‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 4 sur 64 · CRÉATEUR · texte numérisé non relu

CRÉATEUR

Avant d'entrer dans le détail de cette première démonstration, il convient de présenter quelques éclaircissemens utiles dans une matière de sa nature un peu obscure.

I. Aucun être ne peut exister, à moins qu'il n'y ait une raison suffisante de son existence. Ce principe est d'une évidence telle, qu'il serait ridicule d'entreprendre de le prouver : ce serait d'ailleurs une peine inutile, car il n'est contesté par personne.

La raison suffisante de l'existence peut être de deux genres : ou la propre nature de l'être, ou une cause extérieure.

Tout être existe ou par soi-même ou par autrui. Ce principe est encore reconnu vrai par nos adversaires.

L'être qui existe par soi-même, en vertu

sra l'existence de dieu. 13

de sa propre nature, existenécessairement ; il ne peut pas ne point exister. Cette vérité est encore évidente et reconnue : puisque l'existence fait partie de l'essence de cet être, il ne peut pas ne pas l'avoir : on l'appelle en conséquence l'être nécessaire.

Au contraire* l'être qui doit son existence à une cause étrangère n'existe que dépendamment de cette cause, et autant qu'il a été produit par elle. Son existence n'est pas une chose en soi nécessaire, puisqu'il a été un temps où il ne l'avait pas : on le conçoit . non existant, il pourrait donc l'être. Nous le nommons en conséquence l'être contingent.

II. Il est important de distinguer deux sortes de nécessité : l'une antécédente et absolue, l'autre conséquente et hypothétique.

La première tient à la nature même, à l'essence de la chose. Cébqui est nécessaire de cette manière est aussi essentiel ; il implique contradiction que cela ne soit pas, parce qu'il répugne qu'un être soit sans son essence. On appelle cette nécessité antécédente , non qu'elle précède réellement la chose , mais parce que nous la .concevons comme le principe de la chose; on l'appelle absolue, parce que, dans aucun cas, dans aucune supposition, elle ne peut pas

ne pas être; l'hypothèse que Ton voudrait imaginer de sa non-existence renfermerait une contradiction, présenterait l'être et le non-être. C'est ainsi, par exemple, que sont nécessaires les axiomes de la géométrie. Il est nécessaire d'une nécessité absolue que tous les points de la circonférence du cercle soient à une égale distance du centre ; on ne peut pas concevoir un cercle en excluant cette propriété essentielle! La nécessité conséquente ou hypothétique est, comme le mot . l'annonce, celle qui résulte d'une supposition quelconque. L'hypothèse posée, la conséquence s ensuit nécessairement ; mais sans cette hypothèse, la chose aurait pu ne pas être. Il est nécessaire qu'elle soit d'après la supposition; il n'était pas nécessaire qu'elle fût avant la supposition. Par exemple, tous lès événemens passés ne j>euvent pas ne pas avoir existé ; puîsqu'Vh les suppose passés, il est nécessaire qu'ils aient eu lieu : mais il n'était pas nécessaire qu'ils fussent. Il est maintenant nécessaire que Louis XIV ait vécu : ce n'était pas eû soi une chose néces-

physique, le mouvement d'un corps est l'effet nécessaire de l'impulsion qu'il a reçue; il est impossible que telle impulsion donnée à tel corps dans telle direction ne produise

pas un tel mouvement : mais on sent que ce n'est là qu'une nécessité hypothétique, qu'une nécessité résultante de ta supposition que l'impulsion a été donnée. Tout effet suppose une cause : il peut y avoir entre l'effet et la cause une relation nécessaire; mais une nécessité de simple relation n'est pas absolue. La nécessité d'un effet ne peut être que le résultat de l'existence et de l'opération de sa cause. Si j'ouvre la main, le corps que je tiens tombe nécessairement à terre; mais sa chute n'est nécessaire que d'après l'hypothèse de l'ouverture de ma main.

Un effet nécessaire d'une nécessité absolue est une contradiction dans les termes. On s'exprimerait même plus exactement en disant que l'effet est nécessité, qu'en le disant nécessaire. U résulte de là que les choses nécessaires d'une nécessité seulement hypothétique sont en soi et absolument contingentes : on les conçoit très-bien non existantes; il n'y a point de contradiction à ce qu'elles n'eussent pas été.

Ces explications préalables établies, je passe à la démonstration annpncée.. Elle consiste dans une suite de propositions, qui vont faire la matière de plusieurs articles*.

* ARTICLE PREMIER

Preuve de l'existence de Dieu par la nécessité d'un premier Être créateur.

On sent que je parle ici de l'être nécessaire dans le sens le plus strict, de l'être dont l'existence absolument nécessaire fait

Page 1