GULIER
Nominatif mendia la montagne.
Actif mendiac la montagne.
Médiatif mendiaz de, par la montagne.
Positif meudion dans.
Datif mendiari à la.
Génitif mendiaren de la,
Unitif mendiarekin avec la.
Destinatif mendico pour la.
Ablatif mendilic de la.
Approximatif mcndirat h , vers la.
les montagnes.
les montagnes.
des , par les montagnes.
clans les.
aux.
des.
avec les.
pour les.
■76 Pluriel.
Nominatif mendiac
Actif mendiée
Média tif mendiez
Positif mendietan
Datif mendiei
Génitif rnendien
Unitif mendieJàn
Destinatif mendietaco
Ablatif mendietaric des.
Approximatif mendietarat aux, vers les.
Quoique les légères nuances qui distinguent la déclinaison d'un nom de chose animée, et celle d'un nom de chose inanimée, aient été rendues sensibles dans le premier tableau complet que l'on a placé plus haut, avec quelques observations à la suite; nous ne craignons pas de fatiguer le lecteur en lui proposant encore ici, en deux tableaux séparés, le moyen de comparer ces mêmes nuances.
Indéfini.
Nominatif
senie
fils.
Actif
semec
fils.
Médiatif
semez
par, de fils,
Positif
se meta n
dans.
Datif
semeri
Génitif
semeren
Unitif
semerekin
avec.
Destinatif
semerentçat
pour.
Ahiatif semeren-ganic de.
Approximatif semer en-ganat à vers.
Nominatif
Actif
Médiatif
Positif
Datif
Génitif
Unitif
Destinatif
Ablatif
Singulier.
semea semeac semeaz semé an ' semeari semearen semearekin semearentçat semearen-gonic
le fils.
le fils.
de, par le fils.
dans.
an.
de.
avec.
pour.
du.
Approximatif semearen-ganat au, vers le. Pluriel.
Nominatif
Actif
Mëdiatif
Positif
Datif
Génitif
Unitif
Destinatif
Ablatif
semeac
semeec
semée z
semeetan
semeei
semeen
semée J(i?i
semeentçat
semeen-sanic
les fils.
les fils.
des, par les fils.
dans les.
aux.
des.
avec les.
pour les.
des.
Approximatif semeen-ganat aux, vers lesi
Comme les noms communs ne désignent les êtres, elon la doctrine des grammau'iens, que par l'idée [éuérale dune nature commune à plusieurs, toutes
^8 les fois que nous avons occasion d'employer ces noms d'espèces, nous sommes obligés, sous peine de n'être point eiUondns, de les accompagner de quelque mot qui les tire de leur généralité, et les déterjnine à être l'indice de l'objet précis que nous voulons peindre \ en sorte quoii les reconnaisse à l'instant aussi sûrement que si nous les montrions de la main. Tel est l'usage de V article j il. détermine j comme par le] geste , entre plusieurs objets auxquels convient le même nom, celui que nous avons en rue (i).
Il en est autrement des noms propres : comme ils ne désignent jamais qu'un seul objet, leur sens est toujours assez détermiué, et l'accompagnement de l'ariicle ne leur servirait de rien. De là notre langue J décline tous ses noms propres sans article, et conséquemment avec abstraction de tout nombre, aiusi qu'on le voit dans les deux formules suivantes.
Nominatif.
Joanes
Jean.
Actif
Joanesec
Jean.
Médialif
Joanesez
de, par Jean
Positif
Joanes-baithan
dans.
Datif
Joanesi
Génitif
Joanesen
de.
Unitif
Joaaesekin
avec.
Destinatif
Joanesentçat
pour.
Ablatif
Joan esen-ganic
de.
Approximatif Joanesen-ganat vers, (i) Gtbelln , Granitn. univ. , liv. 2., part. 2., chap. 2-
Nominatif
Maria
Marie.
Actif
Mariac
Marie.
Médiatif
Mariaz
de, par Mari(\
Positif
Maria-baùhan
dans.
Datif
Mariari
Génitif
Mariaren
de.
Unitif
Mariarekiii
avec.
Destinalif
Mariaretitcal
pour.
Ablatif
Maria ren-ganic
Approximatif
Mariaren-ga/iat
vers.
Des six noms de cas usités dans les méthodes latines , quatre seulement paraissent dans nos tableaux , savoir : le nominalif, le datif, Xahlatif et le génitif. Nous avons employé les trois premiers avec une entière confiance, parce qu'en elFet ils sont accommodés à la valeur des cas qu'ils désignent. Ils le sont, dis-je, vu lusage que nous en faisons dans notre langue-, car si l'ablatif latin est convenablement désigné par ce nom, lorsqu'il est accompagné des particules à , ah , è , ex, il n'y répond pas lorsqu'il est employé avec les prépositions cujri , in^pro , prœ , palain , &c. Quant à ce mot obscur de génitif nous l'avons maintenu dans notre tableau, non sans quelque répugnance, en attendant que les grammairiens trouvent à le remplacer par un nom. d'uu sens plus clair, et assez étendu pour embrasser les usages multipliés du cas qu'il dénote.
Le caractère particulier qui distingue l'agent de notre verbe actif, nous dispense à bon droit d'avoir
une inflexion spéciale pour signaler ce qu'on appelle ailleurs le régime direct ou Taccusalif. Il n'est pas non plus question de vocatif dans notre déclinaison. Le génie qui a présidé à sa formation, a cru qu'un nominatif prononcé à haute voix, ou avec exclamation, ou avec apostrophe, n'est jamais qu'un nominatif en grammaire. Le vocatif ou l'apostrophe est un mouvement oratoire: et la rhétorique, chargée de donner du coloris à l'expression, doit s occuper de ce mouvement, mais non la grammaire, qui n'a d'autx'e objet que l'expression pure et simple de nos idées.
Les dénominations reçues dans le style de la déclinaison latine n'étant pas en nombre suffisant pour désigner tous les cas de notre langue-, et, de plus, quelques-unes de ces dénominations ne pouvant être transportées cliez nous sans abus, comme on vient de le dire, il a fallu en introduire de nouvelles au nombre de six , savoir : XactiJ, le médintif, le positif, \uniiif, le destinatif el \ opproximatif,
\1 actif ^/sX ainsi appelé, parce qu'il désigne le sujet agissant. Le médiotif^ pris du latin médium, sert à exprimer le rapport /^ût du milieu que l'on traverse, ou du moyen que l'on emploie. Les quatre noms restaus exjjriment sans équivoque les rapports de position dans, d'union ai-'cc , de destination /jowr^ et de mouvement i^ers.
Il paraît difficile de citer quelque langue qui ne présente beaucoup d'irrégularités dans la déclinaison de ses pronoms; et, pour nous borner ici à un coup
8i tl'œil qui soit à la portée du lecteur, nous nous per^ mettrons de le rappeler à ces preuiiers temps où il finissait d'apprendre les cinq déclinaisons latines. Or pense-t-il qu'au sortir de ce premier labyrinthe, il dût marcher d'un pas bleu assuré à travers la grande famille des pronoms latins? Non sans doute : car, avec la routine des cinq déclinaisons, on est encore loin de pouvoir exécuter celle des pronoms personnels ego , tu ; des démonstratifs is , ea , id , hic , hœc , hoc ; des relatifs qui , quœ , quod , Sec. Notre langue n'ajant employé jusqu'ici qu'une seule déchnaison, pourrait se donner phis de hcence que les autres eu cet endroit-, mais les exemples (jue l'on va fournir prouveront qu'il en est bien autrement.
Nominatif
ni
je ou moi.
Actif
nie
je ou moi.
Médiatif
nilaz
de, par moi.
Positif
nitan ou m
',-bailhan
dans.
Datif
neri
Génitif
nere
de.
Unitif
nerekin
avec.
Destinatif
neretcot
poui\
Ablatif
nere-ganic
ou nitaric
de.
Approxiraatii
f nere-ganat
ou nitarat
vers.
Nominatif
gu
nous.
Actif
guc
nous.
Médiatif
gutaz
de, par nous.
Positif
gutan ou gu-baithan
dans.
Dal'/
guri
Génitif
gure
de.
Unitif
gurekiii
avec.
Destinatif
gurelçat
pour.
Ablatif
gure-ganic
ou gutaric
de.
Approximatil
[ gure-ganal
ou gâta rai
vers.
Nominatif
hi
toi.
Actif
hic
toi.
Médiatif
hitaz
de, par toi.
Positif
hitan ou hi-baithan
dans.
Datif
hiri
Génitif
hire
de.
Unitif
hirekin
avec.
Destinatif
hiretcat
pour.
Ablatif
hire-ganic
ou hitaric
Approximatif hire-ganal
ou hilarat
vers.
Nominatif
eu
vous
Actif
eue
voi:
Médiatif
çutaz
de, par vous.
Positif
çutan ou cu-baùhon
dans.
Datif
çuri
Génitif
cure
Unitif
çurekin
avec.
Destinatif
çuretçat
pour.
Ablatif
çure-ganic
ou çutaric
de.
Approximatif cure-ganat ou çutaral
vers.
Nominatif Actif
cuec eues
vous (plur.).
vous >• <
Mëdiatif cuetaz de, par vous.
Positif cuetan oa çuec-bailhan dans.
Datif çuei à.
Génitif çuen de.
Unitif cuekin avec.
Destinatif çiieniçat pour.
Ablatif çiien-ganic on ciietaric de.
Approximatif çueii-ganat ou cuetarat vers.
Les pronoms de la troisième personne ne présentent pas plus de difficultés. Il suffit d'observer que l'actif de ces noms s'éloigne un peu plus de la forme du simple nominatif-, mais cet actif une fois formé, il est la base régulière de tous les autres cas. Par exemple , le pronom hau ( celui-ci ) fait à l'actif hunec ; de là le médiatif Aw/ze^^ hunetaz , ou huntaz , le positif luinelan ou huntan , le datif huni , etc. Le pronom hovi ( celui-là ) fait à l'actif horec ou horrec , au médiatif /^or^A's ^ au positif ^o/Yâf/z ^ au datif /zor/'i\, 8jc. Le pronom luira , qui sert à désigner un objet plus éloigné, fait à l'actif Aar/'ec; de là harreii , harri , harrentçat ^ harrekin , &c.
Jusqu'ici nous n'avons rien trouvé qui ne se range sous cette déclinaison simple et unique-, nous commençons donc à avoir une idée de l'étendue de son domaine. Nous commençons, dis-je, parce que son domaine s'étend encore bien au delà de tout ce que le lecteur a pu imaginer.
En effet , il n'est point de personne dans les verbes, point de nombre, point de temps, point de
mode, en un mot point d'inflexion, qui ne soit susceptible <l(* recevoir l'arlicle , et par suite toutes les formes de la déclinaison. Exemples, niz (je suis), nizena (celui qui suis)-, hiz (tu es), hizeiia (celui qui es); da (il est), dena pour dana ( celui qui est )•, gire ( nous sommes ), girenac ( ceux qui sommes ); cîrete (vous êtes ) , ciretenac ( ceux qui êtes ); dire (ils sont), dlreiiac (ceux qui sont), génitif direnen (de ceux qui sont), datif direnei ( à ceux qui sont) &:e. De ujAtne, au ipassé ^ Jiintcen (j'étais), niatceiia ( celui qui étais); hintcen (tu étais), hintveiia (celui qui étais); cen (il était), cena (celui qtii était), actif re//<7c^ génitif re«(7re/?, datif ce/;<7/7'^ &c. Au mode oonjonctif delà ( qu il est ) , dtlaroa (celui qui soi-disant est), e^én\i\i delaconren ^ datif delacnari , &c.
lout ceci n'étant qu'une idée des noms déclinables que fournit le verbe substantif e/re, considéré comme intransitij, nous laissons au lecteur le soin de noaibrer ceux que pourront donner, le même verhe sous sa conjugaison transitive, et toute l'étendue de notre verbe actif. Qu'on jette les yeux sur les tableaux des verbes, et qu'on se l'appelle celte règle générale, <{ue chaque inflexion de ces tableaux se prête à la déclinaison entière.
Mais ce qui contribue encore à étendre le domaine de notre déclinaison presque au delà des bornes de lesprit humain , c'est que cbaque cas reproduit un nominatif, si l'on y ajoute l'article; et cela sans préjudice du rapport qu'exprimait la première
terminaison sur laquelle est ente ce nouveau nominatif. Expliquons-nous par quelques exemples : nausi ( maître ) fait au ge'nitif nausioren ( du maîlre ) \ si j'ajoute à celte terminaison 1 article ou le pronom démonstratif <7 , j'aurai 7z<7?/57V//-e//<7, qui signifie ce/w/^ celle j ou la chose du maîlre , et alors c'est un nouveau nominatif déclinable par tous les cas. Efchetic est un ablatif qui s'emploie pour exprimer un point de départ-, et il redevient nominatif quand je dis etchetitacoa (qui part de la maison); de même etchera signifie l'ers la maison ; et de là se forme le nominatif elcheracoa ( qui tend vers la maison ).
Nos grammairiens enseignent même, et avec raison , qu'un même nom peut accumuler plusieurs cas, et redevenir plusieurs fois nominatif, en conservant toutes les valeurs de ces diirërens cas, par exemple : etche ( maison ), etchefic ( de la maison ), etchelicacoa (celui qui de la maison), elcheticacoarena (celui de celui qui de la maison). Et si l'on donnait encore des cas à ce dernier mot , il ne cesserait pas d'être basque: il ne cesserait pas de l'être, quand cette progression serait pousse'e à l'infini -, mais soit dit en spéculation et en idée, car dans la pratique nous n'abusons pas du génie fécond de la langue aux dépens de la clarté.
Puisque les prépositions et les cas n'ont qu'une et même fonction, qui est d'exprimer les rapports généraux des êtres , et que nos cas nous siiilisent pour exprimer tous ces rapports, il ne faut pas qi/il 6oit qiiestion des prépositions en notre langue. S'il
était qiioUyiie pArticulo à pirl usitée comme préposition . elle doit être reoonuue pour un nom décline , ou bien èire rejetee comme etran^rère à la langue.
Il re'î.ulte encore de ce qui vient d'être dit . que nous ne devons point rocounaitre l\;tAf'r^r- comme une classe distincte des autres espèces de mots. Cette vérité . aperçue par les auteurs des grammaires générales, se montre plus à découvert dans notre langue qu'eu aucun autre idiotiic connu. Mais, avant don venir à la démonstration, il importe de biei\ saisir la nature de Vadverbe.
L adverbe, bien connu et justement apprécie, vaut autant qn une proposition et un nom. Aussi 1 auteur de la Grammaire générale et raisonnee avant dit ^i) que la plupart des adverbes ne sont que pour signifier en un seul mot ce qu ou ne pourrait marquer que par une préposition et un nom . M. Duclos a remarqué que Uj plupart ne dit pas assez ; que tout mot qiii peut être rendu par une préposition et un nom est lui adverbe. MM. du Marsais, Batleux , Beauzée. ont consacré le même principe dans leurs dissertations grammaticales.
L'adverbe vaut une préposition et un nom- lui nom décliné, et mis à tel cas. vaut également une préposition et un nom : par conséquent cliaque infleidon dun nom décliné a la même valeur qu'un adverbe. M. Beauzée adopte ce double principe et la couséiYueuce que nous eu avons déduite, quand
(0 Gramm. gén. et rais. , II. . 1 1.
^7 il (lit: Il est constant Cju'une pi'épnsilion ai'ec sonconi' plément est Vécjuù'olant d'un adverbe ; et (jue tout mot qui est l'équivalent d'une préposition avec son complément, est un adverbe (i).
