ARTICLE SEPTIÈME
La matière n'est pas l'être nécessaire.
XVU. Ceux qui prétendent que l'être nécessaire n'est autre que le monde matériel, entendent par ce mot, ou le monde tel qu'il est, avec la disposition et le mouvement actuel de ses parties, ou seulement la matière dont le monde est composé, indépendamment de la forme que nous lui voyons. Je dis d'abord que ce bel ordre que nous admirons, loin d'exister nécessairement, prouve au contraire l'existence d'un autre être qui la disposé : mais comme ce sera le sujet de notre seconde preuve de
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l'existence de Dieu, je renvoie ce point à traiter dansle chapitre suivant. Je m'attache donc ici uniquement à établir que les élémens du monde, que les parties de matière dont il est composé, n'existent pas nécessairement. Cette vérité prouvée, donnera une première démonstration de l'autre : si ce qui compose le monde est contingent, le monde n'est pas nécessaire ; des parties qui n'existent que parce qu'on leur a donné l'existence, ne peuvent pas former un tout existant par lui-même»
XVIII. Ne perdons pas de vue qu'il s'agit ici, non d'une nécessité hypothétique, mais d'une nécessité d'exister absolue, essentielle, et telle qu'il y ait répugnance et contradiction dans l'idée de la non-existence. Ainsi, pour soutenir l'asséité de la matière, il faut prétendre qu'il est impossible de la concevoir non existante ; impossible même de concevoir quelques-unes de ses parties ni même un seul atome non existant. Or, je demande quelle contradiction il y aurait à ce que la matière n'existât pas, ou à. ce qu'elle fût moins étendue qu'elle n'est, ou enfin à ce qu'il y eût dans le monde quelques particules de matière de moins? Je conçois la non-existence, soit de la totalité, soit de quelques parties de la matière; sa non-exis-
tence serait donc possible, son existence n'est donc pas nécessaire.
Reprenons les propriétés que nous avons vues découler essentiellement de la nécessité d'exister, et nous nous convaincrons aisément qu'elles ne peuvent pas être appliquées à la matière.
XIX. Nous avons vu que l'être nécessaire est nécessairement ce qu'il est j qu'il y aurait contradiction entre son existence nécessaire et sa manière d'être contingente ; qu'en conséquence toutes ses propriétés lui sont essentielles. Prenez toutes les propriétés de la matière, vous n'en trouverez aucune qui ne soit contingente : l'étendue de chaque corps pourrait être plus ou moins grande, sa forme pourrait être changée, sa situation déplacée, sa pesanteur allégée ou aggravée. De toutes les manières d'être de la matière, il n'y en a aucune qui ne soit susceptible de changement, aucune qui soit nécessaire (33) :
ainsi, la matière existe d'une manière contingente ; elle n'existe donc pas nécessairement.
XX. La matière a ses propriétés d'où elle a son existence, ou par soi-même ou par autrui : elle ne peut pas tenir son existence de sa nature et recevoir ses propriétés d'une volonté étrangère. Comme un être ne peut
pas exister sans propriétés, le principe soit interne, soit externe, de son existence, Test aussi de ses propriétés : si donc la matière ne possède pas nécessairement 8es propriétés, elle ne possède pas non plus nécessairement son existence ; mais Tune et les autres lui viennent d'une cause étrangère. Si vous voulez que la matière ait nécessairement ses propriétés, vous devez prétendre que chaque corps a nécessairement telles propriétés, telle grandeur, telle figure, telle situation ; ce qui est à chaque instant démenti par l'expérience; nous voyons tous les corps sujets à des variations, à des vicissitudes continuelles. Ce n'est donc point de leur nature que les corps tirent leurs propriétés ; ce n'est donc point non plus de leur nature qu'ils tiennent leur existence ; c'est d'une volonté étrangère qu'ils ont reçu tout ce qu'ils sont.
Avant de passer à d'autres preuves de la c£htingence de la matière, il est bon d'exa-
que nous venons de présenter.
