‹ Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, sur ses anetres, l'epoque de sa naissance qui avait eté inconnue jusqu'a présent; sur son buste et un inscriptionChapitre 67 sur 73 · GROS-KENÉ, GORGIBUS, SGANARELLE · texte numérisé non relu

GROS-KENÉ, GORGIBUS, SGANARELLE

GROS-RENÉ

Ab ! ma foi , voilà qui est drôle ! comme diable on saute ici par les fenêtres ! Il faut que je demeure ici, et que je voie à quoi tout cela aboutira.

GORGIBUS

Je ne saurois trouver ce médecin ; je ne sais où. diable il s'est caché. (^Apercevant SganareLle qui revient en habit de médecin. ) Mais le voici. Monsieur, ce n'est pas assez d'avoir pardonné à votre frère j je vous prie, pour ma salisfaction , de l'embrasser : il est chez moi , et je vous cherchois partout pour vous prier de faire cet accord en ma pré- •sence.

SGANARELLE

Vous vous moquez, monsieur Gorgibiis; n'est-ce pas assez que je lui pardonne? je n« le veux jamais voir.

GORGIBUS

Mais , monsieur, pour l'amour de moi.

SGANARELLE

Je ne vous saurois rien refuser : dites-lui qu'il descende. ( Peîidant que Gorgibus entre dajis sa maison par la porte , Sganarelle y rentre par la fenêtre. )

GORGIBUS {à la fenêtre).

Voilà votre frère qui vous attend là-bas ; il m'a promis qu'il fera tout ce que vous voudrez.

SGANARELLE {à la fenêtre) .

Monsieur Gorgibus, je vous prie de le faire venir ici; je vous conjure que ce soit en particulier que je lui demande pardon , parce que sans doute il me feroit cent hontes, cent opprobres devant tout le monde.

( Gori^ihiis sort de sa maison par la porte , et Sganarelle par la fenêtre. )

GORGIBUS

Oui-dà, je m'en vais lui dire... Monsieur, il dit qu'il est honteux, et qu'il vous prie d'entrer, afin qu'il vous demande pardon en particulier. Voilà la clef, vous pouvez entrer; je vous supplie de ne me pas refuser, et de me donner ce contentement.

SGANARELLE

Il n'y a rien que je ne fasse pour votre satisfaction : vous allez entendre de quelle manière je le vais traiter. ( A la fenêtre. ) Ah ! te voilà, coquin. — Monsieur mon frère, je vous demande paidon , je vous promets qu'il n'y a pas de ma faute. — Pilier de débauche, coquin, va, je t'apprendrai à venir avoir la hardiesse d'importuner monsieur Gorgibus, de lui rompre la tête de tes sottises. — Monsieur mon frère... — Tais-toi, te dis-je. — Je ne vousdésoblig... — Tais-toi, coquin.

GROS-RENÉ

Qui diable pensez-vous qui soit chez vous à présent.^

GORGIBUS

C'est le médecin et Narcisse son frère ; ils avoient quelque différent , et ils font leur accord.

GROS-RENÉ

Le diable emporte ! ils ne sont qu'un.

SGANARELLE (à lafenéire).

Ivrogne que tu es, je t'apprendrai à vivre. Comme il baisse la vue ! il voit bien qu'il a failli , le pendard. Ah ! l'hypocrite , comme il fait le bon apôtre !

GROS-RENÉ

Monsieur , dites-lui un peu par plaisir qu'il fasse mettre son frère à la fenêtre.

GORGIBUS

Oui-dà... Monsieur le médecin, je vous prie de faire paroitre votre fi^ère à la fenêtre.

SGANARELLE (de la fenêtre).

11 est indigne de la vue des gens d'honneur , et puis je ne le saurois souffrir auprès

de moi.

GORGIBUS

Monsieur, ne me refusez pas cette grâce, après toutes celles que vous m'avez faites.

SGANARELLE {de la fenêtre.)

En vérité, monsieur Gorgibus , vous avez un tel pouvoir sur moi , que je ne vous puis rien refuser. Montre, montre-toi, coquin. ( Après avoir disparu un moment , // se remontre en habit de \>alet. ) Monsieur Gorgibus, je suis votre obligé. ( // disparoit e«core , et reparoft aussitôt en robe de médecin. ) Hé bien ! avez-vous vu cette image de la débauche ?

GROS-RENÉ

Ma foi , ils ne sont qu'un ; et, pour vous le prouver, dites-lui un peu que vous les voulez voir ensemble.

GORGIBUS

Mais , faites-moi la grâce de le faire paroître avec vous , et de l'embrasser devant moi à la fenêtre.

SGANARELLE ^de la fenêtre).

Cest une chose que je refuserois à tout autre qu'à vous ; mais , pour vous montrer que je veux tout faire pour l'amour de vous, je m'y resous, quoiqu'avec peine, et veux auparavant qu'il vous demande pardon de toutes les peines qu'il vous a données. — Oui, monsieur Gorgibus, je vous demande pardon de vous avoir tant importunf^,et vous promets, mon frère , en présence de monsieur Gorpjibus que voilà , de faire si bien désormais , que vous n'aurez plus lieu de vous plaindre, vous priant de ne plus songer à ce qui s'est passé. (// embrasse son chapeau et sa fraise y quil a mis au bout de son coude. )

GORGIBUS

Hé bien! ne les voilà pas tous deux?

GROS-RENÉ

Ah ! par ma foi , il est sorcier.

SGANARELLE {sortant de la maison .^ en médecin).

Monsieur, voilà la clef de votre maison que je vous rends ; je n'ai pas voulu que ce

coquin soit descendu avec moi , parce qu'il nie fait honte ; je ne voudrois pas qu'on le vît en ma compagnie, dans la ville où je suis en quelque réputation. Vous irez le faire sortir quand bon vous semblera. Je vous donne le bonjour, et suis votre, etc.

( // feint de s'en aller , et , après avoir mis bas sa robe , j entre dans la maison par lajenêtve. )

GORGIBUS

Il faut que j'aille délivrer ce pauvre garr çon ; en vérité , s'il lui a pardonné , ce n'a paé été sans le bien maltraiter.

( Il entre dans sa maison et en sort avec Sganarelle en habit de valet. )

SGANARELLE

BTonsieur, je vous remercie de la peine que vous avez prise , et de la bonté que vous avez eue ; je vous en serai oblige toute ma

vie.

GROS-RENÉ

Où pensez -vous que soit à préseht le médecin ?

GORGIBUS

Il s'en est allé.

GROS-RENÉ ( qui a ramassé la robe de Sganarelle).

Je le tiens sous mon bras. Voilà le coquin qui faisoit le médecin , et qui vous trompe. Cependant qu'il vous trompe et joue la farce chez vous , Valère et votre fille sont ensemble qui s'en vont à tous les diables.

GORGIBUS

Oh ! que je suis malheureux ! mais tu seras pendu, fourbe, coquin.

SGANARELLE

Monsieur , qu'allez-vous faire de me pendre? Ecoutez un mot, s'il vous plait ; il est vrai que c'est par mon invention que mon maître est avec votre fille; mais, en le servant, je ne vous ai point désobligé : c'est un parti sortable pour elle , tant pour la naissance que pour les biens. Croyez-moi , ne faites point un vacarme qui tourneroit à votre confusion , et envoyez à tous les diables ce coquin-là avec Villebrequin. Mais voici nos amans.

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