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CHAPITRE SECOND

PAR ï/ordre du monde.

I. Nous venons de voir Ja matière prou- Ver par son existence celle d'un créateur :

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nous avons vu ses mouvemens donner la preuve d'un premier moteur. La conviction de ces importantes vérités devient plus vive encore, quand nous contemplons l'ordre admirable de la nature , et le magnifique tableau qu'elle nous présente (5i). Cette démonstration est si simple, si naturelle \ elle saisit si vivement l'esprit aussitôt qu'on la lui présente ; elle \è satisfait si pleinement quand il l'approfondit, qu'il est étonnapnt qu'on soit obligé de la développer, et qu'il se soit rencontré des hommes qui aient entrepris de la combattre. Ils traitent de vaine déclamation tout ce qufè,* sur cette si belle matière, ont dit de plus éloquent les plus grands génies soit du christianisme, soit même du paganisme. Il serait glorieux sans doute, à la suite de ces illustres personnages, de mériter un pareil reproche; mais ici, la chose parle bien plus éloquemment que tous les hommes. Quelle voix humaine peut égaler la voix èe la nature entière, criant de toutes ses parties, et proclamant la grande vérité que nous défendons? Langage sublime!

langage universel ! tous les temps, tous les pays, tousles âges, toutes lés conditions l'ont entendu (5a). L'enfant et l'homme mûr, le sauvage et le citoyen policé, l'ignorant et le savant, tout homme qui ne ferme pas volon-

tairement les yeux, comme l'athée, lit, tracée en lettres de feu dans les cieux, l'existencedeleur auteur (53). Quant à nous, n'oublions pas que c est à ces aveu gles volontaires que nous parlons; que ce que nous leur devons est une pure et simple démonstration.

Ainsi, nous bornant à la sécheresse du raisonnement, nous nous arrêterons à deux propositions simples et claires : la première, qu'il existe dans la nature un ordre admirable ; la seconde, que cet ordre n'a pu être établi que par Dieu. Ce seront les sujets de deux articles, auxquels nous enjoindrons un troisième , dans lequel nous ré-* pondrons à quelques difficultés.

ARTICLE PREMIER

II existe dans la nature an ordre admirable.

II. Selon les athées, l'ordre n'est rien en soi. « Ce mot, disent-ils, dans sa significa- » tion primitive, ne représente qu'uneTaçon » d'envisager et d'apercevoir avec facilité » l'ensemble et les rapports d'un tout, dans » lequel nous trouvons, par sa façon d'être et

» d'agir, une certaine convenance ou con- » formité avec la nôtre..... L'ordre et le » désordre, dans la nature, n'existent point : » nous trouvons de Tordre dans tout ce qui » est conforme à notre nature, et du dés- » ordre dans ce qui lui est contraire. »

Tout, dans cette prétendue notion de l'ordre, est faux. On commence par confondre Tordre en lui-même avec Tidée que nous en avons; notre façon d'envisager Tordre, avec Tordre que nous envisageons. L'idée de Tordre en général est une idée abstraite, comme toutes nos autres idées générales, comme les idées de vertu, de beauté, etc. Mais, pour, être abstraites, elles n'en ont pas moins un^ fondement hors de nous ; et de même qu'il, y a dans le monde de la vertu, de la beauté,, de même il y a de Tordre. Il faut considérer aussi que Tordre étant une qualité des êtres, de même que toutes les autres qualités, n'a pas une existence propre et isolée: il n'existe que dans les choses ; il n'est que les choses mêmes réglées et ordonnées plus ou moins parfaitement. Telles sont la divisibilité, la mobilité, la solidité : ce ne sont pas des êtres existans en eux-mêmes, ce ne sont que les corps divisibles, mobiles et solides : ces qualités ne sont cependant pas moins réelles et existantes. Ainsi, Tidée de Tordre en général

est une abstraction de notre esprit ; l'idée de Tordre appliquée à un objet particulier est l'idée de cet objet disposé avec ordre. Mais de ce que l'idée de l'ordre est telle dans notre esprit , L'athée a tort de conclure que hors de notre esprit il n'existe pas d'ordre.

