‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 22 sur 39 · DIEU EST SPIRITUEL , ET PRESENT A TOUT · texte numérisé non relu

DIEU EST SPIRITUEL , ET PRESENT A TOUT

I. Je réunis dans un même article deux attributs de l'Etre suprême , précisément parce que le premier aperçu présente , entre l'un et l'autre , une sorte d'opposition dont les incrédules tirent une de leurs difficultés les plus familières. Considérons d'abord successivement ces deux vérités ; et lorsque nous les aurons établies , nous les concilierons facilement , en montrant que l'ubiquité , ou la présence universelle , non-seulement ne contredit point la spiritualité , mais ne peut se trouver que dans un être spirituel.

II. Tout être est ou matériel , c'est-à-dire composé de parties , ou spirituel , absolument simples et sans aucune composition. Les matérialistes rejettent non-seulement

enim qnod piaescieutia Dei habet necesse est Ceri , ideo voluntate propria homo peccavit , et non aliqua nccessitate; qaia in praeacienfia Dei fait ut voluntate et libero arbitrio, et non necessitafe cogente; peccaret. Si ergo prœscientia Dei non potest vitari; non potoit bomo aliter peccare, nisi voluntate, nulla vi cogente, qnia ita Dens praescivil illuin peccalarum. Si ergo volnntarie, non coactus est ; si enim non coactus est ad peccandxim , potuit sine dubio non peccare, si vellet ; ideoque pœnani meruit, quia non invitas peccavit. (S. Patricia: f de Tribus habitaculis, cap. 5.)

l'existence, mais jusqu'à la possibilité de toute substance spirituelle. Nous avons donc contre eux deux choses à établir : 1° que la substance absolument simple et spirituelle est possible ; 2*^ que Dieu est de ce genre.

Le possible est ce qui ne répugne pas , ce qui ne renferme pas dans son concept des idées contradictoires. Mais une substance simple n'implique pas plus contradiction , ne présente pas plus dans son idée l'être et le non-être , que la substance composée. De tous les attributs dont je la regarde comme essentiellement revêtue , je ne vois aucun qui exclue les autres ; je suis donc contraint de la regarder comme possible.

III. Il n'en est pas ainsi , disent les incrédules. « Si « nous demandons ce que c'est qu'un esprit , les mo- «( dernes nous répondent que le fruit de toutes leurs « recherches métaphysiques s'est borné à leur ap- « prendre que c'est une substance d'une nature incon- « nue , tellement simple, indivisible, privée d'étendue, « invisible , impossible à saisir par les sens , que ses « parties ne peuvent être séparées même par l'abstrac- « tion ou par la pensée. Mais comment concevoir une « pareille substance ; qui est une négation de tout ce « que nous connaissons? L'idée d'une substance , imma- M térielle , ou privée d'étendue , n'est qu'une absence u d'idée , une négation de l'étendue ; et loi*squ'on nous u dit qu'un être n'est pas matière , on nous dit ce qu'il « n'est pas, et on ne nous apprend pas ce qu'il est. Et « en disant qu'un être ne peut tomber sous nos sens , <( on nous apprend que nous n'avons aucuns moyens de « nous assurer s'il existe ou non. >• J'ai copié les propres expressions d'un athée de nos jours , afin qu'en voyant cette difficulté si légère , on ne m'imputât pas de l'avoir affaiblie (1).

Elle réunit , confond et présente , comme ayant le même sens, deux propositions absolument différentes,

(t) Système de la nature , (om. i ; chap, 7 ; et tom. 2 ; c/iap. 4.

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et toutes les deux fausses , savoir : que nous n'avons aucune idée d'une substance immatérielle, et que nous n'en avons qu'une idée négative.

IV. Je dis en premier lieu que c'est à tort que l'on confond ces deux choses , l'absence d'idée et l'idée négative.

Avoir de quelque chose une idée négative , c'est , comme on le dit dans l'objection même , savoir ce que cette chose n'est pas , mais ignorer ce qu'elle est. Il y en a beaucoup de ce genre, spécialement celles que nous ne connaissons que par leurs contraires. L'idée que nous en avons, quoique purement négative, est très-réelle et très-précise , puisque nous les distinguons positivement de tous les autres êtres. N'avoir pas l'idée d'un être c'est , comme nous l'avons expliqué , en connaître l'impossibilité ; c'est y découvrir de la répugnance. Nous n'avons de la matière magnétique qu'une idée négative : nous savons ce qu'elle n'est pas ; nous ne savons pas ce qu'elle est. Le matérialiste oserait-il dire qu'il n'a aucune idée d'une chose dont l'existence lui est assurée ?

En second lieu, je dis que les deux propositions sont absolument fausses.

Y. 1^ Il est contraire à la raison de soutenir que nous n'avons aucune idée d'un être spirituel , d'un être parfaitement simple. Quelle contradiction peut-on trouver dans l'absolue simplicité ? Qu'y a-t-il d'incompatible entre les attributs qui forment sa notion ? C'est ici une fausse application du mot idée. On confond celte pure opération de l'entendement avec les représentations de l'imagination. Sans doute nous ne pouvons nous faire une image corporelle de l'être incorporel. Mais autre chose est se représenter une image ; autre chose , concevoir une vérité.

La raison par laquelle les matérialistes prétendent prouver que nous n'avons pas d'idée de Tétre spirituel , est qu'il ne tombe pas sous les sens. Je m'imagine entendre un aveugle traitant d'insensés ceux qui croient

à la lumière. Ce n'est point par les sens que nous connaissons les esprits ; c'est par la raison , par la réflexion. Nos adversaires commencent par établir comme un axiome certain , que nous ne pouvons avoir d'idée que des choses sensibles (1), c'est-à-dire qu'ils mettent en principe ce qui est en question. Combien de choses au contraire sont certaines même pour eux, que cependant nos sens ne peuvent pas atteindre (2) ! Ont- ils vu , en-

(i) Restât ut qualis sit eoram (Deoram) natora consideremas , in qna nihil est difficilias qiiam a consaetudine oculorum aciem naentis abdncere. Ea difficultas induxit , et vulgo imperitos, et siiuiles philosophes imperitorum, ut, nisi figaris hominnm constitutis , nihil possent de Diis immortalibas cogitare. ( Cicero , de Nat. Deorurn, lib. I ; cap. aa.)

