‹ Dissertation sur L'Apolexie no.224Chapitre 2 sur 5 · DE QUELQUES PROPOSITIONS SUR LE TRAVAIL DE L'ACCOUCHEMENT · texte numérisé non relu

DE QUELQUES PROPOSITIONS SUR LE TRAVAIL DE L'ACCOUCHEMENT

L'arorrexe est la plus fréquente et la plus terrible de toutes les maladies du cerveau. Méconnaissant sa véritable nature et ne basant leur diagnostic que sur les symptômes , les anciens donnèrent le nom vague d’apoplexie (d'imomaitrer, frapper fort ) à toute affection dans laquelle le malade tombait comme frappé par la foudre. Dans ces derniers temps, elle a été désignée avec beaucoup plus de raison sous le nom d’hémorrhagie cérébrale. Ra Avec cette dénomination, plus conforme à la nature de la maladie,

on'a alors défini l’apoplexie un épanchement de sang dans l’encéphale, avec rupture de ses vaisseaux sanguins et déchirure de sa substance. Ainsi

(6) donc, d’après cette définition , il ne sera plus permis de la confondre avec les autres maladies du cerveau.

Beaucoup de théories ont régné tour à tour dans les écoles sur la nature de cette maladie ; je vais les énumérer d’une manière succincte. Long-temps avant l'étude de l'anatomie , les médecins, dont l’imagination était le seul guide dans leurs travaux , cherchèrent à expliquer d’une manière satisfaisante la formation de l’apoplexie, et assignèrent à cette maladie les causes les plus étranges. C’est ainsi qu'on vit Arétée l’atitribuer à une déperdition de la chaleur animale ; Galien, supposer l'opplétion subite des ventricules du cerveau par une humeur froide et mélancolique ; Avicenne, penser que l’obstruction des vaisseaux mettait obstacle à la circulation des esprits sensitifs et moteurs ; Paracelse, aller même jusqu’à supposer trois gouttes de sang suspendues au cerveau , et suivant que la droite , la gauche ou la centrale venait à tomber sur le cœur , elle produisait la paralysie du côté droit, du côté gauche ou la mort. Nymman enfin substituait à ces chimères celle de l'obstruction subite du pressoir d’Hérophile. j 2 Si l’apoplexie donna lieu à tant de théories erronées et d’hypothèses ridicules , les remèdes qu’on dirigea contre elle ne furent pas moins bizarres. En effet, qui maintenant, à l'exemple d’un docteur allemand, voudrait faire secouer son malade ou proposer de le trépaner? qui, comme Etmuller, voudrait aujourd’hui conseiller l'esprit de crâne humain comme un remède eflicace? Ne vit-on pas aussi Emmanuel Kænig vanter les étonnans effets de l'os d’un suppliciéporté dans un sac sur le membre paralysé ; Nyram prôner trois gouttes de sang tirées de l'oreille droite d’un âne de meunier, et données dans une décoction ‘de lentilles , etc. ? On sent que de telles doctrines n’ont pas besoin de réfutation; il suflit de les exposer pour en reconnaître toute l’absurdité.

Si des auteurs anciens nous passons aux modernes , à qui l’anatomie pathologique avait ouvert une nouvelle carrière à l'observation, “on les voit encore , comme les premiers , différer d'opinions sur l’apo-

plexie. Ainsi Morgagni et Boërhaave l'ont divisée en séreuse et en sanguine : cependant , comme parfois ils ne trouvaient rien à l'examen cadavérique, ils admirent l'existence d’une apoplexie nerveuse, pour se rendre raison de la mort prompte de certains individus. M. Serres, guidé par le siége des altérations morbides de l'encéphale , proclame deux genres d’apoplexie, la méningée et la cérébrale, qu'il subdivise chacune en cinq espèces. Enfin , MM. Lallemand , Rochoux et Rostan veulent qu'on réserve le nom d’apoplexie, ou mieux d’hémorrhagie cérébrale, au seul épanchement sanguin produit spontanément : c’est d'après l'autorité de ces auteurs que je vais essayer de tracer le tableau de cette maladie. Il est inutile, je crois, d’avertir que les hémorrhagies à la suite de coups sur la tête n’entrent point dans mon sujet : la différence des causes et le mode de traitement en font le domaine exclusif de la chirurgie.

Causes.

