‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 10 sur 39 · XXXVIII. Le dogme de la créalion est vivement · texte numérisé non relu

XXXVIII. Le dogme de la créalion est vivement

combattu par les alliées. Ils prétendent que réduction

du néant, le commencement de l'être est une chose im-

eis ^unt j et intelligas quia ex nihilo fccit illa Deas. (a Machab. 7.28.)

Aiqne illiid eliiim necessarium est , ut railii quidein viJetar , aniniadveitere, non creatoiein illuin aPUtone,sed opiOcein appellari Deoram ; cum inler utruraque plai iinuin sit , ipsius l'iatoiiis jiidicio , discriininis : Creator enim riulla re alla indigens, sua \irlute et poteslate id qiiod sit eflîcit ; opifex vero accepta ex niateria condendi faciillate , opos siium construit. (5. Justi/tns , Colwt ad Grœcos ^ cap. 11.)

Qaid aufem magni esset, si Deus ex materia .subjecta mnnduin f a ceret ? Opifex enim apud nos, cum maieiiain ah aliqtio acceperit, ex ea qnidqnid placueiit effîngit ; Dei aolein potentia in eo spectatar, ut ex nibilo faciat qtiœcunique voluerii. ( Theophilus , ad Autol. , lib. 2 ; n" 4 . )

Homines quidein de nihilo non possunt ali^aid facere ; Deus aatem qnam homines hoc primo melior,eo qnod inateriara fabricationis suœ , cum anle non es-el, ipse adinvenit. (5". Irenœus y contra Uœres. ^ lib. 2 , cap. 10 , no 4. )

Tertio illud e\ quo uude, tanquam ex praeexi^tendi niateiia , oriantar alia principium existiraant illi qui inateriam ingenitam astroufit ; secus vero apud nos es^ , qui credimus ex non enlibus Deum entia fecisse. ( Orii^enes ^ in Joan. , loin, i , no 16. )

Faber sine ligno nihil aedificabit, quia lignam ipsnm facere non potest. Non posse autem imbecillitaiis est humanae. Deus au'em fecit sibi ipse materiara ^ quia potest. Posse enim Dei e.it ; nam si non putest, Deus non est. Homo fecit ex eo quodest, quia per mortalitatem imbecilbs est, per imbecditatem detinitse et mudicae potestatls ; Deas auîera facit ex eo qnod non est , quia per œterniiatem fortis est , per fortiiudinem potestatis immensa» , quae fine el modo caret, sicut vila fiictoris. Quid ergo mirum r" si faclurus raundum Deus, prius maleriam de qua faceret praeparavit, et praeparavit ex eo quod non eiat: quia nefas est Deum abonde abquid mntuari, cum in ip60 et ex ipso sint orania. (Lactancius ^ divin. Instit. lib. 2 ; cap. 9.) Auctorem enim Angelorum et Duminationum et Poteslatum facile, inteliigimus, euiu qui momento iraperii sui hanc tantam puUliritudinem mundi ex niliilo fecit esse qnae non erat, et non de extantibus aut rébus, aut causis, donavit habere subsianîiam. {S. Ainbrosiiis ; Hexameron , lib. i. eop. 3,n- 9.)

Quapropter lirmissime credimus omnia Deum fecisse de nihilo, qnia etiamsi de aliqua ujateria factiis est niundas, ipsa nieleria de nihilo fa et a est , m ordinatissirao Dei munere prima capacitas for-i

possible. Sans doute elle est impossible à un être contingent : il ne peut , nous le répétons , qu'arranger les diverses parties de matière; il est au-dessus de son pouvoir de donner l'existence à un seul atome. Mais ce que ne peut pas un être borné dans toutes ses facultés , l'être qui est infini dans toutes les siennes le peut certainement (1). C'est raisonner bien inconséquemment

maram fieret y deinde formarentai- qaaecamqae formata sont. (S. Augustiuus ^ de Fide et Sjmbolo , cap. a ; n" 2.) rid. Conjess. Ub. 1 1 ; cap. 5, n° 7 , ef Ub. 12 ; cap. 7 , no 7.