In his omnibus sententiis quisqnis videt mentis naluram , et esse snbstantiam, et non esse coipoream, id est, non minore sui parte minus occupari loci spatium, majusqae majore, simnl videat eos qui opinantur esse corpoream non ob hoc errare quod mens de»it eorum notitiae, sed qnod adjungant ea sine quibus nullam possunt cogitare naturam. Sine phantasia enira corpoinm quidquid jussi fuerint cogitare, nihil oranino esse aibilrantur. S. j4ugiistinus^ de Trinitate,lib. lo; cap 7. 11° 10). Fid. idem ^ de Genesi ad lit. y lib. 10; cap. 24, n° 40.

(a) At enim qnem colimus Deum , nec ostendimns, nec videmus. Imo ex hoc Deum credinius, quod eum sentire possumus, videre non possumus. In operibus enim ejns, et in mundi omnibus motibus, virtutem ejus semper prasentem adspicimus, cum tonat, fuigurat, fulminât, cum serenat. Nec miseris si Deum non videas. Vento et llalibus omnia impelluntur, vibrantur, agitanlur ; et sub ocnlis ta* luen non venit ventus et flatus. In solem adeo qui videndi omnibus CHUsa est, intneri non possumus; radiis acies submovetur ; obtutos intuentis hebefatur ; et si diutius inspicias , omnis visus extingnitur : quid ipsum solis artificem, illum luminis fontem, possis su.itinere, com tu ab ejus folgoribus avertas , a fulminibns abscondas ? Deum ocnlis carnalibus vis videre, cum ipsam animam taam qua vivifîcaris et loqaeris, nec ad^picere possis, nec tenere ? (^Minutius Félix y Octaviiis .^cap. Sa).

Est ergo aliquid quod non potest manus tenere ; est aliqnid quod non potest oculus videte ; est aliquid quod non est sensibilitas. Non habes animam? Vidisti isia ? Restât ergo, quod animam non vidisti tuam, non est quod habes? (^Eusehius , de incorpor. et invisib. Deo).

Qnomodo credendum non est quod corporeis ocuîis non videmus ? cum vel credere nos, vel non credere ubi corporeos ocnlos adbibere

tendu , touché , senti , goûté la matière électrique , la magnétique I ils en reconnaissent pourtant la réalité d'après les effets qui en résultent. Ils ont donc l'idée de choses qui n'affectent pas leurs sens. On peut donc avoir l'idée de l'esprit, quoiqu'il ne tombe pas sous les sens.

VI. 2° Il est pareillement contraire à la vérité d'avouer qu'on ne peut avoir de la substance spirituelle qu'une idée négative. Que lorsqu'on parle à un enfant ou à un homme du peuple d'un être spirituel et absolument simple, il s'en forme une idée négative; que comparant l'être dont on lui parle avec la matière qui est le seul genre de substance qu'il connaisse , il conçoive plus ce que cet être n'est pas que ce qu'il est, cela est tout naturel. Mais que des hommes qui se disent philosophes prétendent n'avoir pas de la substance simple une idée positive, cela est extraordinaire. Le simple se connaît par lui-même, sans qu'il soit nécessaire de recourir à l'idée du composé. Nous connaissons l'unité aussi positivement que la divisibilité : nous ne pouvons même concevoir la divisibilité , sans avoir l'idée de l'unité.

VII. Mais, disent les incrédules, la nature de l'esprit est absolument inconnue. Ce qu'il y a de vrai dans cette assertion , c'est que nous ne connaissons pas pleinement toute l'essence de l'être spirituel. Mais , savent-ils quels sont tous les attributs essentiels de la matière? et cependant ils croient bien avoir de la matière une idée positive. Ne pas connaître toute la nature d'un être, ou en avoir une idée négative , sont deux choses différentes. Et quand même, je le répète , il serait aussi vrai qu'il est faux , que nous n'avons de l'esprit qu'une idée négative , qu'en concluraient les matérialistes contre sa possibilité , contre son existence, puisque de leur aveu il

non possnmus, sine ulla dabitalione videainus. (S. Auguttinus, de Fide reruni quce non vid. , cap. i , n" i).

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existe beaucoup de choses dont on n'a que ce genre d'idées , que l'on connaît parce qu'elles ne sont pas , et dont on ignore ce qu'elles sont.

VIII. Ce que nous venons d'exposer répond à une autre difficulté qu'on est étonné d'entendre proposer par des hommes qui se piquent de philosophie : c'est que ce qui n'a pas d'étendue , n'est rien ; que l'étendue est ce qui constitue l'essence des êtres , et que sans étendue il ne peut y avoir ni substance, ni mode. Cette assertion , digne au plus de gens grossiers et sans instruction , est d'abord une pétition de principe, et suppose ce qu'il faudrait prouver ; ensuite elle est évidemment fausse. L'essence des choses est ce sans quoi on ne peut les concevoir ; on conçoit une substance simple : l'étendue ne constitue donc pas l'essence de substance.

IX. Après avoir prouvé suffisamment, à ce que je crois, qu'on ne peut pas opposer à la spiritualité de Dieu l'impossibilité, je passe à la preuve du dogme, et je vais établir qu'il est absolument simple et spirituel (1).

(i) Spiritas est Deus. {Jonnn. 4 ; 24.)

Spiritiis Deus, non tamen materiam permeans spiritas; sed materiaiiiim , spiiituum et figurarum qnae in mnndo sunt opifex ; et visa et tactQ indepiehensus. ( Tatlanus^ contra Grcecos orat.^ cap. 4.)

