‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine, par monsieur L.D.BChapitre 163 sur 227 · Lib. V, p · texte numérisé non relu

Lib. V, p

4. Tô <^è Tcepl McOxiov eipYirai u.èv bno iroXXwv xat ^la^opwç, Plutarch., in PoplicoL, p. 106.

232 INCEUTlTUDh: DES PllEMlERS SIÈCLES

brûla la main. On a voulu faire croire par la conformité des noms el des surnoms que celle famille lirait son origine de ce Mucius qui entreprit de luer Porsenna.

On ignorait l'origine du surnom de Scœvola , et on ne croyait pas pouvoir en trouver une plus propre à illustrer celte maison, qu'en la dérivant de cet intrépide Mucius, auquel, pour surcroît, on attribue celte fermeté étonnante de se voir tranquillement brûler la main qui avait manqué de le servir à sa volonté. Le silence de Denys d'Halicarnasse sur cette particularité dont non-seulement il ne fait aucune mention, non plus que du surnom de Scaevola, me paraît former un préjugé bien fort contre la vérité de ce fait. Cet historien aime assez le merveilleux, et aime trop à adopter lout ce qui peut faire honneur aux Romains, pour avoir omis une circonstance aussi singulière. Il faut qu'il l'ait regardée comme absolument fausse, puisqu'il ne lui a point donné place dans son Histoire ^ d'où il ne bannissait que ce qui était absolument contradictoire ou impossible. Il ne se peut que lui, qui avait lu tous les historiens romains, n'y ait point trouvé cette circonstance , et il faut qu'il l'ail regardée non-seulement comme trop fabuleuse pour être insérée dans son Histoire^ mais même pour mériter d'être réfutée. Le silence de Valére Maxime me confirme dans cette pensée. Celle action de Mucius Scaevola devait naturellement tenir place dans le recueil de cet auteur, qui n'était pas extrêmement difficile sur le choix des matières, puisqu'il nous raconte bien des choses moins vraisemblables que celle-ci.

C'est ce qui me fait croire que le conte de cette main brûlée a été tiré des Mémoires de la famille Mucia, laquelle, voulant se trouver quelque origine illustre, prétendit qu'elle descendait de ce Mucius que Denys d'Halicarnasse ne désigne que par le surnom de Cordus. Afin de trouver en même

temps une origine au surnom de Scaevola qu'elle portait, elle inventa le conte dont j*ai fait mention. La fermeté et la constance que ceMucius faitparaître, en se brûlant lui-même la main qui l'avait mal servi, parut aux historiens un de ces épisodes propres à exciter l'admiration des lecteurs, et quelques-uns d'entre eux lui donnèrent place dans l'iiisloire, sans en examiner fort scrupuleusement la vérité. Ce qui me confirme dans ce soupçon, c'est qu'il me semble que cette famille ne fondait cette prétention que sur la conformité du nom de famille; car elle était plébéienne. Or, nous voyons, par Denys d'Halicarnasse, que Mucius Gordus était patricien. « Nous sommes, dit Mucius, s'adressant à Porc( senna , trois cents jeunes Romains, tous du même âge, c( tous patriciens S qui avons juré votre mort. » Ce que Tite-Live confirme aussi en les appelant les Principaux de la Jeunesse Romaine, Principes Juventutis Romance; ce qui ne peut convenir qu'à des patriciens.

Cependant, il est certain que la famille Mucia était plébéienne, puisqu'il y en a eu des tribuns du peuple, et qu'elle ne fut admise au consulat que vers la fin du sixième siècle de Rome, et près de deux cents ans après que l'accès en eut été ouvert aux plébéiens. D'ailleurs, les deux premiers consuls de cette maison ont eu pour collègues des patriciens, dans un temps où jamais deux patriciens n'étaient revêtus en même temps du consulat. J'ai fait voir ci-dessus, assez au long, combien les Romains donnaient dans la chimère des généalogies, et combien leur passion de se forger des origines illustres avait contribué à altérer l'a vérité de l'histoire. On peut considérer comme partant de la même source l'action de ce Mucius , et qu'on n'a inventé le conte qui lui a fait brûler la main droite que pour trouver une

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