Ad imitationeni Dei creatoris, homo condit et fabricatnr domos, parietes, civitates, portas, naves , navalia, carras, et aliainfinita, velati imagines cœli, solis, lunae et slellarnm, item hominum et animaliam iirationalium foriiias. Inlinita tamen est in ratione condendi diversitas ; nam Deus omnium ex iis quae sunt et non snnt creat, idque sine labore et tempore , quia simulatqae voluerit prodocit qaod ei placuerit : homo vero opas habet materia , indiget instrnmentis, consilio et cogitatione, tempore et labore, ac caeteris artibus, ad opas construendam. {^Theodoretus ^ QucesC. in Genesim^ inter. 20. )

(i) Dei autem potentia in eo spectatar , ut primo quidem res e nihilo creet, deinde ad arbitrium suum creet. (^Theophilus ^ ad AutQl.ylib. 2 ; no 3.)

Si qaisquam in errore versabitar nt, de artificura nostrornm more cogitans , dandum esse neget Deum res universas moliri posse , nisi mateiiam qaamdam «)rta carentem prae manibus babuerit, cnm neqae statuarius absque aère, nec faber lignarius sine lignis, nec architectas sine lapidibus susceptum opus elal/oraie possit j de potestate Dei quaerendum ex illo est utrum Deus, nbi qnidqoid ipsi placnciit, moliri statuerit , nulla difficultate vim ejus voluntatis inhibente, qnod visum fuerit peificere possit. {^Origenes ^ Selectœ in Genesim.)

Deas solus cum esset , nibilqne sibi coaevam haberet, volait tnan< dum efrioere. Et mnndura cogitans, et volens et dicens efficit , continaoqne extitit , et factus at volait, et sicut volnit, perfecit. {Hip' polytus , contra Hcereseos noct. , no 10. )

Aadi verba Dei : Fiat^ difit : jubentis est, non seslimantis : imperat nafurae, non possibilitati obtempérât : non mensorâs coUigit, non pondas examinât. Vuluntas ejas mensnra rerom est; sermo ejas finis est operis. (5. Ainbrositis , hexainercny cap. 6, n" 22.)

Omnipotens non est qui quaerit adjnvari aliqaa materia , nnde facial qaod velit. Ex qno est consequens , nt , secundam fîdem nos' îraip , orania quae Deus fecit , per verbam suum et sapienliam saam

de dire : aucune puissance humaine ne peut produire tel effet, donc il est impraticable à toute puissance quelconque. Nous avons vu que la toute-puissance s'étend à tout, excepté à ce qui est contradictoire en soi, et à ce qui contredit quelqu'un des autres attributs de Tètre nécessaire. Or, 1° que ce qui n'existait pas commence à exister, ne présente pas une idée contradictoire. Il y aurait contradiction réelle , si on disait que dans le même moment la matière existe et n'existe pas; mais quand on parle de temps successifs, quand on dit que ce qui n'existait pas précédemment vient ensuite à exister , la seconde idée ne détruit pas la première : de ce que j'affirme que la matière existe actuellement , je ne contredis pas l'assertion qu'elle n'existait pas auparavant. Dès qu'il n'y a point de contradiction dans les idées, il n'y a point d'impossibilité intrinsèque. 2° Dirat-on que la création des êtres répugne aux attributs de l'être nécessaire ? Mais en quoi cet usage de sa toutepuissance blesse-t-il ses autres perfections? De ce qu'il existe , outre lui , des êtres contingents , quel est celui de ses attributs connus qui en est moins entier, moins infini , si on peut parler ainsi ? Comme ils ne peuvent rien lui ajouter , ils ne lui ôtent non plus rien : qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas d'autres êtres, il n'en est pas moins tout ce que nécessairement il est. La création ne répugnant ni en elle-même, ni au créateur, est donc évidemment possible. La solution des vaines difficultés par lesquelles on s'eff'orce d'obscurcir cette vérité, va la mettre dans tout son jour.