Qaid est Deus? Deus est sicut et Dominas dicit, spiritus. Spiritus autem est proprie substantia incorpoiea et incircumscripta. Incorpoream vero est quod non constat corpore, vel quod non est secandum longuin , latum et profiindum. Incircumscriptam est id cojus nallns est lociis, eo cjaod secundam omiiia sit omnibas, et in singuUs to» tutn , et in se ipso idem. (5. Clemens Alex., Fraginentum ex libro de Provid.)

Non ergo, ant corpas aliqaod , aat in corpore patandus est Deas, sed intellectualis naturse , simples, nihil omnino in se adjnnctionis admittens, uti nemajos aliqaid et inferius in se habere credatnr : sed ut sit ex omni parle menas et, ut ita dicam anas ^ et mens, et fon» ex quo initinm toti'js intellectnalis natnrae, vel mentis est. {Origenes, de Pn7icij)iis, lib. i ; cap. i ; n*> 6.) Vid. idem, in Gènes, homil. 3 ; no a ; et in Joan.^ tom. 1 3 ; n» 21.)

Illa autem natnra libéra est a corporibus , non solnm nt non sit corpas , sed et ut non habeat corpus. Nec enim ut anima incorporalis

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Pour soutenir que Dieu est matériel , il faut prétendre de trois choses l'une : ou qu'il est la totalité de la matière de l'univers dans lequel nous vivons ; ou qu'il est un corps particulier faisant partie de l'universalité; ou enfin qu'il est une matière d'un genre différent de toutes celles que nos sens nous font connaître; qu'il est, comme l'ont pensé d'anciens philosophes , l'espace infini dans lequel se meuvent tous les corps ; trois systèmes absolument insoutenables.

Nous avons , dans la première partie de cette dissertation, employé un article à prouver que la matière qui compose le monde n'est pas Dieu ; qu'elle n'a ni l'asséitéj puisqu'on peut la supposer en tout ou en partie non existante; ni l'immutabilité, puisqu'elle éprouve des changements; ni la toute- puissance ^ puisque de sa

qaidem est. Circa corpus autem quodam modo est , aut corpas circa ipsara , aut quomodo qnis voluerit dicere. Neque hoc accipiendum de Deo est ; q;jia ueqne rorpus est Dens, neque corpus circa ipsuili, neque in corpore est ipse. {Euseblus^ de Incorpor. et invisib. Deo\

Nihil corporale secundnm nos, nihil inanium in Dei rébus est. Qaod Deus est, Deus totum est. Nihil in eo nisi virtus, nisi vita , nisi lux, nisi beaîitndo , nisi spiritns est. Malerias hebetes natara illa non recipit ; neque ex diversis constat ut maneat.- Dens, ut est Deus, quod est permanet. (5. Hilarhis, de Trinit. , lib. 6; n° 12). Vid. idem ^ tract, in psal. 109, n° 3 ; e; in psal. 129, n^ 4.

Compositio qnippe pugnse initium est, pugna autem dissidii , dissidium solntionis. Solutio porro in Deum ac primam illam naturara nulle modo cadil. Quocirca nullura dissidium admittendum est, ne solutio consequatur ; nec pugna, ne dissidium oriatnr ; nec compo« sitio, ne pugna existât : ac pvoinde ne corpus quidera est, ne alioqni compositum quidem eum esse necesse sit. [S. Gregorius Nazianz.^ orat. 34).

Qnid est Deus ? caro, an spiritns ? Non caro utiqne, sed spiritns , cujus similis caro esse non potest, quia ipse incorporalis et invisibilis est; caro autem comprehenditur et videtur. [S. Ainbrosius ^ Hexameron , lib. 6 ; cap. 7 , n" 40).

Etsi autem dioatur in coelo h&bitare Deos, nihil lamen in eo corporale intelligendum est. Non enim in loco et circiimscriptione divinitatem esse diciraus, quod et simplex sit, et incorporea, ac compleat omnia. (5. Cyrill. Alex., Comment, in Isaïam, lib. 5). Vid. idem , contra Anthropomor. , epist. ad Calosyrium.

nature elle est inerte; ni l'infinie perfection, puisqu'elle se perfectionne et se détériore sans cesse : il est inutile de revenir sur ce point (1).

Dire que Dieu est un corps particulier , c'est prétendre qu'il est resserré dans des limites , ce qui est une imperfection , et qu'il est resserré par ses propres créatures, ce qui est une absurdité.

Reste la troisième proposition , que Dieu est la même chose que l'espace, proposition si contraire à la raison que les matérialistes modernes, quoiqu'ils la trouvassent avancée par leurs devanciers, n'ont pa^ osé la renouveler. D'abord c'est une question entre les philosophes de savoir si l'espace est une chose réelle, ou une abstraction de notre esprit. Ensuite Locke, le grand défenseur de la réalité de l'espace , convient qu'il ignore ce que c'est (2). Enfin en supposant l'existence de cet espace , il ne peut pas être Dieu. Cette matière subtile qui forme l'espace ne peut pas être où se trouve la matière grossière des corps qui roulent dans elle : par leur impénétrabilité, ils empêcheraient Dieu d'être dans les lieux qu'ils occuperaient (3); par leur mouvement, ils le chasseraient successivement des lieux où il serait. D'ailleurs, cet espace serait-il en mouvement? il n'au-

(i) Voyez ci-dessus, i'^* part. , chap. i , art. 7 , n° 17 et suivants.

(2) Essai bur reutendement humain , liv. 11, chap. iZ , parag. 16 et 17.

(3) Si corpus feceris Deum , et corpus plenitudinera cœli et terr», aat quod snperat supra hsec , in ipso pones cœlum et terram , lapides , et omnia quae sunt. Si enim ut corpus coextensnm est corporibus, primo quidem abstrahe omnia ut locnm habeat Deus. Si enim corpus est magnum , egestaiem dico pauperum , non implet omnia : nullns alius habet locnm. Omnia enim praevenit Dens ; et sicut repletnm vas fuerit, eo qui precesserat replente, non est locus ut supermittator aliquid alind. Ita si Deus corpns est, prsecessit aatem omnia; non habeat cœhim locam nt facia» , neque terra loonm ; prsecessit enim Deas. Si autem est Cœlnm , et terra , et mare, et aër , nullns locns est vacuns, neque ex natura corporum qui insunt, neqne ex praescientia Dei , qui par corpora penetrans adest. (Eusebiiis , de fncorp.i et invisib. Deo). ^

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rait donc pas rimiimtabilité , puisqu'il changerait de manière d'être. Serait-il en repos? il n'aurait alors nulle puissance; car ce n'est que par le mouvement, par l'impulsion, que la matière peut agir.

