Aujourd'hui les titres du lucre cessant ou
(l)2,2,q. 78, art. 2. ad prim.
du dommage naissant ont pris tant d'extension qu'ils ne regardent plus le gain ou la perle qui existent réellement comme dans les cas ci-dessus, de l'huile, de la muraille, de la culture; mais ils regardent le gain ou la perte jusque dans la possibilité plus ou moins prochaine, ou dans la probabilité de la cessation de l'un et de la naissance de l'autre. Par exemple, j'ai dix mille pièces de monnaie, mais je n'ai pas l'occasion actuelle de les faire valoir. Cependant comme il peut se faire que, durant le prêt, si je l'accorde, il m'arrive des occasions très-favorables d'acheter des fonds contigus aux miens, d'établir avantageusement une fille, de m'associer à des entreprises lucratives, quoique ces occasions soient seulement possibles, aujourd'hui à cause de la facilité qu'il y a à les trouver, ou à cause de la probabilité, on les considère comme des titres, au moins extraordinaires d'un lucre cessant. Et comment s'opposer à ces prétentions, lorsqu'il y a un moyen très-facile d'employer son argent, et même de le négocier d'une manière très-lucrative en achetant des rentes sur l'état? Et quant au dommage, le prêt , disentils, tant qu'il dure, nous ôte la faculté ou le plaisir de disposer comme et quand nous voulons de l'argent qui n'est plus chez nous (1). Et cette privation est regardée comme une perte dans ce que nous avions , ou dans l'état oii nous étions
(1) S. Bernardin, t. 2, sermon. 41 , p. 278, dit : Receptor pecuniœ non solùm privât dominum pecunia, sed etiam totousu et fructu exercitandœ indastriœ in iilâ, s eu, per illam.
ivec nos capitaux, surtout que les belles occasions ie présentent, mais si on vient à les perdre, la >erte est irréparable. Et personne n'estime autant 'argent à venir que l'argent présent; tant il est nanifeste que ces titres du lucre cessant et du iommage naissant ne sont autre chose que la vaeur de l'usage de l'argent que nous avons entre es mains.
588. Et non-seulement ces deux titres , à les aien prendre, ne sont que l'usage et le prix de 'usage de l'argent, mais encore il sont trèspropres, ce me semble, à favoriser les usures oppressives et criminelles. Car dans les cas exposés ci-dessus, de la muraille, du grain semé, ie l'huile; je devrais, selon Paul de Castro, donner le trente pour cent à raison de ces titres; au lieu que le prix commun de l'usage n'admettrait que le
inq ou le six pour cent. Ainsi ces titres tant recommandés pour éviter l'usure , s'ils en écartent le nom, souvent ils en aggravent l'effet: semblables à ces ïemèdes dont on doute beaucoup s'ils ont fait plus de bien que de mal.
589. Faisons donc disparaître tous ces fantômes: mettons de côté les noms de prêt et d'usure avec lesquels on a tant obscurci cette discussion ; reconnaissons que les titres du lucre cessant et du dommage naissant , ne sont autre chose que le calcul du prix de l'usage de l'argent; et par conséquent que si ces titres sont justes, le prix de l'usage de l'argent est également juste. Mais on a proclamé la justice de ces titres ; que l'on reconnaisse donc , puisque la saine logique l'exige , que
l'on reconnaisse donc que le prix de l'usage de l'argent est juste aussi : et l'on ne dira pas qui nous approuvons et que nous réprouvons Iji même chose selon que nous changeons l'exprès sion, et souvent nous nous procurerons du secouni dans nos besoins à meilleur marché qu'avec litres.