XXXIX. « On prétend d'abord que le recours à un a premier être, à un créateur, est inutile pour expli- « quer l'existence du monde matériel. Nous voyons « tous les corps qui le compose-nt se succéder, se re-

de nihil'j feceiit. Sic enim Icgimns : Ipse jiissit , et facta sunt ; ipse mandavit, et creata sunt. fS. Angiistinus ^ contra Fortunatum , d^lanich. disjnit. i , n° i3. )

« produire les uns les autres. L'univers se perpétue « par la continuité des générations d'hommes , d'ani- « maux , de plantes , même de minéraux : en admet- « tant que ces successions soient prolongées jusqu'à « l'infini , on a une explication suffissante de l'existence « des êtres , sans aller rechercher un créateur absolu- « ment inconnu. »

XL. J'observe que cette difficulté sort de la question, on nous parle de la manière dont ont pu se former les corps avec de la matière , et il s'agit d'expliquer par quel principe la matière elle-même existe : nous avons prouvé que cette matière n'existait pas par elle-même , et on nous répond par la manière dont les divers corps reçoivent leur :foime. Avant de produire l'hypothèse de la chaîne infinie des êtres, il faudrait en faire voir la possibilité, en prouvant l'éternité de la matière. Mais dès que le commencement a commencé d'être , les composés ont eu nécessairement un commencement.

XLL J'observe de plus que l'hypothèse de la série infinie des corps se reproduisant n'a lieu que pour le petit nombre de corps qui occupent la surface de la terre. Mais le globe terrestre lui-même se régénère- 1- il successivement? la masse d'air qui l'enveloppe éprouvet-elle une succession de générations? les sphères que nous voyons rouler sur nos têtes, subsistent-elles par une suite de destructions et de reproductions? C'est un argument bien ridicule de dire : quelques êtres se succèdent , donc tous les êtres peuvent s'être perpétués de génération en génération, jusqu'à l'infini.

XLH. Pans l'article précédent , j'ai démontré rimpossibilité d'une série infinie de mouvements ; et par là même j'ai réfuté d'avance l'hypothèse actuelle de la série infinie des corps. C'est par leurs mouvements que les corps se reproduisent : puisque les mouvements ne peuvent pas se prolonger jusqu'à l'infini, les générations ne peuvent pas non , plus y remonîtCr.

Les divers raisonnements par lesquels nous avons montré l'impossibilité de la série infinie des mouve-*

ments , démontrent avec une égale force l'impossibilité de la série infinie des êtres. Celle-ci présente , conmie celle-là , la contradiction d'un nombre de générations qui serait infini , et qui cependant s'accroîtrait sans cesse : l'une renferme, comme l'autre , l'absurdité d'effets sans cause : on pourrait assigner la cause de chaque génération , la totalité n'en aurait point. La collection de ces êtres successifs n'aurait de son existence aucune raison, de même que celle des mouvements, suffisante ni interne, puisqu'aucun ne serait nécessaire ; ni externe , puisque hors la collection des êtres il n'y a rien. Dans les deux hypothèses , on voit l'incompatible assemblage d'un tout nécessaire composé en entier de parties contingentes.

XLIII. « On nous objecte le grand principe admis « par tous les philosophes,, que rien ne se fait de rien , ■ ex nihilo niJiil fit. »

Ce principe, tiré de la philosophie péripatéticienne, pourrait être nié aussi gratuitement qu'il est avancé, de même que plusieurs autres propositions regardées longtemps dans les écoles comme des axiomes , et dont la fausseté est maintenant reconnue. 31ais il me paraît plus convenable de l'expliquer, et de montrer en quel sens il est vrai, en quel sens il est faux.