Dieu est un être intelligent et pensant; nous venons de le voir : or^ un être matériel ne peut pas avoir l'intelligence et la pensée. Cette matière , quelle qu'on la suppose, soit l'universalité des corps, soit un corps particulier, soit tout l'espace, est essentiellement composée de parties. Dira-t-on que toutes les parties sont pensantes? il y aura une infinité de dieux. Dira-t-on qu'elles ne le sont pas? comment un être pensant serat-il composé de parties non pensantes? Se rabattra-t-on à dire que dans cette immensité de particules il n'y en a qu'une seule qui pense ? celle-là sera donc la seule nécessaire , éternelle , créatrice de toutes les autres. Cette particule est-elle simple? alors la question entre les matérialistes et nous n'est que de nom ; l'être simple et pensant est ce que nous appelons un esprit. Cette particule est-elle composée ? alors revient la question que nous faisions tout-à-l'heure : toutes les parties de cette particule pensent-elles; n'y en a-t-il qu'une seule qui pense; aucune n'a-t-elle la faculté de penser? Que le composé soit plus ou moins grand, notre raisonnement a toujours la même force. J'aurai occasion de le reprendre et de le développer, quand je traiterai de la spiritualité de l'âme humaine.

X. Voici contre la spiritualité de Dieu une objection que les matérialistes modernes aiï'ectent de regarder comme triomphante, et qu'ils ne cessent de répéter : « Il faut consentir à ne pas s'entendre soi-même, ou il « faut avoir des idées matérielles d'un Dieu que l'on « suppose le créateur, le moteur^ le conservateur de « la matière. L'esprit humain a beau se mettre à la tor- « ture , il ne comprendra jamais que des effets matériels « puissent partir d'une cause immatérielle, ou que cette « cause puisse avoir des rapports avec des êtres maté- « riels.... Comment un être sans étendue peut-il être

« mobile, et mettre de la matière en mouvement? « Comment une substance dépourvue de parties peut- i a elle répondre à différentes parties de l'espace (1)? » '

XI. Tout ce grand argument se réduit à rien. Nous ne comprenons pas l'action d'une substance immatérielle sur la matière , donc cette action ne peut pas avoir lieu. Je le répéterai toujours, et nos adversaires n'auront rien à y répondre : ce qui nous fait juger qu'une chose est impossible , ce n'est pas d'ignorer comment elle peut être , c'est de savoir positivement qu'elle ne peut pas être ; c'est d'y voir de la répugnance , de la contradiction. Il ne suffit donc pas de dire qu'on ne comprend pas l'action d'une puissance immatérielle sur la matière : il faudrait prouver qu'il répugne à une cause immatérielle de produire des effets matériels : ' ([u'il y a de la contradiction à ce qu'un esprit mette un corps en mouvement. Yoilà ce que les matérialistes devraient et ne peuvent pas prouver , puisqu'ils sont réduits à alléguer uniquement leur ignorance de la manière dont se fait cette opération , leur impuissance à la comprendre.

Et nous disons : combien n'y a-t-il pas d'effets dont vous connaissez les causes , sans cependant comprendre la relation, la connexion de ces effets avec ces causes? Sûrs qu'une chose est produite par une autre, vous ignorez comment elle peut en être le produit. Pour en donner un exemple analogue à notre sujet, savez-vous comment la matière elle-même peut agir sur une autre matière, comment un corps meut un autre corps ? Faites-nous connaître ce que c'est que la force d'impulsion; expliquez cette vertu secrète qui est dans le choc, pour opérer un déplacement. Vous convenez vousmêmes de votre impuissance à le comprendre (2) ; vous

(i) Système de la nature, tom. i ; chap. 7 ; tom. 2 ; chap. 6, et ailleurs.

(2) Sommes-nous en état d'expliquer la communication du mouvement d'un corps à un autre ? (Système de la nature, tom. 1 ; chap. 8.)

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;ie pouvez donc pas nier l'action de l'esprit sur la matière, parce que vous ne conipreiîez pas comment elle se fait.

Nous voyons , répondent-ils, l'action d'un corps sur un autre, nous ne voyons pas celle de l'esprit. Je leur réplique : vous éludez la dilHculté , vous ne la résolvez pas. Votre réponse même est un aveu que vous pouvez croire des choses que vous ne pouvez pas comprendre; d'où il résulte évidemment que vous n'êtes pas autorisés à nier une chose sur le simple fondement que vous ne la comprenez pas; et, par une conséquence ultérieure, également certaine, que vous avez tort d'opposer, à l'action des esprits sur la matière, votre impuissance à la comprendre.

On ne voit pas cette action comme celle des corps. Mais il est de la nature d'une substance simple de ne pas tomber sous les sens ; elle est donc invisible : ses opérations le sont donc. Ce n'est pas à la manière des corps, ce n'est pas par impulsion que les esprits agissent sur la matière; s'ensuit-il delà qu'ils ne peuvent aucunement y agir? Qu'importe que ce soit par les sens, ou par le raisonnement, ou par le sentiment, qu'une vérité nous soit connue? Dès que nous sommes assurés d'une manière quelconque qu'une chose est , nous devons le croire , quoique nous ne comprenions pas comment elle est; or, nous sommes certains de l'action de l'esprit sur la matière , non pas par les sens , mais par notre sentiment et par notre raison.