Je les diviserai en causes prédisposantes et en causes efficientes , selon qu'elles agissent d’une manière lente et graduée , ou que leur action est plus immédiate ou plus prompte. Les premières se subdivisent en causes individuelles lorsqu'elles. sont particulières à l’individu , et en causes hygiéniques , lorsqu'elles se rattachent à l’'hygiène.

1°. Causes individuelles. Tout âge de la vie y est sujet : cependant elle est très-rare dans l'enfance et chez les adultes; ce n’est guère que de quarante à soixante ans qu’elle devient funeste : d’après M. Rochoux , c’est surtout de soixante à soixante-dix ans ; après cet âge, on l'a moins observée. à

Un tempérament sanguin , une tête volumineuse , la face rouge, le cou gros et court , les épaules larges , la poitrine vaste, la taille petite, prédisposent , dit-on , à l’apoplexie.

Les deux sexes y sont également exposés. Pendant le temps de la

menstruation , elle est plus rare chez la femme que:chez l’homme ; mais arrivée à l’âge critique, je pense qu'elle y est plus s ujette.que ce dernier.

Cette maladie est-elle héréditaire ?. Il est. certain que des parens morts apoplectiques ont pu léguer äleurs enfans une constitution telle que je l'ai décrite; s’ensuit-il pour cela que ces individus soient voués a une mort certaine ? Non, certainement ; les secours hygiéniques , dans ce cas, leur seront d’une très-grande utilité.

L'hypertrophie du cœur prédispose:t-elle à l’apoplexie? M. Rochoux, d'après l’autopsie de quarante-deux apoplectiques , n’en a rencontré que trois seulement qui fussent atteints d’anévrysme du cœur.

La suppression d'une hémorrhagie habituelle , l’omission d’une saignée dont on a contracté l'habitude ; la ligature d’une grosse ar-

tère , l'amputation d’un membre , la grossesse, une tumeur-dont la présence empêcherait le libre retour du sang veineux du cerveau au cœur , sont autant de causes qui prédisposent à cette maladie.

2°. Causes hygiéniques. Presque. tous les médecins depuis Hippocrate regardent l'hiver, les temps froids.et humides, ceux surtout où il survient des changemens brusques de température , comme prédisposant , à l'apoplexie. M. Rochouz n'a presque: pas trouvé de différence dans les quatre saisons. Y,sont surtout exposés ceux qui font abus des alimens succulens , excès des liqueurs alcoholiques , qui augmentent la masse du sang et son afflux vers la tête ; ceux dont les travaux nécessitent qu'ils soient: continuellement sous-l’influenced’une forte chaleur; ceux qui mènent une vie molle.etoisive, quin’est animée par aucun exercice; aussi , dit Ponsart trouve-t-on plus de moines, et, de financiers apoplectiques que de-paysans.

Causes efficientes. La plupart des causes :prédisposantes ; en continuant, d'agir, peuvent devenir détermiuantes ; elles sont. presque toujours à la fois et prédisposantes et eflicientes.. De ;plus , celles-ci * auraient élé souvent de nuleffet-sans prédisposition :cérébrale ; préa-

lable. Néanmoins il en est dont l'action se fait remarquer au moment même de l'attaque : tels sont la congestion cérébrale , lPépilepsie , l'indigestion , le coït chez les vieillards ; un accouchement dont le travail serait long et pénible , un violent accès de colère, un excès de tristesse ou de joie, etc. , etc.

Symptômes.

L'invasion peut être précédée, ce qui arrive rarement , de symptômes précurseurs ( d’après M. Rochoux , une fois sur douze ) : tels sontune forte douleur de tête survenue tout à coup, des vertiges, des tintemens d'oreilles, des éblouissemens ; laffaiblissement de la vue , de l'ouïe , du jugement , de la mémoire ; de l'embarras dans la prononciatiôn , des fourmillemens , de la faiblesse dans les membres d’un côté du corps, etc. s

Quel que soit le mode de lattaque , que l’apoplexie ait été ou non précédée de symptômes précurseurs, l'individu qui en est atteint tombe comme frappé par la foudre : c’est ce qui l'avait fait appeler foudroyañte ; il perd immédiatement connaissance ; tout un côté du corps est en général paralysé ; la sensibilité est plus ou moins complètement éteinte ; la parole est presque toujours impossible ; si la langue est sortie de la bouche , elle se dirige ordinairement du côté de l'hémiplégie. La bouche, quelquefois écumeuse, est souvent déviée du côté sain. M. Rochoux a remarqué que les pupilles sont immobiles dans la plupart desattaques , et que leur contraction est presque aussi fréquente que leur diiatation.

