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îl n'existe que dans les choses ; il n'est que les choses mêmes réglées et ordonnées plus ou moins parfaitement. Telles sont la divisibiUté, la mobilité, la solidité : ce ne sont pas des êtres existants en eux-mêmes, ce ne sont que les corps divisibles , mobiles et solides : ces qualités ne sont cependant pas moins réelles et existantes. Ainsi , l'idée de l'ordre en général est une abstraction de notre esprit ; l'idée de l'ordre appliquée à un objet particulier est l'idée de cet objet disposé avec ordre. Mais de ce que l'idée de l'ordre est telle dans notre esprit, l'athée a tort de conclure que hors de notre esprit il n'existe pas d'ordre.
III. Il y a quelque difficulté à donner de l'ordre une définition précise, parce que l'idée d'ordre est simple, et plus claire que toutes celles par lesquelles on entreprendrait de l'expliquer. Il n'y a personne qui, en voyant une" chose, ne sente qu'il y a de l'ordre ou du désordre. Quand on voit les diverses parties d'un tout situées dans des places convenables , correspondre entre elles, et tendre à un même but, tout homme qui n'est pas dépourvu de raison dira que là il y a de l'ordre. Je demanderai à l'athée lui-même s'il ne trouve pas plus d'ordre dans la façade symétrique d'un beau palais , que dans un amas de pierres jetées confusément sur la terre ; dans un concert harmonieux , que dans les cris confus d'un troupeau de divers bestiaux? Si l'ordre n'est qu'une fiction de notre esprit, s'il n'a pas hors de nous^ de réalité , le pays où il n'y a ni lois ni gouvernement , où les hommes se dépouillent, s'assassinent impunément, où tout est dans le trouble et la confusion, est donc aussi bien ordonné que celui où les lois sages et un gouvernement ferme assurent aux citoyens leur sûreté, leur propriété et leur liberté. Si l'ordre n'est qu'un nom , il n'y a de difféience que de nom entre la vérité et l'erreur, entre la sagesse et la folie, entre la vertu et le vice.
C'est avec aussi peu de vérité que l'on avance que nous faisons consister l'ordre et le désordre dans les
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choses qui nous sont favorables ou contraires. JNous reconnaissons l'un et l'autre dans les choses qui sont les plus éloignées de nous, les plus indifférentes à notre bien-être; nous les reconnaissons jusque dans celles qui nous nuisent. Je souffre dans une ville assiégée ; je ne vois pas moins que le siège se fait avec ordre et régularité.
IV. La réalité , l'existence de l'ordre étant établie , il n'est assurément pas difficile de prouver que rien au monde ne présente un ordre plus admirable, plus parfait que le monde lui-même. Quatre choses contribuent spécialement à le rendre plus merveilleux : d'abord , son étendue, c'est-à-dire la multiplicité et la variété des rapports qui les constituent; ensuite, l'exactitude et la juste correspondance de ces rapports entre eux ; après cela, leur constante stabilité; enfin, la fécondité, la diversité, l'apparente contrariété des moyens qui l'établissent et le conservent.
V. En premier lieu, la multiplicité et la variété des rapports de ce monde matériel sont telles que notre esprit ne peut s'en former l'image (1). En essayant d'approfondir cette idée, il s'y confond comme dans l'idée de l'infini. Il n'y a pas un atome de matière qui ne se combine avec d'autres : c'est leur réunion qui forme les corps, et leur séparation en opère la dissolution, pour aller ensuite recomposer d'autres corps. Si , des éléments, nous passons aux êtres qu'ils composent, d'abord nous découvrons leur nombre immense, leur prodigieuse diversité. Depuis ces globes de feu qui
(i) Qaae vides ipse fecit. Miraris mundnm : qiiare non artiflceiii rnundi ? Suspicis cœlam , et exhorrescis; cogitas univeisam lerrara , et intremiscis maris raagnitudinem quando cogitalione occupas. Respice innuraerabilitalem stellarum ; respice tarita geneia seroinum , tantas diversitates animalium. Quidqiiid natat in aquis, répit in terra , voliJat in aeie, circuit iii cœlo , omnia ista , quam magna! quant pulcbra ! quam stupenda ! Ecce qui fecit haec omnia, Deus tuns est. {S. Jugustinns ^ Enarr. in psalm. 148; n° 11.)