XXL « Vous confondez, disent -ils, les » corps particuliers avec la matière. C'est la » totalité de la matière, le grand tout, la na- » ture, qui est nécessaire ; ses divisions sont » accidentelles. Que les corps qui compo-
» sent l'être universel soient modifiés de telle » ou de telle manière, cela est indifférent à » l'existence de l'être universel ; ce qui est » essentiel dans lui, ce sont ses attributs ; les d modifications de ses attributs sont seules » accidentelles. La matière est essentielle- » ment étendue, figurée, solide, etc. Ses » diverses parties peuvent avoir une plus » grande ou une moindre étendue, présen- » ter une figure ou une autre, être plus ou » moins compactes, sans que les attributs » de la matière cessent d'être les mêmes. »
XXII. La solution de ce sophisme n'est assurément pas difficile. Ce grand tout dont on nous fait l'être nécessaire est composé de divers corps, qui sont des touts particuliers, subdivisés ensuite en d'autres, lesquels ont eux-mêmes des subdivisions, et ainsi indéfiniment, jusqu'aux dernières particules.
Dira-t-on que ces diverses parties, jusqu'à la dernière subdivision, existent nécessairement? dira-t-on qu'elles existent contin gemment? Si on prétend qu'elles sont contingentes, comment peuvent-elles, je le répète, former un être nécessaire ? Il est absurde jusqu'au ridicule de dire qu'un composé existe par la force de sa nature, quand tout ce qui le compose a reçu d' autrui l'existence. Si on soutient que ces corps particu-
culiers dont la réunion forme le grand tout
autant d'êtres nécessaires, il faut donc que leur manière d être soit nécessaire. L'existence suppose une manière d'exister; et celui qui a l'existence par nécessité, a pareillement par nécessité la manière de son existence ; l'une est aussi absolument nécessaire, et par conséquent aussi invariable que l'autre. Il ne peut donc y avoir de modification accidentelle dans aucune des parties et des particules, si elles existent nécessairement. La distinction entre les attributs essentiels et leurs modifications accidentelles, est une illusion. Les attributs ne sont pas des êtres à part, des êtres distincts de leurs modifications : de même qu'ils ne sont autre chose que leur substance, de même leurs modifications ne sont autre chose qu'eux-mêmes; ils n'existent qu'avec leurs modifications, que par leurs modifications :
l'étendue n'existe ;pas dans un être sans y être fixée à un certain degré; la figure n'est que telle ou telle configuration ; et il en est ainsi de toutes les autres propriétés des êtres. L'étendue en général, la figure en général, la solidité en général, ne sont que des abstractions de notre esprit : on se moque, et avec raison, de la vieille philosophie péri-
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patéticienne, qui en avait fait des entités réelles. Quand on mé dit que l'étendue, que la configuration, etc., sont essentielles à la matière, mais que le degré d'étendue, que l'espèce de figure, lui sont accidentelles, je conçois ce langage en admettant la contin * gence de la matière : il signifie que son auteur, en ordonnant qu'elle eût toujours une étendue, une figure quelconques , a voulu qu'elle pût en changer. Mais ce que je ne comprendrai jamais, c'est que l'asséité soit un principe de variation, et qu'elle donne quelque chose accidentellement. Revenons donc au principe. Toutes les propriétés des êtres, de quelque nom qu'on les appelle, attributs, modes, qualités, ne sont pas des êtres particuliers; elles ne sont que l'être lui-même existant de telle manière : elles sont donc contingentes et variables dans l'être contingent, nécessaires et toujours les mêmes dans l'être nécessaire. Que l'on ne nous dise donc plus : Il y a dans la matière des attributs essentiels, et par conséquent nécessaires. Oui, répondrai-je, dans l'être contingent lés attributs essentiels sont né*ces$aires, mais d'une nécessité secondaire, hypothétique, et dans la supposition de son existence. Au contraire, dans l'êtrequi existe d'une nécessité absolue, tôut ce <\xx\ est lui
àO DISSERTATION
est nécessaire absolument, sans l'hypothèse de son existence, puisque son existence n'est pas une hypothèse. Il n'est pas hors de propos de faire ici une observation sur la manière de raisonner des incrédules. Nous les avons vus contester à l'être nécessaire son immuta* bilité, sous le prétexte de changemens prétendus dans ses volitions : mais les mêmes hommes-qui font cette difficulté n'en prétendent pas moins que la matière est immuable, quoique toute* ses modifications soient dans une variation continuelle. Telle est la logique versatile des ennemis de la religion.
