‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 12 sur 39 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

PREUVE DE l'existence DE DIEU PAR l'oRDOE IHJ MONDE.

I. Nous venons de voir la matière prouver par son existence celle d'un créateur : nous avons vu ses mouvements donner la preuve d'un premier moteur. La conviction de ces importantes vérités devient plus vive encore , quand nous contemplons l'ordre admirable de la nature , et le magnifique tableau qu'elle nous présente (1). Cette démonstration est si simple , si naturelle; elle saisit si vivement l'esprit aussitôt qu'on la lui présente; elle le satisfait si pleinement quand il l'approfondit , qu'il est étonnant qu'on soit obligé de la développer , et qu'il se soit rencontré des hommes qui aient entrepris de la combattre. Ils traitent de vaine déclamation tout ce que, sur cette si belle matière, ont dit de plus éloquent les plus grands génies soit du christianisme , soit même du paganisme. Il serait glorieux sans doute, à la suite de ces illustres personnages, de mériter un pareil reproche ; mais ici, la chose parle bien plus éioquemment que tous les hommes. Quelle voix humaine peut égaler la voix de la nature entière , criant de toutes ses parties , et proclamant la

(i) Qai facit terram in fortitodine ana , praeparat orbeni in sapienlia sua ; et prndentia sua extendit coelos. (Jercin. lo ; 12.)

Si ex magnitudine et pulchritudine crealoraram, propoitione quadara Creator agnoscilur , quanto iii;tgis creatarom retum pulchritadinem raagnitndinemqne contemplabimur , tanto magis ad ipsias opilicis ftolitiam adducemur. {S. Joarin. Chrysost. , in Gènes., serino i ,

grande vérité que nous défendons? Langage sublime ! lang.ige universel ! tous les temps, tous les pays, tous les âges, toutes les conditions l'ont entendu (1). L'enfant et l'honiine mur, le sauvage et le citoyen policé , l'ignorant et le savant, tout homme qui ne ferme pas volontairement les yeux, comme l'alliée, lit, tracé en lettres de feu dans les cieux , l'existence de leur auteur (2). Quant à nous, n'oublions pas que c'est à ces

(i) Ita silentes gloriam et bonorein Deo déférant , et hanc voeeiu aiidiunt omnes; quando enim hiec pertipi auditu non possont , sed aspectu et conteraplahone. Aspcctus porro unus est oiunibas , taiiietsi iingua hit differens, et baibarus ; Scytbae , Thraces, Manri et Indi voceiii islam audiuiir ; boc est , miraculiim ceinenies , pulcbritudinem obstapesceiites , spleiidorern, luagnitiidinem, alia oiunia qaae ad cœ'.uiii pertinent , qoi recta sapiunt, gloiiani et laudem offeiunt Deo, (S. Jouîmes Ckrysov. in iiiiid Isaice : Ego Dominus Jeci lumen ; n° 2.) Fid. ad Pop. and. hoinil. 9 ; n^ 2.

Mundas ipse ornatisslma iua niobilitate , et malabilitale , et visibiliuin omnium pulcherriraa specie quodammodo tacitus , et factnm se esse , et non nisi a Deo ineffabiliter atque invisibiliter pnlcbro fieri se potiiisse proclamât. {S. ^ugiiseinus, de Civit. Dei^ lib. 11 ; cap. 4; n"* 2.)

Vere enim et men'to baec animis nostris volvimus: si tanta est operum magnitudo et prœslantia, quantus est utique ipse operara conditor ; et si tanta est rébus conditis elegnntia, quantara sapientissimi illius omnium Creatoris pulchiiludinem esse convenit ? Sic , inquara: Cœli enarrant gloriam Dei ^ opiis vero manuum ipsiiis annuntiat firrnamentum. Sic dies diei éructât verbum y et no.x nocti annuntiat scientiam : ne quidem aliqua vocisemissione, vel linguae loquela, sed mutua illa qua se invicem excipiunt sucoessione et vicissitudine , qna bominam ulilitati inservlunt, qua tam altum qnodam modo exclamant , et universum bominum genus illorura vucem exaudiat. Neç enim siint loquelcc ^ neqite sermones , quorum non exaudiantur voces eorum : omnes quippe gentes et linguae diei et noctis praeconia perci piunt ; nam linguae quidem aliquo inter se discrimine differnnt ; una autem omnium natura eadeir. es bis utditate frnitur. ( Theodoretiis , de Providentia , orat. 4.)

(2) Cœb enarrant gljriam Dc-i, et opeia manuum ejus annnntiat firmamentum; dies diei éructât veibum, et nos nocti indiiat scientianj. Non sunt loquelœ, neque sermones, quorum non audianlur voces eorum. (Pj. 18; 2 , 3,4.)

Ita ergo quasi radii quidam sunt Dei naturae opéra divinae Provilentiae, et arsuniversalitatis ejus ad coraparationera ipsins substantiae

aveugles volontaires que nous parlons; que ce que nous leur devons est une pure et simple démonstration. Ainsi , nous bornant à la sécheresse du raisonnement , nous nous arrêterons à deux propositions simples et claires : la première, qu'il existe dans la nature un

et naturap. Qafa crgo mens nostra ipsum per se Denm sicut est non potest intaeri ex pulcliritudine operura , et Deura creatararum parentern universitatis intelligit. (Origenes , de Principiis, Ub. i ; no 6.)