La paralysie peut se montrer sous tous les degrés , affecter légèrement un seul organe, d’autres fois produire une hémiplégie ( paralysie du bras et de la jambe d’un même côté), une paraplégie ( paralysie des membres inférieurs), s'emparer même de tous les : muscles volontaires. x

Les autres symptômes sont tirés de l’état de la face, de la respiration , de la circulation et de l’excrétion involontaire. des urines. La

(ro)

face est tantôt extrêmement pâle , verdâtre , jaune , livide, et tantôt rouge, violette et bouffie ; les yeux sont ternes, sans expression. La respiration quelquefois n’éprouve aucun dérangement , d’autres fois elle est stertoreuse : si un des côtés de la joue est paralysé , l'air qui sort alors pendant l'expiration , faisant effort contre ce côté, produit un gonflement et un bruit analogue à l’action de fumer la pipe; ce signe est de mauvais augure, selon M. Landré-Beauvais. Si le pouls est fort, plein ou dur, il faut craindre la continuation ou le retour de l’hémorrhagie ; il est quelquefois rare , quelquefois fréquent , d’autres fois petit et faible. Enfin le trouble qui se manifeste dans les fonctions des appareils digestif et urinaire ne saurait être instantané , comme les changemens subits que je viens de passer en revue. Le plus souvent il y a constipation ; dans quelques cas , les selles sont invo- Jontaires, ce qui dépend de la paralysie des sphincters de l'anus. L'émission des urines se fait presque toujours involontairement, sans que le malade en ait conscience. Si la vessie se trouve paralysée , il y a rétention d'urine. | |

Durée et terminaison. L

Il est certain que la durée de cette maladie sera toujours subor: donnée au volume de l’'épanchement , à son siége, à l'âge et à la constitution du sujet. D’après ces considérations , on ne peut guère fixer que d'une manière générale combien doit durer la maladie. Lorsque l’épanchement est peu considérable, et que les sujets sontjeunes , les symptômes s’amendent peu à peu , la sensibilité revient à son état normal , la paralysie cesse avec un temps plus ou moins long ; ce qu’il y a de remarquable, c’est que la jambe reprend plutôt ses forces. que le bras. Deux ou trois mois, quelquefois plus , sont nécessaires à la guérison. .

Si l'épanchement est très-intense, la mort s'ensuit presque toujours ; elle arrive ordinairement dans les huit premiers jours de la maladie. Rarement on succombe instantanément ou après quelques

(ar) heures : ces morts promptes se remarquent plutôt chez les individus affectés de maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux. Dans ce cas grave , lorsque la maladie se termine par la guérison , elle se fait long-temps attendre, et il est très-rare que les malades ne conservent pas dans les membres affectés de la faiblesse, de l'engourdissement ; le tact assez souvent ne se fait plus qu’imparfaitement. On a vu aussi, à la suite d’un épanchement un peu considérable , les malades tomber en enfance : ce qu'il y a surtout à craindre, c’est qu'il ne survienne un nouvel épanchement , ou un ramollissement de la substance cérébrale.

Diagnostic différentiel.

Si les symptômes que j'ai énumérés n'appartenaient qu'à l'hémorrhägie cérébrale , il serait bien facile de reconnaître cette maladie , et de ne jamais la confondre avec d’autres ; mais malheureusement il n'en est pas ainsi, un grand nombre peuvent la simuler; il sera donc de la plus haute importance de les distinguer en comparant leurs symptômes respectifs.

1°. Méningite. Elle s'annonce ordinairement par une douleur de tête violente et d’un caractère particulier. Cette céphalalgie fait pousser aux malades des cris qui reviennent par intervalles ; elle s’accompagne de somnolence ; quoique continue, elle se fait sentir avec plus d’intensité de temps à autre ; elle occupe le plus souvent la région frontale , quelquefois sincipitale , occipitale ou autres ; elle augmente par les mouvemens qu’on imprime aux malades. Si la maladie n'est pas enrayée dans sa marche, il se manifeste bientôt des phénomènes fébriles très-prononcés , auxquels succède un délire furieux : il survient ensuite un état comateux, et toujours , dans ce cas , la maladie se termine d'une manière funeste.