XII. D'abord par le sentiment. Je distingue parfaitement le mouvement spontané du mouvement forcé ; le mouvement que ma volonté imprime à mon bras , de celui que lui communique une force étrangère qui le pousse. Je ne comprends pas mieux comment l'acte de ma volonté opère l'un de ces deux mouvements, que comment l'impulsion d'un corps étranger produit l'autre; mais je sens très-bien que c'est ma volonté qui l'opère , sans qu'il y ait aucun choc corporel. Je suis aussi sûr de ce que je sens que de ce que je vois.

XIII. Mais ensuite ma raison me mène plus loin : elle me fait connaître que le mouvement primitif ne peut être imprimé à la matière que par une substance spirituelle. ]\ous avons vu que la matière est , par sa nature , passive , inerte , indifférente au mouvement et au repos (1); il faut donc , pour qu'elle éprouve le mouvement , qu'elle le reçoive d'ailleurs ; mais , hors des substances matérielles, il n'y en a que de spirituelles. Ce qui induit en erreur à ce sujet, c'est que l'on voit des corps mettre en mouvement d'autres corps : on ne prend pas garde qu'ils y avaient été mis eux-mêmes , on ne distingue pas le mouvement communiqué du mouvement primitivement donné. Les corps ne peuvent donner que le mouvement qu'ils ont eux-mêmes reçu. Ce peut être par d'autres corps qu'il leur soit venu; ceux-là l'avaient eux-mêmes reçu d'autres : ainsi nous voyons dans la nature des séries de mouvement ; mais nous avons montré qu'elles ne peuvent pas remonter à l'inflni (2) ; il faut donc qu'il y ait une cause première du mouvement : cette cause ne peut être matérielle, puisque toute matière est indifférente au mouvement ; le premier moteur n'est donc pas matériel , il est donc spirituel. Ainsi, non-seulement c'est sans raison que les matérialistes répètent» jusqu'à satiété, qu'un esprit est incapable de faire mouvoir un corps; mais , au contraire , nous démontrons que pour mouvoir la matière il faut des substances spirituelles , et que tout corps mu l'a été , soit médiatement et primitivement , par un esprit.

XIV. On nous dit qu'un être sans étendue ne peut pas être mobile. Nous ne prétendons pas qu'il ait la mobilité des êtres étendus ; il agit sans se mouvoir physiquement; l'acte de la volonté n'est pas un déplacement.

(i) Voy. ci-dessas, chap. i ; art. 7 ; n° 24. (2) Voy. ibid., n" 33.

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XV. On ajoute qu'un être sans parties ne jkut pas correspondre aux diverses parties de l'espace. Le mot correspondre est équivoque : l'être spirituel ne correspond pas par une applieation de parties à des parties , puisqu'il n'en a point; mais il peut y correspondre par son action. La correspondance de cause à effet n'exige pas un rapport de parties.

X^ L Voici une autre objection commune des matérialistes. « Pour exister , il faut être quelque part ; « ainsi la substance spirituelle n'occupant aucun lieu , « n'est nulle part, elle n'existe donc point. Dira-t-on « que l'être spirituel correspond par ses diverses parties « aux divers points de l'espace? il a donc des parties ; « il n'est donc pas spirituel ? Soutiendra-t-on qu'il est

* tout entier dans chaque partie de l'espace? c'est une « absurdité : le même être ne peut pas exister dans « deux endroits à la fois : la substance qui occupe le « point A , et celle qui occupe le point B , sont né-

• cessairement différentes. »

XViï. Cette difticulté nous conduit à la seconde partie de notre article, savoir, à la présence de Dieu dans toutes les parties de l'espace. Qu'est-ce que l'on appelle son immensité ou son ubiquité? Mais, pour répondre à l'objection , et pour donner la preuve de cet attribut divin , il faut préalablement exposer la manière dont un esprit peut être présent à un lieu.

Les philosophes disputent sur l'espace, ainsi que nous l'avons dit. IMais nous n'avons pas à entrer dans leurs systèmes ; que l'espace soit un être réel ou une abstraction de l'esprit , cela est indifférent à notre question. Quant au mot lieu, il exprime certainement une abstraction ; il signifie la partie de l'espace qu'occupe un corps relativement aux parties occupées par d'autres corps ; il énonce un simple rapport , une comparaison entre deux espaces. Le corps considéré en lui-même rempht un espace ; considéré relativement aux corps environnants , il occupe un lieu; il ne peut pas exister

sans être dans un lieu (1) : c'est ce qu'on appelle l'existence locale. L'esprit, qui n'a pas d'étendue, ne peut pas occuper d'espace ; il n'a pas une vcxistence locale (2). Mais nous disons qu'il peut être présent , soit à une partie, soit à la totalité de l'espace, sans l'occurer physiquement et localement (3). Il y est présent par deux de ses facultés : l'une est son intelligence , par laquelle il connaît ce qui se passe dans l'espace; l'autre sa

(i) Spacia locorum toile corporlbus , nnsqnain erant ; et quia nasquain erunt , nec erant. [S.August.. Epist. l'jô; ad Dardanum ^ cap. 6 ; no i8.)

(2) Hominam iste senscs est nihil nisi corpora valentiam cogitare, sive ista crassiora , sicat hamor atque linnius ; sive subtiliora , sicut aeris et lucis ; sed tamen corpora , qnoium nullnm potest esse nbique totum : quoniam per innumerabiles partes aliud alibi habeat necesse est ; et qaanîumcumqiie sit corpus et qnantulumqaodque corpuscn- \nn\ loci occuper spatium , eamdemque loiuiu sic impleat ut in nuUa ejus parte sit totum: ac per hoc densari et rarescere, contrahi et dilatari , ut minutim deleri et grandescere in molera , non nisi corpoream est. Longe aliud est animae natora qaam corporis ; qaanto magis Dei, qui creator est animae et corporis. Non sic Deus dicitnr implere mundura, velut aquae, velut aer, velut ipsa lux , ut miliore sui parte rciinoreni raundi impleat partem , et niajori niajorem. lS"ovit nbique totus esse, et nuUo contineri loco. [S. Augustinus^ Epist. i3'j y ad Pohisiamim, cap. 2 ; n° 4.)

