PRÉFACE
On verra par la date de cette Dissertation, terminée le i8 février 1819, que je ne me suis pas pressé de Fimprimer. J'ai attendu , pour la publier, que les partisans des opinions contraires à la mienne ;, eussent épuisé ce qu'ils avaient à dire sur cette matière; et tout ce que j'ai lu na fait que me confirmer dans celle que j'avais adoptée.
L'expédition d'Annibal était trop importante pour que ceux qui en avaient été les témoins n'en eussent pas transmis les détails à la postérité. •Nous connaissons les noms de cinq historiens contemporains qui avaient pris ce soin avant Polibe.
ij Pi'éface,
i". Fabius Pictor^ déjà avancé en âge lors du commencement de la seconde guerre punique, dont il n'a pas bien connu la cause, ainsi que le lui reproche Polibe , qui Taccuse à cette occasion d'être peu judicieux (i). On sait que la seconde guerre punique est celle qui fut entreprise par Annibal.
2°. Silénus que Cornélius Népos nomme dans sa Vie d'Annibal (2) , et Cicéron dans son Traité de la Divination (3). Une autre édition de Cornélius Népos (4) désigne cet écrivain par le nom de Philinus dans le texte,
(i) III, 8 et 9 dans l'édition de Schweighoenser, Lipaice , 1789 , t. 3 , p. 402. C'est le chapitre a dans la traductiou de doiu Tliuillier.
(2) Chap. i3 , suivant l'édition reyue par Angustia f^an Staveren , fliisence , 1791.
(3) I, 24, selon l'édition cilée par Van Staveren, et I, 49, selon la mienne, Genevœ, 1660, t. 2, p. 36i.
(4) Celle de Barbou, 1771 , p. 5o8.
Vréface, iij
et par celui de Philsenius dans la traduction française. H est vrai que Polibe cite Philinus I, 14 et i5 , et III, 26; mais seulement sur la jDremière guerre punique du tems de laquelle cet auteur avait vécu. Diodore de Sicile en parle deux fois. Il était né à AgrigentC;, et conséquemment Sicilien. Voyez le Polibe de Schweighaeuser, tome 5, page 182. Cet historien n'a pu parler d'Annibal auquel il était antérieur, et il est clair que Cornélius Népos parle ici de Silénus, en sorte que l'édition <le Barbou est fautive à cet égard.
3°. Le lacédémonien Sosilus, qui est nommé par Cornélius Népos, au même endroit, et qui avait enseigné le grec à Annibal- On observera que Cornélius Népos dit que plusieurs écrivains avaient travaillé à l'histoire des guerres de ce général, mais que Silénus et Sosilus étaient les principaux.
ïV Préface,
4". Lucius Cincius Alimentus, préteur en Sicile, Tan i52 avant notre ère, long-tems après avoir été fait prisonnier dans sa jeunesse par les troupes d'Annibal, Il est souvent cité par Tite-Live. Arnobe et Aulu-Gelle parlent aussi de lui (i).
S''. Lucius Cœlius Antipater, écrivain estimé des anciens, le premier, <lit Cicéron (2), qui, abandonnant la sécheresse des anciens et s'élevant audessus de leur simplicité rampante, donna un plus beau son de voix à riiistoire. Contemporain des Gracques, il vécut encore plusieurs années après. Il avait écrit l'histoire de la seconde guerre punique, et Tavait dé-
(i) Voyez la Biographie uaiverselle, t. 8, p. 566, art. Cincias.
(2) De Oratore, lib. a, n°. 04. qui ex jejunitate 'veterum et serpente hitmi siniplicitate , paululum se «rexU ei addidii historien mojorern sonuin vocis.
Préface. p
diée à Lélius (t). Cicéron lui reproche de ne pas assez bien arrondir ses périodes. Il a mérité d'être cité plusieurs fois par Tite-Live (2), dans sa troisième Décade, où cet habile historien s'appuie de son témoignage.
Cicéron nous apprend qu'Anlipater avait quelquefois traduit le grec de Silénus (3), et le cite aussi en plusieurs occasions ( 4 ). L'empereur Adrien préiérait Antipater à Sallùste, probablement par la raison qui lui fesait préférer Ennius à Virgile , et parce que ce prince avait un goût assez bizarre pour le vieux lan*gage. Riccoboni a publié, en i568, des fragmens d'Antipater, qui furent
(i) Orator, n". 227, p. 366 tle la tratluctioa fraufaise. Paris, 1768.
