‹ Discussion des antinomies KantiennesChapitre 3 sur 3 · QUATRIÈME COMBAT DES ID^ES TRANSCENDENT ALE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME COMBAT DES ID^ES TRANSCENDENT ALE

TiièsE « H existe un être absolument nécessaire » qui a[^rtient au monde^ soit comme une de M ses parties, soit comme sa cause. »

Démonstration, «r Dans le monde sensible, con- M sidéré comme l'ensemble de tous les phénomé- M nés, est comprise la série de tous les change- Ji ments. Car, sans cette série, la représentation de » la série du temps ne nous serait point donnée, A) et le temps est une condition de la possibilité » du monde sensible. Mais tout changement est n soumis à une condition qui le précède dans le » temps, et en vertu de laquelle il paraît néccsw saire. Or, tout objet dépendant d'une condition, » et dont la réalité nous est manifestée par Texpén rience, suppose comme raison de son existence, » une série complète de conditions s*é tendant jus- » qu'à l'être simplement absolu, qui seul est abso* » lument nécessaire. Donc, il faut nécessairement » qu'il existe un être absolument nécessaire. Mais n cet être nécessaire appartient au monde sensible. *> Supposez, en efiPet, qu'il soit hors du monde; » alors la série des changements dans le monde » tirerait son origine de cette cause nécessaire, » qui cependant n'appartiendrait pas au monde c< sensible. Or, celji est impossible. Le premier

» terme de la série du temps ne peut être détçr- » mine que par une cause qui le précède dans le » temps; nécessairement donc, la condition su- » prème de la série des changements existait dans » le temps, lorsque cette série n^avait pas encore » commencé (car une existence ne commence qu'à » la condition, qu'elle soit précédée d'un temps où » elle n'était pas encore). Par conséquent l'action » de la cause nécessaire des changements, et avec /; l'action, la cause elle-même, est da«s le temps, et j» appartient ainsi à l'ordre des phénomènes (car » le temps ne peut être que dans les phénomènes, » et comme leur forme) ; en d'autres termes, on » ne peut concevoir cette cause séparée du monde M sensible, ou du système de tous les phénomè- » nés. Il y a donc dans le monde sensible une » existence absolument nécessaire, soit que l'ab- » soluc nécessité convienne à toute . la série Au » inonde, soit qu'elle se trouve dans une de ses » parties seulement. »

jtrUithèse. « Il n'existe aucune nature absolu- » ment nécessaire, ni dans le monde, ni hors du » monde, comme premier principe des choses. m

Démonstration. « Supposez que le monde lui- » même, ou une partie du monde, ait une exis- » tence nécessaire : alors^ ou dans la série des » changements se trouve un premier terme, abso- » lument nécessaire qui, par conséquent, est sans

» cause, ce qui est en conlradiction avec les lois » dynamiques de la détermination de tous les » phénomènes dans le temps; ou la série n'a » point de premier terme, et quoique chacune de » ses parties soit fortuite et attachée à des condi- » tions, elle est dans sa totalité simplement né- » cessaire et indépendante de toute condition , » conséquence qui se contredit elle-même, puis- » que l'existence d'un tout ne peut être néces- » saire, quand aucune partie de ce tout ne corn-* » prend en soi Texistence nécessaire.

« Supposez^ au contraire, que le monde ait pour » cause une nature absolument nécessaire exis^ N tant hors de lui : alors, cette nature absolue, » comme terme suprême dans la série des causes » qui déterminent tous les changements du M monde, produit les termes suivants et corn- » mence véritablement la série. Or, il est en con- » séquence nécessaire qu'elle-même commence à » agir, que son action soit dans le temps, et par » cette raison même, dans l'ordre des phénomè- » nés , c'est-à-dire , dans le monde ; donc cette » nature absolue en tant que cause ne se trouve » pas hors du monde, ce qui est en contradiction » avec rhypothèse. Il est donc prouvé qu'il » n'existe aucune nature nécessaire , soit dans le » monde, soit hors du monde, mais en rapport » de causalité avec lui. »

Discussion de la thèse.

(( Dans le inonde sensible, considéré comme » l'ensemble de tous les phénomènes, est com- » prise la série de tous les changements. » Cette première proposition doit être rectifiée en plusieurs points. W Le monde n'est l'ensemble des phénomènes^ qu'à la condition d'être d'abord l'ensemble des existences et des lois, Lei phénomènes, qui sont ou peuvent êtres sensibles, n'ont leur raison d'être que dans certaines causes qui échappent à l'expérience. 2\ Parmi les changements,, il en est que notre perception n'atteint pas, et que, pour ce motif, on peut appeler latents; et souvent les modifications insensibles qui se passent eu quelque façon dans les profondeurs de Tétre, sont celles qui ont le plus d'importance. 3°. L'expression de série de ehangetiienis est impropre j il n'y a pas une série, mais un nombre indéfini de séries dans le monde des phénomènes, toutes distribuées en deux ordres, dont l'unité ne se trouve que bien au-delà de l'expérience, et, en dernière analyse, dans les conseils de la providence divine. Ces diverses erreurs n'ont toutefois qu'uae influence secondaire sm? la suite du raisonnement. — « Sans cette série^ la représentation de la 3érie » du temps ne nous serait point donnée , et le » temps est une condition de la possibilité du » monde sensible. » Cette phrase est embarrassée

parce que la doctrine de Tsesthétique (ranscendentale sur le temps, y est imposée à la raison dog matique , dont les arguments supposent naturellement une doctrine toute différente. Nous accordons que certains événements nous font sentir, ou plutôt, concevoir la durée ; mais il est faux que nous nous représentions, au moyen d. s changements, la série du temps. Cette série est indéfinie; ce qui en accomplit la notion, c'est une opération de Tintelligence se développant sous l'empire de Tîdée suprême de la raison, que Kant a si bien mise en lumière ; et, en conséquence, nous entendons la série illimitée du temps, nous ne nous la représentons pas. Cette distinction est très importante pour la métaphysique; en ce moment , elle nous autorise à conclure que si le temps est la condition de l'existence du monde, ce n'est pas seulement au sens de raesthélique transcendentale. En effet, la durée, chose intelligible, est la condition de ce qu'il y a de purement intelligible dans la réalité du monde , tout aussi bien que la succession est la loi des changements sensibles.qui sont la matière propre de l'expérience. — (c Mais tout changement est soumis à une con- » dition qui le précède dans le temps, et en vertu » de laquelle il paraît nécessaire. » La condition ne nécessite le changement que sous l'empire du fatum ; mais il est très vrai que le changement suppose nécessairement une condition. Cette loi

de rintelligeace ne s'applique pas seulement aux modifications sensibles, mais à toute réalité dont l'existence commence dans le temps, et se irouve marquée du caractère de contingence. — « Or » tout objet dépendant d'une condition , et dont » la réalité nous est manifestée par l'expérience, » suppose comme raison de son existence, une » série complète de conditions s'étendant jusqu'à » l'être simplement absolu, qui seul est absolu- » ment nécessaire.» C'est là une vérité première, et un de ces rares principes qu'on ne peut contester sérieusement. Ce qui est conditionnel suppose nécessairement ce qui est inconditionnel ou absolu ; c'est un corollaire immédiat, ou plutôt une simple transformation du principe de la raison suffisante. Rien n'est, sans une raison suffisante : l'existence conditionnelle n'a pas sa raison d'être en elle-même; donc, si elle est réellement, elle prouve»invinciblementla réalité de l'être qui a sa raison d'être en lui-même, réalité qui seule est métaphysiquement nécessaire. L'existence de Vinconditionnel est ainsi fondamentale dans les choses, comme l'idée de V inconditionnel est principale dans Tesprit. Aucune science ne peut présenter de conséquence plus légitimement établie que celleci : «• Donc il faut nécessairement qu'il existe un )) être absolument nécessaire. »

« Mais cet être appartient au monde sensible. » Si Ton parvenait à démontrer cette seconde partie

de la thèse, la preoiière serait détruite, car Tintelligence est forcée de reconnaître qu'il y a une entière opposition entre l'essence de Têtre absolu et la nature du monde sensible, c'est-à-dire, de l'être divisible. L'une exclut l'autre; vouloir les confondre , c'est renoncer à la raison , et non pas Fi terroger pour la convaincre de contradiction, — <( Supposez qu'il soit hors du inonde, alors la » série des changements dans le monde tirerait » son origine de cette cause nécessaire , qui ce- » pendant n'appartiendrait pas au monde sensi- » ble. Or cela est impossible. » Est-il nécessaii^ d'appartenir au monde pour avoir un rapport avec lui ? ou plus généralement, n'y a-t il de relation qu'entre deux termes homogènes? C'est là la question. Elle nous parait résolue depuis lorgtemps contre l'empirisme. Voyons si Kant produit pour le réhabiliter en ce point, quelque argument démonstratif. — «Le premier terme de la série » du temps ne peut être déterminé que par une I) cause qui le précède dans le temps. » Il ne peut être question du premier moment de la durée, ce qui n'aurait pas de sens, mais du premier terme d'une série d'existences ou de phénomènes produits dans le temps. Or, est-il vrai que la cause de ce premier terme le précède nécessairement^ et soit dans le temps avant lui? Lorsque ce premier terme n'était pas, la cause absolue était ; voilà ce qu'il y a de certain. Elle était donc dans le temps?

la conséquence n'est nullement rigoureuse ; disons plus, elle est impossible. On peut être lorsqu'un certain temps s'écoule, sans être dans le temps ; de même qu'on peut être présent à un certain espace, sans être dans Tespace. C'est là une maxime de la raison dogmatique, contre laquelle ne s^é^ lève ici aucune objection, et qui conservant son autorité, prouve que la conséquence n^est pas rigoureuse. D'un autre côté, Tétre absolu ayant la plénitude de l'être , n'est point soumis à la condition du temps; son existence étant toujours entière, il répugne qu'et'e s'écoule, et n'ait qu'une réalité successive; en d'autres termes, il implique contradiction que l'être souverainement réel ne possède l'existence que par fragment^, et perde l'être à mesure qu'il l'atteint (1). Il est donc infiniment au dessus de la durée et du temps; il est,

(1) Kant nous interdit dans la discussion de ces antinomies les considérations tirées de la Théodicée {Scholion ad an* tinom, quartamy § 1*), d'après ce motif que l'emploi de la raison par rapport à la totalité des séries de phénomènes que présente le monde , est très différent de l'emploi de cette même raison par rapport à la réalité suprême, natura naturarumj qui est un pur idéal, sans aucun point de comparaison avec le monde visible. Mais il est impossible de se condamner à une telle abstraction : les croyances de l'espri nuiuain oe sont pas faites de plusieurs pièces ; on ne scinde pas la vérité.

