‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 5 sur 64 · partie de son essence · texte numérisé non relu

partie de son essence

Je n'examine pas encore quel est cet être nécessaire; s'il y en a un ou plusieurs : ce seront les sujets des discussions postérieures. Mon objet actuel est uniquement de prouver que tous les êtres ne sont pas contingens, et qu'il en existe au moins un par sa propre nature.

III. Il implique contradiction que la totalité des êtres existaris soit contingente : dans ce cas elle'existerait, et ne pourrait pas exister. Elle existerait, c'est l'hypothèse:

elle ne pourrait pas exister, car n'ayant pas l'existence par sa nature, elle n'aurait pu la recevoir d' autrui, puisque hors delà collection des êtres il n'y a aucun être : elle n'aurait donc ni un principe interne, ni une cause externe de son existence; elle n'aurait

aucune raison suffisante pour exister : il faut, ou nier qu'il existe aucun être, ou avouer qu'il y a quelque être existant par sa propre nature. v

L'être contingent est par sa nature indifférent à l'existence et à la non-existence :

il n'existera jamais, s'il n' y est déterminé par une cause hors de lui. Dans l'hypothèse de tous les êtres contingens, il ne s'en trouvera aucun qui les détermine à exister : si donc il n'y a pas un être nécessaire, rien n'existera.

Ainsi, tel est notre premier concept, telle est la notion primitive que la raison nous présente de Dieu, et de laquelle elle fait découler toutes les autres idées qu'elle nous" en donne. C'est aussi celle que Dieu donnait à Moïse de lui-même : Je suis celui qui suis : tu diras aux enfans d'Israël: Celui qui est ma envoyé vers vous (12). Dieu est celui qui est, et qui ne peut pas ne pas être ; à qui l'être appartient en propre, et non pas en concession -, qui jouit de l'existence par la vertu de sa nature, et qui ne l'a reçue d'aucune cause; qui la possède essentiellement, et qu'on ne peut pas concevoir non existant (1 3).

Cette vérité, qu'il existe un être nécessaire, n'est pas contestée par les athées . leur

système, adopté généralement par tous, sur lequel ils ne diffèrent que relativement à quelques modifications, et même, à parler proprement , que dans la manière de l'énoncer, est que la matière existe nécessairement, en vertu de sa nature, sans avoir reçu V existence. Nous examinerons dans un moment cette assertion : mais pour la discuter, il est nécessaire d'examiner préalablement quelques propriétés qui découlent immédiatement de la nécessité d'exister, autrement appelée asséité. Si nous prouvons que la matière ne possède pas ces attributs, il sera clair qu'elle n'existe pas nécessairement...

ARTICLE SECOND

LMtre nécessaire est nécessairement ce qu'il est.

IV. Je ne parle point ici des opérations de l'être nécessaire, des adtes de sa volonté. Lorsque je traiterai de sa liberté, j'examinerai quels sont ceux de ses actes auxquels il est nécessité, quels sont ceux sur lesquels

il est libre. C'est uniquement des attributs de l'être nécessaire qu'il s'agit ici. Je dis qu'ils sont tous en lui d'une nécessité absolue, de même que son existence (i4)*

Dans les êtres contingens, il est tout simple qu'il y ait des propriétés accidentelles ! cçux mêmas de leurs attributs qui leur sont essentiels, ne sont nécessaires que d'une nécessité hypothétique, c'est-à-dire d'une nécessité qui suppose l'existence contingente du sujet. Mais l'être nécessaire d'une nécessité absolue a son essence d'une nécessité absolue : elle ne dépend pas d'une hypothèse,, puisque l'existence de cet être est nécessaire absolument, et n'est la suite draucune hypothèse : il n'a pas pu exister sans son essence ; et puisqu'il ne peut pas ne pas exister, il ne peut pas ne pas avoir cette essence..

Or, toutes les propriétés de l'être nécessaire lui sont essentielles (i 5) : il ne peut pas en avoir qui soient accidentelles; car de qui tiendrait-il des modifications purement accidentelles? serait-ce de sa nature? alors elles ne seraient pas accidentelles ; ce qu'un être possède en vertu de sa nature lui est essentiel : serait-ce d'une cause extérieure?

mais quelle serait cette cause contingente, qui aurait le pouvoir d'ajouter des modes accidentels à l'être nécessaire? Non, ce n'est

que de sa nature que l'être nécessaire peut avoir ses modifications. Les modifications d'un être.ne sont pas des êtres à part, ayant une existence personnelle ; elles ne sont autre chose que l'être lui-même, modifié de telle façon. Celles de l'être nécessaire sont donc l'être nécessaire lui-même ; elles sont donc nécessaires. En un mot, il répugne qu'un être soit nécessaire dans sa propriété d'exister, qu'il existe nécessairement, et cependant d'une manière contingente.

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