III. Il y ayquelque difficulté à donner de l'ordre une définition précise, parce que l'idée d'ordre est simple, et plus claire que toutes celles par lesquelles on entreprendrait de l'expliquer. U n'y a personne qui , en voyant une chose, ne sente qu'il y a de l'ordre ou du désordre. Quand on voit les diverses parties d'un tout situées dans des places convenables, correspondre entre elles, et tendre à un même but, tout homme qui n'est pas dépourvu de raison dira que là il y a de l'ordre. Je demanderai à F athée luimême s'il ne trouve pas plus d'ordre dans la façade symétrique d'un beau palais, que dans jin amas de pierres jetées confusément sur la terre ; dans un concert harmonieux, que dans les cris confus d'un troupeau de divers bestiaux ? Si l'ordre n'est qu'une fiction de notre esprit, s'il n'a pas hors de nous de réalité, le pays où il n'y a ni lois ni gouvernement, où les hompaes se dépouillent, s'assassinent impunément, où tout est dans le trouble et la confusion , est donc

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aussi bien ordonné que celui où des lois sages et un gouvernement ferme assurent aux citoyens leur sûreté, leur propriété et leur liberté. Si Tordre n'est qu'un nom, il n'y a de différence que de nom entre la vérité et Terreur, entre la sagesse et la folie, eûtre la vertu et le vice.

C'est avec aussi peu de yérité que Ton avance que nous raisons consister Tordre et le désordre dans les choses qui nous sont favorables ou contraires. Nous reconnaissons Tun et l'autre dans les choses qui sont les plus éloignées de nous, les plus indiffé^rentes à notre bien-être ; nous les reconoais-. sons jusque dans celles qui nous nuisent.

Je souffre dans une ville assiégée j je ne vois pas moins que le siège se fait avec ordre et régularité.

IV. La réalité, l'existence de Tordre étant établie, il n'est assurément pas difficile de prouver que rien au monde ne présente un ordre plus admirable , plus parfait que le monde lui-même. Quatre choses contribuent spécialement à le rendre plus merveilleux :

d'abord, son étendue, c'est-à-dire la multiplicité et la variété des rapports qui le constituent; ensuite, l'exactitude et la juste correspondance de ces rapports entre eux ; après cela, leur constante stabilité } enfin, la.

fécondité, la diversité, l'apparente contrariété des moyens qui l'établissent et le conservent.

V. En premier lieu, la multiplicité et la variété des rapports de ce monde matériel sont telles que notre esprit ne peut s'en former l'image (55). En essayant d'approfondir cette idée, il s'y confond comme dans l'idée de l'infini. Il n'y a pas un atome de matière qui ne se combine avec d'autres : c'est leur réunion qui forme les corps, et leur séparationenopèreladissolution, pour aller ensuite recomposer d'autres corps. Si, desélémens, nous passons aux êtres qu'ils composent, d'abord! nous découvrons leur nombre im*mense , leur prodigieuse diversité. Depuis ces globes de feu qui roulent sur nos têtes, dont nous avons peine à calculer l'énorme grandeur, et en comparaison desquels le globe que nous habitons, qui nous semble si vaste, est cependant si petit, jusqu'à l'immense multitude de ces êtres microscopiques devant lesquels un grain de sable est une montagne ; quelle immense quantité de substances, ayant chacune son existence propre et individuelle ! Le mot innombrable est trop faible pour l'exprimer. De tous ces êtres considérés en particulier, il n'y en a pas un seul qui ne soit formé de parties dont

