‹ Discussion sur l'usureChapitre 2 sur 102 · ET DU SAINT OFFICE · texte numérisé non relu

ET DU SAINT OFFICE

J M, VJbbé Mastrofirii.

Monsieur,

« Je vous écris avec ma franchise ordinaire, et je « vous dis que l'invitation que vous m'avez faite de « vouloir bien lire votre nouvel ouvrage sur l'Usure, « a été pour moi aussi pénible qu'inattendue. Je me « trouvais dans l'ancienne opinion diamétralement op- « posée à la vôtre , et quoique je ne prétendisse pas « imposer à tout le monde ma manière de penser , il * m'était désagréable de me détacher d'un sentiment « suivi par la foule des théologiens.

« Je dois savoir gré à votre mérite et à la réputation « littéraire que vous avez obtenue par vos nombreux « et excellens ouvrages. C'est cette réputation qui m'a « gagné , et qui m'a fait accepter l'invitation de lire « votre écrit sur l'Usure. Je l'ai lu aussi promptement « que me l'ont permis mes occupations , et plus je m'a- « vançais dans la lecture , plus je me sentais en- « traîné à la continuer pour goûter la clarté avec laquelle « vous présentez une matière si obscure, et la force « des raisons par lesquelles vous prouvez votre thèse.

■ Votre écrit , où brille l'analyse la plus lumineuse ,

« considéré attetitiveinent , m établit dans une maoière n de penser toute nouvelle ; et quoique je ne déposasse « pas totalement mon ancienne opinion , je m'aper- « cevais qu'elle s'évanouissait peu à peu, et j'étais dis- « posé à lire avec une parfaite bienveillance l'exposé « de votre sentiment.

« En m'invitant à lire votre écrit , vous m'avez re- « commandé principalement de voir s'il n'y avait rien « d'erroné et de contraire aux do<^mes de notre foi. a Je puis vous dire aujourd'hui, avec la plus grande sa- « tisfaction , que je n'y ai rien su trouver d'erroné ; au « contraire, pour vous dire ce que je pense, il me « paraît que vous avez suivi une voie propre à ter- « miner enfin cette controverse épineuse.

« Votre Discussion sur l'Usure est renfermée dans « trois Livres, chacun desquels est, sur le même sujet, « comme un traité différent, suffisant par lui seul pour « faire triompher la cause que vous avez entrepris de « défendre. Dans le premier , il me semble que vous « démontrez évidemment que ni les saintes Écritures , « ni la tradition ne condamnent f usure discrète , mo- « dérée^ l'usure qui n^est ni oppressive ^ ni frauduleuse ^ « sauf toujours d'ailleurs les droits du pauvre.

« Dans le second Livre, vous réduisez la matière à « son vrai point de vue. Vous examinez la question « selon le droit naturel, vous la considérez en elle- « même, vous laissez tout-à-fait de côté les termes de « l'école , sur le sens desquels on a tant disputé sans « pouvoir jamais s'entendre. Je pense que le lecteur « attentif devra conclure que la question présente est « purement philosophique , et reconnaître que l'argent « a un usage permanent, un usage susceptible d'un « prix , comme l'usage d'un habit , d'une maison , d'un « cheval , etc. Ensuite , c'est une chose bien digne d'ob- « servation de voir comment, en vertu des principes

« que vous avez établis, vous faites disparaître de la

« question de l'Usure jusqu'à l'idée ôepret, idée qui était

« la source des disputes interminables sur cette matière.

« Après ce livre , tout autre paraîtrait superflu ; mais

« malgré cela , vous en ajoutez un troisième. Vous dis-

« cutez la question avec les termes de l'école , et vous

« faites voir quand et comment ils ont embrouillé

«t cette question. Vous faites connaître dans ce livre ce

« que sont en réalité tous ces titres qu'on a mendiés

« jusqu'ici de tous côtés pour exiger licitement un

« intérêt de l'argent. Le chapitre totalement théolo-

« gique , est celui où vous conciliez les décisions des

« souverains Pontifes qui ont parlé de l'Usure. Ensuite,

« on lit avec un plaisir nouveau la conclusion de l'ou-

« vrage qui correspond au mérite de tout ce qui

« précède. «

Rome, Aracœli, le 20 mai 1830.

Cdlre ine tl}amtt6 tuiTO ,

M. C. ET CONSULTETjR. DU SAINT OFFCCE ,

^ M. Marc MastrofinL

Monsieur ,

« La lecture que j'ai faite de vos trois livres manucrits « sur la matière épineuse de l'Usure , qui a toujours été « l'objet de tant de débats entre les théologiens , et « qui a tant occupé la grande ame de l'immortel Pontife « Benoît XIV, m'a confirmé dans la juste opinion que « jai toujours eue de la profondeur de votre génie, « profondeur que vous avez assez fait connaître dans « tant d'autres productions excellentes qui vous ont <* procuré les applaudissemens des hommes de lettres « et de tous les justes appréciateurs du vrai mérite.

<c La doctrine sur l'Usure, exposée dans votre ma- « nuscrit , non-seulement est très-saine , et n'est con- « traire ni à l'Ecriture, ni à la tradition , mais elle est

« tellement confirmée par la force des preuves et la jus- « tesse des raisonnemens , qu'elle m'a fait changer de « sentiment, et m'a déterminé sans réplique au parli de la « suivre dans toute son extension, par l'intime conviction « où je suis que vous avez vraiment atteint le but. »

•c Je prévois le grand avantage qui doit en résulter, « et celui spécialement de mettre en repos la conscience « de tant d'hommes qui jusqu'ici agissaient sur ce point « avec des doutes, ou même contre la voix manifeste « de leur conscience , plutôt que de se résoudre à céder « gratuitemeut aux riches et aux négocians l'usage de « leur argent. Car vous démontrez par des argumens « irréfragables que cet usage est réellement distingué <c de l'argent lui-même, qu'il est permanent, qu'il est « estimable à prix d'argent, que par conséquent on « peut le vendre et l'échanger licitement contre un in- « térêt modéré que l'on appelle usure , excepté les cas « d'une vraie nécessité ou d'une indigence réelle; cas, « dans lesquels seulement la loi divine et la loi natu- » relie obligent à secourir le pauvre et l'indigent, sans « aucun intérêt , et dans lesquels , comme vous l'en- « seignez sagement , il faut s'en tenir au simple prêt , « qui n'admet aucune rétribution , et duquel il faut en- « tendre que parlent les saintes écritures, les saints « Pères et les souverains Pontifes, et entre autres, le « grand Pape Benoît XIV, lorsqu'ils condamnent l'usure « qui provient du prêt , ou les usures exorbitantes. Cet «c ouvrage sera également utile aux confesseurs, qui « pourront dorénavant sans difficulté absoudre leurs « pénitens, conformément à votre doctrine et aux « justes limites dans lesquelles vous la renfermez.

« Continuez donc avec courage à procurer la gloire «^ de Dieu , l'utilité de l'Eglise , et le bonheur de la « société. Je suis , etc.

Rome, du couvent des douze Apôtres, 21 juin 1830.

£me IJvftttkr.

Sujet. — Division de l'ouvrage et examen de la doctrine de l'ancien et dii nouveau Testament concernant l'usure.

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