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Dissertation sur l'existence et les attributs de Dieu

L Le premier point de notre croyance, le premier objet de nos considérations dans l'étude de la religion, est l'existence de Dieu (i). On appelle athées ceux qui combattent ce dogme primitif: nous donnons le nom de théistes à ceux qui le défendent (2).

Avant d'entrer dans les preuves de l'existence de Dieu, il convient d'expliquer ce que nous entendons par ce mot. Nous convenons qu'il est impossible de donner de cet être si fort au-dessus de toutes nos pensées une notion complète, adéquate, et même de nous en former une idée qui réponde à sa grandeur . son incompréhensibilité est même un des dogmes enseignés par nos livres sacrés (5). Nos pères dans la foi ont déclaré nettement leur incapacité à par-

1er de Dieu dignement (4) ; et parmi les philosophes, les plus raisonnables sont ceux qui ont reconnu l'impuissance de la raison humaine sur ce point (5).

IL II ne faut cependant pas s'imaginer que, parce que nous n'avons pas de Dieu une notion entière, nous n'en ayons aucune, et que ce mot, offert à notre esprit, ne lui présente aucune idée. Si nous ne le connaissons pas en entier, nous le connaissons en partie ; si nous ne découvrons pas sa nature telle qu'elle est, nous la jugeons d'après ses opérations (6) ; si nous ne le comprenons p3$, hqus le concevons. U est important de saisir la différence de ces deux choses, que les incrédule* s'efforcent de confondre, prêteront, et répétant continuellement, qu'il leur est impossible d'admettre ce qu'ils ne comprennent ou, ce qui, selon eux, revient au même, ce qu'ils ne conçoivent pas.

Concevoir une chose, est avoir l'idée de.

son exigence : la comprendre, est connaître la manière dont elle existe. Nous concevons une chose, nous en avons l'idée, quand nous pouvons nous la représenter, la supposer existante ; pour la comprendre, il faut la connaître à fond,, et saisir ses différens rapports, savoir pourquoi et comment elle eçt ce qu'elle est. Ainsi, pour la concevoir,

il suffit de n'y pas apercevoir d'impossibilité : tout cè qui ne me présenteras de répugnance, de contradiction, je le conçois possible ; tout ce que je conçois possible, je puis me le figurer existant. Je ne conçois pas un triangle à quatre côtés, parce que c'est une chose qui implique contradiction, parce que cette idée ne se présente à moi qu'accompagnée de l'idée de répugnance, parce que l'idée de triangle et l'idée de quatre côtés sont deux*idées dont l'une détruit l'autre. Mais je conçoisdes hommes dans la lune : mon esprit ne me présentant point d'impossibilité, de répugnance, de contradiction dans cette idée, je puis me représenter la lune peuplée d'hommes, comme la terre. 11 résulte de là que nous pouvons concevoir beaucoup de choses que cependant nous ne pouvons pas comprendre.

Pour édaircir et pour confirmer epcore

nous pouvons avoir sur les choses quatre sortes de pensées. En premier lieu, nous pouvons en voir clairement l'existence ou la possibilité, et connaître en même temps la manière dont elles existent ou dont elles peuvent exister, les relationsdi verses qu'elles ont ou qu'elles peuvent avoir : celles-là, non - seulement nous les concevons, mais

nous les comprenons. En second lieu, nous pouvons en voir positivement l'impossibilité, en connaissant une répugnance, une contradiction dans leur existence : nous ne comprenons ni ne concevons cette seconde classe ; ce sont là les choses dont nous n'avons point d'idée, parce que nous ne pouvons pas avoir l'idée de leur existence. En troisième lieu, nous pouvons ne voir clairement, ni leur possibilité, ni leur impossibilité, parce que nous ne connaissons pas la manière dont elles pourraient exister, mais que nous ne voyons pas non plus, dans leur concept, de répugnance, de contradiction.

En quatrième lieu, nous pouvons en voir clairement l'existence», soit par nos sens, soit parle raisonnement, être par conséquent assurés de leur possibilité, sans cependant connaître leur manière d'exister : ces deux dernières sortes de choses nous lesconcevons, mais nous ne les comprenons pas. C'est ce qu'il s'agit d'expliquer.

D'abord, sur les choses dont nous ne voyons clairement ni la compatibilité ni l'incompatibilité des attributs, nous ne pouvons affirmer ni qu'elles sont possibles, ni qu elle sont impossibles. De ce que nous n'en découvrons pas l'impossibilité,, nous aurions toit- sans doute d'en conclure absolument

SUR l'existence de dieu. I

leur possibilité ; il peut y avoir dans ces choses* des répugnances qui nous échappent:

ignorant la manière dont elles peuvent exister, nous ignorons peut-être des obstacles qui s'opposent à leur existence. Mais de même nous raisonnerions inconséquemment si, parce que nous n'apercevons pas distinctement la possibilité d'une chose, nous prononcions qu'elle est impossible : il n'y a d'impossible que ce qui répugne, que ce qui emporte l'être et le non-être ; ne voyant pas de répugnance dans la chose, nous n'avons pas de raison pour la juger impossible.

Ensuite, relativement aux choses dont l'existence m'est assurée d'u ne manière quelconque , je dis qu'il y en a dont j'ignore le mode, la nature, que je me figure existantes puisque je les sais telles, mais sans savoir de quelle manière elles peuvent exister; que, par conséquent, je conçois sans les comprendre. Je vois des phénomènes électriques : je suis donc sûr que l'électricité existe, je conçois donc l'électricité. Mais .* quelle est sa nature? par quel moyen se forme-t-elle ? quelle relation y a-t-il entre elle et le mouvement qui la produit ou qui la développe ? Je n'en sais risn : je ne comprends donc pas l'électricité.

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