l'assemblage le constitue, et dans lequel il n'y ait une relation de toutes ces parties, soit entre elles, soit avec le tout. Si on considère les êtres divers sous un point de vue plus général, on découvre qu'il n'y en a aucun qui n'aitdes rapports avec un grand nombre d'autres. Depuis la dernière particule de matière, jusqu'à l'univers entier, c'est une chaîne d'êtres qui font successivement partie les uns des autres ; tous servent à d'autres, tous sont servis par d'autres ; tous sont à la fois les deux termes de la relation ; tous sont et moyen et objet. Dans les ouvrages- de l'homme, l'ordre est simple, c'est-à-dire que chaque chose n'a de relation qu'à une seule autre, ou du moins à un petit nombre d'autres } chaque cause ne produit que peu d'effet. Dans la nature, c'est une complication inimaginable de rapports : il n'y a pas uû être qui ne soit en relation avec une multitude, d'autres, soit comme cause concomi^

tante avec eux, soit comme effet résultant de leur concours; cest une influence générale et réciproque de presque tous sur presque tous.

VI. En second lieu, outre cette immense multiplicité de rapports, nous devons spécialement admicer léur exactitude, et la justesse avec laquelle tous ces êtres divers

correspondent entre eux. Je n'entreprendrai point de décrire cette magnifique harmonie des êtres (56); ce serait un travail infini, et toujours incomplet, sur un objet qui excède visiblement la capacité de l'esprit humain :

il est impossible que de ces relations si multipliées, si variées, souvent si éloignées de nous, quelquefois si minutieuses, le plus grand nombre n'échappe à nos recherches. % Contentons - nous de quelques indications sommaires sur l'objet que nous sommes le plus à portée de connaître, sur la terre que nous habitops. Dans la marche qu'elle suit autour du soleil, elle se tient constamment à une distance proportionnée aux influences qu'elle doit en recevoir, et, lui présentant successivement ses diverses facçs, elle tire . de lui une variété de température nécessaire à sa fécondité. Les combinaisons variées à l'infini du feu, de l'air, de l'eau et de la terre, forment tous les corps, et les entretiennent, fournissant à chacun, dans une juste mesure, ce qui lui est nécessaire. La structure des plantes est analogue à leur manière d'être, de se développer, de s'accroître et de se reproduire. Chacun des animaux a une conformation adaptée à ses besoins; elle varie dans eux comme leurs différentes manières de subsister. Jetons les

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yeux sûr nous-mêmes (57): il n'est pas un de nos membres dont la construction, la correspondance des différentes parties, ne soit un prodige. La relation de nos membres entre eux, l'utilité dont ils sont les uns aux autres, leur mesure exactement calquée sur nos besoins, le résultat de leur ensemble, sont de nouveaux sujets d'admiration. Depuis les ^vastes parties du grand tout, jusqu'aux minutieuses parcelles des plus petits êtres, tout est proportionné, tout est à sa place, tout a ce qu'il lui faut, ni plus, ni moins, pour concourir à son but, et pour l'atteindre.

VII. En troisième lieu, la constante permanence de cet ordre si admirable., qui frappe sans cesse nos regards de la même manière, fait que nous n'en sommes pas trèsétonnés (58). Et cependant cette stabilité, cette perpétuité du même ordre doit augmenter de plus en plus notre étonnement et notre admiration (59). Il faut que tous les ressorts qui font mouvoir cette immense -machine, et dans son ensemble et dans la multiplicité de ses parties, soient bien fortement constitués, bien sagement ordonnés, pour que , depuis un si grand nombre de siècles, l'ordre qu'ils établissent se maintienne toujours le même, sans éprouver le •plus léger dérangement. Nous voyons les

astres suivre toujours le même cours à tra-* vers l'espace, sans jamais se rencontrer; et les comètes, qui suivent une marche opposée, ne se trouver sur la route d'aucun autre corps.