* Ad eviDceudAm esitUntiam oaluiae necetsari» hoc loco nullo alio ut» argumente debeo, quam cosmologico..... argumeotum • *ola idea oaturn sopremie, ad aliud ralionU |>riocipiuni pcriinet, quod jnoinda tingulatioi dehcbit olirenirr.

et le temps coule ; à chaque instant de la durée indéfinie» on peut dire de Tabsolu qu'il est ; dans^ sa permanence indmsible (1), il précède et il sait toute existence passagère, mais on ne peut en conclure qu'il est dans le temps avant et après cette existence. Meltez-le dans le temps, il cesse d'être absolu. Mais, s'il est hors du temps, comment son effet tombera-l-il sous la loi de la durée? La cause ne doit-elle pas être un terme homogène à l'effet? Il est si peu nécessaire que la cause soit homogène à reffet,quc tout phénomène ayant deux causes (productrice et déterminante), l'une d'elles e8t d'une nature tout opposée à celle de l'effet. La cause productrice est nn principe qui a sa place dans un ordre différent de celui qui est appelé ici série des phénomènes. Une telle cause est substantielle, et en conséquence de ce caractère fondamental, il n'y a aucune assimilation possible entre elle et un fait. Les effets de notre force libre, qni est la seule cause productrice que nous connaissions immédiatement, nous montrent bien comment un principe d'action peut produire des phénomènes, déterminer des changements qui n'aient avec lui aiicune homogénéité véritable. Il est possible à une nature inétendue de causer des changements dans l'étendue ; il est possible à une nature dont l'essence ne tombe point dans le temps,

(l) Fé/ielon , Traité de V existence de Dieu, 2'" « partie , s 03.

de causer des changements dans le temps. Nous ne trouverons ainsi aucune rigueur dans cette conséquence : « Nécessairement donc la conditioa » suprême de la série des changements existait » dans le temps^ lorsque cette série n'avait pas » encore commencé. » La cause productrice de la série n*est pas soumise aux mêmes lois que les changements qui ont en elle leur origine, La conditîo 1 suprême des existences contingentes est, par sa nature absolue, indivisible et éternelle Le temps, que Platon le premier a appelé limage mobile de l'éternité (1), ne contient pas cette cause nécessaire; elie est quand lêlre qui commence n*est pas encore ; mais elle ne déchoit pas de son éternité pour agir, et ne perd pas sa plénitude pour manifester sa puissance. — « Par con- » séquent Vaction de la cause nécessaire des *) changements , et avec l'action , la cause elle- » même, est dans le temps, et appartient ainsi à i) Tordre des phénomènes (car le temps ne peut >') être que dans les phénomènes et comme leur » forme). » L'action de la cause suprême n'est pas nécessairement dans le temps ; l'acte n'est pas soumis aux mêmes conditions que les phénomèaes dont il est la source. C'est ainsi que l'effort n'est pas dans l'espace, et produit cependant des phénomènes dont l'espace est la condition essentielle.

(1) Timée ^ traduct, de M Cousin, p, 130.

8S Nous savons bien qu'il y a de grandes difficultés à faire commencer les effets de la puissance divine ; mais ces difficultés viennent de la considération même de celte nature parfaite; ce ne sont poiut les caractères et les lois du monde qui les font naître : en un mot, elle» sont théologiques et non point cosmologiques. Quelle qu en soit la solution (1), il restera toujours établi, que Tacte de la puissance divine n'est pas un terme de la série des pliénomënes ; et quand même on prouverait, ce qu'on ne fera jamais^ que Texercice immédiat de cette puissance est dans le temps, on ne serait nullement fondé à ajouter que la cause elle-même est dans le temps comme son acte. L'être ne suit pas la condition de ses manifestations ; ce qui est vrai d'un feit, n'ist pas immédiaiement vrai du principe de ce fait. Il faudrait donc prouver par une démonstration particulière que Texistcnce nécessaire est successive, répandue dans le temps; et nous avons indiqué pour quels motifs cette démonstration est impossible. — U est inutile de discuter les propositions suivantes qui ne sont données que comme des corollaires de ce principe sans valeur : Têire absolu est dans le temps. Nous devons faire remarquer cependant, que si l'on

(1) Tout ce qtie l'on pourrait conclure de ces difficultés, c est que le monde n'a pas commencé , et non pas que la cause suprême du monde est dans le temps et n'a qu'une existence successive.

• S9 pousse rempirisme jusqu a dire : « La cause su- » préme est un phénomène; » on énonce une proposition contradictoire^ dont voici le sens propre : « L'être absolu est contingent. » Quelle loi de llntelligençe peut autoriser une telle conclusion? aucune, manitestement. L'argumentation n'invoque ici que cette maxime de Tidéalisme transcendental : Le temps ne convient qu'aux phénomènes dont il est la forme. Mais la raison dogmatique repousse un tel dogme; si elle acceptait ridéalisme transcendental, elle abdiquerait aussitôt sa propre autorité, et ne tenterait pas de résoudre des questions qui échapperaient évidemment à sa compétence.

En résumé, la thèse se compose de deux parties: 1*. Il existe un être nécessaire; 2'. Cet être nécessaire n'est pas distinct du monde. A l'appui de la première partie, Kant reproduit cet argument :' Toute existence relative suppose l'existence d'une cause absolue sans laquelle elle ne pourrait être ; Or, nous voyons dans le monde des phénomènes dont l'existence est manifestement relative; Donc il existe un premier principe absolu. La majeure est incontestable ; elle dérive immédiatement du premier axiome de Tesprit : Rien n'est sans une raison suffisante. La mineure est aussi parfaitement certaine : Ce qui commence à être n'a pas en soi une raison suffisante; l'existence du phénomène est conditionnelle. Il n'y a donc rien déplus

légitime que la conclusion, et cette première partie de la thèse est une d^s plus solides vérités dont l'esprit humain soit en possession.

Pour démontrer que l'être nécessaire n'est pas distinct du monde , on fait ce raisonnement : Toute cause productrice d'une existence qui commence, est dans le temps qui précède cette existence; Or, l'être absolu est la cause productrice des phénomènes du monde, qui ont un premier terme ; Donc, l'être absolu est dans le temps, et, par conséquent, dans l'ordre des phénomènes. La majeure n'est ni évidente ni prouvée. Une cause productrice peut être lorsqu'un certain temps s'écoule, sans être dans le temps; une existence n'est dans le temps que si elle a des parties successives; et il n'est nullement démontré qu'une nature, dont Texislence n'est point successive, ne peut produire certaines existences, ou certains phénomènes dans le temps. En conséquence, on peut admettre la mineure, sans que la conclusion suit légitime. Mais est-il nécessaire déjuger que la série des phénomènes du monde a un commencement, si elle procède de la cause absolue ? Nullement. L'œuvre de la puissance suprême peut remplir la durée indéfinie : ce qui est certain, du moins, c'est qu'aucun argument cosmologique ne prouvera le contraire. Nous ne sommes donc point forcés d'admettre la mineure, telle qu'elle est exprimée, et la conclusion est doublement infirmée.

Discussion de t antithèse.

i< Supposez que le monde lui-même, ou unepar-* « tie du monde, ait une existe.nce nécessaire. » La raison dogmatique n'a jamais supposé qu'une parlie du monde fût nécessaire; et si certaines écoles ont attribué au monde une existence absolue, c'est qu'elles voyaient en lui autre chose qu'une série de phénomènes. Ce n'est pas attaquer la raison dogmatique, mais, en effet, la servir, que de réfuter deux hypothèses qui se combattent elles-mêmes» L'argumentation à l'appui de cette première partie de l'antithèse sera donc facilement rigoureuse, ftl la métaphysique est intéressée à ce qu'elle ait le plus de force poi^sible. — « Alors, ou , dans la » série des changements , se trouve un premier » terme absolument nécessaire , qui, par consé- » quent est sans cause : ce qui est en contradic- » tîonavec les lois dynamiques delà détermination » de tous les phénomènes dans le temps ;.... ^ En termes plus simples, un phénomène n'est point sans condition. Dès que l'on parle d'un terme homogène aux autres termes de la même série, il est manifestement impossible de reconnaître , entre cette partie et les parties suivantes du même tout, une différence telle que l'une ait l'existence par elle-même, et les autres par dérivation : ce qui est véritablement la plus grande différence que Ton

f>2 puisse concevoir entre deux natures. D*un autre côté» si fonne faisait pas de la cause absolue un phénomène, on ne pourrait plus dire que son existence est en contradiction avec la loi de causalité ou le principe de la raison suffisante , puisque le propre de Tétrc nécessaire est d'avoir en soi sa raison suffisante. «- « Ou la série n'a point de pre* » mier terme, et quoique chacune de ses parties » soit fortuite et attachée à des conditions, elle est, » dans sa totalité, simplement nécessaire et indén pendante de toute condition. » C'est bien là le langage qu'il faut tenir, si Ion soutient que le inonde existe par lui-même, «t qu'il n'est rien de plus que l'ensemble des phénomènes; mais qui a jamais songé à réunir dans une même doctrine ces deux propositions erronées ? C'est battre l'air que de réfuter une telle hypothèse. — « Cette con- M séquence se contredit elle-même, puisque l'exf- H stence d'un tout ne peut être nécessaire, quand n aucune pai*tie de ce tout ne comprend en soi n l'existence nécessaire. » La démonstration est concluante; car, il est parfaitement vrai que, si un tout est nécessaire, les parties qui le composent ne peuvent avoirune existence conditionnelle. L'existence du tout n'est que la somme de l'existence des parties, et il est impossible que la somme ait d'autre caractère essentiel que celui des éléments dans lesquels elle se résout. On doit tenir pour évident que Texistence absolue ne convient ni à

un phénomène^ ni à Tensemble des phénomènes ; et certes, il n'est pas à craindre que Ton surprenne jamais, en ce pc»nt , la raison dogmatique en contradiction avec elle- même.

