BOULLAY
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SUR UHISTOIRE NATURELLE
( MENISPERMÜM COCCÜLÜS ).
Examen de son principe vénéneux considéré comme alcali végétal , et d^un nouvel acide particulier d cette semence.
M ÉTANT occupé en 1812, à la recommandation de M. le professeur Cliaussier , de l’analyse des fruits connus vulgairement sous le nom de Coques du, Levant , j’étais parvenu à en isoler le principe vénéneux sous la forme d’une matière particulière pure et cristallisée 5 dont je fis connaître alors les principales propriétés. J’avais signalé, dès cette époque, la solubilité de la nouvelle substance dans les acides nitrique et acétique , ainsi que l’action des alcalis sur cette espèce de combinaison , qu’ils détruisent en régénérant la matière cristallisable. Cette solubilité dans les acides se trouvait cependant plus ou moins facile à opérer, suivant le procédé d’extraction que j’avais suivi. Ceci paraît tenir à ce que j’obtenais cette matière, tantôt pure et tantôt dans un état naturel de combinaison très - intime avec un acide végétal. Je ne l’avais pas soupçonné ^ et c’est sans doute
ce qui m’avait empêche de considérer ce principe amer comme une véritable base salifiable , une espèce d’alcali à radical ternaire; idée heureuse queM. Stertuernerdi puisée dans l’étude d’une substance analogue qu’il a retirée de l’opium du commerce.
En examinant comparativement la sid)stance nouvellement découverte dans l’opium , j’ai trouvé quelque analogie entre elle et le pîincipe amer vénéneux que j’ai le premier recueilli pur et cristallisé, et que j’ai désigné sous le nom de picrotoxine (i). Je n’ai remarqué cependant de ressemblance réelle que dans la propriété qui leur est commune, de se comlnner avec les acides et de former de véritables sels. Elles présentent aussi des différences essentielles, dans la manière dont elles se comportent comme h^ses salifiables, ce qui servira aies faire placer comme genres distincts d’une nouvelle classe de corps parmi les produits les plus intéressans du règne végétal.
C’est particulièrement sous le point de vue de ces combinaisons salines et de l’examen que j’ai fait d’un jteide particulier auquel le principe amer est uni à l’état de sursel , dans la coque du Levant, que ce travail me semble présenter un nouvel intérêt. Cependant, j’ai cru devoir retracer le plus grand nombre (le mes premières expériences, dont les résultats ont été modifiés par de nouvelles recherclies , sans doute , encore fort incomplètes. En les soumettant au jugement de la faculté, je sollicite vivement son indul-
(i) Du grec picros, amer, ei toxicouj poison.
gence pour un travail que mes occupations et mes devoirs journaliers m’ont empêché de rendre plus digne de son approbation.
Histoire et propriétés physiq^ues,
Avicenne et Serapion paraissent être les premiers auteurs dont les écrits fassent mention de cette semence (i). L’arbrisseau qui la porte croît naturellement dans le sable j au milieu des rochers j sur les cotes du Malabar, de l’île de Ceylan, et dans d’autres parties des Indes orientales. On le trouve surtout à l’ombre des grands arbres , dont il embrasse le tronc , en s’élevant jusqu’à leurs plus hautes branches. Les Brachmes l’ont nommé garundo pala, les Portugais /rwita mattapeire , et les Hollandais waterquaad. VanRliede l’appelle «a toatow (2); Rhumphius, tuba haccifera, cucculi seu cocuM indici , tuba bidji (5). Il porte encore les noms de cocculus officinarum, cocci officinales, etc. C’est le ménisperme lacuneux , menispermum cocculus de la dioécie dodécandrie de Linné (4), et de la famille des ménispermoïdes de Jussieu (5). 11 avait été classé
(1) Sprengel, historia reiherbariæ. Tom. Il, p. 27,
(2) Hort, Malaharic.,^ part. 7, tah. j.
(5) Herbar, amboinens. Tom. V, page 35, tab. 28.
(4) Species plantar,^ page i468.
(5) Généra plantarum ^ 2^5,
successivement parmi les solanum^ les titliymàles et les clématites.
Les jeunes branches de cet arbrisseau sont couvertes de grandes feuilles alternes , entières , cordiformes , portées sur de longs pétioles courbés et sinués près de leur insertion ; ces feuilles , d^un tissu solide 5 sont d’un vert, foncé , lisses en dessus , jaunâtres et lanugineuses en dessous. Les fleurs blanches , polypétales, sont disposées en panicules latérales sur un long pédoncule sortant des principales branches j à ces fleurs succèdent des fruits de la grosseur et de la forme des raisins, cpielquefois isolés, souvent réunis deux â deux et plus rarement ti'ois à trois sur le meme pédoncule. Ils sont d’abord blancs, passent au rouge, et enfin deviennent noirâtres quand ils atteignent [une parfaite maturit^. Le fruit récent du natsiatam est une sorte de noix , recouverte d’une chair molle , ayant une fissure sur le côté : cette noix sert d’enveloppe à une espèce d’amande blanche, biloJ3ée, comme médullaire, d’une odeur nauséeuse et désagréable.
Les Indiens détruisent avec la plante entière les cors ou durillons; â cet eflét, ils l’appliquent mélangée avec du gingembre et de la graisse ; ou ils la font brûler pour en recevoir la fumée (i). Us ont une telle vénération pour les qualités bienfaisantes de la racine de ce végétal, qu’ils l’appellent racine propre
(i) H or tus, malah.