Disons donc encore avec le môme grammairien,
que tous les cas de la langue basque 50^2/ des
cas adverbiaux ; et , comme il n'existe aucune préposition que le basque ne puisse représenter par un cas, concluons aussi qu'il n'admet point d'adverbe hors la déclinaison.
Mais, dira-t-on peut-être, n'est-il pas constant qu'il est hors la déclinaison de cette langue un grand nombre de mots invariables terminés en ki , lesquels répondent aux adverbes en tnent du français ? On dit handizki ( grandement ) , cuhurki ( prudemment ), eg'azki (véritablement). De plus, il est impossible de ne pas reconnaître des adverbes dans les mots basques qui répondent aux adverbes de temps, de lieu , de quantité, &c. Quand on dit hurbil (près), urrun (loin), egun (aujourd'hui), bihar (demain), onhitz ( beaucoup)-, comment se figurer que les mots hurbil , urrun , egun , &c. , ne sont pas dos adverbes?
Voici comment nous croyons satisfaire à ces difficultés.
1.'* Les prétendus adverbes en ki ne doivent pas être tenus pour des mots indéclinables, s'ils sont déjà déclinés; or est- il difficile d'apercevoir que la terminaison ki n'est autre chose que le cas unitif dont nous avons parlé? On dit aitarekin ou ailareki
(1) Graram. gén. , liv. 1. , chap. 6.
indifTeromment, et cela signifie oi^ec le père ; on dit de tnènie ciilnirki ( avec prudence ) , egiazki ( avec vérilé), ikc. Mais qui ne voit que la terminaison là répond dans tous ces cas à la préposition française aiec , à la latine cum ? Cukurki , qui passe pour adverbe, est donc l'abréviation de l'unitif çuhurciareki. Dès lors nous reconnaissons volontiers qu'on peut l'appeler adverbe, si l'on convieut d'appeler ainsi tous les cas de notre langue, ou bien encore en ce sens que c'est un langage plus abrégé-, mais on ne doit pas l'appeler adverbe, pour signifier que c est là un mot à part, existant liors la déclinaison. Ce qui s'est dit de l'expression cuhurki doit s'étendre à toutes celles qui ont la même forme.
2.° Les mots hurhil , urrun , egun , &c., ne sont que des nominatifs indéfinis auxquels l'usage a attaché la même signification adverbiale que si , en les déclinant , l'on disait huibilian , urrunian , &c. Ce qui montre <jue ces mots et leurs semblables sont des noms, c'est qu'on les emploie souvent avec des inflexions. Ainsi l'on dit urrutidanic , urrunetic (de loin), hurbildanic , hurbilelw (de près)-, de même atçodanic egunera ( d'hier à aujourd'hui ) , egundanic aitcina (dès ce jour et en avant).
Les conjonctions peuvent être ainsi nommées parce qu'elles ont , dans les circonstances où on les emploie , une fcnce conjonctive ou propre à lier les parties du discours-, mais pour ce qui concerne les conjonctions envisagées comme une espèce partie çulière de mots, elles se réduisent à peu de chose,
«9 n'étant pour la plupart que des noms tantôt modi-
fie's par la déclinaison , tantôt employés comme indéclinables.
En commençant celte discxission sur les espèces grammaticales des mots, nous avons dit que la langue basque fournit plus de ressources qu'aucune autre, pour les réduire à deux classes-, et nous croyons avoir rendu celte vérité sensible pour le lecteur attentif. En effet, le nom, le pronom, le participe et l'adjectif, sont soumis, comme on la vu, aux lois d'une seule et mêiTie déclinaison • l'article n'est pas un mot à part , il est toujours exprimé par une particule ajfixe , identifiée avec le nom , la préposition n'est que la modification du même mot appellatif-, l'adverbe n'est autre chose que le résultat d'un nom décliné. Ainsi, avoir discuté la déclinaison , c'est avoir traité tout ce qui n'est pas le verhe.
Il n'est peut-être pas de discussion grammaticale qui ait plus exercé les esprits cpie celle qui a pour objet la nature du ^.'erhe ; et l'on peut dire encore aujourdhui, que cette question difficile n'est rien moins que décidée : Gramniadci certant , et adhuc sub judice lis est. Il n'en est pas ainsi de l'usage de ce mot -, l'on convient généralement que sa fonction essentielle est de lier l'attribut au sujet, de former le nœud de la proposition : de là vient que tous les siècles l'ont appelé unanimement proposilionis co^ pilla.
Partant de cette notion reçue , il est aisé de cooi'
prendre combien les langues se sont éloignées de la belle nature, de la simplicité primitive, en fait de système verbal. Soit pour exemple le verbe Iwt à la première personne. Cette formule je lis est une proposition, et renferme consé([uemment un sujet, un attribut, et une liaison entre ces deux termes. Le sujet de notre proposition est exprimé par le pronomye^ et il ne reste plus que la monosyllabe lis pour rendre l'attribut et sa liaison avec le sujet. Cette monosyllabe exprime en effet l'action de lire , qui est ici l'attribut , et dit de plus que cette action se fait par moi. Ainsi je lis est la même cbose que je suis lisant ; et dès lors 1 expression lis ne présente pas la pure nature du verbe, mais un verbe avec l'idée accessoire d'un attribut déterminé. Le mot latin lego , qui répond à la formule française je lis , est aussi une proposition, et renferme équivalemment un sujet, un attribut, et leur liaison , ou, si l'on veut, l'attribution de l'attribut même au sujet. Ainsi hgo n'est qu'une formule abrégée de legens sum ego : ce n est pas la pure nature du verbe. On doit raisonner de même sur tout verbe français, lalin , grec , &c, , à l'exception du verbe e/re seulement : celui-là seul , si nous en croyons M, Reauzée (i), présente lu pure nature du uerbe en général. Tout autre verbe, selon le même auteur, renferme de plus dans sa signification Vidée accessoire d'un aitribut déterminé.
L'on observera peut-être que cette manière d'a- (i) Gramin. gén., liv. 2., chap. 4, art. 2.
bréger le discoui'S, en comprenant dans le même
mot l'attribut et une force conjonctive de ce même attribut à son sujet, n'est pas à mépriser.
L'observation est juste , ces formules abrégées sont propres à rendre le discours rapide et coulant-, mais, tout en reconnaissant un avantage réel dans ces abréviations, nous nous permettrons de demander si cet avantage est assez considérable pour contrebalancer les inconvéniens de ce système , qui ne sont pas petits.
En effet, confondre dans le même mot l'attribut et le nœud de la proposition, c'est, comme nous l'avons déjà insinué, s'écarter des premières leçons de la nature , qui a si bien marqué la distinction de ces deux espèces. D'ailleurs cette sorte de secret, au moyen duquel on parvient à exprimer en un seul mot et l'attribut et son attribution au sujet qui le possède-, cette sorte de secret, dis-je, présuppose un travail long et pénible , sans lequel on ne saurait parvenir à se familiariser avec une infinité de verbes de toute espèce, partagés en plusieurs classes, et souvent irréguliers.
Comparons cet immense appareil de verbes qui surcbargent les langues, avec ce que la raison nous dit d'un système possible. Bien loin qu'il soit dans la nature des clioses de multiplier le verbe autant de fois que le sujet et l'attribut qu'il s'agit d'unir seront différens, l'on comprend sans peine que le même verbe , le même nœud peut lier successivement à un même sujet, ou à des sujets dilFérens,
g-1 tous les attributs imaguiahles. Ainsi, comme l'on dit par la même forme d affirmation, Z)ieu est éternel j Dieu eux. juste , Dieu est tout-puissant j &c. , on pourrait dire aussi, Dieu est voyant toutes choses j Dieu est aimant les hommes , &c. -, en sorte qu'un seul verbe liât tout le discours , et qu'il n'en existât point d'autre.
Cette conséquence n'est pas moins avouée par les grammairiens que le principe d'où elle découle. Robert Estienne , après avoir distingué les verbes en actifs, passifs et neutres, s'expliquait ainsi (i) : « Ou- « tre ces trois sortes, il j a le verbe nommé subs- « tantif, qui esl es tre ; qui ne signifie ne action ne « passion, mais seulement il dénote l'estre et exis- « tence ou subsistance d'une cbascune chose qui est « signifiée par le nom ioint avec lui, comme je suis, « tu es , il est. Toutesfois il est si nécessaire à toutes « actions et passions, que nous ne trouuerons ver- « bes qui ne se puissent résouidre par luj. « (f On « aurait donc pu ( a dit l'abbé Estarac ) n'emplo- « yer en français que le seul verbe être , et dans « chacune des autres langues le verbe équivalent, « puisque avec son seul secours on aurait jîu expri- « mer l'existence de tous les sujets sous une rela- « tion à telle ou telle modification, et conséquera- « ment toutes les propositions qui sont ou peuvent (t être la matière du discoui's. »
Mais, pour nous épargner l'ennui des citations, qu'il serait aisé de multiplier en cette matière, M.
(i) Traicté de la Gramm franc., Paris iSôy, pag. 37.
Beauzée nous dira de tous les grammairiens philosophes : Ils enseignent qu'il aurait été possible , dans chaque langue , de n employer que ce seul verbe (être).
Comme ce système de conjugaison, le plus simple qui se puisse imaginer, serait incontestablement le plus parfait, s'il pouvait éviter la monotonie, il faut aussi reconnaître que de tous les systèmes existans celui-là est le plus parfait qui , sans tomber dans la monotonie, approche plus que tout autre de la simplicité du système conçu. C'est ce que nous allons trouver dans l'idiome basque.
Pour y parvenir, il faut d'abord se figurer que les expressions t-it-re , marcher , agir , et tous les mots qui répondent à ce qu'on appelle ailleurs infinitifs des verbes, sont de vrais noms dans notre langue; et, afin que le lecteur se familiarise avec cette assertion, il est bon de lui rappeler qu'elle se vérifie plus ou moins parf;iitement dans chaque idiome.
Le manger , le boire , le lever , et bien d'autres infinitifs, ont pris rang parmi les noms de la langue française. Nous disons, en faisant de l'infinitif le sujet de la proposition, voire savoir n est rien , mentir est un crime , &c. L'infinitif français est aussi employé comme complément de la préposition, et par conséquent comme nom. Nous disons, la honte de MENTIR, comme la turpitude du mensonge ; sujet à DEBITER des fables , comme sujet à la fièvre j sans DÉGUISER la vérité j. comme sans déguise/ n en t ; après AVOIR parlé long-temps ^ comme après un long discours;- être à MANGER, comme être à la chasse ; venir de VOIR, comme venir du champ j. &c.
En hollandais l'infinitif est souvent accompagné de l'article, et s'emploie substantivement, comme dans het schreeuwen (le crier), het gaan (le marcher), het zitleri (le s'asseoir). On dit en allemand, Das Le s EN ermiidet die Augen (le lire fatigue les yeux); en espagnol. Gracias à Dios , que nos ha dado de corner sin haber lo merecer (grâces à Dieu, qui nous a donné de manger sans avoir \e mériter)-^ en italien, l'assignare il giorno ( l'assigner un jour, pour dire l'action d'assigner), &c.
L'infinitif latin se trouve employé pour tous les cas. Au nominatif, Virlus est viliuin fugere (Hor.), comme Fuga vilii virtus est. Au génitif, Tempus est jam hinc abire me (Cic), pour meœ hinc abitionis. A l'accusatif, Non ianli emo poejvitere ( Plaut. ). Lucrèce a dit. Ad sedare situe. On lit dans Salluste, audito Kegem in Siciliam tend ère. Il est évident que le mot audito est en concordance avec tendere , qui , par conséquent, lient lieu d'un ablatif.
La langue latine a même donné des cas à l'infinitif, et c'est ce qu'on appelle gérondifs dans les grammaires de cette langue. On sait qu'il y en a trois, qu'on qualifie par leurs terminaisons en di , en do et eu dum. Le premier a la terminaison du génitif, et en fait les fonctions-, le second se termine comme le datif et l'ablatif, et failles fonctions de l'un et de l'autre-, le troisième est employé pour le nominatif et l'accusatif neutres, dont il suit la terminaison.
L'article indicatif neutre, qui accompagne souvent
9^ l'infinitif grec , en fait aussi un vrai nom. Ainsi les Grecs disent au nominatif, To euchesthai la Théo areskei (\e prier plaît à Dieu)-, au génitif, to lou philein aition (la cause du aimer )\ à l'accusatif, kata to mou krinein (selon mon juger )^ hc.
V infinitif en hébreu^ dit M. Ladvocat , y^z^ aussi la fii notion des noms substantifs (i). C'est comme tel qu'il est quelquefois complément des prépositions-, car Vinfinilif^ selon le même auteur (2), sert à exprimer le gérondif , lorscjuil a devant lui une des quatre prépositions baklam-, de là hiphkod ( en visitant [ in visitando ]) , liphkod ( pour visiter [ ad visitaudum ] ) , miphphekod ( de visiter [ à visitando ] }.
Les infinitifs de la langue arabe obtiennent place parmi les noms, et pour leur fonction et pour leur forme : Pour leur fonction, ils sont plutôt noms que verbes ; pour leur forme ^ ils prennent après leur der^ nière radicale la marque constitutiie de l' accusatif (i).
Amire d'Edesse nous apprend que les infinitifs de la langue syriaque admettent aussi des affîxes ou des prépositions qui déterminent ces infinitifs à la forme et à la valeur des noms féminins : « Sic aucc tem explicatur prout locus postulat ; et ita dici-
(( iur sanare illum , vel ad sanandum illum ,
« vel potiiis ad sanationem ipsius-, liberare eum, vel V. ad liberandum eum , vel ad ejus liberationem ; « tollere eum, vel ad tollendum eum, vel ad ejus
(1) Grarara. hébr. , pag. 87.
(a) Ibid., 87.
(i) Gramm. arab. , P. G. À., tubleau 4'
« sublationem Undè istœ i^'oces cum affixîs non
« tàm infinilivi quàm nominis feminini formain ha- K hère iidentur (i). »
Cliafjue langue prouve donc, pouvons-nous dire ici, que l'infinitif esl un vrai nom, ou du moins qu'il peut être employé comme tel • c'est d'ailleurs là une doctrine reçue parmi les graminairiens. Ces messieurs ne s'accordent pas de même sur la question de savoir si l'infinitif, quoique susceptible de la fonction du nom, ne tient pas par sa nature à l'espèce du verbe. Le langage reçu dans la grammaire le suppose essentiellement tel.
Ce (ju'il y a de clair en ce point, c'est que l'infinitif fait communauté de syllabes avec le verbe dont on le dit partie : il en partage évidem:ment le matériel. iVinsi l'infinitif /:)/-o/«e;2er, quant au matériel de l'expression, a quelque chose de commun avec la formule il promène. Mais nous savons que la ressemblance ou même la communauté de matériel ne fait rien à l'espèce grammaticale du mot-, ainsi l'on n'est pas tenté d'attribuer la nature du verbe au vaoX. promenade ^ quoique ce mot ait des syllabes communes avec le verbe je promène , lu promènes , &c.