ce Supposez, au contraire, que le monde ait pour » cause une nature absolument nécessaire existant }} hors de lui, » C'est là plus qu'une hypothèse; c'est le fondement même de toute la théodicée ; et s'il est renversé, le monde n'a plus d'^expli cation possible, et la religion perd son autorité. — «Alors, » cette nature absolue, comme terme suprême » dans b série des causes qui déterminent tous >) les changements du monde, produit les termes » suivants, et commence véritablement la série. » La conséquence est faussement exprimée, et nous ne pouvons l'accepter sous cette forme. La cause absolue est assimilée aux autres causes, avec cette seule différence qu'elle est première et donne naissance a la série ; mais dès-lors que l'on con* çoit une nature absolue comme condition des phénonténes, on reconnaît qu'elle diffère essentiellement des effets qu'elle produit, et qu'elle ne peut, sans cesser d'être elle-même, prendre place dans leur ordre. Le premier terme d'une série est homogène anx autres termes : entre la cause absolue et les causes secondaires, nulle homc^énéité , puisqu'il ne peut y avoir de plus grande différence . entre deux natures, que celle qui distingue l'être absolu Je l'être dérivé. En fait, si la raison s'élève

à la conception de TtHre nécessaire, c'est qu'elle a reconnu qu'une cause conditionnelle et de Tordre des phénomènes ne peut rien expliquer définitivement I c'est qu'il lui parait évident qu'il faut sortir de la série des existences contingentes^ pour trouver le principe de ces existences. Comment donc pourrait-elle admettre que la cause absolue est un terme de la série des phénomènes, et un principe analogue à ceux dont l'expérience nous manifeste la réalité? Elle repousse toute proposition qui assimile Têtre nécessaire à ses effets passagers et successifs, et déclare que, de la vérité qui est attaquée en ce moment, il ne résulte en aucune façon : « que la nature nécessaire soit un » terme dans la série des causes. » Si le monde a un commencement, ce qui n'est pas démontré, la première réalité et le premier événement du monde sont produits par l'être nécessaire; mais il ne s'ensuit pas que cet être devienne par là le premier terme du monde. C'est ainsi que, lorsque la puissance de Thomme détermine un certain nombre de mouvements successifs dans une machine, on ne peut pas en conclure que cette puissance soit le premier terme de la série des mouvements. Plus l'on se rend compte de la causalité de l'être absolu, plus les propositions, que l'on regarde ici comme évidentes, paraissent contraires à la vériié. — « Or , il est , en conséquence , nécessaire » qu'elle-même commence à agir, que soa action

» soit dans le temps, et, par celte raison même, » dans Tordre des phénomènes, c'est-à-dire dans » le monde. » Si le monde a un commencement, l'action de la puissance divine commence-t-elle ainsique son effet? Cela paraît vraisemblable, mais non pas immédiatement certain. On pourrait, selon des principes métaphysiques très dignes de considération, résister à la conséquence (1). Mais quelque soit le résultat de cette controverse difficile, l'argument que nous discutons n'en aura pas plus de valeur; car rien n'empêche d'admettre que le monde n'ait point de commencement, et qu'il soit cependant produit par une cause absolue; une durée indéfinie peut convenir sans difficulté à l'œuvre d'une puissance éternelle. Il n'est donc pas prouvé que l'action de la cause nécessaire soit dans le temps; et nous avons déjà remarqué qu'alors même qu'elle serait dans le temps, il n'en ré-

(1) Voici le raisouneioent que l'on pourrait faire et qui ne manque pas d'une certaine force : Si Dieu est doué du pouvoir créateur, il n'agit pas à la façon des hommes ; sa volonté seule suffit pour que l'existence commence hors de lui, et prenne place, là où était le néant. Or, si la volonté de Dieu suffit sans autre cause pour la production de l'être , il n'est pas nécessaire que cette volonté soit enchaînée à une condition de temps , c'est-à-dire que l'être existe au moment où Dieu se résout à le créer. Dieu peut vouloir de toute éternité créer un être dans le temps, et cette volonté suffit , sans acte nouveau de la puissance divine, pour qu'une certaine existence, objet de ce commandement éternel, commence à être, à un moment particulier de la durée indéfinie.

sulterait pas qii^elte est uii pnr phénomène, et bien moins encore , que l*ê(re dont elle est la manifestation suit en tout sa condition , et tombe avec elle dans le temps et dans le monde phénoménal. — (c Donc 9 celte nature absolue, en tant » que cause, ne se trouve pas hors du monde, ce » qui est en contradiction avec l'hypothèse. » Ce qui nous frappe surtout dans cette conclusion, dont nous avons montré à l'avance tout le vice, c'est qu'en prétendant dévoiler une contradiction dans la principale vérité de la métaphysique , elle implique elle-même une contradiction flagrante. Qu'afBrme-t-elle? que la cause absolue est dans le monde» c'est-à-diie, que l'être nécessaire est un phénomène. Mais l'existence nécessaire étant par elle-même ne cesse pas d'être; donc voilà un phénomène qui dure toujours : mais le caractère essentiel des phénomènes est de se succéder dans le temps ; donc on affirme à la fois d'une même existence , et qu'elle est remplacée par une autre dans le temps , et qu'elle dure toujours , ce qui impU-^ que la plus palpable de toutes les contradiction^. Et ce n'est pas seulement le premner phénomène, en sa qualité de cause nécessaire, qui durera toujours, mais tous les phénomènes sans exception auront cette durée ^ns fin, que Tempirisme appelle faussement ^éternité. Nous te prouvons en vertu même des princijpes reconnus et invoqués

par la doctrine qui soutient les aniithéses (1). La cause nécessaire subsistant toujours , produit tou. jours son effet ; donc^ le second terme de la série ne cesse jamais d*étre. Mais ce terme, effet du premier, devient lui-même cause du troisième; comme il dure toujours , son effet est toujours produit, c'est-à-dire existe toujours; et, par la même raison , tous les phénomènes suivants ont une existence sans fin.Donc,il n'y a plus de phénomènes ; on les détruit, en les expliquant. Il est impossible, en vertu des lois de la logique , de conclure que la cause absolue fait partie du monde. Elle existe éternellement hors du monde ; c'est là une vérité contre laquelle les objections seront toujours impuissantes.

En résumé, on prouve très bien que l'être absolu n'est ni un phénomène , ni l'ensemble des phénomènes , parce qu'on ne peut attribuer l'existence nécessaire à un terme d'une série dont tous les autres membres sont contingents, et parce qu'un composé, dont toutes les parties sont conditionnelles, n'a manifestement point l'être sans condition et par sa vertu propre. Mais Vanlithèse affirme

(1) lu assertionîbus antitheseos perfectam convenientiani modi cogitandi plenamque senteutîas unitatem anîinadvertimus, nempe principîum empirîsmî purî , non solum în enodatîone vîsorum in mundo , verum etiam în solutîoue idearum iranscendentalium, de îpsa reniin universitatcv AnUîiàm» ration' pitrœ, sect. III, de invitam. ration.

aussi que 1 elre absolu n'existe pas hors du monde^ et pour élablir cette dernière proposition^ on reproduit l'argument employé déjà pour la seconde partie de la thèse : La cause productrice <l'une sérk d'événements qui commence, commence elle-même à agir; Or, l'être absolu est la cause productrice des événements du monde , qui ont un premier terme; Donc l'être absolu, en tant que cause, se trouve dans le temps et fait partie des phénomènes. Nous avons montré/dans la discussionde la thèse^ toute la faiblesse de cet argument, qui n'a pas reçu, sous sa seconde forme , une valeur nouvelle. Il n'est pas certain que les événements du monde aient un commencement; il est faux que l'êtreabsc^M fasse partie de la série des causes ; il n'y a entre lui et les termes de cette série aucune homogénéité; tout ce qui est dans le temps n'est pas pour cette raison dans l'ordre des phénomènes. Enfin, il n'est pas un seul mot de cet argument qui ne donne lieu à une objection solide , et c'est peut-être le moins démonstratif de tous ceux que nous avons rencontrés dans les antinomies.

Delà discussionde cette dernière antinomie, il résulte que la thèse est vraie, si on la restreint à la première proposition : 11 existe une nature absolument nécessaire ; que l'antithèse est vraie également, si on la réduit à ces termes : L'êtrenécessaire n'est ni un phénomène, ni l'ensemble des

1)0 phénoméiies. Mais comme on ne démontre point que l'être nécessaire ne peut exister hors du monde , il n'y a aucune opposition entre les propositions établies ici par la raison dogmatique', et Kantithès» vient à l'appui de la thèse , loin de la contredire.

En définitive , sur la première question : Le monde est-il fini, ou indéfini ? il n'y a pas d'antinomie : ni la thèse ni l'antithèse ne sont démontrées.

