‹ Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, sur ses anetres, l'epoque de sa naissance qui avait eté inconnue jusqu'a présent; sur son buste et un inscriptionChapitre 30 sur 73 · III · texte numérisé non relu

III

Quel peuple habitait Vile ou Delta du Rhône ?

Vî. Il faut encore ici recourir au texte de nos deux historiens , pour bien se pénétrer de leur récit. Je rapporterai d'abord celui de Polibe.

ff Annibal trouva dans cette île deux frères « qui, armés l'un contre l'autre, se dispu- « taient le royaume. L'aîné mit Annibal dans u ses intérêts , et le pria de l'aider à se mainte tenir dans la possession où il était. Le Caret thaginois n'hésita point j il voyait trop comfc bien cela lui serait avantageux. Il prit donc (c les armes , et se joignit à l'aîné pour chasser « le cadet. Il fut bien récompensé du secours « qu'il avait donné au vainqueur. On fournit « à son armée des vivres et des munitions en K abondance. On renouvela ses armes , qui f< étaient vieilles et usées, La plupart de ses

5o YI. Hahitans de Vile du Rhône, a soldats furent vêtus, chaussés, mis en état a de franchir plus aisément les Alpes. Mais a le plus grand service qu'il en reçut, fut que (( ce Roi se mit avec ses troupes à la queue (( de celles d'Annibal, qui n'entrait qu'en (c tremblant sur les terres des Gaulois, nomu mes AUobroges, et les escorta jusqu'à l'en- « droit, d'où l'armée devait entrer dans les

a Alpes. 5) « Tant qu'elle fut dans le

a plat pays , les chefs des Allobroges ne l'inn quiétèrent pas dans sa marche, soit qu'ils (c redoutassent la cavalerie carthaginoise, ou a que les Barbares dont elle était accompa- (c gnée les eussent tenus en respect. Mais a quand ceux-ci se furent retirés, et qu'Anniu bal commença d'entrer dans les détroits des a montagnes, alors les Allobroges coururent, (C en grand nombre, s'emparer des lieus qui «. commandaient ceux par où il fallait que a passât l'armée d'Annibal. j)

Ce texte est extrêmement clair , et ceux qui, comme M. de Luc, s'en tiennent exclusivement au texte dePolibe, ne peuvent confondre les habitans de l'ile avec les Allobroges. En effet, ces habitans étaient les Cavares, ainsi que nous l'apprenons de Strabon, qui place

VI. Habîtans de Vile du Rhône. 5i ces peuples depuis Cavaillon jusqu'à la jonction du Rhône et de l'Isère (i), y comprenant ainsi les Tricasiini et les Ségalauni; mais il s'explique ensuite, en disant (2) que les Cavares occupent la rive du Rhône opposée aux Volques, et que ce nom de Cavares a tellement prévalu sur celui des autres peuples, qu'on le donne à tous les barbares leurs voisins.

Quant aux AU obroges, il les place de l'autre côté de l'Isère, leur donnant Vienne pour capitale (5), et dit qu'ils touchaient les Voconces (4). On voit qu'il est parfaitement d'accord avec Polibe, qui les distingue des Cavares , que Tite-Live semble n'avoir pas connus , puisque cet historien latin prétend que les Volques occupaient les deux côtés du Rhône contre le témoignage de Strabon. Quant aux Allobroges, il s'écarte formellement du récit de Polibe, en leur donnant les deux chefs dont il parle aussi en ces termes (5) :

(i) Livre 4, i , 9, p. 25 de la traduction française.

(2) Jd. livre 4, i, 10, p. 29 de la tradaction,

(3) Ici. livre 4, i , g, p. 27 de la trad.

(4) Id. livre 4 , Vi , 3 , p. go de la trad.

(5) Livre xxi, chap. 3r , p. gr de la trad. franc.

52 VI. Habitans de Vile du Rhône.

« Près de l'île , se trouvent les Allobroges , « nation qui ne le cède à aucune autre de la « Gaule, en puissance et en gloire. Elle était « alors divisée par la rivalité de deux frères « qui se disputaient la couronne. L'ainé , « nommé Brancus, venait d'être dépossédé « par son cadet qui, soutenu des jeunes guer- « riers du pays , avait la force au défaut des « droits légitimes. Annibal étant survenu fort « à propos dans ce moment, le jugement de « ce démêlé fut remis à sa décision j et, de- « venu l'arbitre d'une couronne, il remit l'aîné « en possession du trône, ce qui avait été <( l'avis des vieillards et des principaux chefs. « En récompense de ce service, Brancus four- « nit abondamment à l'armée d' Annibal , des « vivres et des provisions de toute espèce, « des habits surtout, dont les froids rigoureux « qui ont toujours décrié les Alpes, avertis- « saient de se prémunir. Ayant ainsi apaisé <c les dissensions des Allobroges, et désormais « se dirigeant vers les Alpes , il se détourna « sur la gauche , vers le pays des Tricastins. »

On voit que Tite - Live , qui a omis les Cavares , contre le témoignage de Strabon , n'en parle pas davantage ici, contre celui de

VI. Habîtans de Vîle du Rhône. 55 Polibe, qui est fortifié par ceux de Pline et de Ptolémée, d'après lesquels j'ai parlé fort au long des Cavares, dans un autre ouvrage (i). Mandajors avait formé son sistême sur le texte de Tite-Live, et il n'est pas étonnant qu'il y ait vu l'île des Allobroges , quoique cet historien, peu d'accord avec lui-même, dise que ces peuples se trouvaient non dans l'île, mais près de l'île. Il est étonnant que M. de Luc, qui abandonne entièrement Tite-Live, pour s'attacher uniquement à Polibe , y ait lu ce qui n'est que dans l'historien latin. Tel est l'effet de l'esprit de sistême, qui ne fait voir dans les anciens que ce que l'on veut y trouver. J'ai donc démontré que l'île de Polibe, et même celle de Tite-Live, n'est point l'île des Allobroges, mais celle des Cavares. J'ai, par là, fini d'éclaircir la seconde question, relative à cette île. J'espère n'être pas moins clair dans la discussion du troisième et dernier point qui me reste à examiner.

(i) Antiquités de Vaucluse, p. i5 — loo.

54 VII. Troisième Question.

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