Il est vrai dans trois sens : 1° en ce que le néant ne peut pas être une cause : rien ne peut rien produire; il n'y a point d'eflet sans cause réelle : première vérité; 2° en ce que le néant n'est pas une substance dont les êtres soient tirés : il est absurde d'en faire une matière sur laquelle l'être nécessaire travaille : seconde vérité ; S** en ce que l'être dont la puissance est bornée ne peut rien faire avec rien , et qu'il a besoin pour tous ses ouvrages d'une matière qu'il emploie : troisième vérité. Mais dans le sens que donnent les matérialistes à cette maxime, elle est fausse, et rejetée de tous ceux qui ne sont pas matérialistes. Il faut pour tout effet une cause qui y soit proportionnée : une puissance limitée suffit pour donner à la matière existante d'autres formes; la toute-

puissance est nécessaire pour donner à la matière Fexistence. Telle est la vraie application du principe , et sa juste mesure.

XLIV. « Un philosophe , ajoute-t-on , ne peut croire K que ce qu'il peut concevoir : la création est une « chose dont nous n'avons aucune idée; réduction « d'une substance du rien est ce que nous ne pouvons « saisir par la pensée. »

Au commencement de cette dissertation , j'ai donné d'avance la réponse à cette difiicullé. J'ai montré , et je ne le répéterai pas ici, quelle est la différence entre concevoir une chose et la comprendre (1). D'après cette explication, je dis que nous concevons la création, puisqu'elle ne présente à notre esprit aucune contradiction. Nous ne la comprenons pas ; et ce n'est pas une raison pour refuser de la croire : ne comprenant pas plusieurs des choses que nous faisons nous-mêmes, devons-nous être étonnés de ne pas comprendre l'œuvre qui exige une puissance infinie (2) ?

(i) Voyez le commencement de cette dissertation, no a.

(a) Si antem aliqnis non invenerit causam omnium qnae reqoirnntur, cogitet quia homo est in iufinitum minor Dec. («J. Irenaus^ contra Hœres., lib. a ; cap. 25 , n° 3. )

Sant istias modi in Deo potestates, qîiarum, cura ratio intelligenfiae nostrœ incomprehensibilis est , lidcs tamen per veritatem efficaciae in absoluto est. {S. Hilarius , de Trinit. , lib. 3 ; n,, 5. )

Nec divinae raagnitudinem potestatis homanis viribns metiamur. {S. Ambrosius , de Fide resiirr. lib. 2 ; n" i5.)

Vis te adhuc ad faciliora dacam, quae qaotifîie fieri soient? Attamen ne de his quidem rationem reddes. Panem qnolidie comedimas : qnoœodo igitar, quaeso , panis nalura in sanguinem vertitnr, in pi-

tuitam,in bilera, et in reliques humores ? Qaomodo igilur haec

fiant, rationem reddas velini ; sed nunqnam possis. Ergone ta qui cibi quotidie iraranlati rationem reddere nequis, a Deo peractae creationis rationem a me répètes ? Annon extremae deraentiae fuerit,? (S. Joannts Chrysost. in Geneslm .^ sermo i, no 3.) Pid. idem in cap. I Gènes. , hoinil. a ; n° a , cr homil. 8 ; Dq 6.

Hic , si ratio quaeritur , non erit mirabile ; si exemplnm poscitnr rion erit singulare. Demus Deura aliquid posse quod nos faie^mur.

SUR l'existence de dieu. 71

Je retourne contre les athées leur propre argument : Le philosophe ne doit admettre que ce qu'il conçoit; c'est-à-dire , que les choses de la possibilité desquelles il a l'idée : or, la matière nécessaire, éternelle, ne se présente à l'esprit qu'accompagnée de l'idée d'impossibilité, de répugnance, de contradiction. Telle est, entre eux et nous , la dificrence : nous croyons ce dont nous ne comprenons pas clairement la possibilité: ils croient ce dont l'impossibilité est évidente.

