‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 26 sur 39 · DIEU EST INFINIMENT JUSTE · texte numérisé non relu

DIEU EST INFINIMENT JUSTE

I. Quand, par analogie ;, nous attribuons à Dieu les qualités morales que nous voyons dans les hommes , nous faisons un raisonnement juste en soi : il est impossible que nous ayons l'idée d'une perfection, et que nous ne soyons pas persuadés que l'être infiniment parfait la possède. Mais cette analogie entre les perfections humaines et les perfections divines n'est nullement exacte : d'abord , dans Dieu , elles sont nécessairement infinies; dans l'homme, nécessairement limitées. Eusuite, les règles que Dieu suit dans l'exercice de ses qualités ne sont pas les mêmes que celles auxquelles l'homme est tenu, et, sur bien des points, doivent être au-dessus de notre compréhension. Ainsi nous disons de la justice: 1° que, comme c'est une perfection, il est impossible que Dieu en soit dépourvu (2); 2° que,

(i) Non est Deus qaasi homo ut mentiatar, nec nt lilius hominis ot matetar. Dixit ergo, et non faciet ? Locutus est et non implebit ? (Amw. 23; 19.)

Oranes viae tuae veritas. (f 5. 118; i5f.)

Est antora Dans verax; oranis antem homo mendax, sicut scriptnm est. (^Rom. 3 ; 4.)

(2) Jusluses, Domine; et omnia judicia toa jasta snnt.(Tob. 3; 2.)

Justus Dominas, et justitias dilexit; aequitatem vidit valtas ejus. [Ps. 10; 8.)

puisqu'il en est doué, il la possède dans un degré infiui ; d" qu'entre cette justice et la justice humaine, il est naturel qu'il y ait, outre la disproportion, des différences (1) ; 4° qu'il est tout simple que les règles qu'elle suit ne soient pas connues (2).

La justice a beaucoup de rapports avec la sainteté : l'une et l'autre supposent un ordre moral , et l'existence soit d'un bien soit d'un mal de cet ordre. Quiconque ne croit pas à la moralité , et regarde la vertu et le vice comme des mots vides de sens, ne doit pas admettre les idées de sainteté et de justice. Nous établirons, dans une autre dissertation, l'existence et l'essentielle distinction du bien et du mal moral : ici nous sommes forcés de supposer cette vérité , pour raisonner sur la justice divine.

IL Dieu déteste nécessairement le mal moral ; il doit donc l'avoir en horreur partout où il est. La justice diffère de la sainteté , en ce que celle-ci est l'horreur

Induet pro thorace justitiam, et pro galea judiciam cerium. (Sap.

Justus es, Domine, qai es et qui eras sanctas, qni haei; jndicasti.... Etiam, Domine Deus omnipotens, veia et josta judicia tua. {Apoc. i5; 5-7.) Et alibi multoties.

(i) Deus enim non est vocandus tempeians, ant fortis, ant alia ejusmodi ; siqoidem supra humanam virtutem est. Etsi enim dicitur justus, aliter qnam nos dicitur. (Titus Bostrensis y contra Manich.y lib. a; n° a.)

Quid est quod dicis , homo qui niultam desipis ? Qoanto est celsior, tanto inscrutabilior divina qnam humana justitia, tantoque haec ab illa distantior. Quis enim homo justus sinit perpetrari scelns quod habet in potesiate non sinere? Et t.imen sinit haec Deus incomparabiliter jastis omnibns juslior, et cnjns potestas est incomparabiliter omnibus pote^tatibus major. Haec cogita , et noli judicem Deum judicibns houiinibus comparare; quem non dubitandum est esse jnstnm , etiam quando facit quod videlur hominibus injustnm, et quod homo si faceret esset injustus. {S. Augustinus , Opus imperf. contra Juîianum , lib. 3 ; n" 24.)

(2) Quin etiam est ipsiusme Dei justitia, quae omnem transcendit intellectum , qnaeque ineffabilis est , omnique crealae nature incompreheosibilis. {S. Basilius, Homil. inpsalrn. 7; n° i5.)

SUR l'existence de dieu. 193

que Dieu a de tout le mal moral dans sa personne , et celle-là, l'horreur qu'il en a dans ses créatures. Aimant essentiellement le bien moral, et détestant le mal , il doit évidemment aimer l'un et détester l'autre dans ceux de ses ouvrages qui en sont susceptibles. Auteur des relations morales, il ne les a établies que pour qu'elles fussent observées ; il doit donc l'exiger. Il y aurait contradiction dans lui , si , aimant souverainement le bien, et baissant souverainement le mal, il n'imposait pas à ses créatures, capables de moralité et d'obligation, l'obligation de pratiquer l'un et d'éviter l'autre. Sa sagesse réclame de lui qu'imposant une obligation, il prenne les moyens de la faire remplir. Le moyen d'engager à l'accomplissement d'un devoir, est d'attacher des récompenses à l'observation , des peines à l'infraction ; il est donc dans la nature de Dieu de chérir et de récompenser la vertu , de détester et de punir le vice. Or , et c'est en ceci que consiste sa justice, dès qu'il inflige des châtiments aux actions criminelles, et qu'il accorde des récompenses aux actions vertueuses, il les répartit nécessairement avec une entière équité ; il ne peut pas, sans manquer à ses divins attributs, et par conséquent sans se contredire lui-même, ne pas les distribuer exactement à chacun selon ses mérites.

Car il faut nécessairement que cette distribution soit équitable ou inique, qu'elle se fasse selon la justice ou contre la justice. Or cette seconde assertion répugne à toutes les notions du sens commun. Comment admettre un vice aussi révoltant dans l'être qui est tout perfection ? D'ailleurs , ce qui fait porter des jugements injustes est ou l'ignorance , ou la passion ; incompatibles , l'une avec la toute-science, l'autre avec la sainteté divine (1). Il y aurait inconséquence en lui, si, établis-

(i) Illud aiitem , qui jiidicas justidam , id dicit qund est Deo consuetum, et ejns subbtantiae principium. In honiiniI)u.s enira non licet hoc dicere. Non jndicant eniin justitiam, eisi millics jnsti sint ; nt qui aliquando propter inscitiam, aliqaando propter socordiara , qnod

De l'exist. de Dieu. 9

sant une loi , il ne prenait pas le moyen nécessaire à son observation; il y aurait contradiction, si, munissant sa loi d'une sanction de peines et de récompenses , il ne les répartissait pas avec une entière exactitude.

On objecte, contre la justice divine, l'inégale distribution des biens et des maux dans ce monde , et le don de la liberté , dont on prévoit l'abus. Nous examinerons ces difficultés dans un autre chapitre.

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