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tianisme ». Fort bien : d'où il suit que, par rapport au Christianisme, la Renaissance est anarchique, ce qui explique qu'elle peut paraître l'anarchie
ne aux yeux d'un chrétien très fervent : n pour être anarchique* relativement au Christianisme, ce n'est pas une raison pour que la Renaissance, en quelque pays qu'on examine son travail et son influence, ait été et soit anarchique. C tains « hommes de Renaissance » l'ont été, et voilà tout ce que l'on peut dire.
Et particulièrement en France la Renaiss n'aeu presque aucunement le caractère anarchique. Songez à ses plus illustres représentants : Ifarot, Rabelais, Ronsard et Montaigne. Us ne sont ; anarchiques le moins du monde Ne me rebâties oreilles avec le i ï i s.Il a dit cela ; seulement il a dit un cer-
tain nombre d'autres choses. La Renaissance française est, comme toutes les autn donnais la raison tout à l'heure, très diverse, ti multiforme, ne t'ait pas corps de doctrine; n elle est en générales essentiellement
conservatrice el assez nettement autoritaire.
Pourquoi? D'abord c'est an fait, et il me seml qu'il n'\ a qu'à lire. Ensuite il y a une raison : • que la Renaissance française est essentielle- .t latine et u est presque aucunement
ce que, à d'autres égards, j'ai pu regretter. Elle est, elle aussi, « à mentalité romaine » et, de ce fait, elle est, ce que j'ai toujours soutenu, dans la grande tradition française, dans la tradition française médiane, dans l'axe de la tradition française.
Loin donc de présenter la Renaissance, surtout quand on fait un livre sur la France, comme une interruption de la « mentalité romaine » ou une excursion en dehors de la mentalité romaine, il faudrait plutôt la faire rentrer dans la « mentalité romaine » et la donner comme un des signes et comme une des manifestations de cette mentalitélà.
Si j'avais fait le livre de M. Seippel, de quoi, du reste, je me reconnais incapable, j'aurais dit : « On retrouve encore cet esprit de Rome dans les plus libres esprits, d'ailleurs, de la Renaissance française, tant il est impossible aux Français qui se croient le plus émancipés et qui, du reste, le sont singulièrement, de n'être pas romains jusqu'aux moelles. »
Et cette critique que je fais d'une page de M. Seippel est dans le sens général de tout son livre, et je porte du bois à la forêt ; mais il faut rectifier les gens, même pour leur donner raison. Quand il en arrive au xvnr3 siècle français — et j'aurais voulu qu'il n'allât pas si vite et qu'il étu-
RAIfCES
diàt un pt*u les libertins du xvu Btte
Renaissance anarchique (celle-ci le fut) des « impies» de Kilo à 1640; et les indépendants et irréguliers de la seconde moitié du siècle; pour montrer ce qu'ils ont eu de vraiment antiautorie et antirégulier, ou pour montrer le contraire; mais enfin pour nous en donner on son impi sion ou son avis — lors, donc, que M. Seippel en arrive au xviil6 siècle, il a peu de peint' à mont] iprès tant d'autres, cl particulièrement après M. Ducroset sonétudesur l'Encyclopédie, dont il prolite, que les philosophes du xvnr siècle lurent les pins autoritaires et les pins « étatistes • des hommes et ju'ils ont « fondé une Église » et qu'ils vomirai' Jise « soutenue, imposée, prol contre
ir If bras séculier » et que « le parti philosophique forme une sorte de congrégation laïque qui lance l'excommunication majeure contre
11 remarque très finement, très justement aus pic m nous retrouvons chez eux la mômedéfom in il psychologique que chez Calvin »e1 que môme < ils sont repii- par la tradition ron aine pins complètement que Calvin ; car il n \ a pas ci
le princi] el la ten«
lam ne d'affranchissement de L'individua-
.iMac murai .