XLV. « Si l'être nécessaire , disent- ils encore , a créé • la matière , il fut un temps où il voulut qu'elle exis- « tât ; et ce temps fut précédé d'un autre où il voulut « qu'elle n'existât pas encore : pendant ce temps primi- « tif il restait donc oisif ? et les Epicuriens ont eu raison ■ de demander s'il a dormi jusqu'à l'époque de la créa- « tion (1)? S'il est l'auteur de toutes choses, ainsi que « des mouvements et des combinaisons de la matière , « il est sans cesse occupé à produire et à détruire. « Qu'est-ce qu'un élre immuable , qui ne fait que dé- « ranger et que changer son ouvrage? Dans toute hypo- « thèse la matière est éternelle : incréée , elle existe né— « cessairement ; créée , elle l'a été de toute éternité. » J'ai encore répondu à cette difficulté, en traitant de l'immutabilité des volontés de l'être nécessaire (2). En admettant qu'il n'y a pas en lui de succession, il ne peut pas y en avoir dans ses volitions. En supposant même son éternité successive, il n'y a pas dans sa volonté de variation : il a voulu de toute éternité

investigare non posse. In talibus rebixs tota ratio factî est voluntas facientis. [S Aitguscinus , epist. i37; ad Folusianum ^ n" 8.)

Deain tanieii bonnm , et summaiu bonum, fecisse cancta qua» cetnimus , et quae nieliora non cerniinus, quamvis modus qao ea fecerit comprehendi huiuana mente non possit, dubitare fas non est. ( Idi m, contra advers, Leglsl. et Prophet. lib. i y cap. lo, n" i3. )

( I ) Ab otroque aufem sciscitur car luiindi fabricatoies repente exiiterint, innumerabilia ante sœcula dormierint. (Cicero, de Nat. Deonun ^Hh. 1 5 , cap. 9. )

(2) Voyez ci dessus, art. 4 \ "'' 2.

créer le monde ; mais de toute éternilé il a voulu ne le créer qu'à telle époque : il a voulu que tout ce qui est dans le monde existât ; mais il a voulu , éternellement voulu , que tout n'existât pas en même temps. Il a fixé dans ses décrets éternels , et les choses qui devaient être produites , et les temps où elle devaient l'être : ce sont les effets de sa volonté qui se succèdent ; sa volonté n'en est pas moins une, éternelle et immuable (1).

XLYI. On demande ce que faisait avant la création l'être nécessaire? Je réponds avec saint Irénée : lui seul le sait , il nous est impossible et il nous serait inutile de le savoir (2). J'ajoute avec saint Augustin , d'abord qu'il n'y a rien de ridicule à dire que Dieu ne faisait aucune créature avant de donner Telre aux créatures ; que de plus, dans l'hypothèse admise par ce saint docteur , de l'éternité non successive , la demande est illusoire. Le temps ayant été créé avec le monde , le mot avant ne peut pas être appliqué au temps antérieur à la création : ce n'est que depuis le moinent où a été créée

( I ) Nain quia illis quidqnid novi faciendum nove coiisilio faciunt (mutabiles enini mentes geiunt) profeclo, non Denra qaem cogitare non possunt, sed seipsos pro ilio cogitantes, non illum , sed seipbos, nec illi , sed sibi comparant.... Potest ad opas novnm, non novnm, sed sempiternura adhibere consilium non pœnitendo, quia prins ce^savel•at , cœpit facere qnod non feierat : s^ed et, .•>! prias cessavit, et posterins operatus est ( quod uescio quemadmodam ab hoinine possil intelligi) j hoc procnl dubio qnod dicitur jjrins et posterias, in rébus prias non exisîentibus et poslerins existentibns fait, în illoautem non alteram praecedentera altéra siibsequens abstolit ant mnlavit voluntatem ; sed una , eadernque sempilerna et imtuutrtbili volantate, res qiias condidit, nt prias non essent egit qnamdia non fuernnt, et ut posteiitis essent, qnando esse cœperunt. (S. Augustinus , de Cvil.Dei^ lib. i'i\cap. l'j ^ n° 2) Vid. ibid, cap. i4, ctlib. II , cnp. 4 , li" 2.

(a) Ut pnta si quis interroget : Anteqnain nitindain faceret Dlus , qaid agebat? Dicimus quoniam ista responj-io subjacet Deo. Qaoniani Butem mundus hic faolns est: aperte aetas a Deo tempora.e initiuiu acciniens, Scriptnrœ nos edocent. Qaid autem ante hoc Deas sit operatus , nuHa sciiptura manifestât. Subjacet ergo haec responsio Deo. [S . Irencens , contra Hœre;., lib. a ; cap. 28 , no 3.)

