DIEU EST INFINIMENT BON
I. Voici encore une perfection que. nous exprimons par le même mot dans Dieu et dans les hommes , quoique nous sachions parfaitement la différence entre l'une et l'autre. Infinie dans lui , bornée dans eux ; dans lui immuable, dans eux variable ; dans lui impassible, dans eux procédant d'un mouvement de sensibilité ; la bonté n'a de commun , entre lui et eux , que Teffet, qui est de faire du bien. Mais nous pouvons aisément concevoir deux vérités : que les principes suivis par la bonté divine sont différents des règles auxquelles est soumise la bonté humaine , et qu'ils sont trop au-dessus de nos pensées , pour que nous puissions tous les connaître.
Quand nous disons que Dieu possède une bonté infinie , nous n'entendons pas qu'il fasse à toutes ses créatures un bien infini : ce serait une chose à tous égards répugnante ; répugnante du côté de la créature , l'infini ne peut pas être créé ; répugnante du côté du créateur , la toute-puissance ne peut pas être épuisée ; et elle le serait par la production de l'infini. Le bien que nous
lustam est ignorant. Deos vero, qai ab liis omnibus liber est, et sciens et voleus jostam fert sententiam. {S. Joanncs Chrysost., Expos. in psalm. 9; u" 3.)
SUR l'existence de dieu. 195
recevons de Dieu nous donne l'idée de sa bonté , mais ne nous en apprend pas la mesure. JVous le croyons bon , parce qu'il nous procure du bonheur ; nous le jugeons infiniment bon , parce que tout ce qu'il est il l'est infiniment.
Nous appelons bonté de Dieu sa volonté constante de faire du bien à ses créatures. Elle prend différents noms, selon les difYérents objets auxquels elle s'applique : on l'appelle bienfaisance, cjuand elle s'étend à l'universalité ; (jrAce , quand elle est gratuite ; miséricorde , quand elle pardonne aux pénitents; longanimité, cjuand elle attend les pécheurs au repentir.
II. La bonté est une perfection ; elle est donc essentiellement, infiniment en Dieu (1).
Dieu aimant nécessairement ses perfections , ne peut pas ne pas aimer les créatures en qui il en a imprimé quelques traits.
Un Dieu méchant I cette idée révolte l'esprit. Et qu'est-ce qui pourrait le rendre tel ? quelle passion , quel intérêt pourrait s'opposer à sa bonté ? de toutes les causes qui étouffent cette vertu dans le cœur des hommes, aucune ne peut l'atteindre.
Enfin , rentrons en nous-mêmes ; considérons tous les biens qu'il nous a faits, et qu'il ne cesse de nous faire, et nous serons aussi insensés qu'ingrats de douter de sa 1 bonté.
I On objecte contre la bonté divine , les maux de différents genres qui affligent l'humanité. Cette difficulté sera le sujet d'un chapitre particulier.
(i) Dorninalor Domine Deas , misericors et clemens , paliers, et mnltse miserationis, ac verax; qui custodis misericordiam in niillia, qni aufeis iniquitatem, et stelera .-itque peccata. [Ex. 34; 6.)
Tu aniein , Deus, propitins, cieraens, et misericors, longanirais, et mnllaî miserationis. (// Esdr. g; 17,)
Miseraior et misericors Dominas, longanirais et muItaiQ misericors. [Ps. 102 ; 8.)
Unus est bonus Deus. {Matth. 19; 17.) Et alibi.