On pourra nous dire que la communauté qui existe entre l'infinitif et le verbe dont il est dit partie, ne consiste pas seulement dans le matériel ; et eu effet , il est entre eux une communauté de valeur ou de sens qu'on ne saurait méconnaître. Ainsi , l'iiifi-
(i) Grainm. chald. , lib. 3., cap. i3.
mûf promener et la formule il promène^ me rappellent la promenade ; mais l'infinitif me la l'appelle d'une raanièie vugne, qui n'ajoute rien à l'idée /romenade ^ et qui, par cotte raison, se confond avec le nom. Il non est pas ainsi du verbe : outre la propriété accidentelle qu'il a de réveiller en moi Vidée de la promenade, il renferme essentiellement une force uuitive de oette action avec tel ou tel sujet, force unitive que Ion cherche en vain dans l'infinitif. Que ce mot indéterminé, indéfini ou infinitif, soit tant qne l'on voudra susceptible de se revêtir dune forme qui lui communique la force unitive, la force verbale dont il s'ai^it, ce n'est pas ce qu'on lui refuse; mais que ce mot indéterminé, indéfini, infinitif, n'étant qu'infinitif, offre la valeur précise et U nature déterminée du verbe, c'est une contradiction et dans le son et dans le sens des mots.
Cette doctrine devient plus sensible dans l'application. Qu'un étranger me dise : Moi OKoir soif, moi vouloir boire , moi désirer manger , je comprends ce langage-, mais je ne puis na'empêcher de sentir que c'est un langage sans vie , sans nerf, sans liaison. Pourquoi? parce que l'âme du discours, la force unitive, le nœud de la proposition, l'essence du jugement, le verbe en un mot s'y fait désirer, malgré la présence de l'iiifiiiitif.
L'idée que présente linfinitif étant une idée vague et indéterminée, celle-ci précède, dans l'ordre de la nature , une idée plus précise : ainsi , l'idée générale prome/zer est dans mon esprit avant que je fasse
9B Vattrihulioii de celte action à Pierre, en disant Pierre promène. Comme l'idée plus générale précède nécessairement l'idée plus précise, l'expression de celle-là est également antérieure à l'expression de celle-ci. Donc, à s'en tenir à l'ordre naturel, l'infinitif est antérieur au verbe.
L'on conçoit même un état de choses où l'infinitif n'eût point requ les iiiflexions du verbe, ni par conséquent la force unitive essentielle à cette espèce-, et, afin qu'il ne reste aucun doute à ce sujet dans l'esprit du lecteur, nous pouvons lui garantir qu'il en est ainsi chez les Chinois. Ceux-ci disent /z^ô kln ngdi {j'aime, mot à mot moi présentement aimer') ^ ngô ngdi leaô {^ j'ai aimé ., mot à mot moi aimer finir ), ngô ciam ngdi {^j'aimerai., mot à mot m.oi aimer préparer ).
Mais si l'infinitif n'est pas verbe , et que le chinois ne s'exprime jamais que par des infinitifs, nous irons jusqu'à dire que le chinois n'a point de verbe. La conséquence est inévitable-, et, quoi qu'on en puisse dire, c'est notre pensée.
Mais une langue sans verbe , n'est-ce pas une langue avec laquelle on ne peut pas parler comme l'enseignent les grammairiens? C est ici que l'induction va trop loin. Il est vrai qu'une langue sans verbe n'a pas le moyen de lier ses propositions , comme ou peut le voir parles exemples proposés; mais ce qu'elle n'exprime pas , elle le fait deviner. Quand un Chinois dit hb ngdi clii mil, ( dignité, amour, qui, mère), celte phrase est aussi claire
polir nn autre Chinois, que si l'on disait parmi tioUSj mère tjui esl digne d'être aimée.
Il ne nous convient en aucune manière de vouloir pénétrer piqs avant dans le secret du chinois : c'est pourquoi nous laissons aux savans le soin de juger en dernier ressort noire proposition touchant les verlios de cette langue. Mais il nous appartenait d'aller jusque-là, pour ne rien omettre de tout ce qui nous paraissait le plus propre à initier le lecteur dans la théorie de nos infinitifs.
A ces préliminaires, déjà un peu longs, nous ajouterons quelques lignes de M. Beauzée , qui vont parfaitement à notre sujet.
« Quand une puissance agit ( dit ce grammai-
« rien) il faut distinguer l'action, l'acte, et la pas-
ft sion. L'acte est l'etret qui résulte de l'opération de
« la puissance ( res a(^a ) considéré en soi et sans
« aucun rapport, soit à la puissance qui l'a produit,
« soit au sujet sur qui est tombée l'opération de la
« puissance -, c'est l'effet vu dans l'abstraction la plus
« complète. \Jaction est l'opération même de la puis-
« sance ; c'est le mouvement physique ou moral
« qu'elle se donne pour produire l'effet, mais sans
« aucun rapport au sujet sur qui peut tomber l'o-
« péralion. La passion enfin est l'impression pro-
« duite dans le sujet sur qui est tombée l'opération.
« Ainsi \acte tient, en quelque manière, le milieu
« entre Vaction et la passion ; il est l'effet immédiat
« de Vaction j et la cause immédiate de la passion;
« il n'est ni Vaction ni la passion. Qui dit action^
lOO
c suppose une puissance qui opère; rjni d]l passion, « suppose un sujet qui recueil une impression-, mai» (( qui dit ac/e , fait abstraction et de 1k puissance « active et du sujet passif (i). »
L'on clierclierait en vain des idées plus nettes ou des expressions plus justes, pour conduire le lecteur à une notion claire de nos infinitifs. Il faut j distinguer Xdclion , Xarlc^ et \ a passion. L'acte est l'effet tjui résulte de l'opération de la puissance , considéré en soi et sans aucun rapport , soit à la puissance qui l'a produit , soit au sujet sur qui est tombée l'opéra/ion de la puissance ; c'est l'ejfet vu dans l'abstraction la plus complète. Voilà justement l'infinitif bas(pie oivisagé dans ses radicales : exemple, as.
Z, 'action est l'opération même de la puissa/ice ; c'est le mouvement physiijue ou moral qu elle se donne pour produire l'cj/et , mais sans aucun lapport au sujet sur qui peut tomber l'opération. C'est l'infinitif basque sous sa forme active : exemple, aste.
La passion enfin est fimpressiofi produite dans le sujet svr qui est tombée l'opération. C'est le même infinitif basque sous sa forme passive : exemple^ asi.
Ainsi le mot radical as ., f[ui n'exprime que r<7c/e^ ou lui sens de fahstractio/i la plus complète , est suscepliMe de deux formes qui en de'terminent l'espèce grammaticale. Si ce mot radical se revêt de la forme active <75/e, il l'cpond exactement à ce qu'on a coutume d'appeler infinitif; et c'est un nom d'existence,,
(i) Gramm. gén. ^ liv. 3., chap. 6., art. 2.
«Taction ou d'état, un vrai nom. qui se décline, avec ou sans article, sur le tableau de déclinaison nue nous avons déjà tracé : il n'a rien de commun avec les inflexions du verbe. Si ce mot radical prend la forme passive asi , il répond avi participe passif, et se décline, avec ou sans article, sur le même tableau que la foime précédente, sans jamais devenir verbe, quoi qu'on en puisse dire.
Il n en coûterait pas beaucoup pour effectuer la déclinaison de ces infinitifs, parfaitement conforme à celle de tout autre nom-, avec cette clause seulement, que les infinitifs ne sont pas usités au pluriel; mais les exemples que nous allons fournir parleront plus énergiquemeiit qu'aucun tableau de déclinaison.
Nous disons, en effet, selon la forme active, Boltsuartn haratce liori seinale carra do ( celle cessation, et, plus littéralement, ce cesser du pouls est un mauvais pronosli'c), comme nous disons Baratce hori ederra da (ce jardin est beau )•, nous disons harotcez kestione (à propos d'arrêter), comme haratcez keslione ( à propos de jardin ) -, baralceric ez ( point d'arrêter, point de cesser), comme baralceric ez ( point de jardin )•, baralceaz minico niz (je parle d'arrêter), comme baralceaz ininlço niz (je parle du jardin)-, baralceco (pour arrêter), comme baralceco (pour le jardin )•, baralceco eguna ( le jour d'arrêter), comme baralceco lorea (la fleur du jardin); baratcera joatea (aller arrêter), comme baratcera Joalea ( aller au Jardin )•, baratcelic jilea (venir d'ar-
rêter), comme haratcetic jilea (venir du jardin J, Nous disons de même, dans le sens passif, aciz kestiont (à propos de nourri), comme aciz kestione (à propos de semence)-, ociric ez ( point de nourri )y comme ociric ez (point de semence); acitcol (pour nourri), comme acitcat (pour semence), aciaz (du nourri), comme aciaz (de la semence), ^c.
C'est dans la déclinaison de cette double formule qu'il faut aller prendre tant d'inflexions que l'on avait cru juscju'ici devoir chercher dans les domaines du verbe. Commençons par l'expression erortean. Cette façon de parler signifie en tombant ; mais par quel secret ? Le voici : le point où l'on est Çubi) s'exprime par le cas positif, comme barneaii (dans l'intérieur), etchean (dans la maison )y ohean (dans le lit), S:c. Or l'action que l'on fait présentement peut être envisagée comme le point où l'on est , et dès lors s'exprimer aussi par le positif : de là l'expression erorlcan n'est autre chose que l'infinitif eror/eû' (le tomber), rais au cas positif: elle signifie donc littéralement dans le tomber.
Cette façon de parler, qui paraît extraordinaire quand on l'entend analyser pour la première fois, n'est pas une locution propre à notre langue : on dit en hébreu hiphkod ( en visitant ), et le sens littéral de ce mot est dans visiier-^ on dit en grec en to piptein {en tondmnt , littéralement dans le tomber), en to phitein ton thton ( mot à mot dans V aimer Dieu). Quand Virgile a dit, et cantate pares , et respondere parati ; il a sous-entendu la particule in
devant le premier înfinilif, disent les commenfaleurs. jNous disons en français, élre à manger^ à boire, Sec, comme c//'e à la maison, a In campagne , ^c.
Comme l'action sur la(juel!e on est présentement peut être assimilée au point de l'espace où l'on existe, où l'on agit {ubi)^ elle peut de même repi'ésenter u.n point de départ ( undc)-^ c'est ainsi que nous envisageons souvent dans le français l'action exprimée par l'infinitif, puis([ue nous disons, Je viens de ('oir la capitale , comme Je liens de la capitale; Je i>iens de visiter mes greniers , comme Je viens de mes greniers. Les actions voir , visiter , sont envisagées ici comme des points de départ, et par cette fiction elles deviennent complémens de la préposition de , aussi bien que les noms capitale , greniers. C'est la même fiction et la même tournure dans l'hébreu miphphehod , dans le latin à visitando.
Ces observations faites , il est aisé de comprendre que les formes basques en îc, telles qyxe jatetic , edatetic , ikusletic , &c., ne sont que les ablatifs des noms jatea , edatea , ilaist^a , ablatifs commandés par le point de vue sous lequel ou envisage les actions qu'expriment ces mots. Ainsi cette phrase, Cure ai taren ikustelic jiten niz (je viens de voir votre père), signifie, mot à mot, Je viens du voir de votre père.
Les formes yV7/?/c j edanic , ikusiric j ont évidemment une terminaison commune avec celles dont nous venons de parler, et sont également des ablatifs qui expriment un rapport d'éloignemcnt, ou dans l'ordre physique ou dans l'ordre moral-, tout«
io4
la (lifï'érencc dos premières formes aux dernières, consiste en ce que celles-là ont un sens actif, et celles-ci un sens passif Consé([uemment cette phrase , Cui'e alla ikusiric jileii niz^ signifie , comme celle de l'exemple précèdent, Je liens de vnir voire père. Mais si Ion veut rendre plus scrupuleusement la force du mot ikudric ^ il faut dire ici: Je viens de voire père vu. Et qu'on ne dise p-as que cette traduction supposerait qu'il y a ikusilic et non ikusiric : nous avons observé plus d'une fois que la première des deux formides est l'ablatif singulier, et l'autre l'ablatif de la section indéfinie, comme on le voit dans ces façons de parler, Ez da eginic (il n'y en a point de fait), Ez da erreric ( il n'y en a point de cuit ) ^c.
L'action que l'on va faire peut être envisagée comme un point de l'espace où l'on se porte [qu6)\ et ce rapport d'approximation, ce mouvement moral vers l'action dont il s'agit, s'exprime heureusement par le cas appelé approximatif. Confonnément à cette doctrine, nous disons^ Ha stera noa, Mintçatcera noa, Ikhuslera noa {Je vais commencer , Je vais parler, Je vais voir, ou plutôt, Je vais au commencer. Je vais au parler, &c.-, comme Je vais au jardin, &c.- en hébreu liphkod , en latin ad visitandum , (kc).
Le lieu par où l'on passe (quà)^ l'espace ou let milieu que l'on traverse ( médium ) , l'instrument ou le moyen par lequel une chose se fait {médium) y veulent dans le basque le cas appelé médiatif, caractérisé par la terminaison az, ez , iz , oz, uz. Il
io5 n'est pas clifTicile de reconnaître cette inflexion dans les mots janez , ikhusiz , baraliiz , &c. De là quand je dis , Gicona janez bici da ( l'iionime vit en mangeant), la traduction littérale est Ihomme vil par le manger, ou plutôt l' homme vil par le mangé : car janez dérive de la forme jon , qui est tout à la fois et le radical de cette famille et l'inflexion passive de ce mot, comme on le voit en d'xsAnt Jana (le mangé on la chose mangée ).
Nous voici maintenant en état d'apprécier au juste une infinité de mots que Ton avait coutume d'appeler verbes. Prenons pour exemple le soi-disant verbe tomber : il fait au présent , erorten niz ( je tombe), erorten hiz (tu tombes ), erorten da (il tombe), erorten gire (nous tombons), &c. Si ce que nous avons dit de l'expression erorlean est exact, la formule erorlean niz doit signifier, je suis dans le tomber , ou dans Vacle de tomber. 11 est vrai que nous disons par syncope , erorten pour erorlean; mais de quelle conséquence peut être la suppression de la lettre a , puisqu'on dit indidTérenunent, selon le dialecte, elchean , elchen ou elchin (dans la maison )? Si cependant on vent attacher quelque importance à cette voyelle, il est permis de croire que son absence dénote Vabsence de l'article-, ce qui ne paraît pas invraisemblable, après ce qui a été dit à la page l\6.
Il résulte de cette observation que, dans les formules du présent erorten niz, erorten hiz ^ 8ic. , le mot erorten , qui exprime raciion de tomber, n'est pas un verbe, mais bien un nom au cas positif.
Le prétérit erori niz ( je suis tombe ) se compose aussi du verbe niz (je suis), et de la formule passive erori^ dont le sens adjectif se manifeste encore mieux si l'on y ajoute l'article, en disant eroria niz, c'est-à-dire mot à mot,ye suis tombé ou celui qui est tombé.
Le fntur erorico niz (je tomberai) offre le même verbe et la même forme passive avec la terminaison ro, laquelle est propre à exprimer la futurition, par la vertu qu'elle a de signifier la destination à, pour^ C'est dans ce même goût que l'on dit en espagnol, esta par llegar ( il est pour arriver ).
Notre futur s'exprime encore par la désinence en^ comme jaikiren niz (je me lèverai ),yort'7ie/2«/3 (j'irai). Pour comprendre que cette formule n'exprime le futur que par une valeur empruntée de la déclinaison, il suffit d'observer que le cas destinatif «//â'/'e/z/ca/^ aitarendaco (pour le père), amarentcat ^ amarendaco (pour la mère), s'abrège quelquefois en cette manière, aitaren ^ amaren ^ Sic, Cette observation faite, l'on comprend aisément que la double formule dont il s'agit n'est synonime en cet endroit que parce qu'elle l'est aussi dans la déclinaison.
