‹ Dissertatio chirurgica ... [Examen des diverses méthodes opératoires pour la cure radicale de la hernie inguinale réductible]Chapitre 1 sur 11 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA CURE RADICALE DES HERNIES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LA CURE RADICALE DES HERNIES

Les hernies se rangent parmi les maladies chirurgicales les plus importantes. Leur fréquence, les incommodités continuelles qui les accompagnent, les accidents formidables et sans cesse imminents auxquels elles exposent, les opérations graves qu’elles nécessitent si souvent, sont autant de causes qui ont fixé sur elles de tout temps l’attention des médecins. 11 n’est donc pas étonnant qu’ils aient mis tant de persévérance dans la recherche d’un moyen qui pût, en procurant la cure radicale des hernies, prévenir tant de maux. Aussi, n’est-il peut-être pas de point, dans la science chirurgicale, qui ait

été l’objet de plus de travaux et qui ait plus exercé l’es-

prit inventif des chirurgiens que celui qui nous occupe. Malheureusement , les nombreux procédés opératoires que la science possède sur ce sujet, ceux que tous les jours on ajoute à celte liste déjà trop nombreuse, témoignent assez de leur insuffisance.

Déjà, à une époque éloignée de nous, des médecins avaient tenté la cure radicale des hernies par une foule de moyens. Moins hardis que nos chirurgiens modernes, et en cela plus prudents, ils s’étaient bornés dans leurs recherches à l’emploi de quelques moyens, innocents il est vrai, mais qui avaient tous le tort d’être insuffisants. Tels sont : l’esprit de sel du Prieur de la Cabrières, remède dont il fit un secret pendant sa vie et qu’à sa mort il légua à Louis XIV; l’emplâtre contra rupturam de Guy de Chauliac; celui de Mademoiselle Devaux; le cérat de brique de Fabrice de Ililden; le sachet au vinaigre; le bois ’de Santal; la tormentille, etc. Il faut remonter au temps d’Ambroise Paré pour trouver les premières tentatives d’une opération grave pratiquée en vue d’obtenir une cure permanente des hernies ; je veux parler des caustiques qui reçurent la sanction de plusieurs médecins célèbres, tels que Roger, Guy de Chauliac, Ambroise Paré, etc. Voici comment s'exprime ce dernier à ce sujet ; Nicolas Godin en sa Chirurgie militaire ordonne pour la curation des hargnes, à ceux qui sont en âge d’adolescence et viril, l’application du cautère actuel , après avoir dextrement coupé la chair jusques à l’os , afin de faire perdition de substance, et la cicatrice faite, il ne se peut plus faire descente , n’y de l’omentum , n‘y de l’intestin, ce que véritablement j’approuve si les patients le veulent souffrir (1).

Les chirurgiens de cette époque et ceux qui vinrent après

(1) Amb. Paré, pag. 201 , 11e édition.

eux avaient aussi , comme de nos jours, leurs méthodes opératoires pour la cure radicale des hernies : telles sont la castration, l’excision du sac herniaire, la suture royale, le point doré, le refoulement du testicule dans l’anneau inguinal, le pelotement du sac , les scarifications et la cautérisation de l’intérieur du sac herniaire. Depuis nombre d’années toutes ces opérations sont condamnées et rejetées ; non comme entièrement inefficaces, car comme celles qu’on pratique aujourd’hui elles ont compté aussi leurs succès, mais à cause des dangers qu’elles entraînent. Ainsi , la castration a bien pu être suivie de quelques succès, mais, par combien d’accidents n’ont-ils pas été payés, et d’ailleurs, aujourd’hui, qui voudrait acheter la guérison d’une hernie à ce prix? La cautérisation avec les caustiques potentiels ou avec la cautère actuel des enveloppes herniaires et de l’anneau qui livre passage aux hernies , constituait une méthode qui , aussi peu sûre que dangereuse, a souvent entraîné la perte du testicule et même occasionné la mort; mais comme la précédente elle a aussi compté ses succès. La ligature et la suture du sac herniaire, quel que soit le procédé mis en usage pour les pratiquer, comptent à peine quelques guérisons : notre siècle en a complètement fait justice, tant à cause de l’incertitude de leurs résultats que des dangers auxquels elles exposent. L’incision , comme pour l’opération de la hernie étranglée, avait trouvé un certain nombre de partisans, quand J. L. Petit, voulant l’essayer, acquit la triste preuve qu’elle occasionne quelquefois la mort, et que d’ailleurs, elle est loin d’empêcher toujours la hernie de se reproduire. En associant à cette incision la dissection et l’excision du sac , les chirurgiens créèrent une opération qui n’était ni moins dangereuse ni plus sûre. On avait plus de chances de succès en fixant dans le canal inguinal sous forme de bouchon, soit le sac préalablement disséqué,

soit une portion d’épiploon , soit le testicule lui-même : mais, outre que la dissection du sac est très-délicate, longue, douloureuse et non dépourvue de danger; outre que le testicule relevé dans l’anneau ne s’y fixe pas aisément et qu’il y devient le siège de douleurs assez intenses, les malades qui ont subi cette opération sont encore loin de pouvoir compter sur une guérison radicale. Enfin, les scarifications, la cautérisation de l’intérieur du sac, constituent des méthodes dangereuses et difficiles , offrant peu de chances de succès, et qui , n’avant pas plus mérité la sanction des médecins que les méthodes précédentes, ont, comme celles-ci, été complètement rejetées delà pratique.

La science en était-là, quand, il y a dix ans, malgré l’anathème porté par l’académie royale de chirurgie de France, où Bordenave avait exposé les dangers des caustiques pour la cure radicale des hernies, un chirurgien distingué de Paris, M. Belmas, imagina une nouvelle méthode pour oblitérer le sac herniaire au moyen d’une inflammation adhésive et sans laisser de plaie à la peau. Cette méthode en fit naître d’autres, et le nombre en est si grand aujourd’hui que, si l’on était étranger à l’art, on pourrait s’énorgueillir de la puissance de ces résultats.

Pour exposer ces différentes méthodes avec ordre et aussi dogmatiquement que le sujet le comporte , nous les diviserons en plusieurs séries qui comprendront :

1° Les procédés au moyen desquels on introduit dans le sac herniaire des corps étrangers à l’effet d’y provoquer une inflammation adhésive, tels que des filaments gélatineux, du vin , une solution iodée, et un bourdonnet de charpie.

T Les procédés nouveaux par sutures, par acupuncture et scarifications.

3° Les procédés par invagination de la peau du scrotum dans le canal inguinal.

4° La cure radicale après l’opération de la hernie étranglée.

5° La compression et la position horizontale.

Nous terminerons enfin, après avoir signalé les nombreuses

entraves que les hernies apportent dans l’état militaire, par adresser des vœux pour que le gouvernement, dans l’intérêt bien entendu du soldat lui-même , du service et de l’armée en général , établisse l’existence de la hernie , comme un cas d’exemption et de réforme du service militaire.

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