Stultum est concipere in loco id quod est incorporeum. {S. ÇyriU lus Alex.^ Comment, in Joannis Evang.)

(3) Mens vero , ut moveatur, vel opereîur, non iiidiget loco cor- ' poreo , neqiie sensibili magnitudine , vel corporali habitu , aut colore.; neque alio nllo prorsas indiget horum quae corporis vel materiae propria sont. ( Origenes ^de Princip.^ lib. i ; cap. i ; no 6.)

Dens non alicubi est : quod enim alicubi est coutinetor loco ; quod continetur loco, corpus est : Deus autem non est corpus ; non igitnr alicubi est: et tamen quia est , et in loco non est. In illo sunt poilus omnia , quam ipse alicubi. Non tamen ita in illo ut ipse sit locus ; locns enim in spatio est , quod longitndine, et latitudine , et akitadine corporis occupatur. Nec Deus taie aliquid est; et omnia igitnr in ipso sunt, et locus non est. [S. Augiistinus ., de Divirdt. Qiiccst. 33; quœst. 20.)

Non est autem in loco, sicut antea diximas , nec in eum cadit motus localis ; id enim proprium est corporum : sed omnia implet ut Deus. {S. Cyrillus Alex., Comment, in Joannis Evang.)

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volonté , par laquelle il produit des effets dans l'espace. Ainsi, pour appliquer ce piincipe à Dieu, quand nous disons qu'il est présent à tout , nous entendons que sa toute-science lui rend présente la totalité de l'espace, et que sa toute-puissance y opère tout ce qu'il lui plaît (1).

Il résulte de cette manière d'être des esprits relative* ment à l'espace et aux corps qui s'y trouvent, que c'est improprement qu'on dit qu^un esprit est quelque parL Le mot quelque part est le synonyme de quelque lieu , et la substance immatérielle n'occupe pas de lieu. C'est aussi une façon de parler impropre, de dire qu'un esprit est dedans ou dehors de quelque chose , par exemple que l'ànie est dans le corps ou dans telle partie du corps. Les mots dedans et dehors expriment des lieux ; et, comme l'observe un saint Père, il faudrait dire d'un esprit, non qu'il est dans un lieu, mais qu'il y opère (2;. C'est pour cette raison qu'au lieu de dire , comme on s'exprime vulgairement, que Dieu est partout, j'ai dit que Dieu est présent à tout, expression plus exacte , et qui s'applique avec une égale justesse à une présence spirituelle et à une présence matérielle.

XyiIL D'après cette explication , le dogme de l'immensité de Dieu n'est pas difficile à établir. Il est même

(i) Providentia quidein continet omnia qnibas providet , et ea comprehendif ; sed non ut corpus conîinens id quod et ipsani corpus est ; sed nt potestas divina , quae complectilur quidqnid ipsa comprcuenditur. ( Origenes, contra Celsuin^ Lib. fi; n"^ ii.)

(2) Eteniin cuni partes non habet, quomodo potest loco circumscribi? Est eïàm locus extremitas continentis , qaaienus conti.net iri qnod continetur. Quod si qnis dixerit : Roiuie, igilur et Alexandria;, etuljique est anima mea ; fugit ipsnm quod rursus locnm désignât. Enira vero Alexandriœ , et oiiinino bic vel illic , locus atqae in loco piorsus non est ; sed in situ. Nam probatum e^t non posse contineri loco. Itaque cuui id quod intelligentia peiciiàtur in sim fuerit , aut negotio quodara in loco exisfente, abusive et figurate dicimns hoc ipsum ibi esse , propter operalionem ejns quo ibi est, locum j)io sjta et actiones sumentes. Nam cum dicendum fuisset , ibioperatur , dicimos , ibi est. {S. Gregorius IV^-ss., de Anima.)

déjà tout établi par ce que nous avons prouvé précédemment. IVous avons démontré la toute-science et la toute-puissance de Dieu(l): or, son immensité n'est pas distincle de ces deux attributs. Un esprit étant présent aux choses matérielles, par sa science et par sa puissance , l'esprit qui sait tout et qui peut tout est présent à tout. Et qu'on ne dise pas qu'en faisant Dieu immense par sa connaissance et son activité , nous excluons l'immensité de sa substance. Les attributs d'une substance ne sont pas distincts d'elle ; ils ne sont que cette substance elle-même considérée dans ses propriétés : la distinction que nous en faisons n'est qu'une abstraction de notre esprit , qui a besoin de diviser pour mieux concevoir ; il sépare en plusieurs perceptions ce qu'il ne peut embrasser en une seule : la toute-science est Dieu connaissant tout; la toute-puissance, Dieu pouvant tout; Timmensité, Dieu présent à tout (2).

Ou Dieu est présent à tout , ou sa présence est limitée à quelques parties de l'espace : mais la limitation est une imperfection , et nous avons vu qu'il est infiniment parfait (3). D'ailleurs, une substance ne peut être limitée que par une autre ; quelle substance créée et contingente aurait le pouvoir de limiter l'être nécessaire et créateur ?

Dieu est l'être absolument nécessaire : il est donc également nécessaire partout (4) : sa nécessité d'exister est la même dans un lieu et dans un autre. S'il était présent uniquement à quelques parties de l'espace , et

(i) Voyez ci-dessus , partie i*"*, chap. i ; art Ç> \ et ^^ partie ^ chap, 2.

(a) Deus qai , et obique, et in omnibus est, totus adit, totus videf, totas efficit. {S. Hilarius, Tract, in psalm. 119; n» 3.)

(3) Voyez ci-dessus , /jarr. i*"®, chap. i; art. 6.

(4) Incircuinscripfam solain esse divinam natnram dicimus; qnippe qua' increata sit ut principii expers et aeteina. Quae enim esse cœperunt , habeiit illa prorsus esse circurascriptum. {TheodoretuSy Quœst. in Genesij interr. 3.)

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non à d'autres, sa nécessité d'exister serait resserrée dans ces lieux-là; elle ne serait donc plus absolue : dépendante de localités , elle ne serait que relative à certains lieux.