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roulent sur nos têtes , dont nous avons peine à calculer rénorme grandeur, et en comparaison desquels le globe que nous habitons, qui nous semble si vaste, est cependant si petit, jusqu'à l'immense multitude de ces è(res microscopiques devant lesquels un grain de sable est une montagne ; quelle immense quantité de substances, ayant chacune son existence propre et individuelle î Le mot innombrable est trop faible pour l'exprimer. De tous ces êtres considérés en particulier, il n'y en a pas un seul qui ne soit formé de parties dont l'assemblage le constitue, et dans lequel il n'y ait une relation de toutes ces parties, soit entre elles, soit avec le tout. Si on considère les êtres divers sous un point de vue plus général, on découvre qu'il n'y en a aucun qui n'ait des rapports avec un grand nombre d'autres. Depuis la dernière particule de matière , jusqu'à l'univers entier, c'est une chaîne d'êtres qui font successivement partie les uns des autres; tous servent à d'autres, tous sont servis par d'autres; tous sont à la fois les deux termes de la relation ; tous sont et moyen et objet. Dans les ouvrages de l'homme, l'ordre est simple , c'est-à-dire que chaque chose n'a de relation qu'à une seule autre, ou du moins à un petit nombre d'autres ; chaque cause ne produit que peu d'effet. Dans la nature , c'est une complication inimaginable de rapports : il n'y a pas un être qui ne soit en re ation avec une multitude d autres, soit comme cause concomitante avec eux, soit comme effet résultant de leur concours; c'est une influence générale et réciproque de presque tous sur presque tous.
VI. En second lieu , outre cette immense multiplicité de rapports, nous devons spécialement admirer leur exactitude, et la justesse avec laquelle tous ces êtres divers correspondent entre eux. Je n'entreprendrai point de décrire cette magnifique harmonie des êtres (1) ;
(i) Entre les diverses descriptions des merveilles de la nature,, faites |ar divers auteurs pour prouver l'exister-ce de Dita, on peut
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ce lierait un travail infini, et toujours incomplet, sur un objet qui excède visiblement la capacité de l'esprit humain : il est impossible cjue de ces relations si multipliées, si variées, souvent si éloignées de nous, quelquefois si minutieuses , le plus grand nombre n'échappe à nos recherches. Contentons- nous de quelques indications sommaires sur l'objet que nous sommes le plus à portée de connaître , sur la terre que nous habitons. Dans la marche qu'elle suit autour du soleil , elle se tient constamment à une distance proportionée aux influences qu'elle doit en recevoir, et, lui présentant successivement ses diverses faces , elle tire de lui une variété de température nécessaire à sa fécondité. Les combinaisons variées à l'infini du feu, de l'air, de l'eau et de la terre, forment tous les corps, et les entretiennent, fournissant à chacun, dans une juste mesure , ce qui lui est nécessaire. La structure des plantes est analogue à leur manière d'être , de se développer, de s'accroître et de se reproduire. Chacun des animaux a une conformation adaptée à ses besoins; eH<î varie dans eux comme leurs différentes manières de subsister. Jetons les yeux sur nous-mêmes (1) : il n'est pas un de nos membres dont
voir entre antres le maïï;nifîque discours que Cicérori met dans !a bouche de Lucili; s Balbus , stoïcien (De Nat. Deor. , lib. ii , a cap. i8 ad cap. 63); et le pcëine de la Religion, de Louis Racine, chant I.
(i) Non licet magis ex coelo et terra quam ex nostra constitatione Deuin agnoscere, et cerre qui se ipse pradenter scrutatus fuerit , nii ait Propbeta : Mirab lis Jacta est sciencia tua ex me : lioc est, nbi me ipse novi, praestantissimain tuam sap entiam ipse didici. (S. Basi- Uus , in tlexamcron , homil. 9 ; n» 6.)
