VI. Et l'unité morale en France est absolue
I !t ce sont ces propositions paradoxales en apparence que le livre de M. Seippel démontre ass congrùment.
n livre est la mise en lumière du mot que je répète depuis vingt ans sans me lass.-r (le le trouver excellent, ridicule dont je prie qu'on m'excuse : i Le libéralisme n'est pas fran<
M. Seippel nie reproche amicalement d'avoir
ajoute une lois : « De l'ait, je n'ai jamais rencontré
un Français qui fût libéral •, el je lui accorderai qu'ici la boutade commence. Mettons qu'il fallait
dire : « .le n'ai jamais rencontré un Français que je i ir <pii lût libéi .il, pas môme moi.
Mais enfin que le libéralisme ne -«ut pas franhose qui i -i certaine pour
M. Seippel (pie pour uioi-men
Il considère la nation française comme ayant été pétrie et moulée tout entière par Rome ; et il ne veut pas dire par la Rome pontificale précisément. Il veut dire que l'Empire romain — qu'il appelle tout à fait à tort « le Ras-Empire » ; car c'est bien de l'Empire des Césars et des Antonins qu'il parle le plus souvent — que l'Empire romain, donc, a donné son esprit d'une part à la Gaule, d'autre part à l'Église chrétienne ; puis, que l'Église romaine, successeur des Césars et gardant leur esprit, a continué d'inspirer et de modeler la France à travers tout le moyen âge et au delà ; et enfin que toute la France a désormais la mentalité romaine, attribuable aussi bien aux Césars des premiers siècles qu'aux légistes de la monarchie française ; qu'aux docteurs catholiques romains, etc.
Et cette mentalité romaine, c'est la passion de l'unité morale intellectuelle et matérielle : une foi, une loi, un roi ; c'est la passion delà réglementation minutieuse ; c'est la passion de la centralisation ; c'est l'horreur du sens propre, c'est l'horreur de la croyance individuelle, de la pensée individuelle, et de l'action individuelle, c'est l'horreur de la liberté ; c'est, pour parler encore plus précisément, l'horreur de la personne humaine. Être une personne est une hérésie religieuse ou une hérésie sociale. Être quelqu'un
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est un crime. Je ne suis pas fâché d'avoir trouvé cette dernière formule-là; elle est la vraie.
I IrM Seippel trouvetous cestraits aussi biendanla « France noire » que dans la « France rou^e ». Pour ce qui est de la France noire, — à la condition de ne tenir compte ni de beaucoup d'hi siarques français, ni des jansénistes, ni des gallicans, ni des catholiques libéraux, depuis le vénérable Grégoire jusqu'à Lamennais et Montalembert, — il prouve assez facilement, avec saint Thomas d'Aquin (encore il faudrait voir1, avec les jésuites, issuet, avec Bonald, avec de Maistre, avec Pie IX et le Syllabus, que la France noire est autoritaire, et je n'ai | oin de dire qu'il s'en donne eur joie.
-on droit, et je ne lui ferai là-dessus aucun reproche.
I i réserve même que j'ai faite est un nomma a la vérité et un désir de rappeler toujours au lecteur la vérité complète ; mais je reconnais qu'après tous les catholiques «le t sens propre », que j'ai rappelés, ont été tous vaincus et que, par consent, ils n'ont jamais été la majorité. Or dans un livre de én< i : ités, de généralités pi ma: ralit( encore, on a le droit, a peu
icher au plan général et de ne tenir compte des lents de terrain.
Pour ce qui est delà «France rouge», il faut le confesser, M. Seippel s'en donne à cœur joie tout autant, ou de peu il s'en faut.
Atout seigneur, tout honneur : il attaque vigoureusement l'odieux Calvin et ne le ménage point du tout. Il ne procède point comme ce protestant, notre contemporain, qui, trois siècles et demi après Calvin, vient nous dire que les torts ont été bien partagés entre Calvin et Servet et qui pleure sur ce pauvre Calvin si méchamment forcé par Servet de mettre Servet à mort.
Non, M. Seippel, sans aller jusqu'aux rudesses de Calvin lui-même, qui traitait familièrement de « ces canailles » les théologiens qui n'étaient pas tout à fait de son avis sur la présence réelle, condamne sans réserve le Robespierre de Genève et ne lui montre aucune amitié.
Mais il fait remarquer que Calvin, s'il vous plaît, est un Français et que, tout compte fait, Calvin, c'est la France apportant à Genève la mentalité française, c'est-à-dire la mentalité romaine. Voilà le coup droit, et il n'y a pas à dire : on ne peut pas contester à M. Seippel que Calvin ne fût Français et même Picard et qu'il ne s'appelât Cauvin.
A ce propos, M. Seippel caractérise très bien, à mon avis, la Réforme ; non pas la réforme de Calvin, qui n'est qu'un catholicisme devenu
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enragé, mais la Piétonne de Luther, qui a tini par s'infiltrer dans tout le protestantisme et par donner son caractère intime, sauf nuances, au protestantisme tout entier : « La I;»'; Cor me tend à constituer l'individualité morale ; elle n'affranchit l'homme de la loi extérieure formulée par l'autorité que pour le soumettre à une loi intérieure, plus absolue (?), dictée par la conscience. Elle lui fait accepter librement une loi austère.., » [Ce qui suit est plus contestable.]
Voilà qui est bien, mais pourquoi — je le sais très bien le pourquoi : c'est parce que l'antitl et le contraste symétrique s'imposent aux hommes de lettres et leur donnent la plupart de leurs idées — pourquoi M. Seippel oppose-t-il la Renaissance à la Réforme comme L'anarchie à la loi, comme l'individualisme effrénée la règle individuelle, il est vrai, mais austère et rigoureuse, etc. ? i La Renaissance est essentiellement anarchique. Elle fait sortir l'individu du troupeau ; elle le dn debout dans sa force égoïste, développant librement toutes ses facultés, donnant coursa tous instincts, assen faibles à son bon plai-
En un mot, la Ren usa me sentiellement et
éminemment nietzschéenne. Je sais bien >nt
les idées de Burckhardt , >nt les idé
M. Philippe Monnier ; dans le Quattrocento ; ce sont (un peu) les idées de M. Ferdinand Brunetière ; et, je le reconnais, ce sont des idées qui s'appliquent assez bien à la Renaissance italienne. Mais elles sont bien contestables pour ce qui est delà Renaissance en France, et c'est de la France qu'il s'agit.
La Renaissance française n'a nullement été anarchique. D'abord la Renaissance en général et la Renaissance en soi n'est pas aussi anarchique qu'on veut souvent le croire ; car, enfin, elle est un retour de l'antiquité à toute l'antiquité ; or l'antiquité n'est pas anarchique tout entière ; elle Test infiniment peu ; et il y a toutes sortes de choses dans l'antiquité : il y a de l'esprit autoritaire et même il y en a énormément ; il y a de l'esprit de liberté individuelle en faible dose, et il y a de l'esprit d'anarchie, un peu. Et donc, comme l'antiquité-ne fait pas bloc et comme il y cinq ou six antiquités, il y a eu cinq ou six renaissances très différentes, et la Renaissance ne fait pas bloc, et le mot« Renaissance », au point de vue des idées générales, a beaucoup de significations et par conséquent ne signifie rien.
A tout prendre et à serrer de près ce qu'on prend, la Renaissance n'a qu'un sens général; ce sens est celui-ci : « il y a autre chose que le Chris-