Sur la deuxième question : La substance composée a-t-elle, ou n'a-t-elle pas pour éléments des parties simples ? il n'y a pas d'antinomie : la raisoii ne démontre que cette partie de l'antithèse : Une substance à laquelle l'étendue est essentielle n'jai point de parties simples.

Sur la troisième question : Existe 4-il, ou nog^ des causes libres dans le monde? il n'y a pas d'antinomie : ni la thèse ni l'antithèse ne soat démontrées par le raisonnement , et par conséquent la raison ne contredit pas en ce point Texpérience.

Sur la quatrième question : Existe-t-il, ou noi^, uqe première cause absolument nécessaire? il n'y a pas d'antinomie : la raison n'établit qu'une p^r* tie de la thèse : Il existe uu principe absolu, et une partie de l'antithèse : L'être absolu n'est ni u#i phénomène^ ni l'ensemble des phénomènes. Mais la seconde proposition loin de contiWire la première, en est le complément logique.

Ainsi doue, nulle part la raison nVst en eontradietion avee elle-même^ et les prétendues antinomies de la dialectique transcendentale ne peuvent infirmer la légitimité objective de notre faculté de connaitre.

Kant tire de ses antinomies nn nouvel argument contre la raison dogmatique; nous pensons que l'on pourrait^ au contraire, après un examen sérieux^ tirer des antinomies un nouvel argument contre la philosophie critique. 11 est au moins facile démontrer que les antinomies ont leur racine dans le système de l'idéalisme transcendentaU Kant prétend que l'idéalisme transcendental donne la clef de ces contradictions ratîonnelles(l); cette assertion est exacte^ mais dans un sens tout opposé à celui qu'y attache l'auteur. L'idéalisme kantien donne la clef des antinomies , parce que les contradictions apparentes de la raison dérivent des principales maximes du système critique, et que c'est en vertu de ces maximes que Ton démontre successivement les thèses opposées.

On peut réduire à trois points fondamentaux toute la doctrine développée dans la Critique de

(1) j4ntin, ration, purœ, sect. VI ; idealismus transcendeniàUSf ulpote clavis dialeclices cosmologicas aperiendçe.

laRaîsou pure. 1«. Le temps et Tespace ne sont rien de jplus que les formes de noire sensibilité et les conditions internes de nos représentations empiriques(l). 2«. Les catc^gories de l'entendement sont éÊs formes intellectuelles^ qui s'appliquent aux représentations, pour leur imprimer le caractère de l'unité; l'unité intellectuelle, constitue entre les représentations un lien nécessaire; sans ce lien nécessaire, les sensations demeurent purement sub« jectives, et il n'y a pas d'expérience (2). 3^. L'idée principale de la raison, ou la conception de l'absolu, n'a de valeur que dans son rapport aux opé« rations de l'entendement ; de même que les lois de l'entendement n'ont de valeur que dansieur ap«plication aux représentations empiriques, matière de l'expérience. L'idée de l'absolu sert au développement de rintelligenee, ouvre à l'esprit une perspective sans fin ; elle n*a plus de sens, lors-

(1) JSsleth. transcendent» — Extra omnem dubîtationîs aleam positum.;. spatiuin et tempus , tamquam leges necegsarias oninis (lum extern» , tum internap) experientiae, sîngulares modo et subjectîvas in iiobis leges esse omnium omnino nostrarum visionum. § B, 1.

(2) Logica tpaiiscendentalis. — Omnes visiones sensîtîvee categoriis subsunt , tamquam legibus , quibus solîs illarum varietas în una potest conscientia coUigi. *- Univers» catégorise nihil qnidquam aliud sunt, niai functiones judicandi , quatenus varietas vi^^ionis datae rattone illarum determinata est. Deduct* transcenda concept* $ 20. ^^

qu'on ne la rapporte pas au monde expérimental, ^r Tintermédiaire de l'entendement (1).

A ces Diînts fondamentaux se rattachent tk grand nombre de conséquences facilenient déduites, et particulièrement, les diverses propos)^ tions qui servent à démontrer presque tojates les thèses contradictoires des antinomies.Cest ce que nous allons essayer de mettre brièvement en lu<mière.

Première antinomie* Pour prouver que le monde est fini, on invoque les principes suivants :

Une série infinie ne peut jamais être accomplie;

Pour connaître la grandeur d'un tout qui n'est pas renfermé dans les limites d'une certaine expérience, il faut une synthèse successive ;

Ce dont nous ne pouvons nous former la notion

(1) Dialectia transcendent, — Ratio in facultate versaiur unitatis legum intellîgentiae principîis subject». Itaque ea numquam proxime spectat experientiam, aut rem oblatam qu'ampialnf ^ sed iatelligentiam , cujus variis cogsitfôaibus unitatem imperUt ex anticipatlone per conceptuA, Institut. II, de Ratione in unis^ersum. — Quod si autem ab bac idea «d flolum usum adstrieta empiricum recedamus, tum ratio . -ariis madis in errotem îndudtur, pn^erea quod illa tum /crritorîum experientiae , quod tamen notas viae illius in se ontinere débet, reUnquit, ultraque illud ad incomprebensa Htque baud pervestiganda audet transire,cujus de sublimitate^ necesse est , ut vertigine corrîpiatur, quoniam e statîone istius ab omn! cura experientia consentienie usu prorsus sese vîdet exclusam. De fine ultimo dialectices natural, ratio, human.

conformément à une expérience possible^ n'existe pas.

Ces trois principes se rattachent à l'idéalisme transcendenta). i^. Ce qui doo^ne le plus de force au premier, et ce qui en pera|fet l'application dan& cette antinomie, c'est la comusion d'un tout indéfini avec l'infini, confusiou inévitable dans la doctrine kantienne. L'absolu, pour Kanf, est la totalité des conditions , telle que l'implique la forme logique du raisonnement (1), Or, l'idée du Yéritable infini ne diffère pas de la conception de l'absolu ; donc l'infini réside dans la totalité des conditions. Mais on ne peut attacher de sens à une telle idée qu'en la rapportant à l'expérience ; l'infini est donc la totalité des conditions ou des éléments de connaissance proposés dans l'expérience, en d'autres termes, il est un tout indéfini, d'où il résulte que Ton attribue à l'indéfini ce qui n'appartient qu'à Tinfini, eptre autres cette propriété de n'avoir absaument aucune limite , tandis que l'indéfini peut être limité d'un côté. — 2^. «Pour connaître la grandeur d'im tout qui n'est » pas renfermé dans les limites d'une certaine ex-

(1) Conceptus rationis transcendentalis iiuUus est , nisi conceptus totalitatis condidonum ad datum quiddam , quod înde pendeat. Cum îgitur aJko/M<((^at-solo , ut esse queat condilionum totalitas, omuino conceptus purus rationis polerit çonceptu absolutî , quatenus îs ralionem synlbeseos contînet ejus^ quod peàj^et. deiinirî. De ideis transcendent.

» përience; il faut une synthèse successive.» Selon la doctrine de Kant^ rintelligence ne connaît rien directement par elle-même , elle ne contient en elle que des formes vidcs^ et toutes ses opérations ne peuvent que multiplier ces formes indéfiniment, sans nous faire rencontrer la moindre réalité, tant que la sensibilité empirique ne présente pas une matière à notre activité intellectuelle (1). Les catégories et les lois de l'entendement n'ayant de valeur que dans leur rapport à Texpérience, il faut, pour se former une véritable notion qui prenne rang parmi les connaissances, que Tesprit ait devant lui des représentations empiriques correspondapt à cette notion, et la légitimant. Par conséquent, pour connaître une certaine grandeur, il Êiut, ou la voir effectivement, ou se la re« présenter du moins par une image, que Y imagina' tive construit peu à peu, et qui est l'œuvre d'une synthèse successive (^. 3^. «Ce dont nous ne pou-

(1) Universi conceptus, et universa décréta, quamtamvîs ex antlclpatîone siot , tamen ad visîones .empiricas, ad data experientiae possibilis referuntur. Quod si seciis ait, nullus ils valor objectivus e|j^, potiusque in solo illî luso versabuotur. Am^ljrt, décret, c. III ; de fundamento diyisioms omnium rerum in phœnom. et noumena,

(2) Hînc çogilur, ut categA*!» , scbematibus destitutae, in iolis quidem functionibus intelligeutiae versentur, neque tamen ullam rem objectam repraesentare vîdeantur. — lUud schéma quidem per se semper eflectum phanti^ae erit. Hanc reprsesentationem actionîs pbantasiœ, imaginem conceptui

» vons nous former la notion conformément à y» une expérience possible^ n'existe pas. » Cette proposition^ étrange partout ailleurs, est très naturelle dans le système critique. Puisque l'entendement détaché de la sensibilité, n'a rien en lui qui corresponde à la réalité, il parait légitime de conclure que rien n'existe, si ce n'est ce qui peut devenir l'objet de l'expérience, ce que Ton nomme proprement phénomène. Mais, le phénomène n'a pas une existence indépendante de l'es* prît (1) ; car, pour qu'il y ait expérience, il faut qu'une catégorie de l'intelligence se joigne aux représentations empiriques, et les unisse par un rapport nécessaire. Or, unir des représentations par un tel rapport, c'est ce que l'on appelle concevoir, se former une notion vraie. Donc, pour qu'un phénomène existe, il faut que nous puissions le concevoir. Mais, dans le inonde, il n'existe que des phénomèmes ; donc ce que nous ne pou« vons concevoir n'a point de réalité (2).

ministrandi , schéma bujiis conceptus nominabo. AnaljrU décret, cl, de Schematismo conceptuum purorum intellL^ genticB,

(1) Sed illud Ipsum spatlttin,uiia cum tempore hocce,et simul, cum utroque, visa universa, tamen in se ipsa ia nullis rébus versantur, sed in meris repraesentatîonibus , neque ullo pacto possunt extra animum nostrum exstare. Idealism. transe, utpote clavis^ etc.