S'ils ont en main un principe d'affranchissement intellectuel, à savoir la méthode expérimentale, ils ne s'en servent pas « jusqu'au bout » et même s'en servent peu. « Ils restent plus qu'à demi scolastiques dans leur structure mentale », et si « la Raison a changé les axiomes reçus, elle a gardé sa dialectique a priori».
Ce qui revient à dire que si l'orientation a changé, la méthode est restée la même. Or la méthode, c'est la tournure d'esprit. On ne saurait mieux observer, ni mieux penser ; et cette page est une des meilleures de l'ouvrage.
Inutile de suivre M. Seippel dans son analyse de l'esprit religieux de Rousseau. On sait assez que Rousseau est précisément comme le lieu de jonction de l'esprit calviniste et de l'esprit jacobin. Rousseau, pour résumer M. Seippel, est la transition entre « le bûcher de Servet » et le « couperet de La guillotine », ou plutôt il est l'équation du couperet de la guillotine et du bûcher de Michel Servet. Ce Contrai social c'est ïauto-da-fe des Droits de l'homme.
M. Seippel montre ensuite assez bien la Révolution française, ancien régime poussé au pire, despotisme d'un parti qui n'est pas même la majorité, formée de deux idées seulement ; la souveraineté nationale et l'égalité ; repoussant d'une
Li t FRANC! ! v I
art tout ce qui est liberté individuelle, d'autre art tout ce qui est organisation de la liberté indi-
iduelle, c'est-à-dire toute association, disant (déjà aria voix de Mirabeau) qu'il faut maintenir l'unité lorale de la nation et à cause de cela repousser 3ute association, parce que « les sociétés particulères placées dans la société' générale rompent unité de s's principes et l'équilibre deses forces » ; i parfaitement persuadée, du reste, que pouvoir pirituel et pouvoir civil se confondent et doivent tre confondus et qu'elle est elle-même le pouvoir pirituel, qu'elle s'érige tout de suite en concile ; Isant : c Nous pourrions si nous voulions chai i religion » ; disant : « la religion appartenant à lus, il faut par cela seul que les ministres soient >lde de l'Étal » ; voulant enfin, comme plus ird Napoléon, que les prêtres soient des foncbnnaires du ministre «1rs cultes et des « officiers e morale et d'instruction » ; aussi persuadée en
Omme que le g< >u venieineii t doit penser et croire
nue tonte la nation qu'en pourrait être convaincu t qu'en étail convaincu un empereur de Constantoople.
On m'interrompra ou l'on interrompra M. Seipm'I • i il v a pourtant la Déclaration des Droite <l< * homme, qui est un acte, ou au moins un geste de :i Révolution française. »
Il est vrai ; mais il faut bien se convaincre : d'abord que la Révolution est loin de « faire bloc », comme Ta assuré M. Clemenceau, et qu'elle s'est assez souvent contredite ; ensuite que la Déclaration des Droits de V homme a été comme une distraction de la Révolution française qui, un jour, s'est amusée, inconsciemment du reste et sans aucune ironie, comme il arrive, à dire exactement tout le contraire de ce qu'elle pensait, d'où il suit que maintenant la Déclaration semble une ironie et une mystification et avoir été rédigée par Rivarol ; et enfin, ce qui avait déjà été dit, mais ce qu'il est utile de répéter, que la Déclaration des Droits de V homme est une matière à* importation.
C'est une chose d'invention anglo-saxonne. C'est la copie, à peine démarquée, de certaines Déclarations des États d'Amérique.