Tout ce que nous avons dit des infinitifs combinés avec le verbe niz, se vérifie également dans leur combinaison avec le verbe dut : ainsi ihhusten dut y pour ikhustean dut , répond littéralement au mauvais latin habeo in t-'idere ; ikhusi dut serait habeo i>isum; iJihusico dut ou ikhusiren dut, habeo videndum. Il serait aisé de s'étendre à d'autres détails de cette
espèce-, mais ces locutions deviennent fastidieuses, quaud on est obligé de les reproduire eu une langue qui n'a pas la ressource de les traduire fidèlement. Après tout, nous croyons avoir donné à la matière des infinitifs une étendue suffisante pour rendre à la famille des noms cette classe si longtemps confondue avec les verbes-, et, s'il arrivait que le lecteur fût encore embarrassé pour découvrir dans le domaine de la déclinaison quelques-unes de ces inflexions réputées verbales, nous l'invitons à eéder à l'analogie, c'est-à-dire à juger de la partie inconnue par l'enseml)le du système connu, qui garantit suffisamment ces vérités pailielles que le lecteur n'atteindrait pas. Ce que nous pouvons au moins solliciter en faveur du nouvel aperçu que l'on vient de soumettre à la censure du public, c'est que chacun suspende son jugement jusqu'au temps où il pourra se rendre témoignage qu'd saisit le génie, et pénètre les secrets de la langue qui nous occupe.
Quoiqu'il soit vrai, en règle générale, que les infinitifs basques sont restés dans la classe des noms, soit appellatifs soit adjectifs-, il en est auxquels lusage a donné des inflexions verbales, et conséquemment une force coputotwe , qui en fait à bon droit autant de copules ou de verbes. Ainsi, des infinitifs egon (rester), ethor (venir), ?/!)// (agir), er«Z»//(agitei'), eramon (enlever), eras (jaser), &:c. -, l'on fait nago ( je reste ) , hago ( tu restes ) , dago ( il reste ) , gaudc (nous restons), S:c.-, nator (je viens), halor (tu viens), dator (il vient), galoz (nous venons), &c. -, nahila
(j'agis), liahila (tu agis), dahila (il agit), gahiltca (nous agissons ), ^c. -, deramal (j'enlève), dcramac (tu enlèves ), r/e/77//?rt' (il enlève), deramagu (nous enlevons), &c. ; derauntsat (je jase), derauntsac) tu jases), deraimtsa (il jase), &c.
Nous avons donc rencontré enfin les verbes de notre langue, tels que niz ^ nago^ nabila ^ nator ^ noa; dut^ dahilat^ deramal^ derauntsat; et un petit nombre d'autres.
Le matériel même de ces mots semble avertir qu'il se partagent en deux familles, l'une marquée par le caractéristique n^ l'autre par le caractéi'istique d.
Cette division , indiquée par le matériel des syllabes, est commandée par la nature et le sens de nos verbes : les uns (en n) ayant un sens affirmatif de la substance même de leur sujet, et les autres ( en d) -an sens alFirmatif, non plus de la substance de leur sujet, mais de son action sur un autre.
Il s'en faut bien que ces verbes soient d'une importance égale : il en est un daus chaque famille, dont le sens étendu renferme celui de tous les autres , et qui prête ses radicales à tous les membres de la même famille. Ainsi, niz ou naiz., qui esta la tête de la première, est un verbe substantif, offrant l'idée générale êli'e ; et nago ^ nabila ^ notor^ noa ^ sont des verbes substantifs subalternes, qui détenninent les idées plus bornées et plus précises, être en repos , cire en action , être en action d'aller , être en action de venir : et, comme ils ne sont qu'un instrumcnS
qui modifie l'idée mère que présente le chef de la famille, ils n offrent aussi dans leur mécanisme que le matériel du même verbe eu clief, combiné avec un nom d'action ou d état. En effet, nogo résulte de la combinaison de naiz avec egun : tuiiz avec ibil donne nabila ; naiz avec eior fait nalor.
C'est la même subordination et la même communauté entre duL et ses subalternes : car qui ne voit dut erabil dans dabilal ^ dut eiamaii dans dtramat^ dut eraunts dans derauntsat^ &c. ?
Il ne résulte pas seulement de ces observations, que les formules niz^ dut ^ sont les deux verbes primitifs de notre langue -, l'on doit en recueillir de plus que la nature du verbe ne se rencontre absolument que là où se trouve fondue en quelque sorte l'une desdites fonnules : ce qui nous conduit à cette dernière conséquence, que la langue basque n'a, à propi'ement parler, que deux verbes.
Les êtres sont ^ et ils sont tous d'une certaine jnanière^ dit M. de Donald (i). . . . L'aioirest une manière de Vêlre , et la plus générale possible
Être et avoir, idées fondamentales de l'être. . . Être et Gi-'oir , fondement de toutes les langues ^ qui sont l'expression des êtres. De là nos verbes sont deux. Le premier répond avec avantage au verbe substantif être , connu dans toutes les langues -, et s'emploie dans tous les cas où il s'agit d'affirmer en quelque manière la substance du sujet. Le second est une sorte de verbe açoir .^ affirmatif de l'action la plus générale possible d'un sujet sur un autre.
(i) Lcgisl. priinit. , i. part., chap. 2,, $§5'**'9'' ^^-
Nous n'insisterons sur ces deux verbes qu'autant que cela nous paraîtra nécessaire pour en faire saî^ sir la juste valeur.
Ba-niz ou simplement iiiz je suis.
Ba-hiz ou hiz tu es.
Ba-cire ou cire vous (sing.) êtes.
Ba-da ou da i\ est.
Ba-gire ou gire nous sommes.
Ba-cirelt ou cirete vous (plur. ) êtes.
Ba-dire ou dire ils sont.
On voit du premier coup d'œil que ce verbe peut être conjugué avec ou sans la prépositive ba ■ avec la prépositive, ce semble, quand il est employé pour exprimer Texistence du sujet ; et sans la prépositive, quand il n'a d'autre fonction que de lier l'attribut et le sujet d'une proposition quelconque.
Quant à la nature de cette particule, il semble qu'on ne doit pas la distinguer de la particule affirmative hai^ laquelle se prononce souvent ha ^ comme en cet endroit. Les deux premières personnes «/s, Ais, paraissent d'ailleurs n'être autre chose que les pronoms ni^ hi^ au cas médiatif , d'où il résulterait que les formules ba-niz pour hai-niz^ el ba-hiz pour hai-hiz^ signifieraient, mot à mot, oui de moi^ oui de toi ; façon de parler qui n'aura sans doute rien que de trivial, au jugement de la plupart des lecteurs , mais qui ne laissera pas d'avoir un vrai mérite aux yeux des meilleurs juges, eu ce qu'elle l'appelle l'enfance du langage.
Cet aperçu pourrait d'ailleurs servir à éclaircir
Hiie question assez importante en grammaire. Si l'on prouvait que le premier de tous les verbes, le seul verbe qui soit incontestablement tel clans toutes les langues , le seul ^ei'be de droit , comme s'exprime Gébelin, n'est que le résultat d'une affirmation successivement lie'e à la première, à la seconde, à la troisième personne -, ce ne serait pas un faible te'moignage à l'appui du savant I.ancelot et des autres grammairiens qui placent la nature du verbe dans l'alïii'mation.
La même particule ha produit quelquefois un mode conditionnel, tel que bîci baniz (si je vis ). La raison de ceci est que la monosyllabe ba n'est plus alors l'abre'gé de l'aiïlrmation, mais bien la syncope de la particule conditionnelle baldin. II est reçu en effet que l'on dise baldin bici baniz (si je vis); or l'addition baldin n'a d'autre effet en cet endroit que de concourir à un ple'onasme qui plaît quelquefois à l'oreille, en remplissant la période, mais qui n'ajoute rien à la pensée exprimée par la forme bici baniz; parce que la valeur de la particule baldin se retrouve dans l'accompagnement ba de cette dernière forme.
C'est la même syncope de la conjonction baldin qu'il faut reconnaître dans la composition du mode haninlz^ hahinlz , &c., autre conditionnel qui diffère du premier, en ce que par celui-là je dis, si je suis (^si sini)^ sans nier que je sois-, tandis que par celuici je dis, si /étais (si essem), supposant que je ne suis pas : exemples, aberats baniz (si je suis riche),
ubctats hanintz ( si j'étais riche ). Ce dei'nler mode conditionnel s'emploie quelquefois dans le sens optatif.
De la forme haniz ou niz dérive le mode interrogatif «/::«? (suis-je?). La terminaison qui convertit ce mode en interrogalif , n'est autre cbo-e qu'une intei^cclion , telle que Tiiiterjection ein ^ connue dans le grec et dans le latin -, et c'est sons cette forme que se montre quelquefois notre mode interrogatif. Ainsi , nous disons indilieremment cirea ou cireia ? (sing. [êtes-vous?]), cireiea on cireleia? (plur. [êtes- Yous?]), dea ou deia? (est-il?), direa ou direia? (sontils?).
Si à l'indicatif niz , hiz , &c. , on ajoute la terminaison en, comme nizen , hizen , ciren , den , giren , cireten j diren , l'on aura un nouveau mode, dont les usages les plus ordinaires sont signales dans les exemples qui suivent : jin othe dew (savoir s il est venu ), certaco jin dek (pourquoi il est venu), nola jin den (comment il est venu), ceren jin den (parce qu'il est venu ).
Si lesdites formes nizen , hizen , &c. , reçoivent un surcroît de modification, et que l'on dise, nizeneco (pour lorsque je suis ), nizenetic (depuis que je suis ), nizenean (quand je suis), &:c. ; il est évident qu'il faut avoir recours à la déclinaison pour analyser la valeur de ces mots surcomposés.
Une autre forme assez semblable à celle dont on vient de parler, est la terminaison enetz , qui donne jiizenelZj hizenetz, cirenetz^ denelz , girenetz , cirelC'
ii3
netz , direnetz. Cette forme renferme la valeur du verbe accompagné de la particule latine (utràm)^ comme da!is ces phrases, £z dakit jiii denetz (je ne sais s il est venu ), Galda-çacu sarthu denetz (demandez s il est entré ).
La terminaison la ou ela ^ selon l'euphonie, ajoutée au mode indicatif iiiz , fait nizela , hizela , cireloy delà j girela , ciretela , direla , formule (jui répond à ce que la grammaire latine appelle que retranclié : exemples, Prestutu delà dio (il dit qu'il est devenu sage), Diote samurcor cirela ( ou dit que vous êtes colère.
De cette forme dérivent nizelaric (moi étant, ou pendant que je suis), nizelacolz (parce que je suis), nizelacoaii (dans l'hypothèse que), &c. Si l'on veut remonter jusqu'à la raison première qui justifie la force de ces locutions, c'est dans la déclinaison qu'il faut la chercher.
Les dllFérentes formes sous lesquelles nous avons envisagé jusqu'ici le verbe niz , n'étaient que de légères modifications de cet élément. Il \\e.i\ est pas ainsi de l'impératif: celui-ci a une manière d'être assez particulière pour commander un petit tableau séparé, ainsi qu'il suit.
Hadi
que tu, &rc.
Cite
que vous ( vous sing. ).
Btdi
qu'il.
Cilezle
que vous {i-ous plur. ).
Bite
qu'ils.
ii4
De ce mode se forme un impératif moins absolu , ou un optatif, en cette manière, nadin , Jiadin , citen , dadin , gilen , ctlezten , dilen. Son usage est le même que celui du subjonctif latin avec la particule ut.
INous laissons le soin de conjuguer le mode infinitif à ceux qui en font uuc portion du verbe-, quant à nous, nous sommes si éloigné de pouvoir exécuter cette conjugaison, que nous ne connaissons pas même linfiuitif du verbe niz ; car nous ne tenons pas pour sou infinitif la radicale ican , le passif icana , l'aclif içaitea : ces trois formules se modifient par la déclinaison, et n'ont pas même'des syllabes communes avec notre verbe substantif. D'ailleurs l'identité apparente du sens être dans l'infinitif et dans le verbe, ne nous en impose point : si l'infinitif en question est un nom d'être ou d'existence, le verbe n'exprime la même idée d'existence que parce qu'il dit affirmation, et que l'affirmation est réputée avoirpour premier objet l'existence du sujet. Cela est si vrai, que lorsque je dis^ Ican niz (j'ai été), la dernière syllabe représente uniquement la personne /«avec une idée d'alïirmation, et que l'idée d'être ou d'existence est exclusivement rendue par le mot radical ican.
Ces observations, qui ne sont qu'une ébauclie de notre système de modes , suffisent pour faire comprendre que cette partie de notre grammaire a été complètement négligée, et pour tracer une route sûre à ceux qui voudraient entreprendre de la traiter à fond. Passons à ce qui concerne la formation des temps.
ii5
Un événement, confioute avec l'instant où je parle, peut se trouver, ou siiïiuUaué, ou auteiicur, ou poste'rieur à cet instant : quand je dis, Erori niz (je suis tombé), je coufronte l'accident de tomber à l'instant où je parle , et je prononce que cet accident est antérieur à l'acte de ma parole-, quand je dis Erorten Jiiz (je toird)e), je confronte le même e've'nement au même instant, et je déclare que l'événement est simultané avec l'instant actuel-, enfin, quand je dis, Erorico niz (je tomberai), cet événement est encore en parallèle avec le moment présent , et il est annoncé comme postérieur à ce moment.
Les trois propositions énoncées ont ceci de commun, qu'elles établissent toutes une comparaison entre l événement et le moment actuel-, c'est pour cela que le verbe niz est invariablement employé au présent. Mais la première de ces propositions déclare l'événement antéx'ieur au dit instant, aussi accompagné-je le verbe d'un participe passé, qui est comme le nom d'une chose faite ; la seconde proposition dit la chose simultanée avec l'acte de la parole-, et pour cela j'ajoute au verbe un nom au positif, qui est synonime d'une chose se faisant ou dans se faille : enfin, la troisième proposition annonce l'événement comme postérieur à l'acte de la parole-, et pour cela je joins au verbe un nom au cas deslinatif, lequel vaut autant que le nom d'une chose à faire ou pour Jaire.
Jusqu'ici nous n'avons conjugué que le présent
ii6
du verbe être ; mais sa combinaison avec un nom nous a donné trois temps qui répondent au prétérit, au présent et au futur-, comme on le voit dans les tableaux suivans.
Ethorlcen
niz
je viens.
hiz
tu viens.
cire
vous venez.
da
il vient.
gire
nous venons.
cirete
vous venez.
dire
ils viennent.
Eihorri
niz
je suis venu.
hiz
tu es venu.
cire
vous êtes venu.
da
il est venu.
gire
nous sommes venus.
cirete
vous êtes venus.
dire
ils sont venus.
Ethorrico
niz
je viendrai.
hiz
tu viendras.
cire
vous viendrez.
da
il viendra.
gire
nous viendrons.
cirete
vous viendrez.
dire
ils viendront.
Comme un événement peut êtru confronté avec le moment présent, il peut l'être aussi avec un temps qui n'est plus, par exemple, avec le jour d'bier :
ciiieii
vous étiez.
cen
il était.
gin en
nous étions
cineten
vous étiez.
ciren
ils étaient.
ii7 or pour ce nouveau rapprochement nous employons un autre temps du verbe, qui répond au temps appelé communément imparfait, et qui se conjugue de la manière suivante.
Ba-nintzen ou simplement ninlcen j'étais.
Ba-hintzen ou hintcen tu étais.
Ba-cinen ou
Ba-cen ou
Ba-gineii ou
Ba-cineten ou
Ba-cirtn ou
Non seulement un événement peut être comparé à un temps qui n'est plus, mais encore il peut avoir avec ce temps le même triple rapport de simultanéité ou d'antériorité ou de postériorité que ci-dessus-, ce qui s'exprime par l'inflexion nintzen combinée avec un nom sous trois formes, toutes trois les mêmes que dans l'exemple précédent. Ainsi l'on .•îura :
Elliortcen ninlzen je venais.
hinlzen tu venais.
cinen vous veniez.
cen il venait.
ginen nous venions.
cineten vous veniez.
ciren ils venaient.