(S) Talium noumenorum possibilKas non potesl perspicî, et ambltus exttra sphoram Tisorum vacuus est*** in quo quidquam nequeat positivi pool. Analyt, décret, c. III.

Pour prouver que le monde est infini, on emplme ces trois principes qui sont proposés comme des axiomes :

Une chose n'a point de raison suffisante quand elle n'est pas nécessairement déterminée sous tous les rapports à la fois ;

L'espace vide est un pur néant.

La relation de Tètre au néant est entièrement chimérique.

Ces propositions ne se rattachent point à Tidéalisme transcendental , qui ne fournit des motifs qu'à la thèse.

Deuxième antinomie. Pour prouver que la substance composée a pour éléments des parties simples, on suppose accordé : que toute composition entre les substances est fortuite, et qu'en conséquence, un composé, dans lequel on ne peut supprimer toute composition, n'a point d'éléments substantiels. Le principe ne dérive pas particuliément de l'idéalisme transcendental, qui dans cette seconde antinomie, n'établit, selon ses maximes, que l'antithèse.

Pour prouver qu'il n'existe absolument rien de simple au monde, Kant s'appuie sur ces divers priticipes ;

On ne peut conclure de la simplicité apparente à la simplicité réelle d'une représentation ;

L'expérience ne nous donne jamais occasion d'appliqeur notre idée d'une nature parfaitement simple;

Le momie a*est rien de plus, que Teosenible lie tous les phënoaiéae&.

Nous recoimais^oos là au preogoei^ coiq» d*o^ b doctrine cridque» 1 "^ • La représwtatk»! ei8{)irkp^ est une modification pass^^e de la sensibilité» modification déterminée par un objet qui no^ demeure eotièrement inconou, et à laquelle s'ap-» plique la formue de notre fs^culté de sentir* |1 y a*donc mai;^festement^ (kns la représentation ç^ vision^ des caractères qui ne se trouvent pas dans l'objet insaisissable auquel elle correspond; d'où l'on conclut» qu'aucune représentation interne n est adéquate à son ol^et (1 )• Il ne faut donc pas coi;i^ sulter la nature àei choses pour savoir si nou^^ avons des perceptions simples^ Et si Ton examine d'un côté la nature de notre sensibilité» qui a Vi^^ défini (le temps et l'espace) pour forme» et de l'autre la portée de notre cpnsciei^cei, qui est renfer-, mée dans des limites Bo^nifeates, U devient évid^ni que la simplicité apparente d'une perception n'es^l pas une preuve de sa simplicité réelle. C'est \h^ comme nous le voyons, une conséquence q^ç fourr nit légitimement la théorie de la perception dans le système kantien. 2"". a L'expérience ne nous

(1) Pbaenomena posîta duntaxat sutit in repraesentationibiis rerum; quae talia, qualîa per se sint, ignota sunt. DeducU transe. Qoncep. puror. §. 26. —Cf. Prolegom. ad Melaphjs. S 13, anîmadv. 11.

» donne jamais occasion d'appliquer notre idée M d*une nature parfaitement simple. » Nous ne pouvons jamais conclure que sous certains phénomènes, variables et multiples , existe une nature simple, dérobée aux sens, mais accessible à l'en* tendement. Une telle nature serait en dehors de toute expérience possible, et n'aurait d'autres ca« ractéresque ceux d'un noumène ; mais Texbtence d'un noumène est essentiellement problématique et ne devient jamais Tobjet d'une conaissance certaine (1). Il serait, d'ailleurs impossible d'appliquer aucune forme de la pensée, aucune idée, à un objet purement intelligible, puisque les catégories et les idées n'ont de sens que dans leur rapport aux phénomènes. Donc, s'il n'y a pas de phénomène simple, notre conception d'une nature parfaitement simple est sans application possible. 3^. ce Le » monde n'est rien de plus que l'ensemble des phé- » nomènes. » Nous avons déjà expliqué comment, dans le système de l'idéalisme transcendental, rien n'existe certainement, que ce dont la réalité nous est manifestée par l'expérience. Le critérium de la vérité est dans l'accord des représentations

(1) Conceptus ob{ectarum reram purarum mereque intelligîbilium prorsus vacuus ab omnibus decretis usus earum, si quîdem nulla excogitari ratio potest , qua possint dari ; et cogitatîo problematica, <pia tamen iis locus palet , tantum, \eluti spatium vacaum, ad circumscribenda décréta enipirica facit. Anàlxt. décret, c. III.

empiriques avec les formes de lenlendement ; et de cet accord résulte la connaissance des phénomènes. La connaissance des phénomènes est donc la seule certaine, puisqu'elle porte seule la marque de la vérité (1). D'où il faut conclure, que nous ne connaissons que les phénomènes, que seuls ils sont réels, et que leur ensemble forme et remplit le monde.

Troisième aniimonie. — La démonstration de la liberté repose sur ce principe :

Une série indéfinie n'est pas une condition pleinement déterminée.

Nous avons remarqué en outre dans celte démonstration : que la cause déterminante y est considérée seule à l'exclusion de la cause productrice; que l'idée de la liberté sur laquelle porte l'argument est celle d'une spontanéité pure et par conséquent aveugle.

Ce sont là divers corollaires de l'idéalisme criti«* que. — 1^. Une série indéfinie n'est pas pleinement déterminée , parce que jamais l'esprit n'en peut achever la synthèse successive, et en accomplir l'idée. En vertu des principes que nous avons déjà

(1) Intelligentîa et facultas sentîcndi in nobis tantammodo conjunctae possunt res objectas determlnare. Quas sî separaveris, vîsîones habebls conceptlbus prîvatas, yel conceptus visionîbus denudatos, in ulraque causa autem repraesentationes, quas nequeas ad ullam rem objectam deiinitam referre; Antiyi. décret. ^ c. III|

développés, les choses réelles n'ont d'autres carao téres que ceux dont l'esprit se forme ou peut se former la conception. Donc , si Ton suppose une ^ie de conditions réelles (et il faut la supposer pour expliquer les phénomènes) , cette série n'est pas complète si die est indéfinie. — 2^. H uppartient à Tidéalisme critique comme a Tempirisme de considérer dans Tordre des causes ie fait qui détermine, à l'exclusion du principe produit. Le principe producteur , la véritable cause efficiente est une force vive , et à ce titre elle n'apparaît pas directement dans l'expélîence (i), elle n'est pas un phénomène. Mais, ^lon la doctrine kantienne, nous ne connaissons que d^ phénomènes, et il n'y a pour nous d'autres réalités que celles qui se manifestent dans l'expérience. Donc les (muses déterminante sont les seules dont il faille tenir eompte.^ — 3**. Enfin, il est naturel de regarder la liberté comme une spontanéité aveugle , quand on déclare que deux perceptions ne peuvent être unies que par un rapport nécessaire (2). Conformément à ua tel

(1) Si ce n'est cependant dans l'expérience intime, dont ridéalisme kantien nous propose pne théorie très vicieuse, et qu'il assimile de tous points, sauf une différence de condition formelle, à l'expérience externe,

(% Tfeque eo tamen hoc dîco , has repraesentationes in visione empirica necessario ad se invicem pertinere , sed ope unitatis necessariœ apperceptionis in sjnthesi visiooum invicem ad se pertinere, Deduct. transe* concept, pur, § 19.

principe^ toute câuse déierimBante est nëce&si*ttnte ; uoe action n'a pas àe motif .^ ou elle est la conséquence inévitable du motif. Si l'on eo&çok la liberté , c'est donc à condition de ne metti^e entre les actes libres et les faits qui les préeèdeirt absolument aucun rapport. D'rà il résulte que ht liberté est aveugle et qu'elle n'a point de lob.

Pour prouver qu'il n'existe point de cause libre^ Kant invoque les principes suivants :

Un acte libre est sans aucun rapport avec les faits qui le précèdent;

Tous les faits sont enchaînés les uns auK autres et se déterminent nécessairement;

Point d'expérience sans un lien nécessaire entre les diverses perceptions ;

Il y a un fil conducteur qui conduit sûrement Tesprit parmi les événements du mondct et qui ne peut jamais être rompu*

Toutes ces propositions se rattachent à l'idéalisme transcendental. — 1°. La première est rigoureusement vraie dans la théorie de la liberté transcendentale^ et cette théorie se déduit très logiquement d'une des principales lois de la doctrine critique : Entre les perceptions point de lien^ ou un rapport nécessaire. — 2«. « Tous les faits sont en- » chaînés les uns aux autres et se déterminent » nécessairement. » C'est ce que Kant appelle la loi de 1 enchaînement des causes. Si nous concevons que de deux faits^l'un soit la cause de l'autre.

nous devons le concevoir nécessairement; la no^ tion de cause, étant une catégorie de l'entende— ment, s'impose à l'expérience avec le caractère de nécessité (1). Mais nous ne pouvons connaître aucun événement réel sans le lier 2i d'autres événements , comme le prouve la loi suivante : — 3®. (c Point d'expérience sans un lien nécessaire » entre les diverses perceptions. » C'est la loi que Kant appelle le décret suprême des Analogies de l'expérience (2). L'expérience est. une emmais* sance objective, et^ à bien voir les choses, la seule connaissance objective qui nous puisse être donnée. Or, pour que nos représentations empiriques deviennent les éléments d'une connaissance ob^c* tive, il faut que Tentendement en fasse la synthèse, et leur imprime Tunité de la forme ; mais cette unité) l'intelligence ne l'introduit dans les sensations qu'en les soumettant à une' catégorie; et comme le caractère de nécessité est inhérent à toute catégorie, il faut conclure que la condition

(1) Concçptus necessitatcm comprchendens unîtatis syDtlie* ticae, esse duntaxat potest punis conceplus iolclligentiae , non situs m perceptionc , alque ille hic conceplus est relatioms causœ et effectif quorum prior posterius, tamquam conse* quens^ non ut aiiquid, quod in sola phantasia perceptum esse possît| définit. System, omn. décret. Analog. secunda.