La fièvre, les cris, et surtout le délire, suffisent pour la faire distionguer de l'hémorrhagie cérébrale,

2°. Encéphalite. On reconnaîtra que la paralysie qui survient à la

(12) fin de cette maladie n'est pas due à une hémorrhagie cérébrale aux symptômes qui se sont d'abord manifestés , tels que 1°. des frissons , de la céphalalgie, des engourdissemens ; 2°. la contracture des membres el les mouvemens convulsifs ; 3°. à la variété des symptômes, qui peuvent augmenter et diminuer dans la même journée , tandis que l’apoplexie suit une marche lente et régulière.

3. Congestion cérébrale. Gette affection a , dans son début , une telle ressemblance avec l'hémorrhagie , qu’il est très-souvent impossible de les distinguer l’une de l’autre. En effet , comme dans l’hémorrhagie, il y a perte subite de connaissance, résolution des membres, immobilité des pupilles ; la face est vultueuse , le pouls ordinairement fort, plein ; la respiration libre, rarement stertoreuse. Si le malade meurt dans cet état, l'observateur reste dans le doute jusqu’à l’ouverture du cadavre. Dans le cas contraire , au bout de quelques heures , tout cet appareil de symptômes disparaît , la connais: sance revient , et il ne reste plus aucune trace de paralysie.

4°. Ramollissement du cerveau. Cette maladie se reconnaîtra à sa marche lente et graduée ; les individus qui en sont atteints se sont plaints depuis long-temps d’une céphalalgie opiniâtre dans un point fixe de la tête, de fourmillemens et d’engourdissemens dans les membres du côté opposé à la douleur ; les mouvemens en deviennent de plus en plus difficiles ; ils sont quelquefois convulsés, presque toujours il y a contracture , et enfin ils finissent par se paralyser complètement. Les facultés intellectuelles s’engourdissent , les réponses sont lentes, tardives, embarrassées ; la mémoire se perd ; le malade

perd peu à pew connaissance ; et meurt dans un état comateux.

5. Epilepsie. Comme dans l'apoplexie, il y a perte de connaissance; l'œil est immobile , la face se gonfle , devient rouge , violette ; la bouche est couverte d’écume, etc.; mais les convulsions générales , l'absence de paralysie, le prompt retour à la connaissance et à la santé, ne permettent pas de confondre entre elles ces deux maladies.

6°. I ystérie. On évitera toute méprise en considérant que, comme l'épilepsie , cette maladie est caractérisée par des convulsions générales, mais qu'elle diffère de cette dernière par la sensation d’une boule qui , de l'utérus , semble remonter dans la gorge , où elle détermine un sentiment de strangulation, etc. D'ailleurs les commémoratifs que pourra recueillir le médecin dissiperont les doutes qu'il pourrait avoir sur la nature de cette maladie.

7°. Catalepsie. Le cataleptique reste dans une immobilité complète; les membres affectent une roideur tétanique, et conservent la position où ils étaient avant l’attaque ou qu’on leur imprime. C’est le contraire dans l’hémorrhagie cérébrale : les meinbres sont mous, obéissent aux lois de la pesanteur, et sont quelquefois dans une para-

lysie complète.

8. L'asphyxie présente une suspension de la respiration et de la circulation , qui ne s’observe pas dans l’apoplexie.

9°. Syncope. Elle est caractérisée par la perte de connaissance , du sentiment et du mouvement ; mais l’immobilité est générale, la face est | pâle , le corps couvert d’une sueur froide , le pouls et la respiration sont imperceptibles. Elle dure peu , et ne laïsse aucune trace, tandis que l’apoplexie est constamment suivie de paralysie, quoique le ina-

lade ait recouvré la connaissance.

10°. Jvresse. Il n'y a point d'hémiplégie; la perte de connaïssance n’est que de peu de durée; l'individu exhale toujours l'odeur de la liqueur qui l'a enivré. 4

Enfin, l'apoplexie pourrait encore être confondue avec d’autres maladies du cerveau ou de ses enveloppes, telles que le squirrhe, le cancer de la substance encéphalique , les tumeurs fibreuses et fongueuses de la dure-mère, les tumeurs de la face interne des parois du crâne, etc. ; mais toutes ces affections sont faciles à reconnaître par la lenteur avec

laquelle elles se développent.