Ethorri nintzen j'étais venu.
hinlzen tu étais venu.
ii8 rinen vous étiez venu.
cen il était venu.
giiien nous étions venus.
cineten vous étiez venus.
ciren ils étaient venus.
Elhorrico mntzen je serais venu.
hintzen tu serais venu.
ciiien vous seriez venu.
cen il serait venu.
ginen nous sei'ions venus.
cineten vous seriez venus.
clten ils seraient venus.
Ce n'est pas uniquement pour cette combinaison avec le nom que les deux formes verbales niz, nintzen , ont une marche commune: elles suivent partout les mêmes règles; ainsi tout ce qne nous avons dit de la particule ba , des modes interrogatif, conditionnel, conjonctif, &c., des terminaisons an ic , an, co , &c. , toutes ces observations, et toutes celles que Ton peut faire sur la première forme, doivent s'étendre également et sans exception à la seconde.
Affirmer l'existence du sujet ou sa liaison avec l'attribut, étant les seules fonctions propres du verbe être , il est clair que ce verbe est essentiellement intra/isùif. Mais ce que sa nature n'exigeait pas, l'usage le lui a donné ; lui a donné, dis-je, une conjugaison trafiskhe, selon laquelle il affirme son sujet avec relation à un autre. Présentons d'abord cette conjugaison intéressante, dépouillée de tout accès-
soire, sauf à nous expliquer bientôt sur la manière de l'employer.
Nitçouc
je te
suis
( te maso. ).
Nincaiin
je te
suis
( te fém. ).
Nitçauçu
je vous suis
( l'eus sing.
Nilcaucue
je vous suis
( vous plur.
Nitçaco
je lui
1 suis.
Nitçacote
je leur suis.
Gitcauc.
nous
te sommes
( te maso. ).
Gilçaun
nous
te sommes
( te fém. ).
Gitcauçu
nous
vous sommes
( wz/5 sing.
Gilçaucue
nous
vous sommes
( i^ous plur.
Gitcaio
nous
lui sommes.
Gilçaiote
nous
leur sommes,
Hilçaut
tu m'es.
Hilçaucii
tu nous es.
Hitçaco
tu lui es.
Hitçacote
tu leur es.
Cùçaut
vous
m'êtes
( i-'ous sing.
Citçaucu
vous
nous êtes
idem.
Cilcaco
vous
lui êtes
idem.
Citçacote
vous
leur êtes
idem.
Cilcautel
vous
m'êtes
( pous plur.
Citçautegu
vous
nous êtes
idem.
Citcaicote
vous
lui êtes
idem.
Cilcaizcott
vous
leur êtes
idem.
Caut
il m'est.
Caucu
il nous est.
Caue
il t'est
( te masc.^.
Caiin
il tVst
{te fem. ).
Cautcu
il vous est
( i-ous sing, ).
Cautcuc
il vous est
( {,'ous plur. ).
Caco
il lui est.
Cacote
il leur est.
Cait
ils me sont.
Caicu
ils nous sont.
Caic
ils te sont
{te masc).
Caiii
ils te sont
{te fém.).
Caitcu
ils vous sont
( i'oiis sing. ).
Caitcue
ils vous sont
( t^oiis plur. ),
Coizco
ils lui sont.
Çaizcote
ils leur sont.
Une routine funeste avait toujours supposé, comme principe certain, que chaque temps des verbes basques devait se renfermer nécessairement dans les bornes de six inflexions qui fussent en rapport avec celles de la conjugaison latine. Mais nous voilà dégages des liens de cette pernicieuse contrainte : un premier coup d'œil sur le paradigme qui vient d'être proposé a suffi pour voir clairement que, des quarante formes qui le composent , il n'en est pas une qui soit moins essentielle que l'autre au présent de l'indicatif.
Ce temps est un, si l'on n'envisage que le verbe, lequel affirme luiiquement avec relation à l'instant actuel; mais l'état ou l'action dont il s'agit pouvant être passé, présent ou futur, par rapport à ce
iwêrae instant, la même forme verbale donnera des temps dlifereiis , selon la diverse forme du mot qui l'accompagne-, ainsi, Ethorrico nilcauc (je viendrai à toi), Elhortcen nilcauc (je viens à toi), Ethorri nilcauc ( je suis venu à loi ) , Ethorrico hifcaut ( tu viendras à moi), Elhortcen hilcaul (tu viens à moi), Ethorri hilcaut (tu es venu à moi ), &:c. , K'c. Si Ton se résignait à entendre une traduction barbare pour l'avoir plus fidèle, nous rendrions les phrases ci-dessus par celles-ci : Je te suis pour venir ^ Je te suis dans f^enir j Je te suis venu, &c.
De même que dans la conjugaison intransitive, il est aussi dans celle que nous traitons un passé dont le propre est de comparer révénemcnt à un temps qui n'est plus. En voici la forme :
Nintcaucan
Nintçaunan
Niniçauçun
Nintçaucuen
Nintçacon
Ninlçacolen
Gmtcaucan
Gintcaunan
Gintcaucun
Gintçaucuen
Ginfcacon
Gintcacoten
Hinicautan Hintcaucun
je te étais je te étais je vous étais je vous étais je lui étais, je leur étais.
nous te étions nous te, &c.
nous vous nous vous nous lui.
nous leur.
tu me.
lu nous.
( le masc. ).
( te fém. ).
( vous sing. ).
( vous plur. ).
( te masc. ).
( te fém. ).
( vous sing. ) ( vous plur. ).
Hintçacon
lu lui.
Hinlçacotcn
tu leur.
Cinitçautan
vous me étiez
( vous sing. \
Cinitçaucun
vous nous, &c.
idem.
Cinilçacon
vous lui
idem.
Cinilçacoten
vous leur
Cinitcautean
vous me
( vous plur. ).
Cinilcautegun
vous nous
idem.
Cinitcacoten
vous lui
idem.
Cinitçaizcolen
vous leur
idem.
Citçautan
il me était.
Citçoucun
il nous, &c.
Citçaucan
il te
( te masc. ).
Cilçaunan
il te
( te fera. ).
Cilçauçiin
il vous
( vous sing. ).
Cilcaucuen
il vous
( vous plur. ).
Citçacon
il lui.
Cilçacoten
il leur.
Cilçaitan
ils me étaient.
Cilçaicun
ils nous, &:c.
Cilçaican
ils te
( te masc. ).
Citçainan
ils te
{te fe'm. ).
Citcaicun
ils vous
( vous sing. ).
Citçaicuen
ils vous
( vous plur. ).
Citçaizcon
ils lui.
Cilcaizcoten
ils leur.
Il serait inutile de répéter que cette portion de la conjugaison transitive, accompagnée d'un nom.
forme differens temps. L'on n'a pas oublié que celte observation , et tontes celles qui accompagnent la première conjugaison, sont applicables à chaque verbe et à chaque portion du verbe. Aussi, pour la même raison que ci-dessus, page it4, nous croyons avoir assez pesé sur celte forme lorsque nous en aurons conjugué l'impératif.
Hakiat tu me sois.
HaJiigu
tu nous, &c.
Hakio
tu lui.
Hakiote
lu leur.
Cazkiat
vous me
( w«5 sing. ).
Cazkigu
vous nous
idem.
Cazkio
vous lui
idem.
Çazkiote
vous leur
idem.
Caizkittt
vous me
( i^ous plur. ).
Caizkitegu
vous nous
idem.
Caizkio
vous lui
idem.
Caizkiole
vous leur
idem.
Bek'at
il me.
Bekigu
il nous.
Bekio
il lui.
Bekiote
il leur.
Bekilet
ils me.
Bezkigii
ils nous.
Bezkio
ils lui.
Bezkiole
ils leur.
Un grammairien, quelque peu philosophe, qui croit riiomme créateur du langage, disait, il J a
quelf{ues années, qu'on ne saurait trop admirer (c ceC « efl'ort de I esprit humain, qui lui a fait lrou\^ry « par un artifice tout-à-fait ingénieux, le moyen <Vex- K primer par un seul mot Texistence sous tel atlri- « but, une idée accessoire relative au point de \ne « sons lequel noire esprit envisage cette existence , « une autre relative ou au passé, ou au présent^ « ou au futur, sous chacun de ces points de vue, et « d'autres relatives au nombre et aux pei'sonnes, et «dans certaines langues au genre-, et d'exprimer « ainsi au moins cent soixante-quinze idées difféec rentes, ayant toutes une base commune, par cent « soixante-quinze mots, différens à certains égards, « quoique ayant une ressemblance générale, et étant « tous dérivés du même. Si Ton compare (continue €c notre auteur) cette fécondité des résultats avec « la sirapMcité des moyens, on ne pourra s'empê- « cher de considérer la formation des verbes comte me l'un des plus heureux et des plus sublimes ef- « forts du génie de l'homme. »
Ne semble-t-il pas, au premier coup d'oeil, que ce grammairien soit admirateur à l'excès des résultats du verbe , comparés o la simplicité des moyens que Von y emploie ? Toutefois à nos yeux il n'admire pas assez ces prodigieux résultats-, et parce que nous les admirons plus que lui, nous ne pensons pas qu'il soit permis de les attribuer aux efforts du génie de l'honnne. Nous ne nous arrêterons pas ici à établir une assertion qui n'est pas précisément de notre objet; mais nous dirons volontiers, avec M. de
îionald : « Explique qui voudra coniruent toutes les « combiuaisous merveilleuses de la parole ont été « inventées chez des peuples qui ne connaissent pas « même les moyens les plus simples de rendre la « vie commode, de se couvrir, de préparer leurs « alimens, &c. -, mais, en vérité, j'admire comment « des hommes si dilïîciles sur les preuves de la vé- « rite, admettent sans preuve cette étrange asser- « tion (i). ))
S'il est vrai que les secrets du langage humain sont profonds -, que le mécanisme du verbe en particulier présente un caractère divin dans chaque langue, nous ne craignons pas de dire que ce caractère est surtout bien marqué dans la conjugaison basque. Ce que nous en avons dit jusqu'ici fijt-il encore peu de chose pour justifier notre assertion, elle sera comme invinciblement prouvée par le développement du verbe le plus intéressant qui existe dans le langage humain.
Affirmer l'influence la plus étendue qui se puisse imaginer, l'action la plus générale possible d'un sujet sur un autre, telle est la valeur première et la fonction essentielle de notre verbe actif. Renfermer en soi les pronoms tant singuliers que pluriels des trois personnes-, épuiser avec un laconisme parfait toutes les combinaisons mathémaliquement possibles entre les six pronoms personnels , en les présentant d'abord deux à deux, puis trois à trois; exprimer, avec une facilité qui étoime, une variété
(i) Législ. primit., liv. i. , note sur \c §. i. du cLap. 2,
qui enchante, une rapidité d'expression que rien n'égale, toutes les attitudes ou situations respectives que peuvent prendre ces divers pronoms , employés en sujet et en complément, en complément direct et en complément indirect-, tel est le mécanisme intéressant et la richesse singulière de ce verhe incomparable. C'est de ce verbe que M. Lécluse a dit (i) : « La conjugaison basque nous offre un ap- « pareil prodigieusement varié. . . . Elle marque les « relations directes et indirectes des différentes perte sonnes entre elles, avec tant de richesse et de ré- « gularité, qu'elle peut à juste titre être considérée a comme un chef-d'œuvre philosophique. » Mais pourquoi insister davantage sur un sujet qui parle aux yeux? Les lecteurs auxquels nous nous devons le plus, sauront apprécier eux-mêmes ce que nous ne pouvons exprimer. Un coup d'œil sur les tableaux qui suivent avancera plus que toutes nos réflexions.
Comme la manière la moins m.auvaise de traduire notre verbe niz est de le rendre par l'expression êlre ; ainsi l'expression moir est la moins impropre qui soit pour repi'ésenter notre verbe dut. Ce serait aussi celle que nous choisirions de préférence à toute autre, s'il fallait traduire ledit verbe isolément: mais nous pensons le faire mieux connaître , en donnant à sa première personne un accompagnement, que le lecteur pourra suppléer dans toute la suite du verbe.
(i) Manuel de la lar>g. basq. , pag. 47.
Othoiztu hut
je t'ai prié.
Othoizlen hut
je te prie.
Othoiztuco hut
je te prierai.
hugu
nous te, &:c.
hu
il te.
hute
ils te.
cilut
je vous
{i-'ous sing.),
citugu
nous vous
cita
il vous
idem.
cituzte
ils vous
idem.
cùuztet
je vous
(wi/s plur.),
cituztegu
nous vous
idem.
cituzte
il vous
idem.
cituztete
ils vous
idem.
dut
je le.
dugu
nous le.
duc
tu le
{tu masc.}.
dun
tu le
{tu fe'm.).
duçu
vous le
{vous sing.).
duçue
vous le
{vous plur.).
du
il le.
du te
ils le.
ditut
je les.
dilugu
nous les.
dituc
lu les
{tu masc).
dilun
tu les
{tu fe'm.).
dilucu
vous les
{vous sing.).
dilucue
vous les
{vous plur.).
dilu
il les.
diluzte
ils les.
nue
tu me
{tu masc).
nun
tu me
{tu fém.).
71UCU
vous me
{i^'ous sing.).
nuçue
vous vae
{i^ous plur.).
nu
il me.
nute
ils me
gituc
tu nous
{tu masc).
gilun
tu nous
{tu fém.).
gituçu
vous nous
{i,'ous sing.).
gilucue
vous nous
{i-'ous plur.).
gilu
il nous.
gituzte
ils nous.
Oihoiztu
hintuaii
je t'avais prié.
Olhoizten
hintuan
je te priais.
Olhoiztucc
1 hinluaa
je t'aurais prié.
hintugun
nous te, &c.
hintuen
il te.
hinluzlin
ils te.
cintuan
je vous
{vous sing,),
cintugun
nous vous
cintuen
il vous
idem.
cintuzttn
ils vous
idem.
cintuztean
je vous
{i-'uus plur.).
cintuztegun
nous vous
idem.
cintuzten
il vous
idem.
cintuzteten
ils vous
idem.
nuen
je le.
ginuen
nous le.
huen
tu le.
èînuen
vous le
{vous sing. ).
cinulen
vous le
{vous plur.).
eue II
il le.
eut en
ils le.
nintuen
je les.
gintuen
uous les.
hintaen
tu les.
ciniluen
vous les
{vous sing. ).
cinuzlen
vous les
{vous plur.).
cituen
il les.
cituzten
ils les.
ninlucan
tu me
{tu masc).
nintunan
tu me
( tu fëm. ).
nintuçwi
vous me
{vous sing.)'
nintucueii
vous me
{vous pluv.)
nintuen
il me.
nintuzten
ils me.
gintucan
tu nous
{tu masc).
gintunan
tu nous
{tu fém. ).
gintucan
vous nous
{vous sing.).
gintucuen
vous nous
{vous plur.).
gintuen gintuzten
il uous.
ils uous.
Othoiz €çac,çac ou ac prie (tu) le. {lu masc.).
çan tu le {tu feui.).
çaçu vous le {vous sing.).
caçue vous le {vous plur.).
beca il le.
beçate . ils le.