Pour échapper à ces contradictions, dira-t-on que Dieu est à la vérité présent à tous les lieux , mais successivement, et que passant de l'un à l'autre il les parcourt tous ? Ce serait une nouvelle absurdité. Il ne serait plus immuable , puisqu'il changerait continuellement de position (1).

Il reste donc certain que Dieu est immense, c'esl-àdire présent à tout l'espace (2) ; qu'il y est présent , non

(i) Nam et credere Deum loco aliquo , qnaravis infinito , per partes quantitatis qcaecumque spatia contineri, qaam sit staltum docetur, et de loco in Iocqtu , vel ipsum , vel aliquam ejas partem moveri atqae transire arbitrari, nefas habelur. Jam vero aliquid ejas sabstantiae, vel natnrae, commatationem vel conversionem qaolibet modo pati posse si qnis opinetur , inirse dementiae, impietatisqne damnabitar. [S. AugiisdnuSy de moribus Eccl. cathoL^ lib i ; cap. lo; no 17.)

(2) Namqaid non cœlam et terram ego impleo ? dicit Dominns. [Jerem. iZ ; 24.)

Spiritus Domini replevit orbem terraram. {Sap. i; 17.)

Unde Deus longe est, cura omnia cœlestia, terrenaque, et qaae extra istam orbis provinciam sont , Deo plena sint. Ubique non tantnm nobis proximns, sed infusus est. (^Mitiiidus Favius , Octavius , cap. 32 )

Nullas sine Deo , neqae ullas non in Deo locus est. In cœlis est ; in inferno est; ultra maria est, inest interior ; excedit exterior. Ita, camhabet, ipsehabetnr, necjue in aliquo ipse, neque non in omnibus est. {S. Hilarins^ de Trinic, lib. x ; nr> 6.)

Et ne arbitreraur cœlo quoque et terra Dei magnitudinem metiendam: in alio loco legimus . Qui tenet ccclum palmo, et terram pug'dlo ; per quae ostenditur Deus , et forinsecus , et extrinsecus, et infusas , et circamfasns. {S. Hierorijmus., Comment, in Isaiam, lib. 8 ; cap. 66.)

Capiunt ergone te cœlura et terra, qaoniam ta impleas ea .^ An impies , et restât , qaoniam te non capiunt , et quo refundis quidquid impleto cœlo et terra restât ex te ? Annon opus habes at quoqnam continearis, qui contines omnia; quoniam quae impies, continendo impies? non enim vasa quae te plena sont stabilem te faciant ; quia eisi frangantor, non effunderis. Et cum effanderis super nos ; non

par parties comme les corps , mais à la manière des esprits, indivisiblement , et tout entier (1).

XIX. Ainsi la difficulté que nous avons exposée est nulle. Elle consiste en ce qu'une substance spirituelle

tu jaces , sed eiigis nos ; nec tu dissiparis , sed coUigis nos. Sed qui impies orania, te ipso impies omnia. An quia non possant te toluni caj)ere omnia , partem tiii capiunt, et eamdem partem omnia simul capinnt ? An singulas singula , et majores majora , minores minora capiunt ? Ergo est aliqna pars tui major, alJa minor. An ubique totus es; et res nulla te totura capit? (S. Augiistinus Confess. ^ lib. i ; cap. 2 ; no 3.)

Etsi autem dicatar in coelo habitare Deus, nihil tamen in eo corporale intelligendnm est. Non enim in loco et circumscriptione divinitatem esse dicimus, quod ea simplex sit et incorporea, ac impleat omnia. {S. CyrilL Alex., Comment, in Isaïam, lib. 5).

Nunc enim ubique est per essentiam ; habet enim essentiam quse non potest circumscribi. {^Theodoretns ^ in EpisC. i ad Coj-int., cap. 1.5 , 'vers. 28).

Creator quippe omnium in parte non est, quia ubique est. Et tune minus invenilur, quando is qui totus ubique est in parte quaeritur. încircumscriptus quippe spiritns omnia intra semetipsum habet ; quas tamen et iraplendo circumdat , et circumdando implet, ac sustinendo trans<endit, et transcendendo sustinet. {S. Gregorius Mag. , Moral., lib. 26, cap. 3i , n° 38).

(i) Deum qnidem circumdat nibil : circumdat anlem Deus omnia, non corporaliter. Virtute enim incorporali adest omnibus : ubique praesens est, et ab omnibus separatus est. Non enim ut permisceatur adest, ant ut copuletur, aut ut jungatur ; sed liber et separatus adest. Adest autem non divisus , aut scissus , aut segregatus ; neque pars tjuidem adest, pars autem abest ; neque hue quideni pars alia, alia autem pars alibi. Ista enim omnia corporum sunt vilia , et passlones, et divisiones, et partiîiones. [Eusebius , de Incorpor. et invisib. Dec, lib. i).

Deus ubique est, et totus ubique est ; a quo quis potest separari , com in eo sint omnia. (5. Hieronymiis j Comment, in Epist. ad Ephes. , lib. I , cap. 2).

Sic est Deos per cnncta diffusas, ut non sit qualitas mundi, sed snbstantia creatrix mundi, sine labore regens, et sine onere continens rnundnm. Non tamen per spatia locorum quasi mole diffusa est, ita ut in dimidio mundi corpore sit dimidins, et in alio dimidio dimidius, atque ita per totum totus; sed et in solo cœlo totus, et in scia

lerra totus, et in seipso ubique totus Sed non negligenter intuen-

dum quod diximus in seipso esse ubique totum. Non ergo in eis, quia alii plus eam capiant, alii minas : ideo enim abiqne esse dicitar.

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ne peut être ni divisée entre les divers points de l'espace, ni tout entière dans tous ces points. Nous convenons du principe : la substance spirituelle n'est nullement comme les corps dans l'espace; mais elle le connaît, elle sait ce qui s'y passe, elle y agit; c'est là ce que nous appelons être présent à un lieu. C'est cette sorte de présence dont il faudrait prouver l'impossibilité , et on n'y parvient certainement pas en prouvant une impossibilité toute différente de celle-là.