XXIII. Une autre propriété de l'être nécessaire, que nous avons établie, est son infinie perfection. Elle est telle qu'elle ne peut ni augmenter ni diminuer : il ne peut riep acquérir ni rien perdre. Mais peut-on dire que la matière soit infiniment parfaite? toute matière n'est-elle pas limitée, ce qui est certainement une imperfection (34-)? restet*elle toujours au même degré de perfection ? ne voyons- nous pas au contraire tous lçs corps être dans une succession continuelle d accroissèment et de décroissement ; se former 7 s améliorer, se détériorer, sedis$Qudrç? dirat-on que dans ces vicissitudes ils n'acquièrent ni ne perdent des perfections ? Je suppose avec nos adversaires, sans le leur accor-
der, que l'homme ne soit qu'un amas de matière . Dans cette hypothèse, qui est la leur, prétendront-ils que Newton n'était pas un être plus parfait lorsqu'il révélait à l'univers les lois physiques qui le régissent, que lorsqu'il était dans le sein de sa mère un fœtus encore informe, ou dans le tombeau un cadavre rongé des vers? Un superbe édifice n'est-il pas plus parfait que le tas de pierre dont il fut construit, et que le monceau de ruines dans lequel il se confondra ?
Le tableau de Raphaël n'a-t-il pas plus de perfection que n'en avaient les couleurs mises pêle-mêle sur sa palette, ou que n'en aura la poussière dans laquelle il finira parse résoudre? Les perfections dont la matière e$t susceptible peuvent s'acquérir ou se perdre, augmenter ou diminuer : ainsi, encore à ce titre, la matière n'est pas l'être nécessaire.
XXIV. L'être nécessaire est tout-puissant, ainsi que nous l'avons encore vu : la matière^ non-seulement n'est pas toutepuissante, elle n'a même aucune puissance ; elle est purement passive. Prenez toutes les propriétés des êtres matériels, vous les trou* verez toutes passives : ils sont divisibles, c'est-à-dire on peut les diviser ; ils sont mobiles, c'estr à-dire on peut les mouvoir ; il* sont figurables, c'est-à-dire ils sont suscep-
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tibles de recevoir -une forme; et ainsi du reste. Toutes les qualités de la matière montrent qu'elle peut être modifiée diversement par un agent. Otez de la matière cet état passif, vous faites tomber la notion même de la matière. Or, uu être passif n'a point d'action; un être sans action n'a point de puissance ; un être sans puissance n'existe pas nécessairement : tout être passif est, par sa nature, un être produit; il ne peut ni exister ni être conçu sans un actif ; il y a entre l'un et l'autre la connexion infinie qui est entre la cause et l'effet. Un être passif sans actif serait un effet sans cause ; un être nécessaire passif serait un effet existant par lui-même : la matière étant passive, est donc par cela même un effet.
C'est ici le grand point de la contestation avec les athées matérialistes : comme ils prétendent quela matière est nécessairement existante^ ils la disent aussi nécessairement active ; et comme, de toutes les propriétés de la matière, là seule qui présente quelque apparence d'action est le mouvement, ils soutiennent que le mouvement est essentiel à-la matière, et qu'une matière nécessairement existante et continuellement mue a pu former le monde que nous voyons. La discussion de oe système va nous jeter dans
SUR L'EXISTENCE IMS DIEU. ô5
des longueurs inévitables. Je commence par l'exposer, et je le renferme en huit articles, qui sont l'abrégé succinct de leur doctrine; et spécialement de ce que dit longuement et répète fréquemment l'auteur du Système de la Nature.
XXV. « i° La matière n'est pas un seul » corps homogène, dont les parties ne dif- » fèrent entre elles que par leurs différentes • » combinaisons : ses élémens , les particules » dont elle est composée, sont hétérogènes, » c'est-à-dire de natures différentes.
» 2 0 Tout être a essentiellement des pro^ » priétés; il doit conséquemment agir rela- » tivement ses propriétés: les particules » qui composentla matière, étantde natures » différentes,doiventdoncagir diversement.