çatcic
çatcin
çalcii
çotçue
hitca
hitçate
neçoc
neçan
neçaçu
neçaçue
neça
neçate
gilçac
gitçan
gitcaçu
gitcaçue
gilça
gitçate
tu les {tu masc. ).
tu les (/« fém.).
vous les (^vous sing,).
vous les (j'ow5 plur.).
il les.
ils les.
tu me (/;/ masc).
tu me (/w fem.).
vous me (i-'ous sing.).
vous me (^i^'ous plur.), il me.
ils me.
tu nous {tu masc.).
tu nous {tu fem.).
vous nous ((-'o?/5 sing.).
vous nous {^'ous plur.).
il nous, ils nous.
On découvre dans le syriaque quelques vestiges de ce secret par lequel nous fesons entrer dans le verbe l'expression de son légime direct : ainsi on peut dire en cette langue, à l'aide de quelques affixes ou additions faites au \erhe : dedi illum ego (je l'ai donné ), dedisli tu euin { tu l'as donné), dédit illc ewn (il fa donné); mais ce que peut le syriaque à cet égard est peu de chose , par comparaison au système suivi et complet qui vient d'être exposé. Reste à effectuer la conjugaison transitive à double régime, conjugaison sans rivale, selon toute apparence.
Eman daiat
je te l'ai donnd.
{te masc).
Emaiten daiat
je te le donne.
idem.
Etnanen daiat
je te le donnerai
. idem.
daitcint
je te les, &c.
idem.
daunat
je te le.
(/e fëm.).
daitcviat
je te les.
idem.
dautcut.
je vous le
{vous sing.).
dailcut
je vous les
idem.
daulçuet
je vous le
{vous plur.)*
daitçuet
je vous les
idem.
dacot
je le lui.
daizcot
je les lui.
daiet
je le leur.
daiztet
je les leur.
daiogu
nous te le
{te masc).
daitciagu
nous te les
idem.
daitnagu
nous te le
{te fém.).
dailcinagu
nous te les
idem.
daiilçugu
nous vous le
{vous sing.),
daitcugii
nous vous les
idem.
dautçuegu
nous vous le
{vous plur.),
daitçuegii
nous vous les
idem.
dacogii
nous le lui.
daizcogu
nous les lui.
daiegu
nous le leur.
daiztegu
nous les leur.
dautac
lu me le
( tu masc. )
daiztac
tu me les
idem.
dautan
tu me le
{tu fém.)
daiztan
tu
me les
idem.
daucuc
tu
nous le !
'tu masc).
doizcuc
tu
nous les
duucuii
tu
nous le (
[tu fém. ).
daizcun
tu
uous les
idem.
dacoc
tu
le
lui (
'tu masc).
daizcoc
tu
les lui
idem.
dacon
tu
le
lui (
'Ju fém.).
daizcon
tu
les lui
idem.
dacotec
tu
le
leur (
'tu maso.)*
daizcotec
tu
les leur
idem.
daien
tu
le
leur '(
'tu fe'm.).
daizlen
tu
les leur
idem.
dautacu
vous
me le
\'ous sing.)
daiztaçu
vous
me les
idem.
daucuçu
vous
nous le
idem.
daizcuçu
vous
nous les
idem.
dacoçu
vous
le lui
idem.
daizcoçu
vous
les lui
daieçu
vous
le leur
idem.
daizteçu
vous
les leur
idem.
dautaçue
vous
me le (
' i^'ous plur.)
daiztaçue
vous
me les
idem.
daucuçue
vous
nous le
idem.
daizcuçue
vous
nous les
idem.
dacocue
vous
le lui
idem.
daizcoçue
vous
les lui
idem.
daieçue
vous
le leur
idem.
daiztecue
vous
les leur
idem.
daut
me le.
dait
me les.
daucu
nous le.
daizcii
nous les.
dauc
te le
{te raasc).
daic
te les
idem.
daun
te le
{te fëm.)
daiii
te les
idem.
daiilçu
vous le
( i^ous sing.
daitçu
vous les
idem.
dautçue
vous le
{l'ous plur.
dailcue
vous les
idem.
daco
il le lui.
daizco
il les lui.
daie
le leur.
daizle
il les leur.
dautate
ils
me le.
daizfate
ils
me les.
daucule
ils
nous le.
daizcute
ils
nous les.
daie
ils
te le
{te masc.)
daizkie
ils
te les
idem.
daune
ils
te le
{te fe'm.).
daizkine
ils
te les
idem.
daulçule
ils
vous le
{vous sing.
dailcule
ils
vous les
daidçuete
ils
vous le.
dailçuete
ils
vous les.
dacote
ils le lui.
daizcote
ils les lui.
dràete
ils le leur.
daiztete
ils les leur.
Eman
naiicon
je te l'avais donné
{te masr.).
Einaùen
naucan
je te le donnais
Emanen
naucan
je le l'aurais donné idem.
naizkian
je te les, &c.
idem.
naiinan
je te le
{te fém.).
naizkinon
je te les
idem.
naulcun
je vous le
(t-'ous sing.),
naifcun
je vous les
idem.
nautcuen
je vous le
(i^ous plur,),
naUcutn
je vous les
idem.
nacon
je le lui.
naizcon
je les lui.
naien
je le leur.
naizten
je les leur.
ginaucan
nous te le
(te niasc).
ginaizcau
nous le les
idem.
ginaunan
nous te le
(te fém.).
ginainan
nous te les
idem.
ginaulcun
nous vous le
(i^oas sing.),
ginaitcun
nous vous les
idem.
ginautçuen
nous vous le
(i.'ous pluY.),
ginailçiien
nous vous les
idem^
ginacon
nous le lui.
ginaizcon
nous les lui.
ginacoten
nous le leur.
ginaizcoten
nous les leur.
hautan
tu me le (
tu masc. féna.).
haiztan
tu me les
idem.
hauciin
tu nous le
idem.
haizcun
tu nous les
idem.
hacon
tu le
lui
idem.
haizcoii
tu les lui
idem.
hacoteii
tu le
: leur
idem.
haizcoten
tu les leur
idem.
cinauian
vous
me le
(^w/5 siug.).
cinaiztan
vous
me les
idem.
cinaucua
vous
nous le
idem.
cinaizcun
vous
nous les
idem.
cinacon
vous
le lui
cinaizcon
vous
les lui
idem.
cînacoten
vous
le leur
idem.
cinaizcoten
vous
les leur
idem.
cinautalen
vous
me le
{{^•ous plur.).
cinaiztalen
vous
me les
idem.
cinaucuten
vous
nous le
cinaizcuten
vous
nous les
idem.
cinacoten
vous
le lui
idem.
cinaizcoten
vous
les lui
idem.
cinaieten
vous
le leur
idem.
cinaizteten
vous
les leur
idem.
çaiitan
il me
; le.
çaizton
il me
• les.
raucun
il nous le.
çaizcun
il nous les.
caucon
il te
le
( It masc. ).
çaizcan
te les
(/e masc.)
çaunan
il 1
te le
{le fc^m.).
çainan
il 1
te les
idem.
çautçun
il '
^-ous le
( vous sing.
çaitcun
vous les
idem.
çautcuen
vous le
{vous plur.
çaitçuen
vous les
çacon
le lui.
çaizcon
les lui.
çaien
il le leur.
çaielen
il les leur.
çautaten
ils
me le.
çaiztaten
ils
me les.
çaucuten
ils
nous le.
çaizcuten
ils
nous les.
çaucalen
ils
te le
{te masc).
çaizcaien
ils
te les
idem.
çaunaten
ils
te le
( te fém. ).
çdinaten
ils
te les
idem.
çautçuten
ils
vous le
{vous sing.
çaitçulen
ils
vous les
idem.
çautçuelen
ils
vous le
{vous plur,
çaitçueten
ils
vous les
idem.
çacoten
ils
le lui.
çaizcoten
ils les lui.
çaieten
ils le leur.
çaizteten
ils
les leur.
Ce serait ici le lieu de conjuguer, selon notre marche ordinaire , l'impératif du verbe à double ré-
i37 gîme-, mais il nous suffît d'avertir que ce mode, bien exécuté, renfermerait le même nombre d'inflexions que chaque temps de l'indicatif, moins celles qui résultent de la combinaison de la première personne avec les autres.
Terminons ces recherches sur la conjugaison transitive, par une observation qui n'est pas sans importance pour la pratique. Il a été dit que le mécanisme de ce verbe consiste à présenter toutes les combinaisons qui peuvent exister entre les pronoms je , tu, i^'ous , il, nous, vous. Us ; de telle sorte que chacun de ces pronoms paraisse successivement en nominatif, en régime direct et en régime indirect. Conformément à cette doctrine, nous n'aurions pas le moyen de traduire les formules françaises fai, tu as, il o , &c. -, car notre verbe transitif, pris dans toute sa force, renfermant toujours l'expression d'un complément déterminé, les formes duc, dut, du , ne disent .pas seulement y'«^\, tu as , il a , &c. , leur sens est, je l'ai, tu l'as , il Va ^ &c. Mais rien n'empêche qu'on ne fasse abstraction de tout complément déterminé- et c'est en effet par le moyen d'une abstraction autorisée par l'usage, que nous disons, y'â'/i dut ( j'ai mangé ) , ikhusi dut (j'ai vu ), enlçun dut (j'ai entendu ), &c.
Que l'auteur d'une grammaire s'attache k conjuguer les verbes subalternes dont nous avons parlé plus haut, il ne fait ([ue ce qu'il est tenu de faire: quant à nous, qui n'avons entrepris qu'un aperçu général de la langue, il devrait nous suffire d'avoir
i38 signalé ces verbes moins impbrtans qui rentrent dan» l'un des deux verbes primitifs, et qui ne sont même verbes que par ceux-ci-, mais le point de vue sous lequel nous avons envisagé notre conjugaison étant à une distance considérable de ce qui en avait été dit jusqu'ici, nous croyons utile de descendre à quelques détails concernant les dits verbes subalternes.
Ceux-ci sont justement ceux que nos grammairiens ont traités dirréguliers. Le père Larramendi les appelle ainsi pour deux raisons: i.°, parce que leurs temps sont simples, et non composés, comme ceux des verbes irréguliers ; porque sus tiempos son simples , y no compuestos , como los régula res : 2,% parce que leur conjugaison ne correspond pas à la racine dont ils sont dérivés; parque su inflexion no corresponde à la raiz de donde nacen.
Ce serait une chose bien étrange, que la simplicité fiât le partage et le caractère distinctif des verbes irréguliers , pendant que les verbes réguliers seraient composés, comme le dit notre grammairien, dans la première raison de différence qu'il trouve entre ces deux familles. Mais Terreur est palpable -, et il n'est pas malaisé d'en signaler la source dans une autre erreur. Le père Larramendi et les autres grammairiens ont comparé les formules inaite dut, maite duc, &c. , (j'aime, tu aimes), &c. , à ces autres façons de parler, deramat , deramac , &c. ( j'emporte , tu emportes , &:c. ) -, ils ont vu celles-là composées de deux mots, tandis que celles-ci n'en ont qu'un, et de suite ils en ont cou-
i39 du qu'il y a cette difTerence entre les verbes réguliers et les irrëguliers, que les premiers sont composes, et non les seconds. Mais il fallait, dans les premières formules , ne prendre pour terme de comparaison que les monosyllabes*^///, duc, 8rc. , lesquelles seules constituent le verbe-, alors on ne se serait pas avisé d'établir cette singulière différence entre les deux classes dont il s'agit.
Bien loin que les verbes appelés irréguliers soient plus simples que les foi'mes niz , dut , ils ont évidemment une composition syllabique plus forte; et la chose devait être ainsi , par la raison qu'ils renferment dans leur signification totale, et la valeur du verbe primitif régulier, et celle d'un attribut déterminé que le verbe primitif n'embrasse pas. S'il fallait donc envisager de ce côté la différence des verbes réguliers aux irréguliers, nous prendrions justement le contre-pied de cet auteur.
Le père Larramendi reconnaît encore les verbes irréguliers en ce qu'ils ne correspondent pas à la racine d'où ils sont dérivés. Nous pensons qu'il serait plus facile de combattre cette supposition que de l'appuyer de bonnes preuves -, mais , sans entreprendre une discussion spéciale sur ce point, nous allons dire en peu de mots ce qui nous paraît le plus raisonnable touchant les verbes dont il s'agit.
Qui dit verbes irréguliers suppose deux choses: 1.°, l'existence de quelque règle générale de conjugaison : 2.°, l'existence de quelque verbe dont laconjugaison s'écarte de la règle commune. Or le
concours réel de ces deux supposés n'est pas chose évidente-, car, si l'on veut soustraire à la règle générale un petit nombre de verbes réputés jusqu'ici irréguliers, il ne reste plus que les verbes être et avoir , dont chacun aurait ses conjugaisons propres-, et alors on cherche inutilement une règle générale. Si l'on veut que dix ou douze verbes se rangent sous les conjugaisons des primitifs être et avoir , alors il n'en est plus qui s'écartent de la règle commune, il n'en est point d'irréguliers.
Cette dernière hypothèse n'est pas toutefois sans réalité sous quelque rapport. Expliquons-nous : non seulement tous nos verbes se rapportent à deux, en ce qu'ils renferment la valeur de l'un ou de l'autre, et qu'ils ne sont verbes que par ce moyen-, mais encore , en ce que chacun suit la conjugaison du verbe principal de sa famille, sauf quelques nuances que l'on doit tenir pour de légères irrégularités. Soit pour exemple le verbe nago ( je reste ). Ce verbe, pris dans la famille du substantif /z/z-, se conjugue au présent en cette manière -.nago, hago, dago, gaude , cagozte , daiide. Que l'on rapproche ces formes de la conjugaison niz, hîz, da, gire, cirete, dire; et l'on verra d'abord que la première articulation, qui est l'expression du sujet, est constamment la même, soit dans les inflexions du verbe primitif niz^ soit dans toutes les inflexions correspondantes du dérivé nago. Dans l'un et dans l'autre ce sont les initiales communes n , h, d, g, c, d. Cette remarque est applicable aux autres verbes de la fa-
iiiille des substantifs. Pour la chute des mêmes inflexions, elle est en e, au pluriel, comme dans le verbe primitif -, mais au singulier elle se lait en go, terminaison prise du mot egoii , qui entre dans la composition du dit verbe nago.
L'imparfait de ce verbe présente invariablement les mêmes articulations iuitiales et les mêmes désinences que le verbe primitif: dans l'un comme dans l'autre, on a les initiales n, h, d,g, c, d; et pour désinence commune l'articulation «. Ainsi l'on dit, iiintcen (j'e'tais) et nindagon (je restais) , hintcen ( tu étais) et hindagon (tu restais), cen (il était) et cagon (il restait), ginen ( nous étions) et ginauden (nous restions), ciren (ils étaient) et cauden (ils restaient).
Ce n'est pas la peine que nous nous arrêtions à faire à peu près les mêmes observations de détail , sur un petit nombre d'autres verbes qui restent encore de cette première famille. Il nous sufîit d'observer que tous ces verbes subalternes sont d'autant moins importans qu'ils sont plus bornés que leur modèle , et toujours susceptibles d'être remplacés par celui-ci.
Quant aux verbes subalternes de la seconde famille, ils ont une conjugaison commune avec leur primitif. Que l'on se transporte à la page la^, et l'on y trouvera, dans le même ordre, les inflexions régulatrices de celles-ci, daucat (je le tiens), daucagu (nous le tenons), daucac (tu le tiens), daucan (tu le tiens), daucagu (nous le tenons), &c., &c. Si quelquefois ce verbe et ceux de la même classe
paraissent s'écarter de leur modèle , la différence est si légère qu'elle suffit à peine pour les faire appeler irréguliers. On les appellerait défectueux avec plus de sujet j car ils ne se prêtent pas en entier à la conjugaison transitive à régime double, ni même à tous les modes et à tous les temps de la conjugaison à un seul régime.