(2) Summum eaiiim decretum hoc est : experienlia esse potest sola repraesentatione conjunclionis neccssariae perceptionum. System, omiu décret. Sect. III, 3.

de rexpërience est la représentation dun lien nécessaire entre les perceptions (1). — 4°. « Il y a » un fil conducteur qui conduit sûrement Tesprit » parmi les événements du monde, et qui ne peut i) jamais être rompu, n C'est un corollaire de la pix)po$ition précédente. Les événements du monde sont les objets de Texpérience ; mais pour qu'ils fassent partie de rexpérience, il faut qu'ils soient enchaînés les uns aux autres (2). Une chaîne de rapports nécessaires les unit tous, et cette chaîne ne peut être rompue; car, au point où el!e serait rompue, Texpérience cesserait, et,sans expérience^ plus de phénomène ni de réalité. ^

lÀ quatrième antinomie a cela de particulier, que le même argument est employé pour soute-

(1) Cum autem experieotia in cognilione objectarum reram e% perceptîonibas cernatur, proinde relatio în exîstentîa TariorUm, non utî in tenipore componuotur, sed uli objective id tenipore snnt, in ea repraesentari debeat, tempus ipsum autem percîpî baud possit, sequitur, nt detennînatîo exîstentlae rerttm objectarum in tempore sola earum conjunctionc in tempore generatim , proinde non nisi conceptibus ex anticipatione conjungentibus , effici posse vîdeatur. Quae cum Nfmpier necessitatem in se contîneant » relinquitur, ut expierientia sola esse per repraescntationem possit necessariae con^ junctîonis perceptionum, Sjrstem. omn, décret, Analog, êxper,

(2) Repraesentationes, quatenns in bac relatione (spatio et tempdre) secunduni leges unitatis experientîœ conjnnctae sun^ ac determînabiles, res objectas vocantnr. jintinom. ration^ pur. Sect. VI. .

air la thèse et l'amithés (1), et que des deux côtés t>ii^ esi^saie de démontrer que la caase absolue doit ise trouver datft l'ordre des phénomènes. Si ta cause absolue ^est dans le monde , manifestemeift la raison prouve aTec la tnôme force,et qtf il exkte; et qu'il n'existe pas de principe nëcossatre.

fbur toMn* t|ue la caitse absofhte est dans fe monde, Kai tire de l'idésdisme transcendental ces deux propositions :

La cause ei»t dans le temps qui précède loft effet ;

de qui est dans te temps exbte comme phéno* mène.

1^, domme la ittison ne connaît rien p«r dllemême,c'estpa^ïei8ecoursderexpérience^e noti arrivons à concevoir qu'il existe une nature abso- 4He»Nousdéckroii^u'inie telle Jialui^e:id8le9 parce «qu'il^ut un premier terme à la «érie des eaoses dans le monde sensible. €e premier terme connu par Tintermédiaire de l'expérience ^ «st comme l'aïuiacm suprême auquel TinteUigeiice est ^omr

(1) ^Kanlt en fait lui-même 'k remarque dans un schdtie, mais sa remarque ne pmte pas précisément sur la partie de» deux arguments que nous signalons ici, et oùfie^tnmve %e véritable motif de l'antinomie. — - Yerum in bac antînomia ^irum quiddam contranrîans apparet, scllicetex eodem argu- ^mento, unde în tbesi existentia naturse primae elicidbàtur, iii antithesi, eam non esse conciudebatur, idque «adem ïdbtilî* ta te. SchoL ad anlin. quartam.

doîie, en rettionlanl par une synthèse successive la d)am€ <les évéaeittwils et des causes. A ce titre, ie premier terme est analogue aux autres, et n'en diffi^ que par «oetle propriété Inexplicable de ne pas avoir âe terme supérieur. Or , puisque clia^ emie4es causes sseconéaîres est dans une des par* *ties ^successives du temps, la première cause qid est à la iéte de ia série se trouve, elle aussi, dans une f)artie du temps, et précède les divers événetn^its qu'elle produit. — « 2°. Ce qui est dans le » temps existe comn>e phénomène (1 ). » Les phénomènes «e|ils «ont dans le temps , |)uisque le temps eat une forme de notre sensibilité, et une <)ondffion interne des perceptions. Hors des repré- ^senCions sensibles, le temps n'est plus rien qu'une ferme ^ide; c'est pourquoi il ne convient objectivemefift qu'aux pihénomenes, qui sont, en dernièi^'e analyse, nos représentations rendues objectives par la synthèse intellectuelle et Tapplication d'une catégorie.

(1) Tempori lantum objectiva ratio competit ratione yiso- Tum seu phaenomeDorum ; si qiiidem Laec in rébus posita sunt <]uas tamquani sensibus subjectas agnoscinms : sed ea ratio objectiva non amplius illi competît, simul atque cogitationem a facultate sensitiva visionum nostrarum avocaveris. Non pos- SQiDus pronunciare : res omnes in tempore suiit. Quod si pronuniîaveris ita : omnes res quatenus in visis sufit ( sive res visioni sensîtivse oblaix) in tempore sunt ; tum decretum istud sane erit objective verum atque ex anliciptitione «niversalc. Mithet. transe. § 6.

En résumé, c est en vertu de principes empruntés à l'idéalisme trtanscendental^ que sont démon* trées: la thèse de la première antinomie^ Fanlithèse de la seconde, les deux propositions conlradictoires de la troisième , et enfin^ dans la quatrième, cette partie de la thèse, qui est retournée contre elle par l'antithèse, et qui donne lieu à la contradiction apparente de la raison sur Vexistence de l'être nécessaire.Il n'y a donc aucune antinomie sans l'idéalisme transcendental, et la raison n'est en contradiction avec elle-même qu'en suivant les principes de la philosophie critique.

Kant a dit plusieurs fois que les arguments produits à l'appui des thèses opposées ne peuvent être réfutés, si Ton ne recourt à l'idéalisme transcendental (1);.on trouve, au contraire, que pour les mettre au dessus de la réfutation, il faut avoir recours à cet idéalisme.

Que devaient prouver les antinomies ? que la raison dogmatique se contredit elle-même. Gom-

(1) Inde enim pcrspicimus superîora argumenta quatuor illarum antînomiarum non praestigias esse , sed vera , nempe si ppsueris) visa seu mundum sensibiiem, qui illa omnîu in se cohibet, res per se ipsas esse, jéntinom. ration, pur, sect.

. VII. Decisio critica pugnœ cosmologicœ raiionis secum ipsius. Cf. sect. IX^ § 3. ~* Quodque argumentum ad pro-

, bandum et thesin et antilhesin a me allatùm poUîceor defendere ac tueri, eoque certitudinem antinomiœ ratîoni inevitabilis evincere. Prolcg, ad metaph. § 52$ b.

ment le prouvent^c^lles? par un cercle yicieux, en imposant à la raison dogmatique les principes de la philosophie critique. Or, de deux choses l'une jou ces principes sont admis, et la raison renonce à tout dogmatisme; ou, si elle essaie d'établir un système dogmatique, elle n admet pas ces principes. La contradiction serait d'admettre l'idëar lisme transcendental et d'en rejeter les conséquences nécessaires; mais ce n'est pas à la raison qu'il faut imputer une telle faute de logique, elle ne la commettra jamais.

L'idéalisme transcendental résout facilement les contradictions qu'il impose à la raison dogmatique. Le secret de cette solution est très simple, c'est de rentrer dans la logique et d'accepter les, conséquences de la philosophie criiique, après en avoir admis les principes. — a Nous ne connais-: sons que des phénomènes; les phénomènes ne sont que nos représentations sensibles unies aux formes nécessaires de l'entendement; rien n'existe pour nous en dehors de l'expérience , et l'expérience est entièrement relative à notre constitua tion intellectuelle.»— Voilà les diffiérents princi^ pes qui donnent la clef des antinomies, c'est-àdire, pour être dans le vrai,qui les détruisent après les avoir élevéeSi Nou5 ne pouvons nous proposer

de (HsciHer les diverses solutions qcM l'idéalisme kantien donne aox anlinomies ; ee sérail mettre en question toute la Critique de la Raison pore, et nous ne nous sommés proposé dans ce traroil qme ^ réfuter l'un des ai^uments employés danâ ee grand outrage contre la légitinûté dDJectiiFe de noire faculté de connaître. Mats nous èertm^, en terminaM^ iiidk]fner ces sol»tîoM, et monifier OMibieif peu ettes satisfont Tesf^t.