SDR l'existence DE DIEU. 73

la durée successive , que l'on peut dire avant et après. Il y a donc dans ce système contradiction dans l'expression , avant la création ; c'est comme si l'on disait , dans un temps où il n'y avait point de temps (1).

XLYIÏ. Il résulte de là que, toujours dans le même systènje, on peut dire sans erreur: la matière a existé de tout temps. Le temps ayant commencé avec la matière , il n'y a pas eu de temps où la matière n'ait existé. Il ne s'en suit pas de là qu'elle soit éternelle : le contraire même en résulte formellement. Le temps , selon cette opinion, n'étant pas éternel, mais ayant eu un commencement , et ayant été créé : de ce que la matière existe de tout temps , et est contemporaine à l'origine du temps , il résulte qu'elle a pareillement eu un commencement , qu'elle est de même une créature , qu'elle n'est pas éternelle.

(i) Ecce respondeo dicenti : Qnid faciebat Deus anleqnam faceret cœluin et lerain ? respondeo, non illud quod qaidam respondisse perhibetur joculariter , eludens qnaestionis violentiam : Alta , inqnit , sciulantibus gehennas parabat. Aliud est videre , abud ridere ; haec non respondeo : libetitius enim responderim : Neicio qnod nescio , qunm illad unde irridetur qni alta intenogavit , et laudatur qui falsa respondit ; sed dico te, Deus noster oranis crealurae crcatorem. Et si cœli et terrae nomine omnis creatnra intelligiinr , audenter dico: Antequain faceret Deas cœluin et tenam ^ non 'faciebat aliqnid : ti enini fdciebat, quid iiisi creaiuram faciebat ? Et u(inara sciam quidqnid ntiliier scire cnpio, quemadmoduin scio quod nul la liebat creatura, antequam fieret nulla creatura! At si cnjusquam volalilis sensus vagatur per imagines rétro temporum, et te , Deum omnipoientem , et omnicreantem, et oraniienenlem , cœli et terrae artificern ab opère tanto , antequain id faceres , per innumerabilia sœcula cessasse rairatnr, evigilet , alque attendat qnia falsa miratur. INam unde poterunt innumerabilia saecula praeterire, quae ipse non feceris j cuni sis omninm saeculorum aucîor et conditor? Ant quœ tempora fuissent, quae abs te condita non essent? Aut qnomodo praeterirent , .'-i nui quam fuissent; cum ergo sis operator omnium temporum ? Si fuit abqiiod tempos antetjuam faceres cœluin et terrain , cur dicitur quod ab opère cessabas ? Idipiura enim terapus tu ftceras ; iiec praeterire potne rnnt lempora , antequam faceres tempora. Si autem ante cœ'.ura et terram nullum erattempus, cur quacritur quid luic faciebas ? Non enim erat tnnc , nbi non erat tempus. {^S. Aii^isfnus , Confcss. lib. 1 1 ; cap. 1 1 éT 12 , n" 14 e/ i5.)

De l'exist. de Dieu. 4

Je n'ignore pas que même dans les écoles de théologie on a agité la question , si Dieu n'aurait pas pu créer la matière de toute éternité. Mais les docteurs qui tenaient pour l'affirmative reconnaissaient que , même dans cette iiypothèse , la matière étant créée aurait eu un commencement. Je n'entends pas trop bien comment ils conciliaient l'idée de l'éternité avec celle d'un commencement. Ce qui leur faisait illusion , à ce qu'il me semble, c'est que nous pouvons dans la pensée reculer indifféremment l'époque de la création , et remonter de degrés en degrés jusqu'à l'idée de temps infini. Mais une créature éternelle me paraîtra toujours une contradiction dans les termes.