Il est naturel de penser que la manière d'être des substances simples doit être différente de celle des substances composées. En conséquence , pour connaître la nature, les propriétés, les opérations d'un esprit quelconque, il faut absolument détacher sa pensée de toute

qoia nulli parti rerum absens est ; ideo totns , quia i;on parti renim , parfera suara praesentem praebet, et alteri parti alteram partem, sequalem œqualibus, minori vero minorem, inajorique majorenj. Setl non solum nniversae creainrae, verum etiam cuilibet

parti ejas totns adest Qaomodo enim ubique, nisi in semet-

ipso ? nbique scillcet, qua nusqaam est absens; in seipso autem , qnia non continerur ab eis quibas est pricsens, tanqnara sine eis esse non posset. (5. August, , Epist. iS'j , ad Dardauum , cap. 4 , 5 et 6, n'^ i4, 17, 18). Vid. idem^ in Joan. Evang. , tract. 8 , n° 2; et iermo Sa, de Verh'is evang. ^ cap. 5 , n° i5.

Per qnam Jadaeorum piinceps cognosceret Deum non movendom locis, non ilinere dncendnm, non trahendnm praesentia corporali ; sed ciedendum quod Dens sit ubiqae pra-sens , ubique totns, ubique semper. {S. Petrus ChrysoL, sermo 33).

Quia enim ipse ttianet intra oiunia , ipse extra omnia ; ipse supra omnia , ipse infra omnia ; et superior est per potentiam , et inferior per sn.stentationem ; exterior per inagnitndineni, el interior per •abtilitatena ; snrsum regens, deorsum continens ; extra circumdans, interius perietrans : nec alia ex parte superior, alia inferior, aut alla ex parte exterior , alque ex aba manet interior ; sed nnns idernque to'.us ubiqae , prxsidendo sustinens , snstinendo prœsidens, circamdandu penetrans, penetrando circumdans; unde soperins praesidens, inferius sustinens, et unde exterius ambiens , iride interius replens ; sine inquieludine superius regens, sine labore inferins sustinens; interius sine extennatione penetrans, exterias sine extensione circnmdans. Est itaqne inferior et soj)erior sine loco, est araplior sine latitudine , est subtdior sine extennatione. {Greg. Mag., Moral,, lib. % , cap. 12 , n'^' 20).

idée de la matière (1); il faut se défier de l'imagination, qui présente sans cesse des idées corporelles, et c'est ce que l'habitude des choses sensibles rend difficile à beaucoup de personnes (2). Si on veut raisonner solidement par analogie , ce n'est pas de la matière à l'esprit, c'est d'esprit à esprit qu'il faut raisonner. Par exemple, je sens que mon âme connaît ce qui se passe dans les diverses parties de mon corps, et qu'elle les fait mouvoir à son gré; d'après cela, je dis qu'elle y est présente, quoiqu'elle ne les occupe pas localement. Cette considération me fait sentir que l'être infini et créateur connaît tous les êtres auxquels il a donné l'existence , et en dispose à son gré. Cette universalité absolue de science et de puissance me montre sa présence universelle, son ubiquité, son immensité (3).

XX. La difficulté proposée prouve une vérité bien contraire au système de ceux: qui nous l'objectent: c'est qu'il n'y a qu'un être spirituel qui puisse être immense. Le composé ne peut pas être présenta tout ; sa manière d'être présent à un lieu s'y oppose ; il l'est par l'application de ses parties , ainsi il ne peut avoir

(x) Haec si pro viribns nostris, quantnm Dominas adjavit, recte tractavimns, quando Deum ubique praesentem non spatiis distantibiis, qnasi aliqaa mole vel distensione diffusum, sed abiqae totum cogifare te extendis, a verte mentem ab omnibus imaginibos corpoium,quas humana cogitatio volvere consnevit. {S. Ju^., Epist. 87; ad Dardaniim , cap. i3. n° 41.

(2) Non quidem facile est hoc eliquere : qoia et non corporalem, sed spiritalem Dei praesentiam, qaae congrnit ejas snbstantiae, negari non potest adesse condilis rebas, mirabili videlicet et vix paucis intelligibili modo. {S. Augiistimis , Enarr. in psalm. 87; n° 2.)

(3) Qaocirca quisqu's intelligere conatur quemadmodum vere a?ternus, et vere immortalis atqae incoramntabilis Dens, ipse nec per ^erapns nec per locum motus , moveat temporalité!- et localiier creataram snam, non eum asseqni , nisi prius intellexerit quemadmodum anima, hoc est spirita creatos, non per locum, sed tantnra per tempus motus , moveat corpus per tempus et locum. Si enim quod in aeipso agitur capere non potest , qnanto minus illud quod snpra est. [S. Augustimcs , de Genesi , ad lit., lib. 8; cap. 2, n° 49.)

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qu'une partie présente à chaque partie de l'espace. Qu'on le suppose, par impossible, infini : il occupera, dans sa totalité, tout l'espace, mais sa totalité n'en occupera aucun point ; il n'aura , dans chaque partie de l'espace, qu'une existence partielle: sa substance n'y sera pas entière , puisqu'elle sera divisée comme l'espace sur lequel elle sera répandue. Il n'en est pas ainsi d'une substance spirituelle. jN 'occupant pas une partie de l'espace plus qu'une autre, elle peut être présente à plusieurs à la fois , puisqu'elle peut savoir ce qui se passe en même temps dans plusieurs points, et y exciter des mouvements. Si elle peut avoir ce genre de présence seulement dans deux points, elle peut l'avoir dans trois , dans dix , dans cent. Je conçois donc que l'esprit infini exerce sa connaissance, manifeste sa puissance, déploie sa présence sur la totalité de l'espace. Ainsi , la présence universelle , inconciliable avec l'idée de la matière, est très-possible dans la substance spirituelle: l'ubiquité ne peut appartenir qu'à elle.

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