III. Sur nie du Rhône. i
écoulé avec beaucoup d'attention, et voici ce qu'il nous apprend , après avoir raconté le passage du Rhône (i).
« Quand les éléphans furent passés , Ance nibal fit d'eux et de la cavalerie son arrièreu garde, et marcha le long du fleuve, prenant « sa route de la mer vers l'orient, comme s'il « eût voulu entrer dans le milieu des terres « européennes j car le Rhône a ses sources au- K dessus du golfe adrialique , coulant vers <( l'occident, et venant de ces parties des Alpes « qui regardent le septentrion. Il prend son c< cours vers le couchant d'hiver , et se dé- « charge dans la mer de Sardaigne. »
On voit ici que Polibe est assez exact à s'orienter. Il dit qu'Annibal, après avoir passé le Rhône, prit sa roule vers l'orient, et c'est en effet ce qu'il fit en suivant le cours de l'Eygues. Il aurait marché vers le nord, s'il
iloDi Thulllier, qui le fait naître Tau 648, parce que cet auteur place la toudatioa de Rome sous l'au 762. En la plaçant sous 1 an 754, comme j'ai prouvé qu'il Éa)lait le faire d'apiès le te'iuoignasje de Ceusorin, Polibe est né l'an 55o de Rome , 204 avant J. G.
(i) Antiquités de Vaucluse , p. i33.
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avait remonté le Rhône jusqu'à llsère, comme l'a voulu Mandajors. Il est vrai que Polibô dit ensuite que le Rhône coule vers le couchant -, mais c'est , ajoute-t-il , en venant de ces parties des Alpes qui regardent le septentrion. Il est donc évident qu'il parle alors du Rhône pris à sa source et descendant jusqu'à Lion, et il a parfaitement raison j mais il ne parle pas du Rhône descendant de Lion à Roquemaure , qui va bien évidemment du nord au midi, et c'est de celui-là qu'il s'agit ici. J'observe que j'adopte la traduction de dom Thuillier , qui est en général d'autant plus exacte que ce savant bénédictin a eu pour guide la version latine de Gasaubon , qu'il a même corrigée en plusieurs endroits, comme il nous le dit dans sa préface. Il est fort aisé , avec une médiocre connaissance du grec , de faire de nouvelles traductions des passages que l'on veut interpréter isolément pour arriver à la démonstration d'une hipothèse que l'on crée soi-même; je crois être de meilleure foi en convenant que celui qui a consacré plusieurs années de sa vie à étudier et à traduire Polibe, l'a généralement mieux entendu que moi j et en adoptant son travail, à moins que je ne sois forcé à y faire quelque changement par
IIT. Sur Vile du Rhône. 1 5
la comparaison du texte, que je ne négligerai jamais de consulter : j'exposerai alors mes motifs, que le lecteur pourra juger.
J'ai rapporté ce que Polibe a dit en termes généraux de la marche d'Annibal après avoir passé le Rhône. Cet historien parle ensuite de ce que fesait Scipion pendant que son adversaire avait gagné les devans. Il revient après ce récit au général carthaginois dont il trace la marche plus en détail de la manière suivante :
« Annibal, quatre jours après avoir passé « le Rhône (i), vient à un endroit appelé '< l'Ile , lieu fertile et très-peuplé , et à qui (t l'on a donné ce nom , parce que le Rhône « et le Scaras (2) coulant des deux côlés, l'ai- «< guisent en pointe au confluent de ces deux « rivières. Cette île ressemble assez , et pour la « grandeur et pour la forme, au Delta d'Egipte, . « avec cette différence néanmoins qu'un des
(i) Dom Thuillier tradait : Quatre jours après. Ce que j'ajoute ne sert qu'à éclaircir le texte.
(2) Dom Thuillier traduit la Saône* Je laisse le nora tel qu'eu le trouve dans les manuscrits. Quelques éditeurs lisent Scorasi mais les meilleurs ont lu Scaras.
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« côtés du Delta est fermé par la mer où se (f déchargent les fleuves qui forment les deux u autres, et que ce sont des montagnes presu qu'inaccessibles qui bordent un des côtés « de l'île, •»
J'ai déjà dit que je me servais ici de la traduction de dom Tiiuillier, l'ayant trouvée en général fort exacte, quoique j'aie à y relever ici une faute très-importante, comme on le verra bientôt.
Pour mieux connaître ce Delta du Rhône, lisons le même fait dans Tite-Live, mort cent quarante-un ans après PoJibe , mais vivant dans un tems où les Gaules étaient bien mieux connues des Romains, qui en avaient fait la conquête , et qui , pour s'assurer la soumission des habitans , en avaient placé plusieurs dans leur sénat. Ce second historien, né lui-même à Padoue dans la Gaule cisalpine, n'avait pas besoin de venir chercher les habitans du pays comme l'Arcadien Polibe. Il avait encore sur cet écrivain l'avantage de pouvoir consulter d'autres historiens qui avaient écrit en même -teins que lui ou après lui, tels que Trogue Pompée, et qui connaissaient mieux que lui le théâtre de l'expédition qu'il a ra-