XLVIII. « Si la matière , disent les athées , avait été « tirée du néant , elle y rentrerait, elle en ressortirait, «c au moins en partie. Or, aucune matière ne s'anéantit « ni ne se recrée ; elle change seulement de formes et de « modifications , mais le nombre de ses particules est v< toujours le même : il ne se perd ni ne s'introduit dans « le monde pas un seul atome. »

De ce raisonnement il n'y a qu'une chose certaine : c'est que nous n'apercevons dans le monde , ni accroissement , ni diminution de matière : nous ne voyons que des décompositions et de nouvelles compositions de corps. Mais les athées seraient bien embarrassés de prouver le principe que dans le fait aucune partie de matière ne s'anéantit , aucune ne se reproduit. Nous ne le voyons pas , donc cela n'est pas : quelle inconséquence ! Quelqu'un d'eux a-t-il suivi toutes les particules de matière dans les distractions et formations continuelles des corps , pour assurer qu'aucun atome ne périt , qu'aucun n'est reproduit ?

N'insistons pas sur ce premier point. Voici un autre argument plus inconséquent encore : aucune partie de matière n'est actuellement créée , donc aucune ne l'a jamais été ; aucune partie de la matière ne se détruit, donc la matière est indestructible. Quelrapport y a-t-il entre les principes et les conséquences ? Si nous disions

SUR l'existence de dieu. 75

que la matière s'est créée elle-même , on pourrait objecter que d'elle-même elle doit s'anéantir et se reproduire : mais son existence étant l'effet d'une puissance étrangère , ce n'est que par la volonté de cette même puissance qu'elle peut et s'annihiler et se renouveler.

XLIX. Voici une autre difiiculté. « Un être aussi n parfait qu'est, selon vous, l'être nécessaire, ne peut « rien faire sans motif : quel motif aurait pu l'engager « à créer le monde ? Il existait seul, dites-vous; ce n'est « donc que pour lui-même qu'il a pu travailler. Quel « besoin en avait-il? »«

1° Pour croire à la création est-il nécessaire que nous connaissions les motifs qui y ont engagé l'être nécessaire I Je suis assuré qu'Homère a composé l'Iliade : ne pourrai- je croire qu'il en est l'auteur, que lorsque je serai informé des raisons qui l'y ont déterminé?

2» S'il n'est pas possible que nous connaissions les motifs de la plupart des actions des hommes, à plus forte raison il y aurait une présomption ridicule de prétendre pénétrer dans les vues d'un être aussi supérieur à nous que l'être infini (1). La création de la matière nous est démontrée : il nous est également impossible et inutile de connaître pourquoi et comment elle a eu lieu.

3° Ma raison ne me découvre pas avec certitude quel est le motif qui a déterminé l'être nécessaire à se donner

(i) Dci consiliam bumana vota non capiunt. (S. Ambrosius, Expos, evang. secundum Litcam , lih. 5 ; n° 43.)

Qai qnaerit qaare volnerit Dens mnndura facere , cansam qnaeiit volantatis Dei. Sed omnis causa efficiens est ; omne autern efficiens raajas est quam id quod effioitar: nihil aotem majiis est voluntatc Dei ; non ergo ejas causa quaerenda est. {S. Jugusiinus ^ de Div.y quccst. 28.) fid. idem y de Genesi ^ contra Manich., lib. t ; cap. 2 ;

Secreta ejas sapientiae panci valent inqnirere , sed nnllus invenire : qnia quod super nos de nobis ab iinmorfab sapieniia non injuste disponitur , justum profecto est ut a nobis adbuc mortalibos ignoretur. {S. Gregorius Magn. , Moral, lib. 10 ; cap. 6 ; n° 7.)

des créatures; mais elle me montre clairement que ce motif ne peut pas être le Ijesoin qu'il en a eu : l'être qui possède au degré infini toutes les perfections n'a aucun besoin.

4° Si je ne puis pénétrer dans les motifs de l'être nécessaire, je puis au moins, d'après l'ordre qv:e je vois dans la création , former une conjecture qui satisfait ma raison. Je vois dans la nature une multitude d'êtres de tout genre; et entre eux tous, je n'en découvre qu'un capable de les connaître et de les faire servir à son utilité; l'homme seul entre tous les cires créés a le pouvoir et les moyens de les employer à différents besoins : ne puis-je pas raisonnablement imaginer qu'ils ont été fait pour celui à qui seul ils peuvent servir (1)?