Les Constituants eux-mêmes ne l'ont pas dissimulé. L'évêque de Bordeaux parlait ainsi au sein de la grande Assemblée : « Cettenoble idée, cov dans un autre hémisphère, devait de préférence se transplanter chez nous. Nous avons concouru aux événements qui ont rendu à l'Amérique septentrionale sa liberté; ellenous montre sur quels principes nous devons appuyer la conservation de la nôtre ; et c'est le Nouveau Monde, où nous
LES DF.TX PRANGE9 101
rions autrefois apporté des fers, 7^? nous pprend aujourd'hui à nous garantir du malheur en porter nous-mêmes. »
L'idée des droits de l'homme n'est pas née chez eus, elle n'y pouvait pas naître ; ce n'est pas une lée française. Montesquieu à la vérité est franmais il y a lieu de croire que Montesquieu it une distraction de la race française, comme la éclaration des Droits est une distraction de la évolution française. Une heure d'ouhli. Hélas ! > ne plaisante tout à fait.
Poursuivant son œuvre et sa thèse, M. Seippel Unit assez bien le jacobinisme. Le jacobinisme, e cherchez pas très loin. C'est Grégoire VII. C n catholicisme, dépouillé de christianisme, il est ;e qui est arrivé quelquefois au catholicisme
; plus authentique : mais c'est un « catholicisme
îboré par des cerveaux d'énergumènes, tombé 1 des mains ensanglantées, un catholicisme portant, resté identique à lui-même par sa prélotion de détenir la vérité immuable, par son mbitionde réduire le genre humain à l'obéissance mu' le régénérer, par Bon dogmatisme rigide, n mépris de toute conscience individuelle, parla rigueur avec laquelle il persécute l'héteie.
t-etie pas charmante cette définition de la
192 DISCUSSIONS POLITIQIES
souveraineté par Saint-Just? Où est le souverain, s'il vous plaît ? Est-ce le roi ? Non. Est-ce le peuple tout entier ? Non plus ! Le souverain, c'est les détenteurs de la vérité morale ; « le souverain se compose de tous les cœurs portés à la vertu. » Connaissez-vous parole plus sacerdotale que celleci ? Il y a un groupe de purs, un groupe de saints ; d'autre part, il y a la foule des impurs. Ceux-là doivent commander souverainement ; les autres doivent obéir.
De semblables théories doit sortir tout le congréganisme anticlérical à la manière de M. Combes, toute cette doctrine qui supprime les couvents, certes, mais qui fait de l'État un grand couvent, confisquant les enfants à leurs familles pour les élever, parqués et cloîtrés, selon les idées du gouvernement. Connaissez-vous l'histoire du petit Mortara ? L'histoire du petit Mortara fit un bruit immense du temps du second Empire. C'était un petit juif, qui avait été plus ou moins illégalement dérobé à sa famille par le gouvernement pontifical pour être élevé catholiquement. Des « nouvelles converties » de Louis XIV aux pupilles de l'État de Le Peletier Saint-Fargeau et aux lycéens rêvés par M. Combes et M. Lintilhac, toute l'histoire de France est pleine de petits Mortaras. Ecoutez Le Peletier : « Dans notre
Ll - DI.l \ 11; INCI - 193
tème, la totalité de l'enfant nous appartient, la matière ne sort jamais du moule... Tout ce qui doit composer la République doit être jeté d le moule républicain. » Écoutez Barère : • Les principesqui doivent diriger les parents, c'< stque enfants appartiennent à la famille générale, à la République, avant d'appartenir aux famil particulières. Sans ce principe il n'y a pas d'édu-
Ion nationale. »
Enfin, arrivant à la période contemporain If. Seippel n'a eu que le choix entre toutes déclarations de la « libre pensée », toutes plus destructives de la liberté de pensée les unes que les autres. Il ne s'est attaché à recueillir que les perles.
Tel le Catéchisme du libre p< i le M. Edgard
Monicil, préfet de la République fran< ■e que Dieu ?
— Dieu esl une expression.
— Quelle est la valeur de cette expression î
— La valeur exacte du mot Nature.
— Que faut-il entendre par le mot
— La somme des connaissan amas-
i il hoinii.