Les antinomies ont pour fondement hé idées cosmologiques^ et ces idées supposeixt que la totalité des conditions est donnée , dés qu'un seul phénomène dépendant d'autres phénomènes^ est proposé dans Texpérience; en d'autres termes, quand l'esprit se forme de tdles idées, et qu'il leur d(mne une valeur objective, il regarde comme certain que le monde sensible existe réellement et indépendamment de nos représentations empiriques. C'est cette supposition que Kant combat d'abord. Voici, selon lui, sur quel raisoonemenl l'esprit se fonde pour conccToir comme raistmt réellement la totalité absolue des conditions cbnf te monde sensible : a Étant donné ce qui dépend » de certaines conditions, toute la série des eon-< » ditions est donnée; Or, les objets de l'expéricmee » sont donnés comme dépendant de certaines » conditions ; Donc la série des conditions aux-- » quelles les phénomènes se rattachent, est don*

» née daujisa totalité (1). » Selon les principes de l'idéalisme transcendental^ ce raisonnement est un sophisme. La maj^eure parle des choses en elles-mêmes, indépendantes de l'esprit, telles jque la raison dogmatique croijt les coonaitre ; et il est très vfai que chacune d'elles syuppose Texistence actuelle de toutes les autres, quand elles forment une série dont les différents termes ont entr'eux des rapports pécessaires. La minem*e parle des objets de rexpérîejQçe, mais les objets de Texpérience n^ont pas que existence indépendante de Tesprît^j ils sont relatifs à notre constitution intellectuelle, et la majeure ne leur est pas applicable. Les phé* nomènes n'étant que nos représentations empiriques considérées sous un certain point de vue, il est faux de dire que toutes leurs conditions soient données en même temps qu^eux. LMntelligence atteint ce^ conditions par une synthèse successive dont Texpérience est toujours la condition. Et comme cette synthèse successive ne sera achevée en aucun temps^ non seulement on ne peut pas dire que toute la série des conditions est actuellement donnée, mais la vérité est qu'elle ne le sera jamais. L'idée de l'absolu gouverne l'intelligence; elle l'excite à remonter sans cesse dans la série dçç conditions dont ^^ terme est 4pxkxï^ ; mais

■ (1) Antin. ration, pur. »ect. VIL Decisîo cràtca pugnte cosmologicœ rationh secitm ipsius.

elle ne correspond à aucan objet réel (1). La majeure propose le moyeu terme dans un sens^ la mineure dans un autre ; donc le raisonnement est un sophisme.

La totalité des conditions n*est donc qu^une pure idée à laquelle ne correspond actuellement aucun objet ; par conséquent, on ne peut raison-» nablement demander quels sont les caractères d*un objet qui n'existe pas. C'est cependant là, selon Kanty la question générale, qui donne naissance aux antinomies. Il n*y a donc rien d'extraordi-» naire à ce que, raisonnant sur un objet impossible^ Tesprit humain se contredise.

Montrer que les contradictions de la raison ne portent que sur une idée vaine et non pas sur un objet réel, c'est résoudre les antinomies d*une ma« niére générale. Cette solution implique, comme nous Tavons vu, que nous ne connaissons rieu de réel, que toute existence est relative au sujet pensant; qu'une chose n'est, que lorsqu'elle devient l'objet d'une expérience, et dans le temps seulement où l'expérience s'accomplit; qu'en de«

(1) Decreto cosmologico rationis pune , in ejus sic coostttutn sîgnificatione suus adhuc valor roanebit , non quidem oua axiomati totalitatem în re objecta ut yeram cogitandi ; sed qua problemati in gratiam intelligentîae, proinde subjecti| ut y ideae integritall convf nîenter, régressas in série conditk* num ad datum qiiîddam aliunde pendens instîtuatar et contl* i.iielur. Antin. ration, pur<B, sect. Vllî, princip, régulât.

hors de nos représentation actuelles ou possibles^ il n'y a plus rien que le néant^ ou un terme inin^ teUigible que Kant appelle quelquefois Tinconnue (tx) des métaphysiciens. Sans parler de la répugnance de l'esprit humain pour une (elle doctrine, ne nous condamne- t-elle pas^ et théoriquement, et pratiquement, à une contradiction perpétuelle?

Voici maintenant les solutions particulières à chacune des antinomies.

Première antmom{e(\). «La thèse et l'antithèse sont également vaines, parceque le monde n'existe pas au sens où elles l'entendent. La totalité des phénomènes n'est point actuellement donnée; si elle Tétait, les phénomènes auraient une existence propre. Mais ils n'existent que relativement à nous. Ainsi donc, le monde qui n'est rien de plus que l'ensemble des phénomènes, ne doit pas être considéré comme un tout réel et subsistant in* dépendamment de nos représentations et de nos formes intellectuelles. Demander s'il est fini ou infini, c'est faire une question qui n'a pas de sens. €e qui est certain, c'est que nous pouvons aller sans fin d'un phénomène à un autre, et dans le temps et dans l'espace, et que leur synthèse ne sera jamais achevée. Mais de là, il neserait pas légitime

(1) Jfnlinom, ration, purue. Sect. 1X> L Solutio idearum co8molo|;îcarum de totalîtate compositionis phasnomenorum in unîvcrso.

V22 de cQttdiiFec^ le monde est ia&ni; cac la syn* thèse esl suecessive et ne su(^»ose pas ua tout denarf^ à TavaMe^ £a ud mot, le o^tnde u*^ pokit 4'exi$(efice pédk et iadépendaate t il u eat ^ fm^ Buda il B'eat paa mfiiû ; ca^ ce qui ne^ i^ieu ÇA MHnâsie B'a paa de caractère propre. >)

S'il n'j aidait ^pe ce moyen de résoudre Tantipoi^îe, ce seraitji il faut lawuer» un remède (léroîque. La raison semble démontrer tour-à-tour que lemimde eat fini, et qu'il est indéfini; on la metd'acoord atœ elle-même» en déclarant que le monde n'eaisie pas» Mais un tel principe ne peut se soutenir dans la doctrine de Kaut : on montrerait facilement qu il n'y a pas de milieu entre le dogme de la raison commune sur Texislence du mande, et le système de Fichte. Ou nos représentations sont provoquées par un objet réel dont r^Listence ne dépend pas de notre entendement^ oii le moi s'oppose par une vertu merveilleuse un objet apparent, qui n est encore que lui-même sous un autre point de vue. Dans le premier cas«^ l'ensemble des causes réellement existantes, auxquelles doivent se rapporter nos sensations, constitue ce que l'on nomme le monde, et la solution critique de la première antinomie est inadmissible. Dans le second cas, il faut admettre la Doctrine dé la Science de Ficbte, et les principaux fondements de ^idéalisme transcem^tal sont rain^. A moins de recourir au nihilisme absolu, il faut opter entre

eesdeux part». O&ne pentiWse, en màmm^ÙÊfim, s'en tenir aux termes de la sélmtàmk kuUttsat»

Deuxième antinomie (1)* « La thèse et Tantithése sont é^len^nt Taûtes^ parce que le jphéno mène composé ^'est pas wi tout comme eUea retendent* S'il élak un tout^ au seaa de Taolinam^^il aurait une existence propre^ maisiln*est qpe relati¥emenl à nous. Sans doute» en dlvisanl le phénomjèae, nous rencontrons toi^ours dea parties nouvelles^ et cette division peut être poursuivie îus(|u'à rindni; mais^ on n'est pas> pour cette raison» fondé à dire que lea paries du composé existent en nombre infini.Elfesn existent que fersqu'elles apparaissent dans rexpérie^vce^ ou. que rintelligence, aidée de Xinuig^nati^^e^ lea atteint par le progrès d'une synthèse suceesâjve; en elles-ipéme3^ elles n'existent pas. Dans un composé^ les parties qui ne sont pas visiblesi ne sont pas données, comme est donné le composé lui-méme| elles ne servent pas de fondement à la synthèse successive qui les découvre^ les rend actueUes> et par là réelles, mais ne les suppose pas. Le phéoor mène composé (le seul composé que nous connais-% siong)» n'a donc ni éléments simples^ ni parties en nombre infini; il n'est que dans l'expérience, et

(1) Ibid. SoluiM» ick» cosinologicaii de tsUlits dUvisiooî^ totius cujusdam dati in viio.

aticune réolUë ne précède 1 expérience, et ne se trouve en dehors d'elle. »

Cette seconde solution a le même caractère que la précédente; elle supprime l'objet sur lequel une contradiction rationnelle {Mirait s'être élevée. Raisonner sur un tout indépendant de nos perceptions^c'esty suivant ridéalismecritique, raisonner sur le néant. Sans entrer dans le fond de la discussion, nous dirons encore ici que le système kantien nepeut, tel qu'il est, soutenir cette solution, et qu'il faut admettre, ou qu'il existe des objets réels et composés hors de nous, ou que l'activité du moi suffit pour expliquer tous les faits de conscience, et donner à la connaissance humaine la matière aussi bien que la focme. Le moi existe seul, ou la matière existe en opposition avec le moi; il n'y a pas d'intermédiaire. Ainsi présentée, la question est simplifiée; et pour échapper aux conclusions de la philosophie critique, la raison dogmatique n'a qu'une chose à démontrer, à savoir que le moi n'existe pas seul.

Troisième antinomie. La solution des deux derhières antinomies est toute différente de la solution des deux premières (1). En ce qui touche celles-ci, Kant soutient que la thèse et l'antithèse

(1) Ibid. Scholion finale ad solutionem idearum mathemattce transcendenkaHum , et praernonitum ad solutîonem idearum dynamice iranscendentalium.

son légalement fausses de touie nccessik^ Relali* vement aux deux autres^ il affirma que la thèse et Tantithése peuvent être ëgakment vraies. Ce qui ' explique cette diOerencCi le voici : Dans les deux premières aptinomies, il n'est question que d*une série dont les termes sont tous liom<^ènes; ici, les divers éléments d'un composé; là, les parties sem^ blables du monde sensible/ considéré uniquement dans son rapport au temps et à l'espace. Mais à l'idée cosmologique des deux dernières a n tinomies, correspond une série dont les termes ne sont pas nécessairement homogènes : on peut concevoir la cause libre hors des phénomènes^ et dans d'autres conditions; on peut concevoir la nature absolue hors des réalités sensibles, et dans d'autres conditions. Comme il y a deux ordres distincts, celui des phénomènes qui est réel et connu, celui des nou" mènes qui est problématique et inconnu , la thèse peut être vraie si l'on quitte Tordre des phénomènes, l'antilhèse est vraie si l'on s y maintient, a La liberté existe-t-elle (1)? A ne considérer que l'expérience, elle n'existe pas; car tous les phénomènes sont enchaînés par des rapports nécessaires. Entrez dans le monde intelligible, elle peut-exîster, car les lois des phénomènes ne gouvernent pas les objets qui se trouvent en dehors

{\) Ibid. Sfilutio idearum cosroologicarum de iotalitate derivaiionis evcntorum mundanorùm e «ausis.