(2) XXI, 38, et ailleurs.
(3) De Divinalione, I, 4g.
(4) Id. I, 48, 55, 56, dans les Ciceronis opéra ^ Genevœ f 1660, t. 4, p. 36i et 362.
çj Préface.
réimprimés avec des fragmens d'au-' très historiens , par Antoine Augustin, à Anvers , en 1 596 ; et enfin par AusoniusPopma; et cette dernière collection, qui est la plus ample, se trouve à la suite du Salluste dans plusieurs éditions, entr'autres dans celle donnée par Havercamp, Amsterdam, 1742, 2 volumes in-4°. (i).
Je ne parlerai pas ici de Polibe, Trogue Pompée 5 Cornélius Népos, et Tite-Live, qui sont suffisamment connus. Mais les ouvrages modernes que Ton peut consulter à ce sujet ^ 1 sont :
1. La Vie d'Annibal^ par Donat Acciaiuoli, imprimée avec les Vies des hommes illustres, par Plutarque.
2. La totale et vraie description de tous les passaiges, lieux et des-
(i) Eiographie universelle, t. 2, p. 263, article Aalipater.
Préface. vij
troictz, par lesquels on peut passer et errer des Gaules es Ytalies, et signamment par où passèrent Hannibal , [ Julius César, et les très-chres^ tiens, magnanimes, et très-puissans roys de France Charlemaigne , Charles Vni, Louys XII, et le très-illustre roy François, à présent régnant, premier de ce nom.
Item^^\\xs est contenu le nombre et tiltres des cardinaulx et patriarches ; Tordre et les noms des archeveschez, et eveschez estant en l'universel monde.
Item y les archeveschez : eveschez :
abbayes : et autres bénéfices reservez au sainct siège apostolique; avec la taxe ordinaire, estans au royaume et seigneuries de la couronne de France.
On vend lesdits livres à Paris, à la rue Saint - Jacques , près Saioct- Yves, à l'enseigne de la Croix de bois : en la maison de Toussains Denys , libraire. Cuni p?wiIegio,
çiij Préface-
28 feuillets de deux pages chacun, in-4°. Il doit y avoir des cartes après les feuillets 4 et i3 , pour le passage des Alpes et l'Italie. Mais il ny en a point dans l'exemplaire que j'ai vu.
Sans désignation de feuillets, est placé à la fin : Taxatio episcopatuum et alioniTii beneficionun ^ aussi imprimée à Paris, en i5i5, aux frais de Toussaint Denys , sans numéros de pages.
Le passage désigné au feuillet 11, comme celui d'Hannibal, est par le val de Tharentaise , en Savoie , et le mont Jouvet , d'où Ion descend dans la vallée d'Aoste. On passe ensuite à Ivrée et à Verceil, d'où Ton entre dans le duché de Milan.
L'auteur convient cependant que plusieurs historiographes disent qu'Hannibal passa par le mont de Genefve , en Briançonnais , qu'il dit être le meilleur et le plus aisé passage pour la conduite de lartillerie, ajoutant
Préface, ix
même que de tous les autres , il n'y a que celui-là par lequel on puisse la faire passer. Il désigne cependant dix passages diiférens , dont plusieurs sont même subdivisés en d'autres.
On peut donc regarder cet ancien auteur comme favorable à l'opinion qui fait passer Annibal par le mont Genèvre.
3. 1664. Honoré Boucbe, histoire de Provence, in-folio , tome i , p. 896 et suivantes. Du passage d' Annibal dans les Gaules. Il lui fait traverser le Rhône entre Avignon et Orange; et il prend pour le Delta de Polibe la jonction de flsère et du Rhône dans le Valentinois.
4. 1664. Pd^7\ Labbe,S. J. Z)iWrtatio de itinere ^nnibalis , ciuri épis* tolâ histoiicâ de Lugduno. Lyon , 1664 , in-4°, cité par Fontette, n° 160.
5. Cl. Menestrier, jésuite. D u passage d'Annibal. Dans son livre intitulé :
Les divers Caractères des ouvrages
X Préface,
historiques, etc. Lyon, i694,in-i2,
pages 388 - 427 ; et à la tête de son