LES DEUX FRANGES
M. Paul Seippel, professeur à l'École polytechnique fédérale de Zurich, vient de publier une étude mi-partie d'histoire et mi-partie de « psychologie-des-peuples •, sur la France. RI. Seippel a conçu le grand dessein d'expliquer, en ses origineseten son développement, la mentalité fran«
je, l'étal permanent d'esprit <l<\s divers partis intellectuels qui Be partagent et qui divisent notre pays.
Pour lui, etc'esl sa première vu»» générale, il y a deux Frances: la France 1 1 I la France noire,
la France de la Révolution <'t la France de l'ancien
m.', la France du Contrai social et la France du Syllabus, la France romaine h la France du
ind-Orient, la France Bournisien et la France Homais.
178 DISCUSSIONS POLTTTQUES
Cest en tête de son livre, pour en marquer tout d'abord la couleur générale, ou à la fin de son livre pour le résumer, que M. Seippel aurait dû placer cette agréable demi-page : « Ils étaient là, en face Vun de Vautre, le ventre en avant, la figure bouffie, Vair renfrogné, après tant de désaccord, se rencontrant enfin dans la même faiblesse humaine, et ils ne bougeaient pas plus que le cadavre à côté d'eux qui avait Vair de dormir. » — « Je ne sais pas pourquoi cette scène grotesque et tragique me revient souvent à la pensée et prend à mes yeux la portée d'un symbole. La femme qui est étendue là, ce n'est plus Mme Bovary morte, c'est la France malade. Fût-elle plus malade encore, fût-elle à l'agonie, Homais et Bournisien, hypnotisés par leur idée fixe, n'en continueraient pas moins à son chevet la querelle sans fin... »
Il y a donc deux Frances. Seulement elles se ressemblent tellement, elles ont toutes les deux tellement le même état d'esprit que c'est la même, recto et verso, pile et face, camée et intaille, et qu'en définitive il n'y en a quune.
Voilà la thèse complète de M. Seippel.
Il pourrait formuler sa pensée, par articles, de la manière suivante :
I. Il y a deux Frances. C'est ce qui empêche « l'unité morale ».