SCÈNE II
VALÈRE, SGANARELLE
VALÈRE
Ah! mon pauvre Sganarelle, que j'ai de joie de te voir ! J'ai besoin de toi dans une affaire de conséquence ; mais , comme je ne sais pas ce que tu sais faire...
SGANARELLE
Ce que je sais faire , monsieur? employezmoi seulement en vos affaires de conséquence, ou pour quelque chose d'importance : par exemple , envoyez-moi voir quelle heure il est à une horloge , voir combien le beurre vaut au marché , abreuver un cheval , c'est alors que vous connoîtrez ce que je sais faire.
VALÈRE
Ce n'est pas cela; c'est quïl faut que tu contrefasses le médecin.
SGANARELLE.,. , Moi, médecin , monsieur ! Je suis prêt à
faire tout ce qu'il vous plaira ; mais , pour faire le médecin, je suis assez votre serviteur pour n'en rien faire du tout ; et par quel bout m'y prendre, bon Dieu ? Ma foi , monsieur, vous vous moquez de moi.
VALÈRE
Si tu veux entreprendre cela , va , je te donnerai dix pistoles.
SGANARELLE
Ah! pour dix pistoles , Je ne dis pas que je ne sois médecin ; car voyez-vous bien , monsieur , je n'ai pas l'esprit tant , tant subtil , pour vous dire la vérité ; mais, quand je serai médecin , où irai-je ?
VALÈRE
Chez le bon homme Gorgibus, voir sa fille qui est malade; mais tu es un lourdaud qui, au lieu de bien faire, pourrois bien...
SGANARELLE
Hé! mon Dieu, monsieur, ne soyez point en peine ; je vous réponds que je ferai aussi bien mourir une personne qu'aucun médecin qui soit dans la ville. On dit un proverbe,.
d'ordinaire : après la mort le médecin ; mais vous verrez que, si je m'en mêle, on dira: après le médecin gare la mort! Mais néanmoins, quand je songe , cela est bien difficile de faire le médecin ; et si je ne fais rien qui vaille ?
VALÈRE
Il n'y a rien de si facile en cette rencontre; Gorgibus est un homme simple , grossier , qui se laissera étourdir de ton discours , pourvu que tu parles d'Hippocrate et de Galien , et que tu sois un peu effronté.
SGANARELLE
C'est-à-dire , qu'il lui faudra parler philosophie , mathématique. Laissez-moi faire , s'il est un homme fa<:ile, comme vous le dites, je vous réponds de tout ; venez seulement me faire avoir un habit de médecin , et m'instruire de ce qu'il me faut faire , et me donner mes licences qui sont les dix pistoles promises.
( f^'atère et Sganarelle s'en vont. )
SCÈNEIII.