» 3° Le mouvement est un effort par le- » quel un corps change ou tend à changer » déplace, c'est-à-dire à correspondre suc- » cessivement à divers points de l'espace, ou * bien à changer de distance relativement à » d' autres corps .
» 4° Le mouvement est la suite nécessaire » des propriétés d^la matière : la nature ne » peut ni exister ni être conçue sans le » mouvement.
» 5° La nécessité est la liaison constante et infaillible des causes avec les effets.:
» l'invariabilité constante des lois du moum vement prouve donc la nécessité du mou- » vement dans la matière.
» 6° Une autre preuve de cette nécessité » est que tout est en mouvement dans la na- » ture; il n'y a pas un seul corps véritable - » ment en repos. Une pierre de cinquante » livres paraît en repos sur la terre ; cepen- » dant elle ne cesse de peser sur cette terre, » qui la repousse à son tour. Pour prouver » (jue la pierre et la terre agissent, il n'y a )> qu'à interposer la main entre les deux, a et on verra que la pierre a la force de briser » la main, malgré le repos dont elle semble » jouir. D'autres preuves de la même vérité » sont fournies par la gravitation vers un » centre, l'attraction, la fermentation des » mixtes, les animaux naissant de cette fer- » mentation.
» Ainsi, tout se meut dans l'univers : il » n'est lui-mêmequ' une chaîne immense de » causes et d'effets, qui sans cesse découlent » les uns des autres : il est formé par une » série de mouvemens qui se prolongent » jusqu'à l'infini. 9
» 8° Les élémens de la matière mus en » divers sens, selon leurs di verses propriétés, » et dans une action et une réaction conti-
nuelles, peuvent, par leurs collisions et
» leurs rapprochemens sans cesse répétés, » former et décomposer successivement les » corps que nous voyons. »
Je reprends l'un après l'autre tous ces articles, et je crois pouvoir aisément prouver que toutes les définitions sont fausses, et que tous les raisonnemens ne sont que; des sophismes, même pas captieux.
XXVI. Premier article. On dit que les élémens primitifs de la matière sont hétéro* gènes . G' est une question sur laquelle les phy siciens sont partagés, et qui probablement ne sera jamais décidée avec certitude. L'a* thée suppose l'hétérogénéité, parce qu'il la croit favorable à son système ; mais il ne se met pas en peine de la prouver, et nous pourrions la nier avec autant de fondement qu'il l'avance. Mais nous n'en avons pas besoin , et nous avons à lui répondre avec Newton quelque chose de bien plus fort :
c'est que dans son système il est impossible que la matière soit hétérogène. Si toutes les particules de matière existent par la nécessité de leur nature, elles doivent toutes être de la même nature ; asséité et hétérogénéité sont deux termes contradictoires dans
les mêmes êtres. Qu'une, cause intelligente veuille opérer et opère des effets dissemblables; que même une cause physique produise
des effets divers, selon les divers objets qur lui sont présentés, cela se conçoit : mais la nécessité d'exister n'est pas une cause ; elle est un principe : et comment d'un même principe peuvent ressortir des résultats de diverse nature? L'auteur du Système de laNa* turese propose cette objection. » Pourquoi, » répond-il, cette diversité ne viendrait- » elle pas des causes naturelles, d'une ma- » tière agissant par elle-même, et dont le » mouvement rapproche et combine les élé- •> mens variés, et pourtant analogues, ou » sépare des êtres, à l' aide des substances qui » ne se trouvent pas propres à faire union ? » Sophiste maladroit, lui réplique Bergier, vous ne donnerez pas le change h Newton.
Vous lui parlez de la diversité des effets , et il s'agit de la diversité des causes. Un est pas question de savoir*paurquoi des causes naturelles, différentes dès élémens variés, des substances nonanalogues,produisentdes effets différent; mais pourquoi ces élémens sont variés, pourquoi il y a dés substances analogues et d'autres non analogues, pourquoi deux grains de sable, selon vous, sont essentiellement divers, pourquoi ils ne sont pas de même nature que deux grains d'or- r quelle est la cause premieredeceltediversité? A ùe raisonnement démonstratif, j'ajouterai
une réflexion : selon l es matérialistes, les corps sont différens, parce que leurs élémens, principes de leur composition, le sont : si ces élémens, ces principes étaient tes mêmes, il n'y aurait point de diversité dans les corps : tous seraient parfaitement semblables; donc, d'après leur raisonnement, le même principe donne lés mêmes résultats; donc il s'ensuit , même de leur système, que si les élémens matériels procèdent tous du seul et même principe de l'asséité, ils ne peuvent pas être divers.