Il resuite de toutes nos observations sur les verbes dits irréguliers : i.°, que ces verbes sont en très petit nombre : 2.", que chacun d'eux présente peu d'irrégularités : 3.°, que notre beau système de conjugaison n'en peut pas recevoir une grande atteinte.
Nous n'avons parlé jusqu'ici que des objets qui entrent dans le discours, des parties dont il est composé , des formes qui revêtent ces parties : mais ce détail ne suffit pas ; il nous reste à connaître la manièi'e dont ces objets se lient ensemble, et la place qu'ils doivent occuper respectivement, pour être la représentation sensible de nos idées. C'est l'objet de la syntaxe, que l'on peut définir, avec M. Beauzée, Vart de fixer les rangs et les formes accidentelles des ?nots dans l'ensemble d'une p?'o position.
Cette définition fait entendre que la syntaxe emploie deux moyens généraux pour faire que les mots aient un sens achevé; savoir, l'ordre ou l'arrangement des mots , et leurs formes accidentelles. Le premier moyen est la grande ressource des langues qui ne déclinent pas leurs noms. Ainsi, quand je dis, Le père aime le fils , le placement des mots est ce qui détermine le rapport que l'on veut établir ici
i43 entre le père et le fils-, et il ne faudrait que clianger" cet ordre pour renverser aussi le rapport des termes, en disant, par exemple, Le fils aime le père. Il n'en est pas de même dans les langues qui déclinent -, on ne renverserait pas le rapport de dépendance énoncé dans la proposition ci-dessus, lors même que l'on renverserait l'ordre des mots. Que l'on dise en latin, Pater amatjiliam , ou Filium amal patcr ; que l'on dise en basque, Aitac maile du semea , ou 5emea maite du aitac ; c'est toujours le même rapport de dépendance qui est affirmé du fils. Au lieu donc que l'ordre des mots fait la partie la plus considérable de la syntaxe française, celle de notre langue obtient son but par le moyen des formes accidentelles des mots-, et chez nous, cet arrangement que l'on appelle construction, est moins une alfaire de syntaxe qu'une alFaire de goût : il appartient moins à la grammaire qu'à la rhétorique. C'est ce qui nous détermine à n'en parler qu'après que nous aurons tracé un projet de syntaxe.
Toutes les règles de la syntaxe se rapportent à deux classes générales, concordance et dépendance.
La concordance est cette portion de la syntaxe qui indique les moyens propres à faire accorder entre eux les mots qui peignent les diverses parties d'une idée.
Communément l'adjectif et le substantif sont susceptibles de concordance en genre, en nombre et en cas-, mais en basque il ne saurait être question de genre.
Quand à l'accord en nombre et en cas, on peut dire qu'il est voulu par le génie de la langue -, mais il s'entend plutôt qu'il ne s'exprime. Généralement parlant, lorsque le substantif porte la marque distinctive du nombre^ son adjectif ne l'admet pas- et si l'adjectif est caractérisé singulier ou pluriel, le substantif l'est par cela même : en sorte que l'un ou l'autre prend communément la forme indéfinie. Ainsi l'on dira, en déterminant le pluriel du substantif seulement, Emazteac icicor dire (les femmes sont pusillanimes); et par le pluriel de l'adjectif seul, Badire giçon prestuac (il est des hommes sages).
C'est la même marche pour les cas : l'adjectif qui occupe d'ordinaire la dernière place, et qui pour cela regoit l'inflexion du cas, appelle à ce même cas tous les substantifs qu'il modifie, pour nombreux qia'ils soient : exemple, ^lila goraintci gure anaia arreha guciei ( mille complimens à tous nos frères et sœurs). De même, si quelquefois le substantif est placé le dernier, comme dans la numération au dessus de l'unité, ce substantif subit alors la loi de la déclinai- • son , et l'inflexion ne se répète pas avec l'adjectif.
« Ainsi l on dira, borlz ehun giçonekin (avec cinq cents
hommes), heme-corlci ehun urlhez (pendant dix-huit cents ans).
Le verbe s'accorde avec son sujet en nombre et en personne : c'est là une règle si connue et si triviale, qu'elle n'a pas besoin d'explication. Il est un autre genre de concordance entre les même mots, qui nous est particulier, et qui consiste en ce q[ue
i45 les verbes de la première classe aient toujours un uotuinalif pour sujet, et que le sujet ou l'agent de l'auire classe soit toujours au cas actif: exemples, Jaincoa lekhu ela gauca gucietan da ( Dieu est en tout lieu et en toute chose), Jaiacoac hère idurira egiii çuen gicona ( Dieu créa l'homme à son image ).
Une autre sorte de convenance, propre à notre langue , c'est l'accord de nombre entre le verbe et le régime ou le complément de la proposition. Dans la phrase Jaincoac egin çuen gicona (Dieu créa l'homme), le verbe cuen annonce un complément au nombre singulier : si le complément devait être au pluriel, le verbe prendrait une autre forme, et l'on dirait, Hastean Jaincoac egin cituen cerna etalurra (au commencement Dieu créa le ciel et la terre).
Tel est le sommaire de ce qu'il y aurait à dire sur notre syntaxe de concordance. Quant à celle de dépendance , elle paraîtra aussi se réduire à une méthode courte et facile, quand nous aurons fait quelques observations, pour faire sentir qu'une foule de difficultés qui surchargent les syntaxes du grec, du latin , &:c, , n'e\istent pas pour nous.
1.° Nous n'avons pas à nous embarrasser des divers régimes que commandent les prépositions, comme il est évident pour quiconque a saisi le génie de la déclinaison basque.
2.° Il n'y a pas lieu à demander quels sont les régimes voulus par nos adverbes-, puisque ceux-ci, comme tels, ne sont autre chose que des mots déclinés et déterminés à un cas, c'est-à-dire des mots
1^6 en dépendance, des mots régis ^ et non pas régissons. Les adverbes, comme tels, avons-nous dit, ne régissent pas-, car un nom (jui a pris une forme adverbiale parla déclinaison, n'en est pas moins susceptible de lapport avec un autre terme, ni par conséquent moins capable de le régir qu'il ne l'était avant d'avoir subi la loi de la déclinaison. Ainsi le nominatif/aZ/ea (le sortir) vent l'ablatif du lieu que l'on quitte, et ne cesse pas de régir le même cas lorsqu'il a pris la forme et la valeur de l'adverbe. L'on dira donc elche tir. j alita (le sortir de la maison), et etchetic jalteaii {en sorlaut , ou dans le sortir de la maison ),
3.® Les grammaires latines et grecques nous parlent de différens verbes qui régissent différens cas, comme le datif, l'accusatif ou l'ablatif. Il est vrai que, dans ces mots qui commandent les divers cas de la déclinaison, on pourrait distinguer ce qui est verbe, et ce qui ne l'est pas. Nous avons déjà remarqué ailleurs que ces formules renfei'ment dans leur idée totale, et la force conjonctive, et l'expression de l'attribut-, que par conséquent ces mots sont verbes et attributs à la fois. On pourrait donc demander si c'est comme verbes ou comme attributs qu'ils gouvernent tel ou tel autre cas-, et un esprit droit sentirait aisément qn'ils n'ont cette propriété que comme expressions d'attributs. De là on peut admettre que les verbes régissent, ou plutôt que des mots qui sont verbes régissent, mais non ppss en tant que verbes.
De là encore, si une latii^ue ne confond pas l'altrî»bnt et le verbe i\i\nb le même mot, on ne ])otirra pas dire du verbe qu'il est régissant. Deux phrases très simples i-endront sensible l'application de ce principe à la langne basque : Etcherat eÛiorri da (il est venu à la maison), Elchetic alliera da (il est sorti de la maison). La seule syllabe da est le verbe de ces deux phrases : si celte syllabe était le régissant dans Tune et dans l'autre, elle re'girait le même cas. Or il n en est pas ainsi-, car dans la première nous avons l'approximatif e/67zer<7/, et dans la seconde l'ablatif etchelic. Nous serons plus heureux si nous cherclions le régissant dans l'attribut de chacune des deux propositions : la première a pour attribut un mot qui exprime un mouvement d'approximation , et c'est justement ce qui commande le cas approximatif; la seconde a pour attribut un mot exprimant une action d'éloignement, et c'est le régissant de l'ablatif.
Il n'y a pas plus de difficulté pour le verbe transitif. Celui-ci contient, si l'on veut, l'expression du régime-, mais exprimer le régime ce n'est pas le gouverner, il est gouverné par le mot qui exige la présence du verbe transitif. Quand je dis emailen dacot (je le lui donne), le régime ///z est renfermé dans le verbe dacot; et par conséquent le verbe en est l'expression, mais il n'en est pas le régissant : le régime indirect lui, pour à lui, est commandé par l'espèce de mouvement vers , ou d'inclination à , que renferme le mot donner; et ce mot est un appellatif.
i48 Si l'on exclut du nombre des mots regissans, le yerbe, l'adverbe et la préposition, plus la conjonction, qui certainement ne régit pas en cette qualité, enfin l'inlerjection, dans laquelle aucun grammairien ne soupçonne cette vertu -, il n'est de régissant que le nom , le pronom , l'adjectif et le participe. En effet , les rapports exprimés par la correspondance des mots regissans et régis, supposent des êtres réels ou imaginaires, comme termes de ces rapports ; et de là les rapports du mot régissant au mot régi peuvent seulement exister entre des mots qui expriment des êtres ': or le nom, le pronom, l'adjectif et le participe, sont les seuls mots qui expriment des êtres (i)-, donc ils sont les seuls mots entre lesquels peuvent exister les rapports du régissant au régime. Ces observations faites sur les espèces régissantes en général, jetons un coup d'œil rapide sur les formes dont elles revêtent les expressions régies ou les mots en dépendance.
Le génitif est gouverné par le nom et par l'infinitif, qui , comme nous l'avons prouvé, ne diffère pas essentiellement de la classe des noms : exemples, giçonaren hicia ( la vie de l'iiomme ) , ogiaren jatea ( le manger du pain ).
Le datif est voulu par tout nom qui exprime l'action de donner ou de communiquer, et par tous les participes qui expriment cette même idée : exemples , Adiskide hali hère secretuaren erraitea ( dire son
(i) Nous nous éloignons ici à regret de M. Beauzée, qui compte 1« verbe parmi les mot* exprimant des êtres.
•secret à un ami ) , Nihauri errana içmi çaul ( il m'a été dit à moi-même ).
Le dcstiiiatif est employé pour rendre toute idée de destination : exemples, bicitceco jatea (manger pour vivre ), yV/Zeco bicitcea (vivre pour manger), iduri du horlaco egina ( il semble fait pour cela ).
L'unitif sert à rendre toute idée de liaison , soit qu'il y ait dans la phrase quelque mot destiné à signifier union, et qui commande ce cas, comme elgarrehin lolcea ( lier ensemble ) -, soit que cette idée de liaison nait aucune expression qui l'annonce indépendanmient du cas, comme elgarrekin gallcen dire ( ils se perdent l'un at-'ec l'autre , ou les uns ai>ec les autres ).
Le positif, lablatif, le médiatif et l'approximatif, expriment dans le même ordre les rapports de situation , d'éloignement , de passage et d'approximation.
La syntaxe de régime dont nous venons de donner le précis , se confond évidemment avec l'usage bien entendu de la déclinaison. C'est une raison de plus ajoutée à cent autres qui proclament la marche simple et i-égulière de la langue.
Nous avons déjà dit que les mots ne peuvent exciter aucun sens dans l'esprit , s'ils ne sont assortis d'une manière propre à faire sentir leurs rapports mutuels-, nous avons dit encore, qu'il est deux moyens généraux de rendre ces relations sensibles , savoir : la forme accidentelle des mots, et leur position respective.
Les langues privées du premier moyen , celles dont les mois ne se plient pas ge'ue'ralement fin\ diverses formes de la dëelinaihoii , sont nécessairement réduites à placer chaque mot drtns la position qu il exige pour exprimer le rapport (pi il a à telle ou telle autre partie du discours. Celles dont les élémens se plient aux formes accidentelles qui caractérisent les relations des mots, ne sont pas nécessitées à la marche uniforme des premières; elles abandonnent la construction à l'influence de l'harmonie, au feu de l'imagination , à l'inlérêt, &c.
Tel est le fondement de la division des langues en deux espèces générales. L'abbé Girard appelle analogues les langues qui ont adopté une marche invariable, et transpositwes celles qui, ayant fixé leur sjntaxe par la fonne des mots, ne sont pas assujetties à cette marche uniforme. Ces dénominations, employées d'abord par l'abbé Girard, et adoptées par le commun des grammairiens, ne plaisent pas néanmoins à tous ceux qui ont écrit sur ce sujet. M. Gébelin proteste (pi'il ne saurait les admettre, /jfi'/re quelles supposent la décision d'une question qui n'est rien moins qu'éclaircie.
« En doimanr à la construction française (ditl'au- « teur que nous venons de citer), ou à celle de telle « autre langue que ce soit, le nom d'analogue, on « suppose qu'elle a plus d'analogie, de conformité, « de rapport avec la nature , et qu'elle est la cons- « truction la plus parfaite-, et en donnant à la cons- « truction grecque et laiiue le nom de transpositive ^
i5i s on fait entendre que celle-ci interveiiit l'arrange- « ment naturel des mots, qu'elle donne lien à un « ordre opposé à celui de la nature. On suppose en- « core par là que la nature a un ordre fixe qui lui « est ])ropre, et dont elle ne peut jamais s'écarter-, « qu'elle est déterminée invinciblement à suivre la « même route.
« Mais ces questions ont-elles été décidées ? Pou- « vaient-elles l'être, du moins dans le temps où l'on « commença à donner ces noms tranclians? Ne prête cipita-t-on pas son jugement, d'après la dilFérence « qu'on voyait entre ces deux sortes de construc- « tion? Et ces noms ne pouvaient-ils pas induire (c en erreur, en persuadant qu'en effet le latin renc versait l'ordre de la nature, auquel se soumettaient n nos langues modernes? »
Nous n'examinons pas encore si la constructiou uniforme est ou n'est pas préférable à la construction variée-, mais, en attendant que nous en venions là, rien ne nous paraît plus juste que la réclamation de M. Gébeîin : « En donnant à la construction « française, ou à celle de toute autre langue que « ce soit, le nom dianatogue, on suppose qu'elle a « plus d'analogie avec la nature-, et en doimant à R la construction grecque et latine le nom de trans- « posilwe, on fait entendre que celle-ci intervertit « l'arrangement naturel des mots. » Or c'est là décider' une question qui n'est rien moins quécloircie ; puisque, dans ces derniers temps encore, elle a donné lieu à une controverse célèbre par tes tenans,
et par les observations qu'elle- a fait naître, témoins les Batteux, les Pluche, les Chompré, les du Marsais, les Beauzéc, &c.
Dans cet état de choses, personne n'est en droit de désigner les deux construclions dont il s'agit par des termes qui seraient décisifs en faveur de l'un des deux partis-, mais on peut dire, comme Gébelin, en respectant tons les droits , construction locale et construction libre ; ou, peut-être avec plus de justesse, construction servile eX construction libre; ou enfin employer d'autres termes qui ne décident pas la question agitée.
Les termes qui doivent qualifier l'une et l'autre constructions, étant si bien «lioisis qu'ils ne nuisent à aucun système, on est mieux placé pour examiner de sang-froid laquelle des deux constructions est dictée par la nature. Mais que dis-je? N'y a-t-il donc que l'une des deux qui puisse être naturelle? et supposera- t-on toujours, sans se mettre en peine de le prouver, que le naturel, dans chaque langue, consiste à exclure Tune des deux constructions mentionnées? N'est-il pas même plus raisonnable de dire que ces deux construclions sont également fondées sur la nature?