In te ipsaui supcrest ut ingiediare, et ex tua ipsius natura arlificem ncsce. Quodnam in luo coipore reprehensione dignum condilum est? te ipsuiu cont ne : nihilque pravum ex omnibus loeuibris existet.... Quis est qui ad iiberornm piocreationem uteri cava prœparavit ? Quis inanimatuin fœturn in ipso Hnimavit? Quis nervis et ossibus nos connexuit, pellemque et carnem ciicuinduxit : .»iiiiul jaque natus est infans ex uberibus laciis fiantes exprimi; ? Quoniodj infans in puerura cresci' ; c-x puero in juvenem ; deiiide in viram ; tt idein rur&us in sencm mutalur, nemine quid quaque die rautationis
la construction, la correspondance des différentes parties, ne soit un prodige. La relation de nos membres entre eux, l'utilité dont ils sont les uns aux autres, leur mesure exactement calquée sur nos besoins, le résultat de leur ensemble, sont de nouveaux sujets d'admiration. Depuis les vastes parties du grand tout , jusqu'aux minutieuses parcelles des plus petits êtres ^ tout est proportionné , tout est à sa place , tout a ce qu'il lui faut, ni plus , ni moins, pour concourir à son but , et pour l'atteindre.
VII. En troisième lieu, la constante permanence de cet ordre si admirable, qui frappe sans cesse nos regards de la même manière , fait que nous n'en sommes pas très-étonnés (I). El cependant cette stabilité, cette perpétuité du même ordre doit augmenter de plus en plus notre étonnement et notre admiration (2). Il faut pue
praecise flat deprehendente ? Quomodo alimentara partiru qaidexn in sangninem conveititur , partini vero in excrementnm secernitur, partiru in carnein transraatatur ? Qais est qui irideficienti cor agitât moto, qai oculorura turpiiudinem palpebraiam amplexu tara sapienter munivlt? nain de varia et inciedibili oculorum strnctara; vix grandes raedicoram suffic'enter libri ederentur. Quis unicam respirationera in tofuni corpus distribuit? Vides, homo , artificem', vides sapientera conditorem. [S. Cyridus -^ Hieronjmus , catech. 9, n.j i5.)
(r) Sed assiduitate qaotidiana, el consuetudine , oculorum assnescunt animi , neque admirantur, nefjue requiiunt raliones eaium rerum quas seinper vident : proinde quasi novitas nos magis qnara raagnitndo rerum debeat ad exquirendas causas excitare ! {Cicero , de Nat. Deor. , lib. 2 ; cap. 38.)
(2) Quomodo aatem poluisset aliquid permanere , nisi tn volnisscs ? aut quod a te vocatuni nonesset , conservarelur? {Sap. ir ; a6.)
Nec vero haec solum admirabilis : sed nihil majus qnam quod ifa slabUis ait mandus , atque ita cohaerct ad perraanenduin , nt nibil ne cogitari qutdem possit araplios. {^Cicero ^ de Nat. Deor. ^ lib.7i\ ciip. 45.)
Magnilîcentiaiu Dei oranes hujas qaoque mnndi creationes indematabili ofCciorum suorum constitutione testantur ; cuui ita fîrmata , fundata, statatariue oninia sint , ut pcrpetuis enjus nianebunt cunstitnrorum ab exordio teinponim cnrsibns persévérant, {S, Hilarius y tract, inpsalin. laS, litt. ra ; no 2.)
Interroga ij^itur diccntem quod per se nata, omnia per ie subsis-
tous les ressorts qui font mouvoir cette immense machine , et dans son ensemble et dans la multiplicité de ses parties, soient bien fortement constitués , bien sagement ordonnés, pour que, depuis un si grand nombre de siècles , l'ordre qu'ils établissent se maintienne toujours le même, sans éprouver le plus léger dérangement. Nous voyons les astres suivre toujours le même cours à travers l'espace , sans jamais se rencontrer ; et les comètes, qui suivent une marche opposée, ne se trouver sur la route d'aucun autre corps. Depuis six mille ans, le soleil ne cesse de verser des torrents de lumière , sans s'épuiser; la terre, de faire germer de nouvelles productions , sans altérer sa fécondité ; la mer , de recevoir le tribut des fleuves et des pluies, sans déborder. Après un si grand nombre de siècles, l'ordre du monde, le concert de ses parties est le même qu'il était dans les premiers jours. Sa constante perpétuité est telle, qu'elle est le fondement de la certitude physique^ et qu3 le plus léger dérangement qui y arriverait serait regardé comme un miracle , dont Tincrédulité rejetterait avec mépris la possibilité.
