Tespace vide n'est point chimérique; la relation de la figure à l'espace indéfini l'est bien moins encore. Nous ne voyons donc rien qui légitime la conclusion : « que le monde n'a point de bornes » dans l'espace, ou en d'autres termes, que l'éten- » due du monde est infinie. »

Résumons : Si le monde a une étendue finie, il soutient un rapport avec l'espace vide ; Mais un tel rapport est la relation de l'être au oéaht^ et par conséquent n'a rien de réel ; Donc Tétendue du monde n'est pas finie, mais infinie. La première proposition est vraie, pourvu que l'on entende que c'est particulièrement à la figure d;i monde que s'applique le rapport dont on parle. Si Ion f,iit cette réserve légitime, la mineure tombe d'ellemême; car il <st impossible de soutenir que le rapport de la figure à l'rspare est la relation de l'être au né.int D ailleurs il est hux, à quelque point de vue que ce soit, d'assimiler l'espace vide au néant, qui. n'a aucune propriété, et ne peut être entendu. Par conséquent, la conclusion e^t sans valeur.

I^a discussion de la première antinomie nous co dnit à ce résultat, que ni la thèse ni l'anti-

thèse ne sont démontrées, et que la raison dogmatique nVst pas ici en contradiction avec elle-même.

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