LES DENES DU NORD
Nous touchons maintenant au terme de notre excursion anthropologique dans les déserts de l’Amérique du Nord — ne pas oublier que nous visons surtout à reproduire l’Indien tel qu’il était à l’arrivée des blancs, alors que son pays n’était pas beaucoup plus qu'un désert. Encore un pas et nous atteignons celui-ci.
Il nous faut pourtant avouer que ce pas est important: très facile pour celui qui écrit ces lignes, il peut être assez laborieux pour l’ami qu’il a pris sur lui de guider dans cette randonnée d’un nouveau genre.
En d’autres termes, et pour mettre de côté toute figure de rhétorique, il me reste à décrire la seconde des deux grandes familles ethniques que M. Le Conte a représentées comme peuplant, à elles seules, la majeure partie(l) de l’Amérique du Nord: ses “Athabasques”, mes Dénés.
Or, au seuil d’une tâche qui devrait m'être si agréable, il m’en coûte de l'entreprendre. N’ai-je pas déjà assez écrit sur ce sujet? Que de pages, de tous les formats, n’ai-je pas consacrées à ces Indiens, en français, mais surtout en anglais! Naturellement, pour des lecteurs comme ces Européens qui ne paraissent connaître que les élucubrations récemment parues dans leur langue à côté d’eux, je pourrais passer par-dessus mes scrupules, donner pour de l’inédit ce qui ne le serait que comme forme et comme langue, et leur laisser l’illusion d’une esquisse originale.
Je préfère être plus honnête. Parce que je déteste le réchauffé, je renverrai d’abord à mes précédentes productions sur les Dénés. Ceux qui voudraient étudier cette si intéressante race sous toutes ses faces, et pénétrer les coins et recoins de ses particularités sociologiques, archéologiques et mythologiques, en même temps que s’assurer de sa place exacte au point de vue ethnologique, ou même sonder les arcanes de sa courte histoire, pourront satisfaire leur ambition en fouillant, tête reposée, dans ces livres ou monographies.
(1) — Que dis-je? ‘‘presque toute l’Amérique du Nord” (Bulletin, vol. XIX, p. 164). U ui x I
Aux autres — probablement les plus nombreux — je servirai ensuite un petit aperçu, que je m’efforcerai de faire le plus original possible même pour les Américanistes, qui devra leur suffire, d’autant plus que, pour satisfaire mon goût du neuf et de l’inédit, qui est, je le sais, le goût des vrais anthropologues, j’entrerai dans quelquesuns de ces petits détails sociologiques dont est faite la vie du primitif, et que je n’ai encore donnés nulle part ailleurs.
Ce sera le premier essai de cette série consacré à cette famille. Il se limitera aux Dénés du nord, parmi lesquels j’ai vécu vingt-cinq ans et que j’ai étudiés presque le double de ce laps de temps. Dans un second, le dernier de la série entière, je traiterai de ceux du sud.
Voici maintenant, comme excuse à mon laconisme, la liste, aussi complète que je puis la faire en négligeant ce que j’ai écrit et imprimé dans l’une ou l’autre des langues dénées, de mes livres, monographies et articles spécifiques sur les Indiens qui les parlent, surtout ceux du nord.