Prognostic. ke.

Le prognostic que portera le médecin sera plus ou moins grave suivant le degré de l'hémorrhagie , la constitution et l’âge du sujet : il sera peu fâcheux si le malade est encore jeune ; s'il n’est ni trop fort, ni trop faible; s'il est seulement hémiplégié ; si, au moyen d'un excitant quelconque, on peut le tirer momentanément de l’état comateux où il est plongé ; enfin si, après l'administration des premiers secours,on trouve une ainélioration notable dans les symptômes. Il faut cependant bien se garder de promettre une guérison parfaite; car, bien qu'elle ne soit pas mortelle , les suites en sont dangereuses , puisqu'une attaque prédispose toujours à une seconde; c’est alors que le médecin doit employer toutes les ressources. de son art pour en prévenir une ‘nouvelle, qui pourrait avoir les suites les plus fâcheuses.

Si, au contraire, l'individu est déjà vieux ; s’il est d’un tempérament sanguin ; s’il est paralysé de tous ses membres, plongé dans un carus profond; si les excitans les plus énergiques ne peuvent le tirer de cet état de mort apparente; s’il y a altération du sentiment et du mouvement , perte des fonctions intellectuelles, écoulement de salive écumeuse par la bouche, émission involontaire d’urme , sortie des matières fécales par suite du relâchement des sphincters, etc. ; sil est depuis long-temps dans cette situation désespérée ; enfin s’il ne survient pas de mieux malgré les moyens les plus puissans que l'on aura mis en usage, le'prognostic devra être extrêmement grave. Cependant il ne faudra pas laisser le malade sous prétexte qu’il n’y a plus d'espoir , car quelquefois on a le bonheur de voir cette maladie, qui s'était montrée escortée de signes alarmans et rebelles pendant quelques jours aux moyens thérapeutiques indiqués et dirigés avec soin, se terminer plus favorablement qu’on n'avait eu lieu de l'espérer, a\ |

(8735 Anatomie pathologique.

Chez les individus qui succombent peu de jours après une hémorrhagie cérébrale , on observe constamment un engorgement sanguin des vaisseaux et des sinus de la dure-mère ; les membranes du cerveau, surtout du côté qui est le siége de l’'épanchement, sont souvent injectées; les vaisseaux du cuir chevelu le sont aussi fréquemment. Il n’est pas rare non plus de rencontrer des ecchymoses sur Je cou , sur la poitrine, et même sur les membres. Les circonvolutions du cerveau sont déprimécs, aplaties et quelquefois détruites. Lorsqu'on incise la substance cérébrale , on la trouve ordinairement un peu rouge et parsemée de petits points de sang , qui se renouvellent

quand on les essuie : sa consistance est en général plutôt augmentée :

que diminuée. Lorsque le caillot est très-volumineux , la portion du cerveau qui l’entoure-est presque toujours désorganisée.

L'aspect du sang qui se trouve épanché dans la substance cérébrale, toujours du côté du cerveau opposé à la paralysie, diffère suivant l’anciennété de la maladie. Le caillot de sang varie depuis la grosseur d’une noix jusqu’à celle d’un œuf de poule environ. Si la mort arrive au bout de trois à quatre jours, il est noirâtre et mou ; après un

mois ou six semaines, il ressemble au sang des tumeurs anévrysmales ; à une époque encore plus reculée , il devient plus compacte , d’une couleur rouge pâle, tirant un peu sur le jaune d’ocre; enfin il diminue peu à peu , et finit par disparaître entièrement. Bientôt après, les parois de la cavité se rapprochent et se cicatrisent ; mais la nature n’emploie pas toujours les mêmes moyens; il arrive quelquefois qu’il se forme autour du caillot, sur les parois internes de l’excavation , une membrane qui, dans le principe , est mince, de couleur jau-

pâtre ou rougeâtre , et qui devient ensuite plus épaisse et plus ré-

sistante. Wepfer et Morgagnt ont les premiers observé ces kystes; après eux , MM. Marendelen 1807 , Rochoux en 1812 et Riobé en 1814. M. Lallemand les a décrits avec beaucoup de soin ; et a prouvé, par