Quo raagis mihi videntur qui hune mundi totius ornatom non divina ratione perfeclum volant , sed fruslis quibusdam temere cobaerentibus conglobaiura , nientem , sensurn , oeulos deniqne ipsos non habere. Quid enira polest esse tara apertum, tam confessum , tamqiie perspicaam, cum otulos in cceluna snstuleris, et quae sont intra cir- C'iqne lustraveris; quara esse aliquod numen praestantisïimœ mentis , quo oinnis natura inspiretur , nioveafur , alatur, gubernetur ? Coelum ipsum vide, quam late tenditur, qutim rapide volvitur ; vel qaod in rioclem astris distingnitor , vel qnod in diem sole Instratur : jam scie» quam sit in eo summi moderaloris mira libratio. {^Minudus Félix Oetai^ias , no x-j.)

Nemo est enim lam radis, tam feris raoribus , qui oeulos sucs in cœlam toUens, tametsi nesciat cujas Dei providentia regatar hoc omne quod cernitur ; non aliquam tamen intelligat ex ipsa rerum magnitudine , motu, dispositione , constantia , ntilirate, pulchritudine, temperatione; non posse fieri qui» id qnod mirabili ratione constat, consilio majori aliqno sit instructum. (^Lactanthis ^ div. Instit.y lib. I ; cap. 2.)

Si non creditis verbis, saltem oeulis vestris crédite : et ex cœlornna eleraentorumque omnium servitute, potestatem Doraini cogilate. {S. Hj-eronimns , Comment, in Isaiam, liber 1 1 ; cap. 4o-)

Et quid est hoc ? Inteirogavi terram , et dixit : Non sum : et qnaecuœque in eadeiii sunt idem confessa sunt. Interrogavi mare et abysses , et reptilia animarum vivarum , et dixerunt : Non sunms Deus tuus ; quaere super nos. Interrogavi auras flabiles , et inquit universus aer, cum incoiis suis: Faliitur Anaxiraenes , non som Deus. Interrogavi cœlum , solem , lunam , stellas : Neque nos sumus Deus quem quseris , inquiunt. Et dixi omnibus iis qui circumsiant lores carnis meœ : Dixistis mihi de Deo meo quod vos non estis j dicile mihi de illo nliqnid , et claraaverunt voce magna : Ipse fecit nos. (S. Augustinus , Conjess.^ Ub. xo ; cap. 6 ; no g.) Fid. idem ^ sermo 141 ; in Ferbis evang., cap. 1 1 ; n° a ; Enarr. in psalm. 144 ; n" i3.

Diceute enim Prophefa : Cocli enarrant gloriam Del.... quid est per quod veritas nobis non loquitnr ? Ipsius voces in die , ipsius audientnr in nocte. Et pulchritudo rerum unius Dei opiticio condita-

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ordre admirable; la seconde, que cet ordre n'a pu tire établi que par Dieu. Ce seront les sujets de deux articles, auxquels nous en joindrons un troisième, dans lequel nous répondrons à quelques dillicullés.

ARTICLE PREMIER

Il existe dans la nature un ordre admirable.

U. Selon les athées, l'ordre n'est rien en soi. « Ce • mot(l), disent-ils, dans sa signification primitive, ne « représente qu'une façon d'envisager et d'apercevoir n avec facilité l'ensemble et les rapports d'un tout , « dans lequel nous trouvons , par sa façon d'être et « d'agir, une certaine convenance ou conformité avec

" la nôtre L'ordre et le désordre, dans la nature,

« n'existent point : nous trouvons de l'ordre dans tout « ce qui est conforme à notre nature, et du désordre « dans ce qui lui est contraire. »

Tout, dans cette prétendue notion de l'ordre, est faux. On commence par confondre l'ordre en lui-même avec l'idée que nous en avons ; notre façon d'envisager l'ordre , avec l'ordre que nous envisageons. L'idée de l'ordre en général est une idée abstraite, comme toutes nos autres idées générales , comme les idées de vertu , de beauté, etc. Mais, pour être abstraites, elles n'en ont pas moins un fondement hors de nous; et de même qu'il y a dans le monde, de la vertu, de la beauté, de même il y a de l'ordre. Il faut considérer aussi que l'ordre étant une qualité des êtres , de même que toutes les autres qualités , n'a pas une existence propre et isolée :

rura non desinit candis auribus raagislrara insintiare rationem , nc invisibilia Dei per en quœ Jacta siint intelUcta conspiciantur. [^S . Léo ^ serhio 19, in Jejunio deciml mensis ^ 8, caput a.)

Dam enira quae sunt creata cernimns, in Creatoris admirationeiu soblevamur. (5. Gregorius Mag. , Moral., lib, 5 ; cap. ag , no 52.)

(i) Sys'ème de la natare, tom. i , chap. 5.

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