— Devons-nous admettre ce que nous rè\ la Bciem
— Oui ; car ce que '('s hommes savants ol
DU) mi ni' 1 9
194 DlSClSblOlNS POLITIQUES
vent et découvrent est mathématiquement prouvé, et notre raison ne saurait refuser d'y croire.
— Les hommes savants n'ont donc pas découvert Dieu?
— Non, et tous sont d'accord pour nier son existence.
— Qu'est-ce que l'âme ?
— Rien.
— La pensée est-elle matérielle ?
— Oui.
— Peut-on le prouver !
— Oui.
— Pourquoi Jésus parle-t-il par paraboles ?
— Parce que cette manière de s'exprimer, habituelle aux Hébreux, lui permet d'abuser plus aisément le peuple.
— Abuse-t-il sciemment le peuple ?
— Peut-être. »
Telles encore les réflexions sur la « tolérance », de M. Gustave Téry : « Ce mot de « tolérance » ne recouvre-t-il pas les mêmes mensonges et les mêmes sophismes que celui de « libéralisme ? » Si l'on m'accorde que la religion est une des plus cruelles maladies mentales (est-il besoin de le démontrer?) je distingue (et cette distinction n'a rien de subtil) entre le mal et le malade. Me priezvous de tolérer le mal? Alors tolérons pareille-
LES DfcUX i 195
ment la tuberculose, le choléra et la peste. S'agitil de tolérer 1(3 malade ? C'est trop peu nous demander. Nous bornons-nous à tolérer le fou, le tuberculeux ou le pestiféré î Non. Permetteznous de le soigner et, s'il se peut, de guérir ce malheureux. Recommandez-nous de le trait ménagement et de lui témoigner toute la pitié fraternelle que doit nous inspirer sa misère. Mais
ous me parlez de tolérance, je ne comprends plus. Me faites-vous l'injure de supposer que, pour être plus Bûr de supprimer la maladie, je serais capable d'i r le malade ? si l'on consi-
dère la maladie, votre tolérance pèche par exe si l'on considère le malade, elle pèche par défaut. Dans les deux cas, c'est une imposture el une lâcheté. »
Tel l'axiome du même M. Téry sur la liberté,
tout a tait inspiré du Contrai toeial et tout a fait
ire inséré : i I.-' vrai moyen de garantir
la liberté, c'est de remettre à l'État l'autorité : car
la tournant contre non-, c'esl contre lui qu'il la tournerait. • Voyez-vous l'Étal m'interdisant d'imprimer ma pensée et s'apercevanl qu'il
atteint, qu'il est lésé, qu'il est vole, qu'il 6St bleS
qu'il s'opprime ? M esl possible qu'il soil atteint,
volé, blessé et opprimé. Il est possible ; m ,k limite qu'il s'en aperçoive.
La description et l'analyse de la mentalité du libre penseur français continuent...
Conclusion: les Français n'ont aucune idée de la liberté et sont des « Romains » purs et simples ou des « Romains retournés », ce qui est exactement la même chose et n'est qu'à peine une différence d'habillement. Habillez-les de rouge, habillez-les de noir, ils tourneront toujours le dos à la liberté et ne sauront jamais être qu'oppresseurs avec délices ou opprimés avec malice, libéraux jamais. France noire ou France rouge, France de l'avenir ou France du passé, c'est toujours France césarienne, et il n'y a rien en France qui ressemble plus au passé que l'avenir.
M. Seippel soutient cela avec assez de suite et, du reste, avec savoir, avec éloquence et avec esprit. Seulement, malgré un grand désir et même un grand esprit d'impartialité, M. Seippel n'en est pas moins protestant, il n'en est pas moins antiromain, et, par suite, tout en étant antijacobin très ferme, il est surtout anticlérical. De sorte que tout en affirmant qu'il y a deux Frances qui se valent, et c'est à savoir qui ne valent rien ni l'une ni l'autre, encore est-il qu'il se fâche un peu plus contre la France noire que contre la France rouge ; et il n'y a qu'une différence de degré dans