C4 DISSERTATION
ne donne de là nécessité qu' uneidée incoftvplète, qui n'est applicable qu'à la nécessité hypothétique. La relation de cause à effet suppose une cause : l'être absolument nécessaire n'est pas celui qui est l'effet nécessaire d'une cause; c'est celui qui n'a pas de cause. Exister nécessairement d'après une cause, et exister nécessairement par sa nature, sont deux choses qui différent du tout au tout.
Nous avons suffisamment expliqué cette distinction (35). Le mouvement est' l'effet nécessaire, ou , pour parler plus exactement, l'effet nécessité d'une cause contingente ; il est donc contingent.
XXXI. Des lois invariables du mouvement, les athées prétendent inférer la nécessité du mouvement. Et moi je prétends au contraire que ces lois donnent une'nouvelle preuve que le mouvement n'est pas essentiel à la matière. D'abord, de ce que ces lois existent, je conclus qu'elles ont un auteur : des lois sans législateur sont une chimère ; plus elles sont invariables, plus elles décèlent une intelligence qui les a dictées. Les athées ne cessent de dire que ce sont les lois du mouvement qui ont fait le monde ; et lès lois, qui les a faites? Elles sont nécessaires, répondent-ils. Pourquoi donc sont-elles si multipliées, si variées, adaptées aux diverses^
natures des corps, relatives aux différentes impulsions? La nécessité est simple, elle procède uniformément : si elle avait donné la loi aux corps, il n'y en aurait qu'une. Il y a plus : que l'on examine toutes ces lois, on verra qu'elles supposent la contingence du mouvement. La première de ceslois est qu'un corps, soit en repos, soit en mouvement, reste dans l'état où il est jusqu'à ce qu'une cause étrangère le force d'en changer : elle porte évidemment sur le principe que le mouvement vient d'une cause étrangère. Une autre loi est qu'un corps suit la direction qui lui a été imprimée, jusqu'à ce qu'une cause quelconquel'endétourne relie suppose aussi que la matière, inerte de sa nature, reçoit d'autruiJe mouvement. Celle en vertu de laquelle un corps perd de son mouvement en proportion de ce qu'il en commua nique à un autre corps, montre également que le mouvement qu'il avait ne lui était pas essentiel. De toutes les lois selon lesquelles les corps se meuvent, il n'en est aucune qui ne présente une nouvelle preuve que le mouvement est à la matière une modification accidentelle.
XXXII, Sixième article. Tout, dit-on, e&t en mouvement dans la nature. Quand l'assertion serait vraie, elle ne prouverait nulle-
ment que le mouvement est absolument nécessaire; il pourrait avoir été imprimé à la matière par une cause supérieure; mais 1 Y allégation est fausse : c'est par un mélange sagement combiné de mouvement et de repos que se maintient l'ordre de la nature.
Les divers mouvemens dont on parle ne prouvent pas le mouvement universel. On ne persuadera jamais à un homme raisonnable qu'une pierre posée sur la terre s'y remue ; on ne lui fera pas prendre la pesanteur d'un corps pour un mouvement actuel.
Si, lorsque j'ai interposé ma main, elle est brisée par le mouvement de la pierre, c'est que ma main l'a dérangée, et lui a imprimé un mouvement.
Le mot gravitation exprime deux choses :
la tendance habituelle d'un corps vers un autre, et le mouvement actuel vers ce centre. Dans le premier sens, la gravitation peut être essentielle : mais elle est une mobilité, ce qui est tout différent du mouvement. Dans le second sens, la gravitation n'est pas essentielle, puisque le corps pçut être arrêté. Si l'acte de se porter vers un point fixe était absolument nécessaire à toutes les parties de l|t matière, elles auraient toutes essentiellement la même direction ; aucune d'elles ne pourrait en être détournée.
Newton, le père de l'attraction, avertit lui-même, en plusieurs endroits, qu'il ne se sert de cette expression que pour désigner des faits qui servent eux-mêmes à expliquer d'autres faits. L'attraction est donc une chose absolument inconnue. Ou on veut en faire une force inhérente à tous les corps ; et alors il faut dire qu'il n'y a pas de corps qui n'attire à soi tous les autres, ce qui serait ridicule : ou on ne place l'attraction que dans quelques corps organisés de certaine manié* re ; et alors elle n'est pas une proprié^ essentielle de la matière. Quelques corps tendent à s'attirer, donc l'attraction est un mouvement universel : tel est le raisonnement des matérialistes.
La fermentation des mixtes suppose l'opération d une cause étrangère qui ait composé la mixtion ;elle n'est donc pas nécessaire d'un e nécessité absolue . D' ailleurstoutes les parti es de la matière sont-elles en fermentation?
La naissance des animaux par la fermenation est si opposée à toutes les idées de la physique, qu'elle ne mérite pas qu on y ré* ponde. Cette seule imagination a suffi pour jeter le ridicule sur la vieille physique des péripatéticieris.
XXXHL Septième urttcle. Ort présente comme une partie du système, un système
nouveau, non-seulement différent del'autre, mais qui même le contredit. On dit que tous les mouvemens qui ont existé dans le monde sont une série de mouvemens qui, en remontant continuellement, se prolongent jus* qu'à l'infini. S'il en est ainsi, il n'y a maintenant, il n'y a jamais eu de mouvement qui ne fût donné. Puisque tout mouvement est donné, aucun mouvement n'est absolument nécessaire : recevoir d' autrui , et posséder par Ja nécessité de sa nature, sont deux choses contradictoires.
On veut, qu'il y ait eu un nombre infini d'impulsions successives; et cependant on veut que ce nombre augmente sans cesse !
un infini qui s'accroît, quoi de plus contra^ dictoire?
Un effet sans catise est une chose répugnante. La série de mouvemens serait un effet, mais n'aurait pas de cause; chaque mouvemens aurait pour cause le mouvement antérieur; mais la collection des mouvemens n'en aurait point : elle existerai! sans raison suffisante de son existence: On a beau la* prolonger jusqu'à l'infini, elle n'est toujours qu'une collection d'effets :
qu'elle soit infinie, qu'elle soit limitée, dès qu'elle est effet, elle a toujours besoin de cause.
SUA l'existence de DIEU. 61)
On demande pourquoi te dernier corps a eu besoin d'être mu par un autre : c'est que de sa nature il était inerte, et qu'il n'avait pas en lui le principe du mouvement. On fait la même demande sur le précédent ; on répond par la même raison de son inertie naturelle : on fait sur tous les coçps de la série la même question ; sur tous on reçoit la même réponse. Ce principe du mouvement n est donc pas dans cette succession de corps^: 1 il est donc ailleurs ; il y a donc un principe extérieur ; un premier moteur est donc nécessaire.
En un mot, dans la succession des mouvemens, à quelque point qu'on la prolonge,, il n'y a que des mouvemens reçus, et par conséquent contingens. Aussi, dans cette hypothèse, d'abord il n'existe point de mouvement nécessaire, ensuite il faut une cause étrangère qui l'ait imprimé.
Dira-t-on que le premier mouvement était nécessairé à la matière -, que ce ne sont que les mouvemens subséquéns qui sont çontingens ? S' il y a eu un premier mouvement, * la succession n'est donc pas infinie; si le premier mouvement a été nécessaire, il n'a pas pu cesser ; il existe toujours, il est toujours le même, avec la même direction, avec la même célérité ; ce n'est pas une multitude