Lib. I, cap. xxxviii
peut servir d'une nouvelle preuve de robscurité et de Tincertitude de l'histoire des premiers siècles de Rome , et nous convaincre que les historiens ne voyaient pas bien clair dans ces temps reculés.
En effet, les dépenses qu'exigeaient de pareils bâtiments ne pouvaient être fournies que par une ville riche et puissante , et ne conviennent point du tout à l'état de pauvreté où on nous dit que Rome resta pendant cinq siècles, qu'on n'y vit point de monnaie d'or ni d'argent. Pline nous apprend ' que ce ne fut que vers la fin du cinquième siècle et pendant la guerre contre les Tarentins, qu'on commença à y frapper de la monnaie d'argent. Quand on accorderait qu'il est irès-possible que Rome, de l'état où on la peint sous Romulus, ait pu s'accroître à ce point en un siècle et demi, on aurait toujours de la peine à comprendre qu'elle soit retombée sitôt après dans cet état de pauvreté; de sorte que sous Servi us TuUius, successeur de Tarquin, les plus riches de Rome étaient ceux dont les biens montaient à la somme d'environ six mille livres, sur le pied où la monnaie de France est aujourd'hui.