(i) Qu£e si huniinibus solis nola surit, horuinuin facta esse causa jacîicanda surit. (Cicero de iSatura Deoruin , lib. i ; cap. 62.) Vid. ibid., cap. 53; et de Legibus.^ lib. i ; cap. 8).

Non ftnstra mnndarn a Deo conditum esse dicimus ; sed propter hamanum genus. (5. Jusdnus , Jpol. 1 ; cap. 4.) |

Fecit ergo Deus inundum propter hxjmineiu. Hoc qui non videt , non muliam distat a peonde. Quis cœlara suspioit, nisi homo P qnis solem , quis astra , quis opéra Dei miralur , nisi homo ? Quis colit terram.quis ex ea fruclum capit, quis navigat tu are ; quis pisces , qnis volatiiia , quis quadrupèdes habet inpo'estate, nisi bomo? Cuncta igitur propter hominein Deus fecit, quia u>ni hominis cnncta cessere. Yiderunt boc pbilosopbi. [Lactandus , Epitoin.^ cap. 69.) T^ide idem , de Ira Dei , capitt i 3. )

Deus igitur es. quo omnia sunt , nuUo eorum indiget quibns id quod sunt esse iargitus est. Orania vero ad profeclum eoruni qui gignerentur, creavit. [S. Hilariiis , tractatiis in p salmis .^ 2 ; îi» 140

Mundus propter bominem est. Sol splendidissiniis fulgoribns mi- cat; sed ut boinini luceat effectns est : et omnia aninialia ut nobis serviant constituta sunt : beibae et arbores , ad usum nosirum creatae. Bona opifîcia orania; sed imllnm eorum imago Dei prreter bominem. {S. Cj-rilhis Hieros., Catech. 16, no i3.)

Licet diversa ereniant , et non possit juslus scire quid ei faturum

sit, nec singularum reium causas rationesque cognoscere t;imen soit

a Deo cancia in utilitatem bounnnm iieri. {S. Hyeron. , Comment, in Eccles., cap. 12.)

Qaippe propter nihil aliud bacc omnia produxif , quam propter bominem, quem non multo post , quasi regem et principcm , omni-

SUR l'exfstence de dieu. 77

Qay a-l'il, dit un célèbre déiste, de si ridicule à penser que tout est fait pour moi , si je suis le seul qui puisse tout rapporter à lui (1)?

L. Ou nous fait contre la création d'autres objections plus minutieuses encore que les précédentes, et qui méritent à peine qu'on en fasse mention. « Où était, « avant la création , l'être nécessaire ? A-t-il pu pro- « duire le monde hors de lui , s'il est , comme on le « prétend , présent par tout à raison de son immensité? « Où a-t-il pu prendre l'idée du monde qu'il a créé? « ce ne peut être ni hors de lui, puisque rien n'existait; « ni dans lui, puisqu'on le prétend spirituel. »> Un seul mot surtira pour chacun de ces sophismes. En traitant de la spiritualité et de la dignité de l'être nécessaire , nous montrerons qu'il n'a pas une présence locale , qu'il n'occupe pas un espace comme les corps. Nous répondrons en conséquence à la première interrogation : Avant la création, l'être nécessaire était comme il est à présent. Le mot où et le mot être spirituel sont deux termes inconciliables.

Ainsi l'être nécessaire n'a point créé l'univers hors de lui, puisqu'en lui il n'y a ni dehors ni dedans.

L'homme , pour arranger un ouvrage , a besoin d'en chercher hors de lui l'idée , de s'en former l'image ; l'être tout-puissant n'a pas besoin pour agir d'idées extérieures. Où d'ailleurs prend-on qu'un être , parce qu'il est simple et spirituel, ne peut pas avoir l'idée du composé et de la matière?

Page 1