LA

(16) un grand nombre de faits, que c'était vers le trentiëème jour de la maladie qu'on commençait à voir les rudimens de cette membrane, qui, en fournissant un liquide séreux , dissout le sang, et en facilite : la résorption. Lorsque le sang a disparu entièrement , la nouvelle membrane cesse ses fonctions exhalantes; ses parois se rapprochent et se cicatrisent. L'existence de ces cicatrices, qu’elles soient formées ou par la substance du cerveau elle-même , ou par cette membrane accidentelle, est constante; on les voit chez tous les sujets qui ont eu des hémorrhagies cérébrales , à quelque époque de la maladie qu'ils succombent ; toujours leur nombre est égal à celui des attaques. = L’hémisphère droit du cerveau est-il plus souvent frappé d'hémorrhagie que le gauche, comme le pensait Morgagni ? Depuis les travaux de M. Rochouz, on sait qu'ils n’y sont pas plus sujets l’un que l’autre; mais , sur un relevé de quüarante-un épanchemens, ce dernier auteur en a trouvé vingt-huit dans le petit espace qu'occupent le corps strié et la couche optique; les treize autres étaient situés dans la substance médullaire, plus ou moins près des corps cannelés. À quoi doit-on attribuer cette prédilection de l’hémorrhagie pour les corps striés , si ce n’est à leur texture particulière? En effet, comme le remarque Morgagni, ce n’est point au hasard qu'il faut l’attribuer ; mais il faut en chercher la cause dans la structure du cerveau, qui, dans certaines parties, recoit des vaisseaux plus gros et plus nombreux. Il est facile , en coupant horizontalement les corps striés d’un cerveau un peu injecté , de s'assurer .combien cette remarque est judicieuse , et combien elle s'accorde, avec l'anatomie , qui nous apprend que la. substance grise est celle qui recoit le plus de vaisseaux, et que c’est dans son épaisseur qu'ils se ramifient avant de pénétrer dans la substance médullaire. ; ; | Est-il facile de préciser pendant la vie le siége de l'hémorrhagie ? de ne le pense pas, et je crois qu'on ne peut parvenir qu’à des probabilités : d’ailleurs , quel en serait l'avantage ?

GER) Traitement.

Le médecin, dans le traitement de l’apoplexie, a trois indications priacipales à remplir : 1°. combattre l’hémorrhagie ; 2°. détruire l'effort qui tend à la renouveler; 3°. faciliter l'absorption du sang épanché.

Traitement curatif. — Première indication. En première ligne on doit placer la saignée ; elle doit toujours être proportionnée à la gravité des symptômes et aux forces du sujet. Moins on laissera écouler de temps depuis l'invasion de la maladie , plus l'efficacité de celte première saignée sera marquée. En général, il faut que la saignée soit abondante; de trois bonnes palettes , ou de huit onces au moins, si: le pouls n’est pas trop faible. Il faut observer que le pouls petit, s’il est dur, ne s'oppose nullement à ce qu’on pratique la saignée. On doit cependant être réservé dans l'emploi des saignées, qui, trop copieuses , pourraient devenir nuisibles. M. Rochoux dit s'être assuré plusieurs fois de ce fait. Las

11 faut , avant tout, débarrasser le malade d'une partie des vêtemens qui pourraient exercer une constriction ou favoriser la stagnation du sang vers l’organe affecté , le faire transporter dans un lieu frais, commode et bien aéré ; le placer sur un lit, la tête et le tronc fortement relevés.

Où doit-on faire la saignée ? Si , avec J’alsalva, on a recours à la saignée de la jugulaire externe , il faut avoir soin , lorsqu'on veut arrêter l'écoulement du sang, de ne pas se servir de bandes autour du cou, mais seulement d’un emplâtre agglutinatif, qui devra rapprocher et maintenir les bords de la plaie, et afin d'éviter toute compression qui, en favorisant la congestion cérébrale , ne manquerait pas d’augmenter l’hémorrhagie. Cette saignée , comme celle du bras, qui mérite certainement la préférence, doit toujours être faite du côté opposé à la paralysie, afin d'agir plus directement sur les vaisseaux

LA

(r8 ) de l’encéphale. La saignée du pied , malgré l'éloignement du lieu de l'hémorrhagie , procure une dérivation rapide , au moyen du bain

de pieds rendu irritant par l'addition du sel de cuisine ou de la mou-

tarde en poudre.