En effet, « la variété qui résulte de l'emploi de « ces diverses constructions, l'éclat des tableaux où « préside ce mélange, l'harmonie dont ds sont ac- « compagnes, la propriété qu'ils ont de nous émou- « voir-, tout prouve que cette diversité est l'effet de « la nature , qu'elle est la nature même. La nature ,,
i53 « riche et féconde, ne se plut jamais à suivre tris- « tement une seule et même route -, sans cesse elle « varie ses formes, toujours nous la trouvons dilFé- « rente d'elle-même , lors même qu'elle est le plus « semblable à elle-même. Tel est son génie; telle « est la profusion avec laquelle elle sème, dans ses « ouvrages de la même espèce , la diversité la plus « étonnante et la plus agréable.
« Pourquoi n'en serait-il pas de même de nos « idées? Pourquoi serions-nous obligés de suivre cons- « tamment une même route, de ne pouvoir la varier « à aucun égard, de jeter tous nos tableaux au même « moule? Pourquoi ne remonterions-nous pas, lors- « que nous le voudrons, de relfet à la cause, de « même que nous descendons de la cause à l'effet? « Pourquoi serions-nous réduits à répéter en perio- (( quets nos mots toujours daus le même ordre? La « langue la plus parfaite ne sera-t-elle pas celle où « nous pourrons choisir entre plusieurs formes, où « nous pourrons les assortir à la nature de nos idées; « où, après avoir imité par l'arrangement de nos « niots le calme des idées contemplatives, nous pour- « rons , par un autre arrangement, suivre nos senti timens dans leur impétuosité, dans leurs écarts, « dans ce désordre qui leur fait franchir, comme « par un bond, ce que l'idée suivrait pied à pied; « qui se prêtera par conséquent le plus à cette va- « riété admirable que nous offre la nature, et dont « notre esprit fait une épreuve continuelle?
« Sans doute l'arrangement de nos mots est en
i54 « lui-même très incliirerent à la nature, ou plutôt il « est très natiu-el et très important que notre langue « puisse suivre continuellement notre esprit; qu'elle « puisse se prêter sans cesse à ces diirërentes macf iiières de voir; qu'elle en peigne les divers effets, (c et nos mots la diverse nature, par la diversité de « leurs arrangemens.
« Allons môme plus avant, et ne craignons pas « de dire : Loin de nous et opposée à la nature, toute <c langue qui n'aurait qu'une rotUe, qui n'aurait qu'une « manière de rendre ses idées, qui serait asservie à « un seul arrangement de mets; qui, pour donner « une tournure à ses phrases , serait obligée de rec venir sans cesse à celle qu'elle employa pour la « première fois; qui se mettrait à la torture pour « rétrécir l'esprit , l'imagination, le goût de ceux qui K seraient assez à plaindre que d'être forcés de la « parler. Jamais on n'y verrait de tableau riant; la « poésie y serait inconnue; la prose elle-même en « serait informe, maussade, sans harmonie, toujours « semblable à elle-même : tout y étant du même ton, « l'esprit n'y trouverait nul repos; et cette unifor- « mité sans contraste lui deviendrait bientôt insup- « portable. »
On nous dira peut-être qu'après avoir commencé par la défense de l'une et de l'autre constructions, nous finissons par déprécier absolument la construction uniforme. Mais non; c'est précisément parce que nous continuons à croire les deux constructions bonnes et naturelles, que nous plaignons, avec Gé-
i55 bclin, une langue réduite à une raai'che uniforme ; non pas qu'on y trouve qut Ique chose de contraire à la nature, mais parce qu'on n'y trouve pas tout ce qui y est conforme : tout ce qu'elle a lecu est bon dans l'ordre naturel, mais elle n'a pas reçu tout ce qui est bon dans ce même ordre.
Chaque langue paraît rendre hommage à cette vérité, en ce qu'il n'en est peut-être aucune « qui ne « lutte contre la monotonie à laquelle elle est assu- « jetlie, qui ne s'indigne de la contrainte qui l'ac- « cable, qui ne fasse les plus grands elforts pour « rompre ses entraves , pour diversifier l'arrangement « de ses tableaux.
« Que sont ces irrégidarités qu'offrent toutes les « langues à 1 égard des pronoms , des verbes les plus « fréquens, des mots les plus communs-, ces abi'é- « viations, ces syncopes, ces ellipses, ces sous-enten- « dus, dont les langues sont remplies -, si ce n'est tout « autant de témoins qui déposent hautement que la o nature ne veut nulle contrainte, qu'elle ne peut « souffrir une seule marche , qu'il faut de la variété « à l'esprit humain pour le réveiller, pour l'amuser, a pour lui plaire, pour le mettre à même de s'ap- « procher toujours plus de la nature, pour en de- « venir le peintre le plus parfait?
« N'est-ce pas également à la nature que nous den vous les cas de nos pronoms (français), ces cas « au moyen desquels nous en varions la forme et la « place? Et, puisque nous les devons h la nature, à les Latins lui devraient-ils moins rapplication qu'ils
i56 « firent de ces cas à tous leurs noms? Dès que nous « regardons comme très naturelle l'mvei'sion de nos « pronoms, regarderions-nous comme moins natu- « relie l'inversion des noms fondée sur les mêmes « principes, effet des mêmes lois?
« Ainsi un même esprit anime toutes les langues, « un esprit de variété et d'harmonie qui les porte «t à fuir l'uniformité monotone et fatigante -, et cet V esprit leur est donné par la nature. C'est elle qui « nous porte à varier sans cesse la forme de nos « phrases (françaises), et qui porta les Latins à les « varier encore plus par le moyen des cas, qu'ils « étendirent à toutes les parties du discours qui en « purent être susceptibles. Ne faisons pas l'aiïront <f k ces génies créateurs et sensibles, qui aperçurent « le chemin agréable que leur traçait la nature en te leur présentant la variété des cas, et qui, pliant tt leur langue à ces vues , la rendirent capable d'imi- « 1er la nature de la manière la plus parfaite. ...»
Les partisans les plus prononcés de la construction uniforme peuvent eux-mêmes nous servir, en quelque chose, à confirmer cette vérité-, car ces écrivains sont forcés de reconnaître, et reconnaissent en effet, que le grec, le latin, et toutes les langues libres, sont faites pour toucher, persuader, émouvoir le cœur et les passions-, et que ces qualités les^ rendent singulièrement propres au barreau , à la chaire, à la poésie, à tous les ouvrages de goût (i)»
(i) BatteuXj Princ. de llnér., toiu. 5. , pag. 1 19 et 12» Paris 1824.
Nos prétentions iusqu'ici avaient été plus modestes; mais, puisqu'il nest rien de mieux acquis que ce qui est donné, empressons-nous d'agréer la concession faite à toutes les langues libres, et notamment à celle qui nous intéresse le plus-, disons qu'elle est faite pour toucher, persuader, émouvoir le cœur et les passions-, prononçons désormais avec confiance qu'elle est singulièrement propre au barreau, à la chaire , à la poésie, à tous les ouvrages de goût.
Quant à ce que les mêmes auteurs ajoutent, que les langues non libres conviennent plus à tout ce qui est de pure exposition , comme la métaphysique, la géométrie, le dogme spéculatif, nous n'aurions pas peut-être mauvaise grâce à dire avec M. Lahai'pe : « La clarté de cette marche métho- « dique (française) dont nous nous vantons, quoi- « que assurément elle ne soit pas plus claire que la « marche libre, rapide et variée des anciens, n'est « qu'une suite indispensable des entraves de notre « idiome : force est bien à celui qui porte des cliaî- « nés de mesurer ses pas-, et nous avons fait, comte me ou dit, de nécessité vertu (i). jj
Mais quel intérêt aurions-nous à déprimer le mérite de la marche méthodique dont on nous parle, si tout ce qu'on en dit de bien est encore autant de pris pour les langues à construction libre? Or c'est en vain que les patrons de l'autre cause voudraient nous donner le change en supposant que les langues libres sont privées des avantages de la marche
(i) Cours de iluér. , tom. i., pag. 8i et 82, Paris i8lo.
i58 méthodique. Trop long-temps on leur a passe cette supposition également gratuite et fausse. Une langue, pour être libre, ne s'écarte pas nécessairement de la marche que Ton appelle méthodique : elle cesserait même par là d'être libi-e; et c'est parce qu'elle est libre qu'elle peut choisir l'arrangement de ses mots, suivre par conséquent l'une et l'autre constructions , selon que le sentiment ou l'harmonie , la clarté, la précision ou la gravité du discours l'exige, et s'accommoder ainsi à tous les genres et à toutes les circonstances. Concluons qu'une langue à construction libre, et notamment celle qui nous intéresse le plus, possède tous les avantages des langues serviles, sans partager leurs inconvéniens.
La longue basque ji' eût-elle conservé de son anticfue splendeur que son système de conjugaison , c'en serait assez , a dit un savant (i), pour que cette belle langue méritât d'être étudiée: mais il s'en faut beaucoup, pouvons-nous ajouter, que son système de conjugaison soit le seul beau côté d'elle-même que celte langue ait garanti des ravages du temps-, elle conserve bien d'autres vestiges de son antique splendeur, que nous avons déjà exposés, et qu'il n'est pas inutile de résumer ici en peu de mots.
Il n'en est pas du basque comme de tant d'autres idiomes qui se sont considérablemeut éloignés de la belle nature, en multipliant les nuances de leurs sons primitifs: cette langue ne distingue dans les dits sons que les nuances essentielles et majeures, ce
(i) Lécluse, Manuel de la lang, basq. , pag. 86.
i5c) f[ui fait qu'elle n'a pas eu besoin de grossir le nombre de ses voyelles, ni de créer de nombreux accens.
Elle s'est encore maintenue près de la belle nature pour ce qui regarde les sons articulés et leurs signes les consonnes, soit en retenant des articulations antiques et naturelles, perdues pour d'autres langues, soit en repoussant d'autres articulations aussi ditïlciles que modernes. Parmi les articulations antiques qu'elle conserve, paraissent avec bonneur le son plein et nourri de notre s, semblalde au ssodé cbaldéen-, plus, les trois aspirés ph , kh , ih , tels qu'ils étaient cliez les anciens Grecs et chez les Hébreux, et tels qu'on les retrouve dans la nature en essayant les organes de la parole. Parmi les sons alambiqués que le basque repousse, figurent les articulations i^, X, z, g,j, rendus à la manière des Français et des autres peuples modernes.
Les radicales de la langue basque se font remarquer par la simplicité de leur matériel, qui n'est souvent que d'une syllabe, par ce juste tempérament de valeur, qui, consistant dans un sens achevé mais indéterminé, fait que nos radicales sont comme autant de genres logiques, par la flexibilité que leur assure cette manière d'être , et selon laquelle elles se laissent déterminer, on ne peut plus commodément^ à divers sens particuliers, adjectifs, substantifs, adverbiaux, coinparalifs, diminutifs, augmentatifs, superlatifs, &c.
Les grammairiens, tout occupés de la considération des formes, comptent huit espèces de mots, dit
i6o Boëce-, mais les philosophes, qui ont uniquement égard à la réalité, n'en reconnaissent que deux, le nom et le verbe : Grammatici quia i-ocum figuras considérant , ideo octo orationis partes speculantur : phiîosophi autem cùm rem tantiim contemplentur , solâ nominis et verhi speculatione indigent. C'était la pensée de Priscien : Partes orationis, disait-il, sunt secundàm dialecticos duce, nomen et verhum. On n'a pas oublié que cette division, reconnue pour être vraiment philosophique, est la division indiquée par la langue basque.
Celle-ci n'oiFre pas moins de philosophie dans chacune des deux espèces prise séparément. C'est encore une chose expliquée, qu'il ne s'agit que de rappeler en cet endroit.
Exprimer quelque attribut essentiel à l'objet nommé, ou quelqu'une de ses qualités les plus sensibles, ou bien son usage et sa destination, méconnaître la distinction des genres , et éviter par là beaucoup d'inconvéniens , sans perdre le moindre avantage \ pouvoir être employés sans détermination de nombre, d'ime manière aussi utile dans la pratique qu'elle est conforme en théorie aux lois fondamentales du langage-, déterminer le nombre singulier ou pluriel, et passer de l'un à l'autre, par la méthode la plus simple et la plus uniforme que Fou puisse imaginer-, renfermer la valeur de Farticle, et la précision qui accompagne ce mot, sans traîner après soi un long et embarrassant cortège de monosyllabes; s'entourer, par la seule forme d'une déclinaison, de
tous ces rapports que les autres langues expriment, tantôt par des propositions, tantôt par les cas des déclinaisons diverses, tantôt par les deux moyens re'unis -, tels sont les avantages les plus frappans de nos mots appellatifs, et conse'quemment de tout ce qui n'est pas verbe.
Se rapprocher, plus qu'aucune autre conjugaison connue , du système verbal le plus simple qui se puisse 'imaginer, et trouver dans un système si simple le moyen de fournir, non seulement aux besoins, mais au luxe même de l'expression-, n'employer que deux verbes, et avec ces deux verbes lier toutes les propositions possibles, représenter toutes les situations respectives que peuvent prendre les divers sujets et les divers cotnplc'mens du verbe-, épuiser toutes les combinaisons qui peuvent exister entre les sept pronoms-, le tout avec aisance, e'nergie et rapidité : ce sont là quelques-uns des caractères marqués de la conjugaison basque.
Etre exempte des difficultés qui naissent de la loi de l'accord en genre -, réduire la concordance en nombre et en cas aux termes les plus simples-, renfermer toutes les règles de la dépendance dans l'usage bien connu de la seule déclinaison-, tels sont les premiers aperçus qu'olïre la syntaxe de notre langue.
Assortir le placement des mots à la nature de la pensée -, imiter par leur arrangement le calme des idées contemplatives, ou bien suivre nos sentimens dans leur impétuosité , dans leurs écarts , dans ce
desordre qui leur fait franchir, comme par un bond, ce que l'idée suivrait pied à pied ; ranger les éle'mens du discours dans Tordre le plus propre à instruire, ou les abandonner à l'influence de Thannonie, au feu de l'imagination, à l'intérêt, pour toucher et entraîner-, se prêter par conséquent, de la manière la plus parfaite , à tous les geni'es et à toutes les circonstances : tels sont les privilèges de notre construction.
Si iû langue basque , n eût-elle conservé de son antique splendeur que son système de conjugaisons , mé" rite d'être étudiée , nous laissons aux connaisseurs à juger combien tous les avantages qu'on lui a assurés dans cet écrit la rendent digne de leur attention.
Tout persuadé qu'est l'auteur que la langue basque est digne de Fattention des savans, jamais il n'a dû la croire digne d'occuper les loisirs précieux d'un ecclésiastique : comme tel, il n'a pas dû oubUer un instant que sa profession l'attachait, d'une manière très spéciale, à l'œuvre de son père : In his quœ patris mei sunt oportet me esse. N'eût-il entrepris ce petit essai que pour oublier les chagrins de la vie, ou pour se délasser de ses fatigues journalières, il ne serait pas sans reproche si cet objet étranger eût par fois captivé son attention avec quelque détriment du véritable devoir. Plaise au ciel qu'il ne
îui soit pas detnande compte d'un temps qu'il eut bien mieux employé' à pleurer ses fautes, à cliorehex les hommes qui s'égarent, à étendre le royaume de Dieu parmi ses frères et dans sou cccuri