XXVII. Deuxième article. Oftditquetout être a essentiellement des propriétés, et cela est vrai : on en conclut que tout être agit essentiellement d'après ses propriétés, et cela est faux. L'être qui n'a que des propriétés passives n'agit pas; il est purement passif.
Cet argument est évidemment une pétition de principes : il suppose dans la matière des qualités actives^ ce qui est en question: il est fondé sur l'abus du mot propriété, que l'on présente comme un principe d'action.
La matière a évidemment des propriétés passives, la-divisibilité, la figurabilité, etc. Agit- elle d'après ces propriétés^? Que l'on nous montre dins elle des propriétés actives. Jusqu'à ce qu'on en ait découvert quelquesunes, il est contraire à la raison de dire que d'après ses propriétés elle agit,
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XXVIII, Troisième article. On définit le mouvement un effort : cette notion est fausse, elle confond l'effet avec sa cause. Le inouv^- . ment suppose un effort, mais c'est dans l'être qui le produit; il est le résultat d'un effort, il n'en est pas un : le corps mu cède à un effort, il n'en fait point.
On ajoute que le mouvement est un effort, non-seulement dans le corps qui change, mais dans celui qui tend à changer de place : c'estencore une fausse assertion. La tendance à changer de place est la disposition au mouvement, elle n'est pas le mouvement.
Le mouvement est un fait; il est le déplacement d'un corps. La faculté d'être mu s'appelle mobilité, et il faut bien se garder de la confondre avec le mouvemeut actuel.
Il est aisé de voir le motif qui fait ainsi dénaturer les notions. On suppose desefforts dans la matière, pour lai attribuer une activité qui répugue à sa nature.
XXIX. Quatrième ara'c/e. On. assure quele mouvement est une suite essentielle des propriétés de la matière : et on ajoute que la nature ne peut être conçue sans mouvement.
Sur cette seconde partie de la proposition, je me contenterai d'observer qu'elle est hors de la question : il s'agit delà matière, et on nous parle de la nature. Je ne conçois pas le monde actuel sans mouvement, parce qu'il
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y est, et que ce qui est ne peut pas ne pas être i mais ce qui est aurait pu ne pas être; et dès4ors il n'existe point d'une nécessité absolue, et n'est nécessaire qu'hypothétiquerment.
Nous voici arrivés au point principal de la question, et à l'examen du grand principe des matérialistes, que le mouvement essentiel i la matière est là suite nécessaire de ses propriétés*
i° L'essence d'un être est ce sans quoi il est impossible de le concevoir» Nous concevons là matière en repos : le mouvement ne lui est donc pas essentiel.
2° Si le mouvement était essentiel à la matière, il y aurait contradiction, être et non être dans le repos. Je ne crois pas que cette ridicule assertion «oit entrée dans la tête même d'aucun matérialiste.
3° En assurant que le mouvement est une suitenécessaire des propriétés de la matière, il faudrait assigner quelque propriété de laquelle le mouvement découlât nécessairement. Mais on n'en nomme et on ne peut en nommer aucune : il est au contraire évident que de toutes les propriétés connues de la matière, il n'en existe aucune qui ne se concilie avec l'état de repos : l'étendue, la solidité, la configuration, la situation, toutes
en un mot sont aussi entières dans un corps fixe que dans un cx>rps remué : la mobilité même suppose que le corps peut être sans mouvement.