Depuis six mille ans, le soleil ne cesse de verser des torrens de lumière, sans s'épuiser; la terre, de faire germer de nouvelles productions, sans altérer sa fécondité; la mer, de recevoir le tribut des fleuves et des pluies, sans déborder. Après un si grand nombre de siècles, l'ordre du monde, le concert de ses parties est le même qu'il était dans les premiers jours. Sa constante perpétuité est telle, qu'elle est le fondement de la certitude physique, et que le plus léger dérangement qui y arriverait serait regardé comme un miracle, dont Vincr éduli té rejetterait avec mépris la possibilité.

VIII. En quatrième lieu, ce qui doit acher ^ver de donner une grave et extraordinaire idée de cet ordre, c'est la singularité et )a contrariété apparente des moyens par lesquels il se cotiserve sans interruption. Tous les élémens de la matière sont dans une continuelle opposition et c'est leur comfcftt qui maintient leur union. Le mouyemeAt régulier des astres est le résultat de deux mouvemens opposés. En décomposant des .minéraux, on y trouve des principes cou-

traires, et la même mine donne des substances de natures absolument opposées. L'accroissement des plantes est l'effet d'une combinaison de froid et de chaud, d'humidité et de sécheresse. Le corps des animaux, le nôtre, est un composé de solides et de fluides; de solides tous divers, les uns durs, les autres mous, et ayant une différente mesure de densité; de fluides de nature contraires, doux et amers, alcalins et acides, qui s'unissent merveilleusement, sans se confondre.

Tout ce que nous découvrons dans la nature est en opposition; et tout, depuis des siècles, se tient dans le plus parfait concert. On ne voit jamais ces élémens , dont les effets sont quelquefois si prodigieux, excéder leurs limites, et venir absorber les autres. C'est de leur combat continuel que naît leur paix constante (60). Ce n'est pas tout : cet ordre que nous voyons dans une constante régularité est, dans plusieurs de ses parties, l'effet de continuelles variations.Voyez sur la face de la terre une multitude d'êtres tomber en dissolution, pour que de leur ruine il s'en reforme d'autres : les générations de minéraux, de plantes, d'animaux, disparaissent successivement, pour être immédiatement remplacées par d'autres êtres. Toutes ces parties de la nature deviennent sans cesse dif-

férentes, la nature restant toujours la même. La constante régularité de leurs înouvemens, dans une prodigieuse variété, donnant des résultats toujours les mêmes et partout différens, maintient le tout dans le même état, par la continuelle succession de ses chângemens : c'est leur mobilité perpétuelle qui produit son immobile permanence.

Tel est donc l'ordre que nous ne pouvons nous empêcher de reconnaître dans l'univers soumis ànosobservations. Incommensurable dans l'immense multiplicité^des êtres qu'il comprend; impossible à suivre dans la prodigieuse variété de leurs rapports; merveilleux dans leur exacte correspondance ; étonnant dans sa perpétuelle stabilité ; confondant toutes nos pensées par les moyens contraires entre eux qui le maintiennent; un tel ordre, je le demande, a-t-il pu se former, pourrait-il se soutenir, s'il n'était l'ouvrage de la toute-puissance? La réponse à cette question va être l'objet de l'article suivant.

ARTICLE SECOND

L'ordre du monde est l'ouvrage de Dieu.

•L'ordre du monde est évidemment l'effet d'une cause intelligente. Cette cause est évidemment Dieu.

IX. . Prenons d'abord la première de ces propositions. Je dis qu'elle est d'une telle évidence, que tout ce que les athées ont pu imaginer pour obscurcir cette vérité n'a jamais fait, au jugement de tous les hommes raisonnables, que lui donner un nouveau .

^egré de clarté. Ce ne sont pas seulement les auteurs chrétiens qui l'ont soutenue , les simples lumières de la raison en avaient fait voir l'évidence aux plus sages des philosophes païens (6 i).

Les athées anciens et modernes, se réunissent en. un point : c'est que la disposition <Ju monde n'a point d'auteur ; que toutes les relations que nous voyons n'ont poirçt été établies dans certaines vu.es, pour certaines fins , et qu'il n'y a pas de cause finale. Il est nécessaire d'expliquer ce mot. t

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