VIII. En quatrième lieu, ce qui doit achever de donner une grave et extraordinaire idée de cet ordre , c'est la singularité de la contrariété apparente des moyens
tant. Si brève hoc et moJicum corpus , medicarainibas et médicinal! scieniia utens, anima interias ipsum disponente , et malta philosophia, et innumerabilibus aliis auxiliis, non semper in bono statn permanere valet, sed périt et corrnrapitur, saepius turbafione in ipso facta ; qnomodo tanins mardos, tanlas habens corpornm moles , et ei ii^dem compositus elementis, nisi multa frueretur providentia. tanto terapore Impertarbatusraanere poiuisset ? Nec enim cnm ratione tieri posset ut providentiam quidem babens interios et exlerias, nostram corpus vix ad sui conservationem sufHceret ; tanins vero mnndus , nulla fruens provideniia , pertot annos nihil fale paterelnr, qnale nostrnm corpus. Qnomodo ergo nuUum horum elemcntorum , qnaeso, proprios transcendit terminos, nec reliqua omnia consumpsil ? Quis vero ipsa ad initio conjnnxit? quisdevinxit Pqnis frenavit ? qais usqiie in tantum terapus conîiiiet ? (5. Joann. Chrys. ad Pop. Ant. f homil. to ; n^a.)
par lesquels il se conserve sans interruption. Tous les éléments de la matière sont dans une continuelle opposition ; et c'est leur combat qui maintient leur union. Le mouvement régulier des astres est le résultat de deux mouvements opposés. En décomposant des minéraux, on y trouve des principes contraires , et la même mine donne des substances de natures absolument opposées. L'accroissement des plantes est l'effet d'une combinaison de froid et de chaud , d'humidité et de sécheresse. Le corps des animaux, le nôtre, est un composé de solides et de fluides ; de solides tous divers , les uns durs , les autres mous , et ayant une diftérente mesure de densité; de fluides de nature contraires, doux et amers , alcalins et acides , qui s'unissent merveilleusement, sans se confondre. Tout ce que nous découvrons dans la nature est en opposition; et tout, depuis des siècles , se tient dans le plus parfait concert. On ne voit jamais ces éléments , dont les effets sont quelquefois si prodigieux, excéder leurs limites, et venir absorber les autres. C'est de leur combat continuel que naît leur pa'x constante (1). Ce n'est pas tout : cet ordre que nous voyons dans une constante régularité est, dans plusieurs de ses parties, l'eff'et de continuelles variations. Voyez sur la face de la terre une multitude d'êtres tomber en dissolution , pour que de leur ruine il s'en reforme d'autres : 'es générations de minéraux , de plantes, d'animaux, disparaissent successivement, pour être immédiatement remplacées par d'autres êtres. Toutes ces parties de la nature deviennent sans cesse difl"érentes, la nature restant toujours la même. La constante régularité de leurs mouvements, dans une prodigieuse variété , donnant des résultats toujours les
(i) Si simp'.ex et uniforme fuissel niuruli corpus, non tam imj-ossibile fuissel qnod dicilur. Qiiomodo auteni tanta eleinentoiuiu pngna fuit ad initio ? Quis tam démens ut non putet , sine cogente , haec per se conveni.-se, et conjancta mansisse ? (5. Joannes Cht-ysost. ad Pol. Ant. , homil. lo j no a.)
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mêmes et partout différents , maintient le tout dans le même état, par la continuelle succession de ses changements : c'est leur mobilité perpétuelle qui produit son immobile permanence.
Tel est donc l'ordre que nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître dans l'univers soumis à nos observations. Incommensurable dans l'immense multiplicité des êtres qu'il comprend; impossible à suivre dans la prodigieuse variété de leurs rapports; merveilleux dans leur exacte correspondance ; étonnant dans sa perpétuelle stabilité; confondant toutes nos pensées par les moyens contraires entre eux qui le maintiennent; un tel ordre, je le demande, a-t-il pu se former, pourrait-il se soutenir , s'il n'était l'ouvrage de la toutepuissance? La réponse à cette question va être l'objet de l'article suivant.