NIMES JUSQU'A TURIN
L'AN 2l3 AVANT NOTRE ÈRE.
I, C'ÉTAIT une grande entreprise pour un général carthaginois , que de traverser la Gaule et l'Italie, de passer les Pirénées (i).
(i) Si la manière dont nous écrivons quelques noms propres grecs, tels que Pire'ue'es , Polibe , Cirus, embai'rasse le Lecteur, nous l'engageons à voir nos CoDsiclérations sur l'Ortograplie , (oine 3 tle nos Mémoires pour servir à l'Histoire ancienne tin Globe,
2 1. Marche d'Annibal.
le Rbône et les Alpes, à la tête d'une armée nombreuse, pour venir attaquer les Romains sur leur propre territoire. Elle est d'autant plus digne de notre attention, qu'elle a été exécutée dans noire pays , à une époque à laquelle nous n'avons pas d'histoire.
En général, le passage des rivières et des montagnes est une opération militaire difficile et dangereuse sous deux rapports. D'atord, en elle-même, par les obstacles que l'art et la nature peuvent y opposer j ensuite, parce qu'elle vous place sur un terrain nouveau, au milieu d'ennemis qu'il faut combattre à chaque instant, et qui parviennent aisément à détruire vos troupes par le simple effet de la constance et du tems.
L'antiquité nous présente plusieurs grands exemples de ces sortes d'entreprises dont elle nous fait voir clairement les funestes inconvéniens, même après les plus brillans succès.
L'histoire d'Hérodote est presqu'eniièrement
à la suite de la Préface, et principalement page xxviir. Ce volume a un titre particulier, qui est : Mémoire et plan de travail sur rHistoire des Celtes ou Gaulois. U SI été imprimé ea 1807.
î. Marche d'Annîbal. 5
consacrée à nous raconter l'invasion des Perses dans la Grèce. Le célèbre passage des Thermopiles entraîna la destruction d'Athènes, et les vainqueurs n'en furent pas moins chassés honteusement , et forcés à retourner dans leur pays, après avoir perdu un nombre prodigieux de vaisseaux et de: soldats.
Les Grecs envahirent la Perse à leur tour, sous la conduite d'Alexandre, à qui cette conquête a valu beaucoup de i;loire. Le passage du Granique et des défilés de la Cilicie , entraîna la ruine de Darius, qui périt misérablement, et dont la dinastie cessa d'exister. Mais Alexandre mourut à la fleur de son âge, et ses successeurs déchirèrent son empire. Les Grecs, affaiblis par ces divisions, furent bientôt subjugués à leur tour par les Romains.
L'entreprise d'Annibal est Tune des plus gigantesques, et en même lems des plus savantes. On peut dire que l'art militaire s'est élevé, sous lui, à une perfection qu'il n'avait pas encore atteinte. Avec très -peu de Carthaginois, il parvint à discipliner des Espagnols et quelques Africains; il traversa les Gaules avec trente -sept éléphans, animaux qu'on n'avait vraisemblablement jafnui^ vus
4 !• Marche cCAnnihal.
auparavant dans ces contrées. Il passa le Rhône, malgré les Celtes, alliés des Phocéens Marseillais, amis des Romains, l'an 218 avant notre ère; il traversa les Alpes à Briançon, au commencement du mois de novembre (i), gagna Turin, où il fut secondé par les Gaulois Cisalpins, et répandit la terreur jusqu'aux portes de Rome. Mais les victoires qu'il remporta ne le garantirent pas de l'effet naturel des invasions lointaines. Obligé de retourner dans son pays, il y fut battu par ces mêmes Romains qu'il était venu chercher par une loute si nouvelle, et dont la grandeur colos-
(i) Voyez le Journal de ce voyage, clans l'Art de vérifier les Dates avant l'ère clirétienne. Paris, i8iq, t. 4, p. 496, de l'édition in-8°. L'Hisloire Romaine , dans cet ouvrage, a mérite, par son exactitude, les éloges de M. Dannou, dans le Journal des Savans. Il dit qu'Annibal arriva sur les bords du Rhône le 14 octobre, passa ce fleuve le 18, campa sur ses bords le 19, combattit les Romains le 20, marcha vers les Alpes le 21 , arriva au pie des montagnes le 3l , parvint au sommet en neuf jours le 9 novembre, et y prit deux jours de repos le 10 et le li, ce qui est prouvé astronomiquement par le texte de Polibe, et fixe ainsi toutes les dates antérieures.