ARTICLE HUITIÈME
La matière a été créée par un être nécessaire.
Cette proposition renferme deux parties :
que la matière a été çréée, qu'elle l'a été par l'être nécessaire»
XXXV. Le premier de ces deux; points est la conséquence immédiate de ce qui vient d'être établi. La matière existe : c'est un fait évident, et non contesté. Elle ne peut exister sans qu'il y ait une raison suffisante de son existence : c'est un axiome certain de même, et avoué; Il ne peut y Avoir que deux raisons suffisantes de l'existence : Ta voir par la nécessité de sa nature , ou la recevoir 4'autrui ; il est encore hors de tout doute et de toute contestation qu'on ne peut en imaginer une troisième. La matière n'existe pas par la nécessité de sa^ nature : cette vérité vient d'être démontrée : elle a donc reçu l'existence de quelque autre être, elle a donc été créée.
XXXVI . J'ajoute, >et c'est la seconde partie (Je ma proposition, qu'elle l'a été par un être nécessaire. Rappelons-nous que dans
le premier article nous avons prouvé l'existence de l'être nécessaire par l'impossibilité que tous les êtres soient contingens ; et parce que les êtres contingens ne pouvaient nullement exister, s'ils ne recevaient l'existence d'un être non contingent. La totalité des êtres contingens a donc reçu l'existence , d'un autre être : hors de la collection des êtres contingens, il n'y a que l'être nécessaire (37): l'être nécessaire les a donc créés (38).
XXXVII. Car la création de la matière ne consiste pas seulement à avoir arrangé les diverses parties comme nous les voyons; elle a été la production même des élémens dont le monde est composé. C'est la différence entre créer et opérer. Celui qui opère travaille sur une matière qu'il trouve existante, et qu'il dispose et façonne selon son art : le créateur n'a pas besoin de matériaux pour son ouvrage, il se les donne : il ne leur imprime pas seulement la forme, il leur accorde l'existence, il les fait passer du néant à l'être (3g).
XXXVIII. Le dogme de la création est vivement combattu par les athées. Ils prétendent que réduction du néant, le commencement de l'être est une chose impossible. Sans doute elle «st impossibles un être
SUR l'existence de dieu. 73
contingent : il ne peut, nous le répétons, qu'arranger les diverses parties de matière ; il lest au-dessus de son pouvoir de donner V existence à un seul atome. Mais ce que ne peut pas un être borné dans toutes ses facultés, l'être qui est infini dans toutes les sien* nés le peut certainement (4o). C'est raisonner bien inconséquemment de dire : aucune puissance humaine ne peut produire tel effet, donc il est impraticable à toute puissance quelconque. Nous avons vu que la toute-puissance s'étend à tout, excepté à ce qui est contradictoire en soi , et à ce qui contredit quelqu'un des autres attributs de Fêtre nécessaire. Or, i° que ce qui n'existait pas commence à exister, ne présente pas une idée contradictoire. Il y aurait contradiction réelle, si on disait que dans le même moment la matière existe et n'existe pas ; mais quand on parle de temps successifs, quand on dit que ce qui n'existait pas précédemment vient ensuite à exister, la seconde idée ne détruit pas la première : de ce que j'affirme que la fhatière existe actuellement, je ne contredis pas l'assertion qu elle n'existait pas auparavant. Dès qu'il n'y a point de contradiction dans les idées, il n'y a point d'impossibilité intrinsèque. 2 0 Dirat-on que la création des êtres répugne aux
attributs de l'être nécessaire? Mais en quoi cet usage de sa toute-puissance blesse-t-il ses autres perfections ? De ce qu'il existe, outre lui, des êtres contingeris, quel est celui de ses attributs connus qui en est moins entier, moins infini, si on peut parler ainsi? Gomme ils ne peuvent rien lui ajoùter, ils ne lui ôtent non plus rien : qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas d'autres êtres, il n'en est pas moins tout ce que nécessairement il est. La création ne répugnant ni en elle-même, ni au créateur, est donc évidemment possible. La solution des vaines difficultés par lesquelles on s'efforce d'obscurcir cette vérité, va la mettre dans tout son jour. *
XXXIX . « On prétend d'abord que le re- » cours à un premier être, à un créateur, est » inutile pour expliquer l'existence du moti- » de matériel. Nous voyons tous les corps » qui le composent se succéder, se repro- » duire les uns les autres. L'ùnivers se per- » pétue par la continuité des générations » d'hommes, d'animaux, de plantes, même » de minéraux : en admettant que ces suc- » cessions soient prolongées jusqu'à l'infini, » on a une explication suffisante de l'exis- » tence des êtres, sans aller rechercher un » créateur absolument inconnu. »