à guérir toutes sortes de maux, radix omnia sanans (i). Ils ont coutume de la prendre en poudre , h la dose d’environ un demi-gros, contre la diarrhée, l’indigestion, les fieyres malignes et intermittentes; Ils emploient aussi cette poudre comme dessiccative sur les plaies de bon ou mauvais caractère.
Les fruits du menisperrnuni cocculuSy tels qu’on i^ous les apporte du levant par la voie du commerce , doivent principalement nous occuper : ils sont noirâtres, du volume d’un gros pois^ leur péricarpe ligneux est couvert de rugosités dues au dessèchement de Fespèce de brou qui l’entoure lorsqu’il est nouvellement cueilli. Ce péricarpe drupacé renferme une an^nde d’une saveur amère très-persistante , blanchâtre , fra-^ gilè , arrondie , quelquefois oblongue et un peu rénlforme , partagée en deux portions ou lobes par une cloison sinueuse, contournée et comme ligneuse.
Les naturels du pays se servent de ces fruits pour prendre le poisson; suivant Rhumphlus, ils les choisissent avant leur entière maturité , les broient et les mêlent avec une espèce de crabe et des excrémens. d’hommes; ils forment du tout des bols delà grosseur d’une cerise. Ces bols jetés dans la mer ou dans, les rivières sont dévorés avec avidité par les paissons, auxquels ils causent une sorte de vertige; l’effet en est trèsprompt. On voit le poisson se débattre çà et là, nager en tournant à la surface de l’eau, se fatiguer et tomberpresque mourant entre les mains des pêcheurs.
(i) Bergius, MaU médic,^ page 8 6,1*
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Les’ habitaiis de l’isle de Java emploient avec le meme succès, pour le même usage, un mélange de cocculi indici , de poivre , d’ail et de vers de terre qu’ils font cuire ensemble.
Pour se procurer les oiseaux de paradis, dans les îles de l’Inde, oii ils arrivent en certaines saisons, on empoisonne avec ces semences l’eau de pluie qui séjourne assez souvent dans des cavités à la partie supérieure du tronc des arbres. Ayant bu de cette eau malfaisante, ils ne tardent pas a tomber sur terre dans un état de vertige et d’étourdissement tel, cpi’onpeut les prendre avec facilité.
ACeylan et au Malabar, on nebornejias l’emploi des coques du levant à prendre du poisson et des oiseaux ; elles servent encore pour faire la chasse aux chèvres et aux vaches sauvages; à cet effet, les habitans les mêlent avec la pulpe des fruits du ]?iQ,2iS (artocarpus ) y ils exposent le mélange dans des lieux fréquentés par ees quadrupèdes y qui mangent ces appâts, en éprouvent les effets et deviennent, sans pouvoir se défendre, la proie de leurs ennemis.
On connaît plusieurs recettes usitées en Europe pour obtenir, par les mêmes moyens, une pêche très-abondante. Cardan cite des pastilles dans les- ([uelles la coque du levant est associée au cumin, à de la farine, de l’esprit de vin et du fromage. Thaddeus les mêle avec les semences de chanvre , de jusquiame , d’aneth , le fromage , le miel, le camphre et la graisse d’agneau. Mais les grands inconvéniens qui en résultent ont provoqué des mesures rigoureuses contre
ceux qui usent de ces moyens; car, outre la destruction d’une très-grande quantité de poisson , il est bien prouvé que ce dernier deviendrait un poison pour les hommes qui en feraient leur nourriture , surtout s’d n’avait pas ete préparé et cuit sur-lechamp (i) : les pécheurs ont d’ailleurs observé que les poissons pris avec le secours de ces sortes d’appâts se putréfient très-pr omtem ent .
Les avis ont été long-temps partagés relativement à l’action vénéneuse , sur l’homme , des semences du cocculus qfficinarum. Pdmmphius dit qu’on a vu des gens avaler deux de ces coques sans éprouver d’autre effet que d’être purgés. Mathiole ne les croit pas plus dangereuses que l’opium. Smvant ce médecin 5 elles sont narcotiques , stupéfiantes et anières lui. Le nom d clëjphciTitiizBs qu on leur a donné , comme étant une nourriture agréable aux éléphans, semblerait appuyer l’opinion qu’elles ne sont pas funestes pour toutes les espèces daniniaux. Au rapport de Lobellius , les Germains et les Belges en auraient fait entrer dans la composition de la bière , à cause de leur amertume ou de leurs propriétés enivrantes.
Cependant, une substance capable d’empoisonner des crocodiles (2), des vaches sauvages et des chèvres, doit être d’une grande activité. Elle mérite sans contredit d’être regardée comme un des plus violens poi-
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(1) Bulletin de Pharmacie , tom.dl,
(2) Berg’ius, mat. médic. , 860. • ,
sons (lu règne végétal , et Thabitude de s’en servir pour détruire la vermine n’est pas même exempte de danger : c’est pourquoi Codronchi J a regardant comme très - vénéneuse , lui préfère le stapliisaigre, Miller {}) l’exclut de l’usage de la médecine comme trop dangereuse, et Rai (2) rapporte' un accident fâcheux arrivé à un maître d’école pour avoir mangé de ces graines qui lui avaient été données pour des oubébes.