L'artériotomie temporale a été également recommandée comme agissant directement sur le-système artériel de l’encéphale. Je pense qu'on ne doit y avoir recours que très-rarement, à cause du bandage compressif, qui peut donner lieu à de graves inconvéniens.

Deuxième indication. Lorsqu'il n’est plus permis de recourir aux saignées générales, et qu’une nouvelle émission sanguine est indiquée par la persévérance des symptômes, les sangsues dans ce cas seront d'un très-grand avantage : on les placera à la base du crâne, derrière l'oreille , près de Copa mastoïde , ou le long des veines

jugulaires du côté opposé: à l’hémiplégie. Des ventouses scarifiées

à la nuque sont aussi un des moyens le plus souvent mis en usage.

En outre, des applications réfrigérantes sur la tête, soit au moyen de compresses imbibées d’eau glacée , soit à l'aide d’une vessie remplie de ce liquide, ou , à défaut, de l’eau et du vinaigre, seront trèsavantageuses, Dès que la tête sera refroidie ; on en suspendra l'usage pour recommencer lorsqu'on s’apercevra d’une nouvelle réaction. Les sinapismes vers les extrémités inférieures, employés en: même temps que la glace sur la tête , pourront être d'une très- ‘Sri efficacité.

À tous ces moyens thérapéntiques on ajoutera la diète des maladies aiguës, les boissons rafraîchissantes , telles que les tisanes d'orge, de chiendent ; édulcorées avec un sirop ordinaire ; les limonades , les orangeades, étc. etc. Si le tube digestif est en bon état , on pourra avoir recours à quelques purgatifs salins , tels quele sulfate de soude, celui de magnésie , dissous'dans du bouillon de poulet ou de veau.

On pourra aussi avec avantage administrer en même temps des lave-

mens laxatifs. | ‘ Plusieurs médecins ont conseillé l’'émétique , surtout lorsque l'a-

Ce

(19 ) poplexie survénait à la suite: d’un repas copieux. Selon Cullen et Tissot ; on me doit pas l'employer , parce qu’alors il peut faireredouter, par les secousses qu'éprouve le ‘cerveau dans le vomissement, le retour où l’augmentationide l'hémorrhagie.

‘Proisième indication. Quel est le moyen d'accélérer l'absorption du sang? Doit-on recourir aux ‘excitans révulsifs pour en hâter les progrès ? Je ne le pense pas, et je crois, avec M. Rochoux, qu'il vaut mieux abandonner à la nature ces sortes de guérisons, en fixant au malade un régime qui ne puisse pas entraver la marche naturelle de l'absorption, que de surexciter les organes par l’usage des vésicatoires, des sinapismes , des moxas, des sétons et autres révulsifs.

Traitement préservatif. Ce traitement consiste particulièrement dans l'observation des règles d’une sage hygiène. Ainsi les individus qui redoutent une attaque d’apoplexie devront habiter un lieu sain, vaste , aéré, dont la température modérée sera toujours entretenue à des degrés égaux. Les vêtemens, appropriés avec prudence à la saison , seront lâches et ne comprimeront aucune partie du corps Il sera préférable de dormir plutôt sur le crin que sur la laine. La tête sera élevée, les couvertures légères. On entretiendra par ce moyen une chaleur douce, et on préviendra les congestions dans la tête. On s’abstiendra de bains chauds ; on n’aura même recours aux bains tièdes que pour la propreté du corps. Des lotions froides , des frictions sèches seront toujours utiles par la dérivation qu’elles détermineront vers la peau.

Les végétaux devront fournir en grande partie les alimens : les principaux seront la chicorée cuite, la betterave , les épinards, les artichauts , les asperges , etc. Les fruits doux et acidulés, certaines fécules , le laitage , les viandes blanches, les poissons d’eau douce, seront conseillés avec avantage. On fera usage de boissons acidules légèrement toniques, ayant soin de défendre sévèrement les liqueurs alcoholiques, le café ct en général tous les excitans. Les repas seront

légers : il sera prudent de supprimer entièrement celui du soir. Le ventre sera toujours tenu libre ; les évacuations périodiques devront être soigneusement respectées. Enfin une variété bien entendue dans les occupations , un sommeil et des veilles pas trop prolongés ; l'éloignement de toutes passions vives, dés grandes émotions , d’une joie-excessive, de l'excès des plaisirs de l'amour, etc. , seront les moyens préservatifs que l’on pourra conseiller en pareil cas.

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