YiM4tM le «HMiée^ées^^smses libres, pourm fnè m» ^fttiMS I^M*és f»e tiwiUeet pas le comrs^U §mwt . GMei iqfi{Mnrtîei^rofft ttlws à deus wdrei 4Wt«leiif)ea lâiieft «éMEk^nte; efUes sepoiït 1i la f<w f l Mo»mtmt%^nmim è ne Sj Mnsîfates et tnteflîgiUes. CbmoM M^wnèiwft, 4e«r actton aéra pnremeot #pefl(ta«ée;<jMMiie pfahi o mèa esy (etirs effets seront âA^Memioésiaécessafirefâefvt par lesér^énementsaii^ éério w rs (1). thi «éme fait se rapportera, et aux 4ot6 4e ia natfn-e, c<t « la «pontanéhë d'une cause libr^ 41 aura 4ans l'expëtnence ime exjAicaCioû "eomplète ^ «éce^satre, ^ tme origine transcen- 4enrtfif)e hors -de 4'expérience. Ainee cette distinction, la i3Qfiitra^etionéispara>h. ^)

f 1 isembie ^qcre 4a iMAcrtion ^»rse une part Hgée iKnc deux «embres de l'airtinomle , «en Ylëdaranit -qu'ils peiiveirtiÉftrc'égtflementvraia} tnais, en rëa- "Blé y ^He élève l'un beaucoup an dessus de Tau-

(1) lAilque hocce safajectum agens, secuDâum choracterem MlteHiglbilem , jraltis !tMDpe#fo. ooBdttionllNisfliibesset.......

effBctîo illius quatenus^est iotelUotuallë , oieutiquam foret in •erie condîtioDum eœpirlcarum, eventum in mundo sensibili necessarium cfBcientiuDi. •— Proinde ex charactere einpirîco hoQoe 8iibjectain,iit visum, secundom unîversas determinaiioiJislefM C0lli^tiQiii'«au«Bffiiin .«ubditom foioty iitque kôc respectu non, oisi in parte mundi sensibilis versaretur, cujus effectu ita ^ uti quodvis aliud visum , ex natura necessarlo 3|uroniaiiafint* jPostiMiUis effets, -ex UbêfUttej in eùnciUat. cum lege umVffts. mtœmt.

ilii^rilrii n • iiH

4t'^ Sttloa Kamt^ il ait i^gmtràw^MSi^ #m^ ftt'it ^Êe^ e f mmdé tet^e les phén^Bèttes ottOMe adti^ii n'^^ dibre; seutooMiâ il «it fioswMe ^ue , dftM tm «en^itmfliiœii^alttl, il y ak^es^ouais^ %tw. Sttc(»pe te temEM 4e /^k^^^sî^ «tl^il icop ifNrt^ f i«nN|iie> ^uton il fiiit09aiftne^;t^^|iÉei nttêfdbfiie m>)«% i^0tiHBle ifa'4 lia omditMi dt fott^fiîr m fo^éseoilerà l^^nrit daao» «k^ €èrt«BBe«xfâ4eagi$

i'i»ipàmiiee fiCKis iiioniH« un» action Uks^e. Aum Êkjmâ, jen achevant ée dév^pper la «daHioii d^ I^Mrtio^BEiie 5 a441 faoia de «cms £ttrà c^nar qimr ^^il si'm proavéy m r^eadisteaoe ^ jai m^ne êa fiMtîiafKfé de ^ liberté (1). jji f)r^€iDd»e iMMBdIia«> tion des deux propositions opposées revient don» à >ee jagenefi^suT la thèse ^ ^ue lion raiibûi?dâiane ^entièremem à raatilhèse : » iioits ^e ^onnafisMEite ^6 'de «anse Wjpe; mcms me coocevons viéoie "psa la liberté; seulement, nous n affirmons point quelle soit tout à fait impossible, pourvu qu'elle laisse toute leur autorité au^ lois 4e la nattire^ ^ WOK é^éàBBi^Ê^ au «fionde leur icai^t^éa^ de nécessité. » Kant dit expressément que les eiffi^ts des caxises libres, s'il y a de telles causes^ doi-

(1) Sediprobe nataôdiim ^est, nos ea re notk ^ueritaUm 1^

bertalis, voluisse evincere Jam vero ne aniœufi quidem

^ttit^tp&êsiiilitatem tlibertalk probwuli ; mqm mm hoc suc^ oessîsset.

vçnl s'expliquer parfaitemeot en vertu des bis de là nature, et oomme si la lilierté n'existait pas (1). Est-ce là une solution que la raison puisse accepter? N'est-ce pas manifestanent résoudre une contradiction apparente par une c6q<tradiction réelle? Si Tacte d'une cause libre a toujours sa raison complètement déterminante dans les lois de la natui^e, il n'est plus Tacte d'une cause libre, quelque idée que l'on se Tonne de la liberté (2). Dire que la liberté est po^ihle , à la condition de ne troubler en rien le cimrs nalurel des événements, c'est dire que la liberté peut exister, à la condition de n'exister pas. Quelle différence y a-t-il entre la solution et l'antinomie?

Quatrième antinomie (3). « Elle se résout, dans ridéalisme transcendental , en vevixx de la distinction , déjà employée, enlre les phénomènes

(1) Etcnlm hoc modo suLieclum agens, est causa phaenomenon, cum natura, iudlssolubîH ratione omnium actionum suarum alîunde peudentium quasi concaienatum teueretur. Explanat. ideœ cosmol, libertalis.

(2) Kant en convient lui-même, dans la démonstration de Tantiihèse: « Ncque enlm dici potest, pro legibus naturœ , libertatis leges ad causalitatem accedere cursus cosmici, quoniam hsec , si ex legibus determînata esset, non in libertate versaretur, sed ipsa nihil quidquam aliud quam natura foret* jintith. iert.

(3) Solutio ideae cosmologicae de totalltate dépeadeutlae pbaenomenorumy quoad cxisleutiam in gcncrc.

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et les noumènes. Les deux thèses peuvent être légalement vraies , Tune ri'occupanl Tësprit que du monde sensible , Tailtre le conduisant dans te monde intelligible. Tous les phénomènes sont déterminés par d'aulres phëriomènes , ëi il est impossible de ne point rattaicher un événement accompli dans le temps^ à iln fait qui Tait précède dans le temps, IVtaia on peut supposer, eh dehors des conditions du temps! et de Texpérience, urife causé absolue , qui soit entièrement Iranscendentalê, et qui produise ses effets daiis le temps , à la condîtidn de ne pas déroger aux lois de Texpériehce; Sans doute llntelligehce ne peui rit'h saisir dans le monde intelligible ; nous n'y connaissons rien , et même nous n'y concevons rien ; mais nous né sommes ntiUement Fondés à nier la possibilité des noumènes. Le monde intelligible peut exister, pour ainsi dire, parallèlement au nionde sensible ; il n'y a rien de contradictoire à ce que le mohdfe sensible s'y rattache, mais, toujours, Saiif les lois de l'expérience, qui sont, de leur côté, des conditions certaines de Texistehce des phénomènes. »

Cette quatrième solution est celle que la raison accepterait le plus volontiers. La cause absolue étant éternelle , il n'est pas invraisemblable que le ioaoridé, son effet , remplisse tous les temps. Mais U ne faut pas dire que les deux propositions opposées peuvent être également vraies , car Tan*-

lithèse sera perpéluellement fausse, les phéno^ mènes se rapportant sans cesse à la cause absolue. Ajoutons que la thèse est, dans cette solution , comme dans la précédente , subordonnée 5 l'antithèse, c'est-à-dire, la proposition vraie à la proposition fausse. Kant déclare encore , au sujet de la cause absolue, qu'il- n'en a démontré ni l'existence, ni même la possibilité (1). Ainsi l'idéalisme critique accorde à peine à la thèse de ne pas être absolument fausse , tandis quMl conserve à l'antithèse toute sa force : est-ce là une conciliation ? et cette solution n'est-elle pas de nature à satisfaire l'empirisme le plus exagéré ? La raison du genre humain ne reconnaitra jamais que l'existence de l'être absolu soit purement problématique. La démonstration d'une telle existence est tellement évidente , qu'une doctrine ne peut la révoquer en doute sans se confondre elle-même. Il est de toute impossibilité qu'un système philosophique contienne une proposition plus solide et d'une vérité plus manifeste que celle-ci : Si quelque chose existe , l'être absolu existe.

Les solutions de l'idéalisme * transcendental seraient un triste refuge, si l'on ne pouvait échapper , que par elles^ aux contradictions que

(1 ) Non est animus existentiam absolute necessarîam naturae cujusdam evincere, neve vel possîbilîtatem modo conditionis cujaspîam inere întelligibilis visorum in mundo sensibili in illa coustitnere. Solutio antinom, quart.

Kant reproche à la raison dogmatique. Mais heureusement , elles nous offrent un secours inutile : c'est l'idéalisme transcendental lui-même qui ^ en s'imposant à la raison ^ la ruinant et la provoquant à la fois^ donne naissance à des antinomies qui s'évanouissent , dès que la raison est rendue à ses propres forces , à ses principes éternels , à sa logique inattaquable.

Vu et lu,

à Paris, en Sorbonne, le 27 juillet 1841, par le doyen de la Faculté des Lettres de Paris ,

J. Victor LE CLERC.

Permis d'imprimer^

L'inspecteur-général des études, chargé de l'administration de l'Académie de Paris,

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