4° Dans le système matérialiste, le mouvement non-seulement n'est pas essentiel à la matière, il lui est même impossible. La matière est un composé de parties qui se touchent : sans'cette continuité il n'y a point de matière ; elle en est une propriété essentielle. Si la matière est nécessaire d'une nécessité absolue, toutes ses propriétés essentielles le sont aussi; la juxtà-position , la contiguïté des parties de la matière, Y est donc aussi; elle ne peut donc éprouver aucun changement, elle doit toujours rester la même. Il ne peut donc pas, dans ce système, y avoir de transposition de parties; elles doivent toujours rester les unes visrà-vis des autres, danslaméme position. La matière ne peut donc pas être en mouvement; car le mouvement n'est autre chose qu'un dérangement de position dans les parties de la matière : la nécessité d'exister et le mouvement sont donc dans la matière deux choses incompatibles. / * . 5° Ou l'on veut que chacune des particules qui composent la matière soitr essentiellement en mouvement, ou on prétend
gutt l'existence de dieu. m
que c'est de la réunion de plusieurs particules que résulte le mouvement. Cette seconde hypothèse répugne : il est contraire à la raison que des corps en repos produisent par leur réunion le mouvement; l'effet ne peut pas être contradictoire à ses causes.
Dans la première supposition, tout dan$ la matière, jusqu'aux parties les plus minutieuses, serait dans une agitation perpétuelle : elles se sépareraient continuellement; aucun corps ne pourrait ni se former, ni subsister.
6* 11 y a dans tous les corps une force d'inertie. Ce principe, établi par Newton, est admis par tous les physiciens. Ce qu'ils appellent force d'inertie, est l'indifférence des corps au repos et au mouvement. Elle consiste en ce qu'un corps en repos y reste jusqu'à ce qu'on le fasse mouvoir; et en ce qu'un corps en mouvement continue de le poursuivre jusqu'à ce qu'il soit arrêté par un obstacle étranger. Cette inertie naturelle à la matière est évidemment prouvée par l'expérience. Pour mouvoir un corps deux fois plus pesant qu'un autre, il faut employer deux fois plus de force ; de même, pouç mouvoir un corps avec plus ou moins de vitesse, il faut employer des degrés de force plus ou moins grands : il y a donc évidemment dans la matière une résistance au mouvement, ré-
sistance incompatible avec le mouvement essentiel : les deux contraires ne peuvent pas former l'essence du même être ; une même chose ne peut pas être à la fois inerte et non inerte, naturellement mue et naturellement résistante au mouvement.
7° Si le mouvement ^st essentiel à la matière, la direction de son mouvement doit l'être. Le mouvement n'est pas une chose abstraite : il a essentiellement une direction ; direction contingente, si le mouvement est contingent; direction nécessaire, si le mouvement est nécessaire. Dire que le mouvement est nécessaire, et sa direction contingente, serait une absurdité palpable :
de ce qu'un corps se meut, il est dirigé $ il est dirigé comme il est mu; le même principe lui imprime le mouvement et la direction; la nécessité qui le fait mouvoir, le fait mouvoir dans un sens quelconque : U se meut donc par nécessité dans ce seos; il ne peut donc pas en changer. Or, quel homme assez insensé pour prétendre que la direction du mouvement est essentielle et immuable dans 1§ matière? L'expérience nous montre qu'on n'a pas plus de peine à faire mouvoir à droite ou à gauche un corps placé sur nue plate-forme. D'ailleurs, admettre q»e la direction est essentielle au mouvement, le-
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quel est essentiel au corps, serait dire qu'un corps change d'essence toutes les fois qu'il change de direction. Il s'ensuivrait de ce système, que toutes les parties de la matière, mues nécessairement dans le même sens, seraient continuellement emportées vers le même côté, sans pouvoir être dirigées vers un autre.
8° Ce que je dis de la direction du mouvement est également vrai de sa célérité.
Tout mouvement a un degré de vitesse plus ou moins grand, qui varie selon les diverses impulsions ou collisions. S'il était imprimé à la matière par la nécessité, il serait dans tous les corps, et toujours le même ; il ne pourrait pas être augmenté ; il serait nécessairement au plus haut degré : mais surtout il ne pourrait pas être diminué; ce qu'un être possède par la nécessité de sa nature, il ne peut pas le perdre.
D'après celte réunion de démonstrations, il est de la dernière évidence que la matière n'est pas essentiellement, et par sa nature, en mouvement. Des preuves de cette vérité, cassons aux obiections car lésa u elles on essaie de l'af&iblir.
XXX. Cinquième article. On définit la nécessité, la liaison constante et infaillible des causes avec les effets. Définition inexacte, qui