III. Il résulte de là évidemment qu'il est
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contraire à la raison de nier les choses sur le fondement qu'on ne les comprend pas, ou, ce qui revient au même, parce qu'on ne sait pas comment elles sont; et si Ton voulait admettre ce genre de pyrrhonisme > il y a fort peu de choses dans le monde que Ton pût croire : de celles mêmes qui nous sont les plus familières, qui se passent continuellement autour de nous, dans nous-mêmes, il y a un très-grand nombre que nous ne comprenons pas. Comprendns-nous la manière dont se fait la communication du mouvement? Savons-nous quelle cause secrète donne à un corps la puissance d'agir sur un autre? Connaissons-nous le mécanisme qui métamorphose nos alimens en une multitude de liqueurs et de sécrétions diverses? Il est donc certain, incontestable, évident, que nous croyons fermement beaucoup de choses que nous sommes incapables de comprendre (7). Et que serait-ce que la vie humaine, si chacun ne pouvait croire • que ce qu'il comprend (8)?
Je me suis étendu longuement sur cette explication, et sur la différence des deux idées concevoir et comprendre, parce que, comme je l'ai observé, la confusion affectée de ces deux notions est le principe d'un grand nombre de paralogismes des athées,
sur l'existence de dieu. 7
et de tous les incrédules. Il était utile- de fixer nettepent cette notion, do»t noufc verrons plus d'une fois l'usage dans lecowrs de cet ouvrage. Faisons^en maintenant T application à notre objet. Nous ne comprenons pas Dieu, cela est vrai ; mais il ne résulte nullement de là que nous ne le concevrons point , ou , ce qui revient au même, que nous concevions son existence' comme impliquant contradiction : au< cotth traire, si son existence nous est démontrée* il est certain, que nous devons la croire quoique nous ne le comprenions pas.
IV. Je dis que nous avons l'idée de la divinité. L'homme le plus simple, quand on lui parle de Dieu, sait fort bien de quel être on l'entretient : quelque ignorant qu'il soit, il attache à ce mot deux idées : relativement à cet être en lui-même, # il le regarde comme souverainement parfait; relativement à nous, il le considère comme le créateur de tout ce qui existe (9).
L'homme plus instruit pénètre plus avant dans la connaissance de cet être suprême.
Il découvre, non pas, sans doute, tous ses attributs, mais quelques-uns ; et s'il est dans l'impuissance de se les représenter tels qu'ils sont, il s'en forme du moins une idée quelconque (10). Cette double manière de con-
naître la divinité va former la division de la présente dissertation. Dans la première partie, je considérerai Dien uniquement selon sa notion' la plus commune, la plus triviale, la plus populaire, et je m'attacherai à prouver seulement qu'il existe un - être infiniment parfait, créateur de tout le monde matériel que nous voyons. Dans la seconde partie, je reprendrai les différens attributs divins, et j'examinerai ce que la faiblesse de notre raison nous permet d'en connaître.