‹ Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, sur ses anetres, l'epoque de sa naissance qui avait eté inconnue jusqu'a présent; sur son buste et un inscriptionChapitre 59 sur 73 · SABINE, GORGIBUS, SGANARELLE · texte numérisé non relu

SABINE, GORGIBUS, SGANARELLE

SABINE

Je vous trouve à propos, mon oncle , pour vous apprendre une bonne nouvelle. Je vous amène le plus habile médecin du monde ; un homme qui vient des pays étrangers , qui sait les plus beaux secrets, et qui sans doute guérira ma cousine. On me la indiqué par bonheur, et je vous l'amène. Il est si savant , que je voudrois de bon cœur être malade, afin qu il me guérit.

GORGIBUS. Où est-il donc?

SABINE

Le voilà qui me suit ; tenez, le voilà.'

GORGIBUS

Très-humble serviteur à monsieur le médecin. Je vous envoie quérir pour voir ma fille qui est malade; je mets toute mon espérance en vous.

SGANARELLE

Hippocrate dit , et Galien , par vives raisons , persuade qu'une personne ne se porte pas bien quand elle est malade. Vous avez raison de mettre votre espérance en moi; car je suis le plus grand, le plus habile, le plus docte médecin qui soit dans la faculté végétable , sensitive et minérale.

GORGIBUS

J'en suis fort ravi.

SGANARELLE

Ne vous imaginez pas que je sais un médecin ordinaire , un médecin du commun. Tous les autres médecins ne sont , à mon égard, que des avortons de médecins. J'ai des talens particuliers, j'ai des secrets. Salamalec,salamalec. Rodrigue, as-tu du cœur ? signor, si ;sigTioFf no.Per omnia sœcuLa sœculorum. Mais encore voyons un peu.

SABINE

Eh! ce n'est pas lui qui est malade, c'est sa fille.

SGANARELLE

11 n'importe ; le sang du père et de la fille ne sont qu'une même chose ; et, par l'aitération de celui du père , je puis connoître la maladie de la fille. Monsieur Gorgibus,y auroit-il moyen de voir de Turine de l'égrotante ?

GORGIBUS

Oui-dà; Sabine, vite allez quérir de l'urine de ma fille. (Sabine sort. ) Monsieur le médecin , j'ai grand'peur qu'elle ne meure.

SGANARELLE

Ah ! qu'elle s'en garde bien ! il ne faut pas qu'elle s'amuse à se laisser mourir sans l'ordonnance de la médecine. ( Sabine rentre.) Voilà de l'urine qui marque grande chaleur, grande inflammation dans les intestins; elle n'est pas tant mauvaise pourtant.

GORGIBUS

Eh quoi ! monsieur, vous Tavalez ?

SGANARELLE

Ne -vous étonnez pas de cela : les médecins d'ordinaire se contentent de la regarder }

mais, moi qui suis un médecin hors du commun, je l'avale, parce qu'avec le goût je discerne bien mieux la cause et les suites de la maladie; mais, à vous dire la ve'rité , il y en avoit trop peu pour avoir un bon jugement : qu'on la fasse encore pisser.

SABINE {son et revient ).

J'ai bien eu de la peine à la faire pisser.

SGANARELLE

Que cela ! voilà bien de quoi ! Faites la pisser copieusement, copieusement. Si tous les malades pissent de la sorte, je veux être médecin toute ma vie.

SABINE [sort et revient ).

Voilà tout ce qu'on peut avoir; elle ne peut pas pisser davantage.

SGANARELLE

Quoi! monsieur Gorgibus, votre fille ne pisse que des gouttes? voilà une pauvre pisseuse que votre fille; je vois bien qu'il faudra que je lui ordonne une potion pissatrice. N'y auroit-il pas moyen de voir la malade?

SABINE

Elle est levc'e ; si vous voulez , je la ferai venir.

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